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24-07-2008
 
 
Denis Sieffert, Médecin empoisonneur Version imprimable Suggérer par mail
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10-11-2003

 

Denis Sieffert, Médecin empoisonneur

10/11/2003
 
 

Voici que le rédacteur en chef de la revue Politis, Denis Sieffert, celui qui a contribué, et qui continue de contribuer au pourrissement du débat français sur le Proche Orient, nous explique qu’il était temps que nous réapprenions, en France, à débattre ( Réapprendre à débattre, Politis, 6 novembre 2003).  Il va pousser le vice jusqu’à se plaindre que le débat est empoisonné en France, et que la mauvaise foi adverse ne connaît pas de limite. 
 
La remarque est d’autant plus troublante qu’elle est formulée par un homme, qui, en tant que rédacteur en chef d’une revue d’extrême gauche, participe à des discussions avec d’autres personnalités issues des mêmes tendances que lui.  Ces discussions là, il les qualifie de ‘débat’, sans jamais se demander quelle frustration elles peuvent susciter chez des citoyens français : assis pendant deux heures à écouter ces ‘débats’, pendant lesquels chaque intervenant dit et répète la même chose que l’intervenant précédent, l’auditoire non convaincu par le spectacle peut légitimement se demander qui fait de la propagande.
 
Parler par exemple avec le GUPS, l’Union Générale des Etudiants de Palestine  dont la première page du site (http://www.palestine-france.com/gups) est décorée avec une image d’Israël recouverte des couleurs palestiniennes, constitue donc un débat aux yeux de notre rédacteur, qui se livrera à ce périlleux exercice le Mercredi 12 novembre.  Rien ne semble le déranger dans cette image représentant Israël, recouvert dans sa totalité, d’un drapeau palestinien.  Peu importe s’il est troublé ou non d’ailleurs ; les propos qu’il tiendra ne subiront aucun défi réel étant donné la philosophie et l’idéologie de l’interlocuteur en face.
 
Mais venons en aux propos que tient Sieffert dans son éditorial car ils ne font que confirmer les résultats précédents.  En effet, pourquoi Sieffert refuserait-il de débattre avec une association aussi radicale que le GUPS, puisque discuter avec Tariq Ramadan n’est pas un problème.  On a donc le droit de ‘débattre’ avec  une personne qui dresse, tel Jean-Marie Le Pen il y a quelques années, une liste de ‘Juifs’ dont, au bout du compte, il faut se méfier car ils ne font que propager les mensonges pour servir leur peuple.  Pourquoi n’a-t-on pas le droit à cela ?
 
Rien, dans le texte de Sieffert, ne suggère que la mauvaise foi pourrait éventuellement être, au moins,  partagée.  Tout semble montrer que le débat a été empoisonné par, pêle-mêle, les anti-Ramadan, les sionistes, les proaméricains sans oublier la mondialisation et les excès du capitalisme néo-libéral.  A ce rythme là, effectivement, autant rester chez soi, avec ses meilleurs alliés, se lamenter de la dégradation de la situation, mais se rassurer de sa supériorité morale.  Même supériorité qui pousse à ne débattre qu’avec son propre bord idéologique, puisque discuter avec les autres serait s’abaisser, et pire, donner de l’importance à des idées qui n’ont pas le droit d’être exprimées.  Fermons les yeux sur tous les propos les plus manichéens que l’on ait pu prononcer à propos du conflit et qui ont poussé plus d’un à un sentiment de ras-le-bol le plus total. 
Mais pour ne pas céder à la même mauvaise foi, on continue de lire, pour tenter de comprendre quelles solutions sont proposées.  Et voici ce qu’on lit : « Au milieu de ce village global si explosif, réaffirmons haut et fort notre grille de lecture. Et tant pis si elle ne se prête guère aux effets faciles de la polémique. Elle est avant tout sociale. Or, l’une des caractéristiques de l’époque, c’est que les partis et les mouvements qui, pour l’essentiel, se fondaient sur le social, prônant les uns la réforme, les autres la révolution ­ ou en entretenaient l’illusion ­, ont presque tous fait faillite. Le monde, en vérité, n’en finit pas de payer son tribut au stalinisme, et dans une moindre mesure à la dérive libérale de la social-démocratie. »  On ne peut confirmer : c’est une grille de lecture qui ne prête pas à polémiquer, simplement parce qu’elle n’a aucun lien apparent avec le sujet.  Mais est-ce là une autre version de l’idée de débat ?
Si le propos de Sieffert est de dire que la Société civile doit s’impliquer dans le débat, notre rédacteur en chef semble être en retard d’au moins trois ans, au regard des manifestations et autres événements en rapport avec le conflit qui ont eu lieu en France …  En retard aussi sur , qui en mentionnait le rôle dans un point de vue récent.  On reste sur notre faim, donc, quand on croyait attendre une réponse innovante.
Sieffert s’est donc réjoui, on l’aura compris, à l’idée que Ramadan soit accueilli au Forum Social Européen.  Victoire contre la pensée unique pourrait on croire en lisant ses propos, puisque qu’un débat ni ‘piégé’, ni ‘théâtre de nos vanités’ sera possible.  Aucune compréhension donc manifestée envers ceux outrés par les propos de Ramadan…
 
