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Synthèse d'ouvrage : La guerre sans fin. L’Amérique dans l’engrenage de Bruno Tertrais (Edition Seuil, Collection : « La République des idées ») 20/03/2004 Le terrorisme aveugle, bien connu malheureusement de la population israélienne, a pris depuis le 11 Septembre 2001 une dimension nouvelle puisque c’est à cette date que le fanatisme musulman a déclaré une guerre sans merci au monde occidental, comme en attestent également les tout récents attentats du 11 mars 2004 à Madrid. Il devient donc naturel de se demander comment nos gouvernements peuvent-ils faire face à un ennemi si acharné et si ils ont la capacité de mener cette guerre d’un genre nouveau. La synthèse du récent ouvrage de Bruno Tertrais, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique et chercheur associé au Centre d’études et de recherches internationales, intitulé « La guerre sans fin. L’Amérique dans l’engrenage », apporte alors une lecture de la stratégie américaine face à la menace terroriste internationale. L’Amérique pensant arriver à une démocratisation du monde par le commerce et le dialogue politique, ne percevait pas le ressentiment négatif à son égard du à sa toute puissance. L’Histoire loin d’être finie aboutissait alors à une guerre étrange face à un adversaire mal défini : le terrorisme. Cet ouvrage est alors précisément une analyse de la stratégie américaine face à la menace terroriste après les attentats tragiques du 11 Septembre 2001. Celle-ci se déroulant en quatre étapes (ou quatre chapitres) qui sont les suivantes : 1. Qui sont les stratèges, 2. Les axes principaux de la stratégie américaine, 3. Sa mise en œuvre, 4. Ses conséquences imprévisibles. 1) Pour la nouvelle administration américaine, arrivée en janvier 2001 au pouvoir, la compétition entre Etats souverains est le principal moteur du système international d’où une volonté croissante de se dégager des engagements internationaux afin de promouvoir la protection des intérêts américains. D’autre part, cette politique est marquée par un désir croissant d’acquérir une plus grande indépendance énergétique. Pour ce faire, la politique de M. Bush consistait à la mise en place d’une politique de dissuasion et de confinement des « Etats voyous », ne laissant en rien présager l’invasion de l’Irak. Cependant les évènements du 11 Septembre ont permis la prise de pouvoir intellectuel de deux forces politiques puissantes : le néoconservatisme messianique et le fondamentalisme sudiste. Le néoconservatisme s’inspire d’une vision « reaganienne » du monde fondée sur la croyance en une exception américaine. Figure marquante de ce courant, Albert Wohlstetter qui est le premier à remettre en cause l’équilibre de la dissuasion et la maîtrise de la course aux armements, prônant d’avantage une invulnérabilité américaine. Les thèses développées au sein de ce mouvement sont reprises en cœur par l’administration américaine : refus du déclin de la puissance américaine, revalorisation de l’outil militaire, fin de la complaisance envers les dictatures, clarté morale. D’autre part, les néo-conservateurs revendiquent les enseignements de Leo Strauss : face aux tyrannies, les démocraties ne sauraient être faibles et le compromis n’est pas possible. L’autre courant dominant, le fondamentalisme sudiste, permet par sa dimension religieuse de comprendre l’évolution actuelle de la politique américaine. En effet l’évangélisme est dominant en Amérique, et la droite religieuse conservatrice est très présente dans les hautes sphères du pouvoir. La composante religieuse de la stratégie américaine, donne dès lors une tonalité spirituelle au combat La convergence de ces mouvements trouve son expression au sein du Pentagone en les personnes du vice-président Dick Cheney, Richard Perle (conseiller de M.Rumsfeld) et Paul Wolfowitz (secrétaire adjoint à la Défense). La stratégie et les stratèges étant dévoilés, il s’agit alors de s’interroger sur la nature des méchants. En effet l’ennemi de cette « Quatrième guerre mondiale » selon les termes d’ Eliott Cohen, est mal défini mais représente le Mal ou encore « l’axe du Mal » donnant un sens religieux et spirituel à la politique américaine 2) Dans un second temps, Bruno Tertrais s’efforce de dégager les lignes principales de la stratégie américaine qui souhaite dans un premier temps réduire la menace terroriste en frappant les Etats terroristes ainsi