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| 04-05-2004 | |
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Diviser pour régner 5 mai 2004
Copyright Afidora 2004Photographie prise en avril 2004 dans une échoppe à Prague ; la stratégie d’Ariel Sharon face au terrorisme, même si cohérente dans ses motivations, affaiblit ce dernier, perçu par les Béotiens comme se rabaissant au niveau des organisations de la terreur en pratiquant une politique musclée. C’est ainsi qu’Ariel Sharon, chef d’Etat d’une démocratie tout à fait aboutie, se retrouve en vitrine aux côtés de chefs terroristes, tel Ben Laden ici.
Ces dernières semaines ont vu l’élimination successive par l’armée israélienne de deux figures de proue du groupe terroriste Hamas (Harakat al-Muqawamah al-Islamiyya : le mouvement de résistance islamique), le chef spirituel Yassine ainsi que son successeur Rantissi. Atef Chaaban, le chef des Brigades des martyrs d’Al-Aqsa, la branche terroriste du Fatah de Yasser Arafat (qui serait lui-même menacé), a quant à lui été grièvement blessé par un commando de Tsahal, tout comme Imad Mohamed Djanadjra, un autre haut responsable du Hamas. S’il ne fait aucun doute que le terrorisme ne peut être éradiqué que par la force, on peut néamoins s’interroger sur les motivations qui poussent Ariel Sharon à exercer « cette politique des têtes qui tombent » (lire à ces propos le point de vue intitulé « Les effets pervers de la stratégie des têtes qui tombent » en cliquant ici). La formule de Nicolas Machiavel est connue de tous : divide ut imperes. Diviser pour régner…En éliminant tour à tour les cerveaux qui se cachent derrière les attentats-suicides, Ariel Sharon et ses conseillers espèrent réussir à créer trois schismes, trois fissures qui permettraient de mieux régner à moyen terme : fomenter des luttes internes au sein du Hamas, couper les terroristes de leurs « ouvreurs de portes » vers les relais de financement, et surtout faire en sorte que le nouveau responsable de ce groupe soit tellement inconnu auprès du public, et focalisé sur ses rivaux au sein de l’organisation, qu’il en perde en crédibilité auprès de la population palestinienne. Les observateurs de la géopolitique du Proche-Orient ont quant à eux répondu à la question « pourquoi le Hamas ? », et je souscris à leur analyse, celle-ci étant de rappeler que la seconde intifada fut en partie catalysée par l’excitation triomphale et contagieuse du Hezbollah après le départ des troupes israéliennes du Sud Liban, et qu’il est hors de question d’être confronté à une situation identique en cas de retrait de la Bande de Gaza, sanctuaire du Hamas qui ne pourra pas crier victoire au lendemain d’un possible désengagement. Si les précédents ressorts de cette stratégie du Premier ministre israélien me semblent parfaitement louables – sans compter qu’éliminer un terroriste, c’est finalement sauver des vies, c’est en fait le mode opératoire de cette politique qui me chagrine : juger de façon extra-judiciaire, même des terroristes, c’est à coup sûr attiser les haines des Palestiniens comme de la communauté internationale. Non, le monde a besoin d’un procès en bonne et due forme pour découvrir les ignominies commises par les terroristes. Actuellement, la puissance médiatique se focalise sur l’assassinat du terroriste et pas sur le terroriste qui est un assassin. Un procès, un seul, à la manière des rites initiatiques, dégagerait probablement des énergies pédagogiques positives ; on verrait dans la presse des centaines de chroniques – les Français adorant débattre - et analyses des tenants et aboutissants des réseaux terroristes, on repasserait sur le parcours et les actes commis par les chefs terroristes, etc. "Le vulgaire se prend toujours aux apparences et ne juge que par l'événement [...] les hommes sont si simples et si faibles que celui qui veut tromper trouve toujours des dupes [...] le caractère des peuples est mobile, on les entraîne facilement vers une opinion, mais il est difficile de les y maintenir." Le Prince. La politique actuelle d’Ariel Sharon est ressentie comme un aveu de faiblesse par la communauté internationale : il est plus facile d’éliminer que d’arrêter pour juger. Néanmoins, cette solution est condamnée à rester, à moyen terme du moins, purement théorique. En effet, dans l’état actuel des choses, de probables remous populaires engendrés par la détention comme le procès d’un chef terroriste risqueraient d’engendrer plus d’affrontements et donc de morts et de blessés que la manière expéditive. Le malheur veut que la bonne option sur le plan moral soit souvent la mauvaise sur le plan politique, et inversement. La lutte contre le terrorisme est un sujet qui divise et qui fâche : si les Israéliens la perçoivent comme une guerre, où il est finalement logique que les deux camps essuient des pertes, ce n’est pas le cas des Palestiniens, qui sont divisés sur ce thème ; certains voient avec raison le terrorisme comme un frein à leur indépendance et à leur liberté, d’autres, embrigadés et influencés, le perçoivent comme une force de résistance et un vecteur d’identité face à l’ennemi sioniste. Mais il reste très difficile de quantifier le soutien palestinien au terrorisme.
Toujours est-il que ce qui est mauvais pour les Israéliens est forcément mauvais pour les Palestiniens. Le terrorisme et la façon de le combattre, quelle qu’elle soit, nuisent grandement au bien-être des Israéliens. Afin de gagner en crédibilité aux yeux du monde comme de leurs voisins juifs et arabes, les Palestiniens se doivent résoudre le problème terroriste eux-mêmes. La solution doit et ne peut que venir de l’intérieur. Mais sous quelle forme : l’évolution ou la révolution ? Penchons pour la seconde solution : c’est d’un électrochoc dont les Palestiniens ont besoin. Un nouveau Jan Palach serait un appel du pied à la lutte contre ce fléau qui freine la création d’un Etat nommé Palestine. Rappelons que Jan Palach est cet étudiant tchèque qui s’immola le 16 janvier 1969 sur la Place Venceslas à Prague, en guise de protestation contre l’occupation soviétique. Il devint le symbole tchèque de la lutte contre le communisme disparu vingt an après lors de la Révolution de Velours. Un Jan Palach palestinien serait quant à lui l’ emblème de la lutte antiterroriste. A problème explosif suggestion radicale ; cela aurait peut-être le mérite de diviser les terroristes qui constateraient enfin qu’ils ne sont pas la voix de la majorité, cette majorité en profitant pour mieux régner.
Jeremy Fain |
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| Dernière mise à jour : ( 26-07-2005 ) |
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