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Le « général » Sharon ? 12/06/2004 Dans les colonnes du Figaro (11 juin 2004), un article signé Gérard Chaliand, intitulé ‘Les butoirs de la stratégie américaine’, élabore un état des lieux de la guerre contre le terrorisme, et notamment la guerre contre l’Irak, au lendemain du vote à l’unanimité de la résolution de l’ONU sur la souveraineté irakienne. On peut notamment y lire que : « Régionalement, tandis que l'Afghanistan n'a qu'une présidence fragile, que l'avenir du régime pakistanais reste préoccupant et que les islamistes viennent à nouveau de frapper de façon efficace l'Arabie saoudite, le grand vainqueur, jusque-là, des lendemains du 11 septembre 2001 est le général Sharon. » Au-delà de l’opinion exprimée par l’éminent spécialiste du terrorisme qu’est Gérard Chaliand, il est plus que légitime de s’interroger sur l’utilisation de cette expression, ‘le général Sharon’, pour désigner le Premier ministre israélien, élu démocratiquement. Dans un contexte de ‘guerre contre le terrorisme’, on comprend aisément quels objectifs cette expression sert : elle ne fait que réduire à néant la légitimité d’un chef d’Etat, dont la politique ne semble pas appropriée dans ce contexte, qui correspond pourtant – rappelons-le – à un contexte de guerre, au moins depuis Septembre 2000, avec le début de la Deuxième Intifada. Et c’est à ce titre que cette expression n’est pas tolérable. Ariel Sharon est le représentant légitime de l’Etat d’Israël, élu par le peuple, et ce de manière démocratique. Or, en se référant à lui en tant que ‘général’, on peut laisser penser qu’il ne s’agit pas d’un représentant légitime d’une nation démocratique, à l’instar de toutes les dictatures voisines de l’Etat hébreu (Irak et Pakistan en tête). On peut vouloir disqualifier la politique de Sharon, considérant qu’elle n’est pas apte à résoudre le problème – bel et bien réel – du terrorisme. Mais vouloir réduire la légitimé d’un chef d’Etat élu ou le renvoyer dos-à-dos à n’importe quel dictateur ne reflète pas la réalité des faits. On a connu des textes dans lesquels Gérard Chaliand était bien plus modéré, en qualifiant par exemple l'élimination ciblée de Rantissi d'acte de guerre, alors que certains y voyaient du 'terrorisme d'Etat'. Ce qui peut paraître comme un détail aux yeux de certains, s'inscrivant dans un texte dense et bien plus long, n'en reste pas moins notable, étant donné les enjeux idéologiques du conflit.
Jeremy Ghez
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