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17-05-2008
 
 
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14-05-2003

 

Démocratie et religion en Israël

15/05/2003
 


Le problème de la place que doit avoir la religion dans l’Etat d’Israël n’est pas nouveau. Il est posé dès les débuts du sionisme, dès la fin du XIX ème siècle, à partir du moment où une partie du public religieux et de ses rabbins s’est ralliée au mouvement sioniste. Jusqu’à la création d’Israël en 1948, trois camps en présence avaient des positions clairement définies. La majorité du mouvement sioniste était laïque et voulait un Etat moderne et séculier, le camp religieux partageait l’aspiration à un Etat moderne, mais voulait que cet Etat fasse une large place à la tradition juive et refusait la séparation entre l’Etat et la religion. Enfin le camp haredi, ou ultra religieux était antisioniste. L’Etat d’Israël est né en 1948 sur la base d’un compromis entre ces différentes perceptions de ce que devrait être l’Etat juif.  Les lois fondamentales de l’Etat d’Israël le définissent comme un Etat «  juif et démocratique », la question se pose alors de savoir si la judéité et la démocratie sont des principes parfaitement conciliables ou si, au contraire, ils sont en tension permanente. Plus profondément ces dernières années le débat sur la place de la religion dans le droit et la politique israélienne renvoie à un problème identitaire ancré dans la société israélienne : le caractère « juif » de l’Etat d’Israël doit il être affirmé ou bien au contraire faut il qu’Israël devienne un Etat démocratique comme les autres ?
 
 
 
I/ 1948 : le « statu quo » définit les rapports entre l’Etat d’Israël et la tradition juive.
A/ L’Etat juif laïque de David ben Gourion
 
 
Le compromis sur lequel l’Etat d’Israël est fondé, également appelé le statu quo, a été préparé par David Ben Gourion : l’Etat serait laïque, moderne et séculier, mais il respecterait les obligations fondamentales érigées par la tradition juive, respect sans lequel les Juifs religieux ne pourraient y vivre : l’état civil (qui est juif, les mariages, divorces…) serait géré par les tribunaux rabbiniques, les cantines seraient cachères dans l’armée et les institutions publiques, et enfin, un point qui est aujourd’hui très controversé, les étudiants religieux des yéchivot seraient dispensés de service militaire. Ce compromis fut alors rendu possible par le fait que pendant longtemps les chiffres de la population ultra religieuse n’étaient pas très élevés, de plus les « hommes en noir » se désintéressaient des affaires de l’Etat tant que leurs intérêts propres n’étaient pas directement concernés. Ensuite, le camp sioniste-religieux et le camp laïque avaient en commun l’objectif de créer une société moderne et sioniste. Ils partageaient également un désir de modération tant sur les plans politiques que religieux, ceci a permis des coalitions Mapai  PNR  (Parti national religieux) durant les premières années de l’Etat hébreu. Il faut également préciser que la génération des pères fondateurs d’Israël était extrêmement instruite du judaïsme, de la pensée juive et de la tradition et qu’elle tenait à ce que Israël soit un Etat qui continue à présenter tous les mythes et les symboles d’attachement au judaïsme : l’hymne national, le drapeau, la loi du retour en sont imprégnés.
 
Cependant, cinquante ans plus tard, on s’aperçoit que ce statu quo a entraîné de très nombreuses crises politiques, et ceci pour trois raisons : d’abord à cause de son caractère flou permettant de multiples lectures et interprétations, ensuite parce que les différents camps laïque ou religieux ont tout de suite essayé de « grignoter » à leur avantage ce statu quo et d’en modifier les contours à chaque problème qui se présentait. Enfin, on peut penser que le statu quo, plus qu’un problème de formulation du droit, représentait en réalité bien un désaccord profond sur la nature de l’Etat d’Israël. Le compromis bancal mis au point par David Ben Gourion cachait des divergences essentielles qui font jour dès les année 1970, l’Etat d’Israël apparaît alors, selon les termes du politologue Ilan Greilsammer comme « l’Etat du malentendu ».
 
B/ L’apparition de partis politiques revendiquant un caractère religieux plus marqué
 