que ceux susceptibles de les abriter. Au-delà d’une guerre contre le terrorisme, il s’agit plus d’une logique de guerre contre la dictature. L’Amérique étant désireuse de promouvoir la démocratie libérale et dans un second temps de remodeler le paysage international à sa façon. La stratégie américaine est alors double : d’une part lutter contre les Etats « trop faibles » vulnérables au terrorisme et d’autre part contre les Etats « trop forts » susceptibles de contester et de se mesurer à la puissance américaine. Pour ce faire l’Amérique a décidé de faire un come-back sur la scène internationale en privilégiant une stratégie de roll-back (plus offensive) et délaissant celle de containment accompagnée d’un remodelage des alliances. On comprend dès lors que le retour à la force amorcé par la super-puissance la pousse d’avantage à se détacher des organisations telles que l’OTAN et l’ONU qui sont jugées inefficaces pour mettre en place des alliances bilatérales plus stratégiques, facilitant dès lors la mise en œuvre d’une logique de guerre préemptive. 3) Une fois la stratégie américaine mieux cernée, l’auteur fait un tour des zones géographiques et des grands ensembles régionaux qui sont le « théâtre des opérations ». Le centre du monde stratégique américain n’est autre que le Moyen-Orient. La guerre en Irak bien au-delà d’avoir pour simple but le renversement d’un dictateur, constitue la première étape d’un vaste chantier géostratégique dans la région ayant pour but le renversement des régimes autoritaires ainsi que la destruction des réseaux terroristes et des armes de destruction massive. D’autre part la place de l’Arabie Saoudite joue un rôle prépondérant dans la stratégie américaine puisque cette dernière a largement financé le wahabbisme, mouvement islamiste au sein de l’Islam. Les interrogations se portent également un peu plus à l’ouest et notamment sur le sort à réserver à la Syrie ainsi que le rôle à jouer de l’Egypte et de la Jordanie dans la normalisation des relations dans la région. Le regard est également tourné vers l’Afrique du Nord cible et nouveau creuset du terrorisme islamiste. L’auteur se pose alors la question de savoir si l’Islam chiite ne pourrait pas devenir l’allié de l’Amérique faisant de l’Irak reconstruit et de l’Iran de nouveaux appuis dans la région. Le reste du monde que constituent l’Afrique, l’Amérique latine et l’Asie du Sud-Est attire l’attention des américains qui voient en ces régions des zones « effondrées pouvant être des foyers privilégiés pour le terrorisme. Ce tour du monde des zones à risque pour la stabilité du monde occidental prend fin avec l’évocation d’une menace chinoise, d’une nature autre puisque la Chine pour les conservateurs américains aurait dans l’ambition d’avoir la stature de l’URSS jadis et d’être reconnue comme une grande puissance. 4) Dans son dernier chapitre, Bruno Tertrais s’interroge enfin sur les conséquences de la stratégie américaine qui provoque selon lui une radicalisation du monde arabe et musulman accompagnée d’une montée du terrorisme et de la prolifération d’armes. De plus la nature de l’ennemi fait dire à l’auteur que cet affrontement pourrait durer indéfiniment d’où l’expression de « guerre sans fin ». En effet l’entrée en guerre des américains après les attentats de 2001 a contribué à l’aggravation d’un fort ressentiment anti-américain et plus généralement anti-occidental. Le monde musulman se sentant humilié est désireux de restaurer sa puissance, Oussama Ben Laden et Saddam Hussein étant alors perçus comme les fer de lance à une reconstruction du monde arabe et musulman. D’autre part, le conflit semble de plus en plus coller à l’image d’un choc des civilisations annoncé comme inéluctable par Samuel Huntington avec des extrêmes de part et d’autre de plus en plus puissants et obéissant à une logique commune, à savoir la nature prosélyte et universaliste de l’ Islam et du christianisme. On pourrait dès lors avancer le terme de Bruno Tertrais de « choc des fondamentalismes ». Le terme de « guerre sans fin » semble d’autant plus justifié du fait de la nature de l’ennemi et de sa structure extrêmement évolutive, l’auteur se risquant à la comparer à une holding et d’autre part du fait de la nature idéologique du conflit avec une logique meurtrière chez les fondamentalistes totalement opposée à la logique occidentale.
Benjamin Tolub
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