Les pro-israéliens français se sont en effet sentis blessés par ces propos, selon lesquels l’humanisme ne peut être que du côté des Palestiniens et de ceux qui les défendent.  Est-ce dire que ceux qui veulent défendre Israël et exprimer, au même titre que d’autres Français expriment leur solidarité avec les Palestiniens, leur solidarité avec les Israéliens, ont perdu toute humanité dans leur jugement ?  Peu importe, probablement, d’après Sieffert, puisque ceux-là sont du mauvais côté de la barrière. 
 
A cette insulte faite à l’intelligence des pro-israéliens, le collègue acharné de Sieffert, Bernard Langlois, répondra par une autre question : « Question : vaut-il mieux, en France, en 2003, être juif ou musulman ? Considérons la place des uns et des autres dans la société française et comparons ! ».  Grosso modo : tu as déjà de la chance, alors tais-toi et ne te plains pas si on t’insulte.  La démagogie ne connaît pas de bornes.
 

 Jeremy Ghez
 
 
 
 
 



 
 
 
 
Editorial de D. Sieffert 
 
Réapprendre à débattre
Le débat public est décidément bien empoisonné. Juge-t-on inopportune l’idée d’une loi contre le voile islamique que l’on est immédiatement répertorié comme un fossoyeur de la laïcité. Considère-t-on qu’il faut dialoguer avec Tariq Ramadan, et on est aussitôt communautariste, voire un suppôt de l’islamisme. Veut-on le démantèlement des colonies israéliennes en territoires palestiniens que l’on est antisioniste, donc antisémite. Ose-t-on critiquer l’idéologie des néoconservateurs qui règnent sur la Maison Blanche que l’on décroche haut la main la palme de l’antiaméricanisme. Tous les coups sont permis : procès d’intention, citations apocryphes, réalités tordues et distordues, amalgames. Les sujets en seraient légers que cette foire à la mauvaise foi serait assez réjouissante. Mais c’est tout l’inverse. Les affaires qui nous occupent, et qui font l’ordinaire de cette page, recèlent toute la violence du monde. Alors, on s’interroge. Quand M. Finkielkraut affirme cette semaine encore dans Le Nouvel Observateur, que « pour bien montrer qu’ils font toujours partie du genre humain [aux yeux des altermondialistes], les juifs sont sommés de répudier l’État criminel et raciste d’Ariel Sharon », que fait-il ? Un bon mot ? Mais peut-il ignorer que ce mot, en vérité calamiteux, une fois publié et estampillé de son autorité morale, devient une sorte d’objet incontrôlé, ferment de toutes les peurs ? Très exactement, ce qu’on appelle une rumeur.
On pourrait évidemment pointer les mêmes excès dans chacun des débats plus haut cités. Tous se rapportent d’ailleurs de près ou de loin, à ce que les uns appellent le « choc des civilisations », et que l’on préfèrerait nommer heurt des cultures, mais qui n’est rien d’autre que le mélange qui résulte de la mondialisation. Une réalité planétaire où se mêlent les déséquilibres Nord-Sud et les migrations qu’ils entraînent, les rétractations identitaires, nationalistes ou religieuses, la montée de l’islamisme et l’onde de choc du 11 Septembre, et la crise sociale dans nos régions.
