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24-07-2008
 
 
Arafat n'a pas refusé la paix à Camp David Version imprimable Suggérer par mail
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30-10-2002
 

LA CROIX- Article paru le: 31/10/2002

    Arafat n'a pas refusé la paix à Camp David

31/10/2002

   

            Dans un article paru le 31/10/02, Mme Rotivel commentent l’échec des négociations entre Palestiniens et Israéliens de Camp David, pendant l’été 2000. Son parti pris est net, tout comme sa conclusion d’ailleurs : les Israéliens sont responsables, Arafat n’a jamais rien refusé et est la véritable victime de la machine de propagande israélienne. Pour argumenter cette thèse, elle cite Robert Malley, membre de l'équipe des négociateurs américains à Camp David , qui dénonçait trois mythes : « Camp David a été un test significatif des intentions réelles d'Arafat ; l'offre israélienne répondait à la plupart, voire à toutes les aspirations légitimes des Palestiniens ; les Palestiniens n'ont fait aucune concession de leur côté. » Mais pourquoi choisir exclusivement le témoignage de Malley, sinon pour promouvoir des idées préfabriquées, et taire ceux d’acteurs clés de ces négociations ?

 

Les autres témoignages américains pour commencer, puisque ceux en provenance d’Israël ne sont que pure propagande aux yeux de Mme Rotivel. Et non des moindres : celui de l’ancien Président Bill Clinton, qui, comme l’a rapporté le journal américain Newsweek, daté du 27 juin 2001, a affirmé qu’Arafat était le véritable responsable de l’échec de Camp David, lors d’un dîner avec Richard Holbrooke, ancien ambassadeur américain aux Nations Unies. D’après Clinton en effet, le conflit n’a pas porté sur le partage de Jérusalem, mais sur le droit de retour aux réfugiés, qui avaient fui pendant les guerres de 1948 et 1967.  Rajoutons à cela un autre témoignage, palestinien celui-ci : Nabil Amr, ancien ministre du cabinet Arafat, à qui il adressa une lettre ouverte en Septembre 2002, dans Al-Hayat al-Jadida rappelait: « n'avons-nous pas dansé de joie à l'annonce de l'échec de Camp David ? N'avons-nous pas couvert Clinton de boue, alors qu'il proposait un État palestinien avec des modifications de frontières mineures ? Nous ne sommes pas honnêtes, parce qu'aujourd'hui, après deux ans de bain de sang, nous demandons exactement ce qu'alors nous rejetions, à la différence qu'aujourd'hui, nous pouvons être certains que cela n'est plus possible. » Pour une journaliste qui entend établir toute la vérité, le travail de recherche et de confrontation semble léger, d’autant plus que nous nous sommes limités en témoignages…

 

On se demandera enfin pour finir sur ce point quelle légitimité à négocier un gouvernement israélien pouvait-il avoir à quelques semaines d’élections législatives qui pouvaient signifier sa fin. C’est bien Arafat qui avait mis fin aux négociations, et les Israéliens ne peuvent être tenus pour responsables si ces dernières ne sont pas allées jusqu’au bout. De même, si le but de la démarche est de mettre fin à tous les mythes, puisqu’ils sont terribles et nuisent à la paix, pourquoi ne pas s’attaquer aux mythes des deux parties prenantes ? Pourquoi avoir repris toutes les thèses, mêmes les moins défendables, de la partie palestinienne pendant toute couverture de l’Intifada, sans jamais avoir pris le recul nécessaire pour comprendre des relations complexes ?

 

L’exemple de la responsabilité de Sharon dans le déclenchement de l’Intifada est probant : les violences avaient commencé bien avant en Israël, et la visite de Sharon a toujours été utilisée comme un prétexte par les Palestiniens qui n’ont jamais voulu assumer leur responsabilité. Le journal Al Ayyam, le 6 décembre 2000 le rappelle : « Lors d’un symposium à Gaza, le ministre palestinien des Communications, Imad al-Falouji, a confirmé que l’Autorité Palestinienne avait commencé à préparer le déclenchement de la " nouvelle Intifada " depuis la conclusion des entretiens de Camp David, et ceci conformément aux instructions d’Arafat lui-même. M. Falouji a poursuivi en déclarant qu’Arafat avait lancé cette Intifada comme le ‘nec plus ultra’ de la position palestinienne immuable dans les négociations, et n’était pas uniquement l’expression d’une protestation de l’opposition israélienne contre la visite d’Ariel Sharon sur le Mont du Temple. »

 

Rappelons pour finir que Sharon a gagné les élections dans un contexte de violence sans précédent au Proche Orient. Une victoire que lui-même n’espérait probablement plus mais qui a été permise par des circonstances particulières, dont Arafat ne peut se démarquer totalement des causes.

