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08-09-2008
 
 
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07-06-2004

 

Now that's what I call wishful thinking !

08/06/2004
 
  

L'horreur du terrorisme, dont les images nous parviennent, jour après jour, sur nos écrans de télévision, semblent pousser certains à tenter de relativiser le phénomène en lui donnant des explications - jamais de justification, diront-ils.  C'est un moyen -  inconscient? - de se protéger, nous, citoyens français:  nous qui avons été contre la guerre en Irak, et qui avons tenu tête aux Américains, comment pouvons-nous être sur la liste noire de ces terroristes, qui ne font que frapper les intérêts de Bush et de ses suppôts?
 
Parce que c'est bien la guerre d'Irak qui définit aujourd’hui le degré de vulnérabilité au terrorisme dans l'esprit de ceux qui veulent trouver une réponse à tout.  Denis Sieffert, directeur du journal Politis, fait d'ailleurs parti de ceux-là.  "Les bombes de Madrid, le 11 mars dernier, visaient clairement un gouvernement espagnol totalement engagé dans la croisade de George W. Bush", apprend-on dans son éditorial du 3 juin.  D’où la conclusion implicite : les Espagnols – civils inclus – ont été punis pour leur comportement, mais nous Français, ne risquons rien.  M. Sieffert passe néanmoins sous silence les menaces émanant des responsables d’Al-Qaida à l’encontre de la France, à la suite du vote de la loi interdisant le voile islamique à l’école.  De la même manière, le récent attentat, prévu sur Paris, et déjoué cette semaine par la police française prouve bien jusqu’à quel point la guerre menée par Al-Qaida est totale, et que l’intervention américaine en Irak n’est qu’un simple prétexte, un argument de communication pour Ben Laden – qui est loin de se priver de l’utiliser, puisqu’il marche, comme le montre les propos de Sieffert ! 
 
La base d’Al-Qaida en Irak a d’ailleurs réussi le même tour de force, avec l’assassinat du jeune américain Nicolas Berg.  Condamnant, dans un entretien à TF1.fr, les actes de torture commis par les soldats américains en Irak, et insistant sur l’importance d’être « irréprochable » lorsque l’on est la partie « dominante » dans une guerre, Barthélemy Courmont explique que « l’exécution récente de ce jeune Américain est exemplaire : on lui fait porter un costume ressemblant à celui des prisonniers de Guantanamo et on justifie l’acte en disant que c’est une réponse aux sévices qu’on subi les prisonniers irakiens. C’est une manière de dire aux Américains: on ne va pas vous exécuter pour ce que vous êtes, mais pour ce que vous avez fait. C’est un message très fort qui s’adresse à l’opinion publique américaine. »  Courmont  pourtant oublie de dire que Berg était juif, et qu'il n'est pas injustifié de se demander quel rôle immense cela a pu jouer dans son assassinat.  Berg a été saigné, tel un porc, afin qu’il ne meure pas tout de suite, et qu’il souffre le plus possible, et ce de manière consciente, avant de s’éteindre.  Vouloir nier la dimension fortement fanatique et idéologique de cet assassinat n’est pas acceptable. De plus, la conclusion de Courmont n’est pas satisfaisante : Berg était un innocent.  Accepter ces propos,  c’est entrer dans la logique tout Américain est coupable, quelque soit ces actes, quelque soit sa fonction. 
 
Y voir « un message fort », c'est peut-être une manière de vouloir s'affirmer comme solidaire d'un peuple que l'on considère comme victime (et qui l'est vraiment, si l'on considère les quelque quarante ans de dictature, et les multiples guerres, et d’oppression qui l'ont frappé).  Mais il n'en reste pas moins qu'il y a amalgame, entre le peuple d’une part et les terroristes, qui ne cherchent rien d’autre que le chaos, allant alors à l’encontre de ceux qu’ils prétendent défendre.  Pourquoi, d’ailleurs, n’y a-t-il pas, de la part de Courmont, la même condamnation de l’assassinat contre Berg ?  Parce qu’il est moins condamnable ?
 
A ce titre, il y a également quelque chose de très préoccupant dans les propos de Sieffert, dans la mesure où celui-ci veut absolument remettre le combat de Ben Laden dans une perspective coloniale : le projet du chef d’Al-Qaida, et la haine qu’il éprouve pour les Américains seraient simplement liés à la présence de troupes américaines en Arabie saoudite.  A l’appui, Sieffert cite les propos tenus par Ben Laden, au journaliste britannique Robert Fisk, dans un entretien de 1996 pour The Independent : « Le peuple comprend maintenant les discours des oulémas dans les mosquées, selon lesquels notre pays est devenu une colonie américaine. Il agit avec détermination pour chasser les Américains d’Arabie Saoudite. […]La solution à cette crise est le retrait des troupes américaines. Leur présence militaire est une insulte au peuple saoudien ». 
 
‘Ainsi parlait le chef d’Al-Qaida’, conclut Sieffert.  Tout se passe comme si la radicalisation de Ben Laden n’est venu qu’après, du fait du comportement des Etats-Unis.  C’est pourtant oublier la dimension sous-jacente et profondément raciste de ces propos.  Si la présence américaine est une insulte au peuple saoudien, ce n’est que parce que ces troupes n’étaient pas constituées de musulmans.  Et pourtant, c’étaient bien ces troupes qui constituaient l’unique rempart contre un dictateur sanguinaire, nommé Saddam Hussein, et dont la soif de territoires, aux yeux de nombreux experts, n’était pas prête d’être assouvie avec le seul Koweït.  On sait aujourd’hui que l’Arabie saoudite était tout aussi vulnérable…  Mais aux yeux de Ben Laden, le potentiel occupant irakien avait probablement le bon goût d’être musulman.  L’insulte aurait été donc bien moins grande.
 
Ce genre de réflexion, bien évidemment, on ne l’attendrait pas d’un personnage comme Ben Laden.  On est pourtant en droit de l’attendre d’un journaliste, dont le désir de relativiser le caractère totalitaire et répugnant d’un groupe terroriste est très préoccupant.  L’utilisation systématique d’une grille de lecture coloniale pour interpréter des événements qui s’inscrivent dans un cadre idéologique, géographique et géopolitique bien plus complexe tend à simplifier faussement une réalité du terrain qui demande réflexion et débat.

Jeremy Ghez
 

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Dernière mise à jour : ( 30-08-2005 )
 
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