Au milieu de ce village global si explosif, réaffirmons haut et fort notre grille de lecture. Et tant pis si elle ne se prête guère aux effets faciles de la polémique. Elle est avant tout sociale. Or, l’une des caractéristiques de l’époque, c’est que les partis et les mouvements qui, pour l’essentiel, se fondaient sur le social, prônant les uns la réforme, les autres la révolution ­ ou en entretenaient l’illusion ­, ont presque tous fait faillite. Le monde, en vérité, n’en finit pas de payer son tribut au stalinisme, et dans une moindre mesure à la dérive libérale de la social-démocratie.
Les exigences d’une lecture sociale nous conduisent aux antipodes du manichéisme ambiant et des caricatures qui font aujourd’hui le miel des pages débat des journaux (voir ce qu’en dit Bernard Langlois dans son bloc-notes). Peut-on laisser la société du spectacle conditionner les comportements collectifs ? Peut-on laisser les conflits au Proche et au Moyen-Orient, notre rapport à l’islam, la crise sociale à des bretteurs qui ne pensent qu’à occuper l’avant-scène ? Car sous l’artifice des mots abusifs, c’est trop souvent la même vision qui se dissimule, celle d’un colonialisme petit Blanc qui regarde les périls du monde comme autant de phénomènes exogènes. En témoigne la récente sortie de Claude Imbert (notre photo), directeur du Point et aussi, hélas, membre du Haut Conseil à l’Intégration, qui s’abandonnant à ses peurs, revendique aujourd’hui publiquement son islamophobie (au passage, le Mrap a mille fois raison de juger de tels propos « incompatibles » avec les missions du HCI).
On aimerait également crier « halte au feu ! » dans l’affaire du voile. Débat troublant entre tous qui ne s’accommode guère des simplifications outrancières, où chacun est prisonnier d’un seul critère. Car, bien entendu, le problème change de nature selon que l’on disserte exclusivement sur le signe, ce bout d’étoffe, symbole de l’oppression de la femme, ou que l’on prend en compte un contexte à la fois social et international. Il change si l’on veut bien admettre que la majorité des jeunes filles qui portent aujourd’hui ce foulard le font d’abord par revendication identitaire, comme expression de leur malaise dans notre société. Il change surtout si l’on veut bien se poser cette simple question : pourquoi donc ce débat maintenant, et avec ce soudain sentiment d’urgence ?
De cette furieuse foire d’empoigne médiatico-politique, a émergé ces jours-ci au moins une bonne nouvelle. Le Forum social européen a maintenu son invitation à l’intellectuel musulman Tariq Ramadan. Les organisateurs n’ont pas obtempéré aux ultimatums plus ou moins manoeuvriers des uns et des autres. Ceux qui croient pouvoir régler les problèmes à coups d’anathèmes, de bannissements et d’exclusions, et qui déroulent en permanence des chevaux de frise autour de nos imprescriptibles principes, n’ont pas gagné. Les altermondialistes ont estimé qu’il n’y avait pas de fatalité dans la défaite de nos idées laïques, et qu’il était urgent de débattre. Mais d’un débat qui n’est ni un piège, ni le théâtre de nos vanités.
 
