Une terre sainte, deux peuples Article paru dans Diplomatie Magazine n°6, p.14, par Mahdi Abdul Hadi 15/01/2005 AS : Diplomatie Magazine, est un bimestriel peu connu du grand public. Son allure sérieuse, sa mise en page austère mais surtout l’aridité de certains sujets traités, le réservent tout naturellement aux amateurs éclairés de géopolitique. Force est de lui reconnaître une certaine objectivité, dans ses dépêches comme dans son éditorial. En revanche, pour certains sujets sensibles, le choix des contributions me semble parfois discutable, surtout quand le débat contradictoire est absent. Ici, Mahdi Abdul Hadi, directeur de la Palestinian Academic Society of International Affairs, se livre, sous des dehors d’analyse dépassionnée, à un réquisitoire tantôt injuste, tantôt instructif contre l’état d’Israël. Décryptage. Après avoir constaté l’échec du processus de paix, l’auteur en expose les diverses conclusions qu’il convient d’en tirer. Première d’entre elles : “ 1) Une solution axée sur un Etat binational ne satisfera pas les thèses sionistes (...) préconisant un Etat juif.” Satisferait-il les aspirations palestiniennes ? L’admettre serait considérer que la lutte menée par l’OLP depuis 1965 n’était pas une lutte de libération nationale, mais une simple revendication _ armée _ pour accéder à une citoyenneté israélienne pleine et entière ou exiger davantage de représentativité dans les instances démocratiques de l’Etat hébreu. Certes il s’agirait d’une stratégie avantageuse pour, de par la démographie palestinienne [1], ôter à Israël son caractère juif, et donc son existence en tant que foyer national juif _ c’est sans doute là ce qu’espèrent les partisans du droit au retour à outrance et leurs alliés en Syrie, en Iran ou à la LCR. Pour autant doit-on estimer que les détournements d’avions des années 70, les rodomontades de Nasser, le véritable créateur de l’OLP, le soutien affiché d’Arafat à Saddam lorsque celui-ci lançait ses Scuds sur Israël, les actes de terrorisme d’un Abou Nidal, bref le visage que prit parfois la lutte palestinienne, (résistance pour certains, terrorisme pour d’autres), peut-on dire que cela est comparable aux velléités autonomistes du Chiapas ou du Nunavuut ? Plus loin, l’auteur nous gratifie d’un encart prétendument objectif, sous le titre évocateur de « L’hypocrisie des dirigeants israéliens et palestiniens ». On entrevoit enfin l’image des torts partagés, et en filigrane, de la balance, symbole d’équité et de justice. Mais l’impartialité demeure aux abonnés absents : « Exemple d’un épisode israélien : Le gouvernement israélien a poursuivi ses atrocités, avec pour objectif plus de destructions, d’assassinats (…) et de souffrances infligées aux palestiniens. (…) « Exemple d’un épisode palestinien : L’hypocrisie de la politique palestinienne se caractérise par les luttes menées entre dirigeants des diverses factions politiques pour avoir droit à une place au soleil sur un bateau en perdition » Après ce dos-à-dos douteux (quid de la politique d’attentats suicides, ne fût-elle que laxisme complaisant ?), Abdul Hadi va laisser échapper, dans son argumentaire, une révélation d’une importance capitale : « L’establishment du Fatah comprend (…) la jeune génération palestinienne de la première Intifada, et les activistes des Tanzim et Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa, qui portent la responsabilité et le fardeau de l’Intifada actuelle, et constituent 70 % des membres du Conseil Législatif Palestinien » À entendre pourtant nombre de médias français (L’Humanité, Libération, National Hebdo), on trouverait exclusivement des islamistes rétrogrades et ultra-minoritaires derrière les attentats suicides ; ceux-ci, traumatisés par les incursions israéliennes et désavoués par un Arafat condamnant sempiternellement leurs attaques, ne font qu‘exprimer une réaction légitime à la colonisation israélienne, aux ‘massacres’, à la misère, à la domination des Etats-Unis et aux inégalités engendrées par la mondialisation. Aucun rapport avec la réalité