 Jeremy Ghez

 


LA CROIX- Article paru le: 31/10/2002

 

Arafat n'a pas refusé la paix à Camp David, par Agnès ROTIVEL

 

Le mythe de l'« offre généreuse » faite par Ehud Barak à Yasser Arafat à Camp David a été démenti par les acteurs de la négociation eux-mêmes.

 

Le 25 juillet 2000, le premier ministre israélien, Ehud Barak, déclarait à l'issue du sommet israélo-palestinien raté de Camp David, aux Etats-Unis, que Yasser Arafat n'avait pas su saisir l'« offre généreuse » (lire repères ci-contre) qui lui avait été faite lors de ces négociations menées par le président des Etats-Unis, Bill Clinton. Les jours et les mois qui suivirent, la machine de propagande israélienne martelait aux micros tendus des journalistes qu'Arafat était responsable de l'échec des pourparlers de Camp David. Ce message étant destiné autant à l'opinion publique israélienne, dans le but de discréditer le leader palestinien, qu'à l'opinion internationale et surtout américaine, écrira un an plus tard Deborah Sontag, journaliste au New York Times.  De l'autre côté, les Palestiniens ne réussirent pas à faire entendre leur voix.

 

Et ainsi naquit la légende que le vieux chef palestinien aurait dit « non » à l'offre de Barak et n'aurait accepté de faire aucune concession. Pourtant, un an plus tard, en juillet 2001, un homme vint, sinon démentir la « version israélienne », du moins rétablir la vérité des faits. Conseiller spécial de Bill Clinton pour les questions du Proche-Orient, Robert Malley était membre de l'équipe des négociateurs américains à Camp David. Dans un article paru d'abord dans le New York Times, puis dans le quotidien français Le Monde, il dénonçait « les mythes les plus dangereux que l'on répand volontiers aujourd'hui sur le sommet de Camp David ». Ces mythes, poursuit Robert Malley, sont au nombre de trois : « Camp David a été un test significatif des intentions réelles d'Arafat ; l'offre israélienne répondait à la plupart, voire à toutes les aspirations légitimes des Palestiniens ; les Palestiniens n'ont fait aucune concession de leur côté. » Plus loin, il poursuit : « Si l'on veut conclure la paix, on ne peut tolérer que ces mythes propagés sur la négociation de Camp David passent, chaque jour un peu plus, pour la réalité de ce qui s'est passé à ce sommet. »

 

Les négociations sérieuses vinrent trop tard  D'autres personnalités proches du dossier appuyèrent ses propos. « C'est un mythe terrible que de dire qu'Arafat et lui seul a causé cet échec catastrophique », confiera ainsi Terje Roed-Larsen, l'envoyé spécial des Nations unies au Proche-Orient. Leurs voix ne furent guère entendues, le mal était fait. Et nombre de journalistes, peu soucieux de vérifier les faits à la source, propagèrent la légende. Pendant des mois, on vit dans les journaux les mêmes phrases sur la désormais « fameuse offre généreuse », réutilisées sur la foi de celui qui parlait le plus fort, le plus haut. Pourtant, si l'offre avait été aussi mirifique, pourquoi, lors des négociations de Taba qui eurent lieu en Egypte du 21 au 28 janvier 2001, en pleine Intifada, Israël est-il allé encore plus loin, proposant à Arafat de lui céder 97 % de la Cisjordanie ? Les négociations de Taba, les plus sérieuses de l'avis de tous les experts, vinrent malheureusement trop tard. Elles furent suspendues par Israël parce que les élections législatives étaient imminentes et que « la pression de l'opinion publique israélienne contre les pourparlers ne pouvait pas être contrée », raconte Schlomo ben Ami, ministre israélien des affaires étrangères à l'époque.

 

On connaît l'épilogue : le 6 février 2001, Ehud Barak fut battu aux élections par Ariel Sharon. C'est à ce moment-là que le mouvement vers la paix fut gelé, et non six mois plus tôt à Camp David.

 

Agnès ROTIVEL
Informations La Croix Rubrique: TELEVISION-MEDIAS - Type d'article: - Paru en page: 21
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Dernière mise à jour : ( 30-08-2005 )
 
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