Chronique de Langlois :
Belzébuth au Forum/Double contexte/Sur la toile
Dans moins d’une semaine s’ouvrira donc le Forum social européen (FSE), déclinaison à l’échelle de notre vieux continent du Forum social mondial (FSM), qui a tenu ses trois premières assises à Porto Alegre, au Brésil, avec le retentissement qu’on sait (le prochain, en janvier, se dépayse à Bombay). Politis consacre cette semaine un numéro spécial à cet événement, où il vous proposera un programme aussi complet que possible des diverses manifestations. Où l’on s’apercevra de la diversité et de la richesse d’une petite semaine de débats, qui rassemblera quelques dizaines (centaines ?) de milliers de militants européens de l’altermondialisation. Rendez-vous compte (et mesurez le casse-tête de l’équipe d’organisation !) : il va se tenir, dans des dizaines de lieux différents de la région parisienne, pas moins de 55 séances plénières et quelque 270 séminaires thématiques, au bas mot, sur des sujets les plus divers.
Or il se trouve que dans UNE plénière, consacrée à l’antiracisme et à l’antisémitisme, parmi d’autres intervenants, un intellectuel musulman, vivant et enseignant à Genève, doit prendre la parole. Pour une intervention d’une dizaine de minutes, le temps de parole accordé à chaque orateur dans cette plénière (comme dans les autres).
Ce gars-là s’appelle Tariq Ramadan. Mais c’est sûrement un faux blaze, en réalité il doit s’appeler Belzébuth, ou quelque chose comme ça. Bref, c’est le diable ! En tout cas si l’on en juge par le ramdam déclenché dans le landerneau politico-médiatique par cette participation annoncée. Prétexte : une tribune prétendument antisémite dudit Ramadan publiée sur le site internet du FSE (voir Politis n° 771, « Affaire Ramadan, l’ère du soupçon ») On ne pensait pas avoir à y revenir, mais ça continue : toute la smala ­ Oh ! Pardon... ­, la famille des intellos sionistes est montée au créneau et sur ses grands chevaux, adjurant les organisateurs du Forum de virer illico Ramadan du programme, tant sa présence serait préjudiciable à la bonne réputation d’un mouvement dont ils se sentent si proches, qui leur est si sympathique, et patati et patata. On a lu et vu (partout) l’inévitable Finkielkraut clamer son effroi et sa douleur ; on a entendu l’incontournable Alexandre Adler risquer l’apoplexie sur les ondes d’une radio communautaire sioniste et se répandre en injures contre quelques honnêtes citoyens (dont Daniel Mermet et votre serviteur), coupables de ne pas partager ses phobies ; on n’a pas manqué non plus la prose, plus subtile (mais pas moins catégorique), du grand BHL ; on a même vu trois honorables élus socialistes, de trois courants différents, oublier un temps leurs querelles picrocholines et faire ensemble rempart de leur corps pour sauver le FSE menacé d’infamie par le discours d’un seul parmi des centaines d’autres. Etc.
Mais on n’avait pas touché le fond du ridicule : il est atteint dans une tribune du Monde de samedi dernier, signée d’un certain Vincent Fillerin (inconnu au bataillon), sobrement présenté comme « militant du parti socialiste ».
Qu’est-ce qui vaut à ce Flambeau de partager avec l’immense Bernard-Henri Lévy une page « Horizon-Débats » (1) de l’illustre quotidien vespéral (où, croit-on savoir, les places sont chères et longue la liste d’attente) ? On se perd en conjectures. Le titre du poulet, déjà, vaut son pesant de cacahuètes : « Rester Verts ou devenir bruns ? » L’obscur militant du PS prend en effet pour cible les alliés écolos de son parti (au nom de quoi, on se le demande), les sommant, au terme d’un ahurissant amalgame avec « tout ce que l’extrême gauche engendrait déjà de révisionnistes et de négationnistes, antisionistes tombés, à force d’investir le Palestinien comme le nouveau prolétaire, dans l’antisémitisme », de « choisir avec clarté leur identité et rester Verts, ou accepter de pourrir lentement, et devenir bruns ». Car, voyez-vous, les antisémites ont changé, ils ont « su faire leur aggiornamento ». Ils ont compris que la négation de la Shoah, ça eût payé ­ comme disait Fernand Raynaud ­ mais que ça ne paye plus. Ils ont renoncé à nier « un fait historique indépassable » et lové leur antisémitisme reptilien dans le soutien à la cause palestinienne, faisant des juifs en général les nouveaux bourreaux et des Palestiniens les « nouveaux juifs voués au génocide. » Tout ça à la faveur du mouvement altermondialiste, où ils se sont « infiltrés » par le biais des Verts.