décrite ici… Par ailleurs nombre d’observateurs, y compris Dominique de Villepin , critiquèrent l’éviction de Yasser Arafat au motif qu’on ne pouvait désavouer un président élu. Sans revenir sur le simulacre d’élection de 1994, que dire d’un Parlement dont 70% des membres font partie d’une organisation ayant des activités terroristes ? Passons ensuite sur la traditionnelle dénonciation du fameux mur comme instrument visant à emprisonner 3,5 millions de palestiniens. Regardons la carte : Israël limite l’accès des Palestiniens à son territoire, grand comme l’Ile-de–France et l’Ille et Vilaine réunis. Derrière lui, la Méditerranée. Derrière la future Palestine : l’immense monde arabe, tout entier hostile à l’Etat Hébreu. N’est-ce pas plutôt Israël qui se retranche derrière sa clôture de sécurité ? Ne sont-ce pas plutôt les Israéliens qui s’emprisonnent, comme déçus du monde extérieur ? Certes on peut toujours en discuter le tracé, incontestablement trop gourmand. Mais cette question n’est pas soulevée, preuve que la victimisation excessive est parfois source de manque de réalisme. Enfin, après avoir souligné que la société civile palestinienne semble ‘coincée’ entre le Fatah et les islamistes, l’auteur explique que celle-ci espère’qu’Israël prendra les mesures nécessaires à la restauration d’une confiance suffisante pour convaincre le Palestinien moyen d’adhérer à la nouvelle culture de la négociation’ (sic). Un pays en proie à des attaques quotidiennes peut certainement se permettre d’attendre ainsi le bon vouloir de la partie adverse…L’urgence me paraîtrait davantage dans la résolution politique du conflit, que doit précéder la « solution militaire » : une répression stricte contre les organisations terroristes, qui n’aura de sens que si l’on admet le retrait de la quasi-totalité des territoires. Enfin, la conclusion, paroxystique : « les Israéliens ont été invités par tous les dirigeants arabes, y compris les Palestiniens, à être reconnus comme citoyens à part entière du Moyen-Orient,et ils ont refusé » Un petit regard sur les cinquante dernières années suffit pour en douter… Ni le triomphalisme des militaires d’après 1967, ni les thèses des fanatiques ultra-orthodoxes ne suffisent à inverser la tendance qui est, pour le monde arabe mais aussi musulman en général, à un rejet viscéral d’Israël, considéré comme simultanément pointe avancée et symbole (donc bouc émissaire) de l’ Occident au cœur d’une oumma encore bien fictive _ si ce n’est dans les peurs et les fantasmes de sociétés déstructurées, « humiliées par la science occidentale », selon nombre d’observateurs. Mais le Japon hier, la Corée aujourd’hui et la Chine demain ont su ou sauront, et de quelle manière, rattraper leur retard technologique sans que leur culture ne disparaisse pour autant, au prix d’ une évolution des mœurs à peu près incontestée. Pourquoi le monde islamique ne connaitrait-il pas la même évolution ? En raison de l’emprise du religieux sur le politique ? Par absence de tradition logico-déductive en raison de la persistance de l’ apprentissage par cœur ? Les explications racistes ne servent à rien, seule compte la réalité qu’exprime l’assentiment général aux propos scandaleux de Mahathir. Le meilleur pour la fin : Les Israéliens ont refusé ces propositions,car, plutôt que de les accepter, « ils ont fait le choix de renier le droit des Palestiniens, tant ils sont obsédés par leurs thèses exclusivistes et leur besoin inhérent de contrôler un autre peuple tout en cultivant une culture orientée vers la vengeance. » Dira t-on la même chose de l’ Egypte et de la Jordanie, qui s’emparèrent de l’actuelle Palestine en 1948 sans envisager un instant de lui rendre son indépendance ? Et sans doute ne pourra t-on en dire autant d’une OLP qui prévoyait naguère, non pas de contrôler les juifs, mais de les rejeter à la mer, comme le chantait la regrettée Oum Kalsoum. Au final, les amateurs de diplomatie seront déçus à la lecture de cet article !
Steve Danino
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