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Gare à une lecture des événements à sens unique ! 28/10/2003
Dans un article du Monde daté du 23 octobre, le collectif Trop, c’est Trop (cliquez ici pour visualiser l’article, format .pdf, Adobe Acrobat) plaide pour une intervention immédiate d’une force d’interposition internationale pour mettre fin au conflit entre Israéliens et Palestiniens. Le plus déconcertant, dans la lecture des événements que fait le collectif, est que au bout du compte, on pourrait réécrire la totalité du texte en utilisant les mêmes arguments mais en les retournant, de sorte qu’ils soient en faveur des thèses israéliennes… Il n’y rien de plus contestable, par exemple, de vouloir stigmatiser l’Etat hébreu car celui-ci aurait voulu ‘imposer’ (d’autres préfèreront peut-être le terme ‘négocier’, mais tout cela n’est qu’une affaire de goût) ses conditions dans les négociations de paix nées de la Feuille de Route. L’expression ‘négociation de paix’ n’a pas été inventée fortuitement : la paix, par définition, s’établit entre deux parties. Vouloir imposer la paix, ou plus exactement sa vision de paix, à une nation démocratique qui plus est, relève d’une conception bien bizarre de l’idée de démocratie et de souveraineté, surtout quand on connaît les impératifs sécuritaires, loin d’être illusoires, auxquels doit faire face Israël. Il est tout aussi déconcertant de constater que les attaques systématiques et sans nuance contre le Premier Ministre Sharon continuent à aller de bon train, chez le collectif Trop, C’est Trop, alors que l’OLP en général et Arafat en particulier semblent tous deux absous de toutes fautes. Rappelons tout de même que Sharon est celui qui avait parlé d’ ‘occupation’ par Israël des Territoires palestiniens, et qu’il avait souligné les effets terribles de ce contexte pour le pays au printemps dernier. Mais peu importe, semble-t-il, d’après le collectif : l’étiquette de colonisateur et de guerrier impérial colle si bien à Sharon dans la représentation collective en France ; pourquoi en changer ? Pourquoi, de la même façon, indiquer qu’il y a litige entre Israéliens et Palestiniens sur le pourcentage de terres palestiniennes annexées par la construction du Mur (1 % selon le Ministère de la Défense israélienne et 26% selon l’OLP) ? Tout le monde est déjà convaincu qu’Israël est fautif. Le même raisonnement se tient quand le collectifs évoque ces vieux fantasmes (de qui ? là est toute la question) relatifs au Grand Israël et aux massacres collectifs de Palestiniens. Le premier, celui du Grand Israël, est en flagrante contradiction avec la construction du Mur qui matérialise enfin une frontière. Quant au deuxième, l’ONU avait déjà rendu son verdict : il n’y a pas eu de massacre à Jénine. Mais depuis longtemps, le collectif semble avoir énoncé deux règles universelles au Proche Orient : les thèses palestiniennes sont toujours correctes, et lorsqu’elles ne le sont pas, relire la première règle. Les Israéliens, pourtant première victime du terrorisme, seront donc toujours responsables de ce qu’ils leur arrivent, à en croire Trop, c’est Trop. C’est d’ailleurs pourquoi il est inutile de se compromettre avec ces criminels, disent les membres du collectif. Mais cette idéologie qui consiste à accorder le monopole de l’humanisme aux défenseurs de la cause palestinienne et aux Palestiniens eux-mêmes –comme le fait, soit dit en passant, Tariq Ramadan- est particulièrement dérangeante et détestable. Rien ne peut justifier une telle arrogance, surtout lorsqu’elle mène à la cécité et à l’accroissement de la frustration des parties engagées dans la voie de la paix. Le plus ironique dans tout cela, finalement, c’est que celui qui ne connaissait pas ce collectif avant aurait pu croire à une association pro israélienne : Trop, c’est Trop était bien le mot d’ordre de nombreuses manifestations contre le terrorisme du Hamas et Djihad… Comme quoi, les pseudo-vérités s’utilisent et se réutilisent à volonté, quelque soit le but !
Jeremy Ghez
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