On est en plein délire ! Et bien sûr, ce n’est pas fini : les Verts vont sans doute vouloir répondre à ces insanités, et surtout demander à leurs alliés de l’ex-gauche plurielle si ce monsieur Fillerin exprime leur pensée profonde. Déjà largement compromise par le désir d’autonomie que semble exprimer la base du mouvement, la perspective de listes communes Verts-PS aux régionales et aux européennes prend du plomb dans l’aile (ce qui était peut-être l’objectif caché du plumitif.) Quant au FSE lui-même, il se déroulera comme prévu, avec Ramadan à sa place, que la polémique n’aura réussi qu’à mettre en lumière : Belzébuth sera bien au Forum (2).
Double contexte
Reste à s’interroger sur les raisons profondes de toute cette agitation, à replacer dans le double contexte de la situation au Proche-Orient (et de ses répercussions dans l’Hexagone), et d’échéances électorales françaises qui s’annoncent incertaines.
Sur le Proche-Orient : l’échec, désormais patent, de la politique guerrière de George Dubbleyou chagrine la petite bande de nos intellos médiatiques qui avaient, peu ou prou, soutenu cette politique et considèrent, en tout cas, que la guerre contre le terrorisme islamiste passe avant toute autre priorité. Toute mise en cause de l’impérialisme américain et des dangers qu’il fait courir à la paix mondiale relève, de leur point de vue, d’une vision archaïque de nostalgiques d’un internationalisme prolétarien qu’on croyait définitivement enfoui sous les ruines du Mur de Berlin. Le lieu de cette prétendue nostalgie est, d’évidence, le mouvement altermondialiste qui s’oppose à la Fin de l’Histoire et à la parousie du bonheur capitaliste mondialisé : il s’agit donc de le discréditer par tous les moyens possibles (tout en protestant de ses bons sentiments à son égard : on veut juste lui éviter de dangereuses dérives, séparer le bon grain de l’ivraie...). Quant au conflit israélo-palestinien lui-même, épicentre du problème proche-oriental, la situation est encore plus grave à leurs yeux : l’image du valeureux petit David seul face à l’immonde Goliath arabe, qui a longtemps prévalu dans l’opinion internationale, est définitivement tombée dans les poubelles de l’Histoire. L’État d’Israël est aujourd’hui clairement perçu comme le principal responsable d’une tragédie dont on ne voit pas la fin et dont le peuple palestinien est la victime. Ce changement de perception enrage les plus sionistes d’entre eux, qui en sont à vouloir imposer l’équivalence : antisionisme = antisémitisme. Que le soutien à la cause palestinienne puisse provoquer en France, notamment dans la population jeune issue de l’immigration maghrébine, des dérives antisémites est un fait. Il faut combattre ces dérives, c’est un devoir. Prétendre le faire par un anti-islamisme délirant, c’est une impasse. D’autant que ces jeunes, dits par commodité « des banlieues », peuvent mesurer au quotidien le poids d’un racisme anti-arabe persistant et autrement pénible à vivre que l’antisémitisme ordinaire. Question : vaut-il mieux, en France, en 2003, être juif ou musulman ? Considérons la place des uns et des autres dans la société française et comparons !
Sur les échéances électorales : aussi impopulaire, autoritaire, antisociale qu’elle soit, la politique de la droite au pouvoir, par ailleurs déchirée par la sédition bayrouiste, n’est en rien une promesse de victoire pour la gauche institutionnelle. L’encéphalogramme socialiste reste désespérément plat, son discours, inaudible, et l’opinion se désintéresse de ses joutes de courants et des ronds de jambe de ses présidentiables. Ses alliés communistes et verts peinent à régler leurs problèmes d’identité et hésitent entre la course commune et le cavalier seul. Dans les deux plus proches élections, considérées par l’électorat comme secondaires (n’est-ce pas la présidentielle qui compte vraiment ?), l’abstention devrait atteindre de nouveaux sommets. La tentative de raviver le péril Le Pen n’empêchera pas le vote protestataire de s’exprimer, soit vers le FN, soit, à gauche, dans un vote LCR-LO. L’alliance entre le petit facteur et l’increvable grand-mère de la révolution n’est pas vraiment faite pour déclencher l’enthousiasme, mais les nouvelles règles du jeu électoral la rendaient à peu près inévitable. De nombreux électeurs anticapitalistes pourraient bien passer sur leurs réticences et exprimer par ce vote « à gauche de la gauche » leur immense ras-le-bol des alternances sans vrai contenu. Là aussi, le mouvement altermondialiste, dans sa diversité, est perçu par la gauche réformiste comme le bouillon de culture de la radicalité : un jour on le choie, le lendemain on le tance, toujours on s’en méfie. Que feront ses militants au premier, puis au second tour ? Une chose est sûre : la plupart d’entre eux ne veulent plus être considérés comme des électeurs captifs du social-libéralisme, une sorte de chair à canon électorale qui viendrait automatiquement assurer les seconds tours glorieux. De ce point de vue, le refus persistant du PS de se démarquer clairement de l’État d’Israël (affaire Boniface) ou l’engagement de nombre de ses caciques aux côtés des intellectuels sionistes (juifs ou pas) dans l’affaire Ramadan pourrait être nettement contre-productive.
Sur la toile
Je ne sais pas d’où ça sort, mais ça circule sur le Net. Un court texte de Philippe Geluck, le talentueux père du Chat (qui expose en ce moment à l’école des Beaux-Arts de Paris, jusqu’au 4 janvier). J’ai trouvé que ça valait bien de vous le faire lire : « Les Français sont en train de se poser la question de savoir s’ils ne devraient pas imprimer sur les paquets de cigarettes (dont le prix vient d’ailleurs d’augmenter considérablement) la photo d’un fumeur atteint du cancer du même nom ainsi que la mention "Le tabac tue". L’effet sera-t-il suffisamment dissuasif pour décourager les futurs consommateurs ou faire baisser la fréquence d’inhalation des adeptes de Jean Nicot (1530-1600) ? L’idée n’est pas bête et pourrait faire des petits. On ferait imprimer sur les sachets de bonbons des photographies de dents gâtées et sur les étiquettes des bouteilles de bière ou de whisky des clichés d’accidentés de la route perdant leurs derniers litres de sang dans le bas fossé. Sur chaque emballage plastique, chaque canette, chaque bouteille d’eau minérale, une vue de décharge publique où s’entassent pour les siècles des siècles les rebuts de notre société d’hyperconsommation. Sur nos T-shirts, casquettes et chaussures de sport, on verrait le portrait des enfants esclaves qui, dans des caves obscures quelque part en Asie pour quelques centimes d’euro, cousent de leurs petits doigts les vêtements que nous porterons seulement quelques fois avant de les bazarder parce que le coloris ne sera plus de saison. Il faudrait aussi apposer sur chaque litre d’essence l’image d’une mouette mazoutée et sur chaque baril de pétrole, celle des terres inondées par les océans qui vont bientôt déborder suite au réchauffement de la planète ou celle de populations martyrisées par des guerres dont le seul but est de préserver l’approvisionnement d’or noir des pays les plus riches et les plus égoïstes du monde. Excusez-moi, je m’énerve. Au fond, la meilleure solution serait peut-être, tout simplement, de faire imprimer sur les billets de banque cette mention : "Peut nuire gravement à l’humanité." »
Encore un attardé de gauchiste irresponsable, ce Belge !

 


(1) « L’autre visage de Tariq Ramadan », par Bernard-Henri Lévy, et « Rester Verts ou devenir bruns ? » par Vincent Fillerin, dans Le Monde du 1er novembre.
(2) Voir le sec communiqué du secrétariat d’organisation du FSE : « Un certain nombre de commentateurs mettent en cause le FSE en voulant voir des propos à caractère antisémite dans le texte de Tariq Ramadan qui a circulé sur la liste de diffusion du FSE. Ce texte n’est nullement antisémite sinon le comité d’initiative français (CIF) en tant qu’organisateur du FSE en aurait tiré toutes les conséquences, même si des appréciations diverses peuvent être portées sur ce texte. En conséquence, le FSE étant un espace pluraliste de rencontres et de débats, Tariq Ramadan y a sa place. »(1)
 
 
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Dernière mise à jour : ( 28-07-2005 )
 
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