 
 Le premier facteur qui fait voler en éclat ce fragile compromis est l’accroissement démographique de la population ultra religieuse en Israël, ainsi les concessions réalisées en 1948 au profit d’une minorité très restreinte s’étendent aujourd’hui à un plus large pourcentage de la population israélienne ( l’exemption de service militaire pose à cet égard de nombreux problèmes). Seconde évolution notable : l’entrée des ultra religieux sur la scène politique qu’ils avaient laissé jusque là aux mains des grands partis laïques. Le phénomène le plus notable dans ce domaine est l’apparition du parti Shas que l’on peut traduire par : parti des Sépharades respectant la Thorah. Crée en 1984, il est en 1999 le troisième parti politique israélien. Or,le parti Shas regroupe un public qui n’adhère que partiellement aux valeurs de l’Etat de droit laïque, moderne et démocratique, valeur qu’il attribue aux « élites » ashkénazes. En effet, bien que le parti Shas se présente essentiellement comme un parti religieux, il représente pour une large partie de ses électeurs, une révolte (tardive) contre une forme d’oppression culturelle supportée par les juifs sépharades lors de leur arrivée en Israël. Reste que pour ce parti qui tente à prendre de l’importance, les valeurs de laïcité et de démocratie ne sont pas constitutives de l’identité israélienne, leur sont préférées les valeurs traditionnelles de la Halakha ( la loi juive). Cette attitude d’aliénation à l’Etat de droit moderne se manifeste de façon particulièrement aigue dans le rejet de ce que qui constitue l’achèvement des valeurs laïques et démocratiques : la Cour Suprême d’Israël. Celle-ci symbolise par excellence le modernisme ashkénaze ou plus largement laïque et non soucieux des valeurs juives. Les manifestations de février 1999 menées d’abord par les partis religieux sous les bannières de «  halte aux attaques portées contre la tradition et le judaïsme », puis par les partis laïques en réaction laissent penser que le fossé entre religion ( ou plutôt certains religieux) et démocratie en Israël peut a pu prendre des dimensions importantes. 
 
Seconde évolution de la société israélienne qui a contribué à rendre caduque le compromis de Ben Gourion : une radicalisation d’une partie mouvement national religieux. Cependant, il faut prendre garde à la généralisation : si cette radicalisation concerne une partie du mouvement national religieux, elle n’en regroupe pas sa totalité, un grand nombre d’entre eux continue d’adhérer aux règles démocratiques du pays.  Enfin, l’apparition et le renforcement des partis religieux a conduit à de nouvelles revendications de leur part ; un accroissement des budgets qui leur consacrés, affirmation du caractère « juif » de l’Etat par un ensemble de lois visant à étendre les lois religieuses à l’ensemble de la population : arrêt de la circulation routière dans certains quartiers durant Chabat et les fêtes juives…
 
 
 
 
II/ Israël, un Etat juif et démocratique.
A/ Une citoyenneté particulariste : Israël l’Etat des Juifs ou l’Etat de tous les citoyens ?
 
Le problème de l’octroi de la citoyenneté israélienne pose également le problème du lien entre démocratie et religion. En effet la loi de 1952 qui fixe les conditions d’octroi de la citoyenneté israélienne établit une différence majeure entre l’acquisition de la citoyenneté par les Juifs, définis selon les critères religieux, et les non Juifs. Les premiers bénéficient d’un droit automatique à la citoyenneté israélienne qui découle immédiatement de la Loi du retour de 1950, qui accorde à tout juif le droit d’immigrer en Israël. L’acquisition de la citoyenneté est dans ce cas inconditionnel, l’Etat ne pouvant s’y opposer que dans des cas très limités  (passé criminel par exemple). Cet automatisme dans l’attribution de la citoyenneté est le symbole le plus flagrant du caractère « juif » de l’Etat d’Israël. Du côté des non juifs, la citoyenneté s’obtient sur un fondement juridique : leur résidence sur le territoire israélien. L’Etat est donc obligé de se livrer à une différenciation entre Juifs et non Juifs nécessaire à leur gestion différenciée. Ce processus d’identification s’opère par le biais de la catégorie leom au sens de nationalité, ou plutôt affiliation ethnique qui figure sur les registres d’état civil et les cartes d’identité. Il n’y a donc pas en Israël de citoyenneté abstraite puisque chaque individu est tenu d’avoir parallèlement une sorte d’ « origine » : juive, druze, ou arabe. En aménageant une place privilégiée au groupe ethnico-national juif tout en octroyant la nationalité sur une base inclusive, Israël apparaît comme une démocratie d’un genre spécifique que Sammu Smooha a   appelé « démocratie ethnique ». Cette qualification correspond bien à la nature duelle de l’Etat d’Israël où la souveraineté politique appartient à l’ensemble des citoyens (Juifs et non Juifs) mais où l’Etat appartient, non à la nation israélienne qui regrouperait tous les citoyens israéliens mais à la nation juive. Un tel alliage fait de la « démocratie ethnique » israélienne un ensemble qui peut sembler particulier, voire ambigu ( il affirme l’égalité formelle des citoyens tout en assurant la prépondérance d’un groupe de citoyens) mais qui permet de répondre au problème très particulier qu’est l’identification des Juifs du monde entier à un Etat qui soit le leur de manière définitive et inconditionnelle.
 
 
B/ Une ambiguïté fondamentale qui révèle peut être les faiblesses d’un sionisme exclusivement laïque.
 
Nous l’avons vu, le système socio-politique n’a pas séparé la religion de l’Etat, allant jusqu’à assujettir au droit religieux le champ des relations matrimoniales ainsi que la définition des  critères d’appartenance à la collectivité. Mais, dans le même temps, il a fait de ces rabbins et de ses juges religieux des fonctionnaires de l’Etat. Dès lors, s’est amorcé au fil des ans le processus de « religionisation » symbolique et institutionnelle de l’Etat. Le processus de « religionisation » a été le fruit de l’interaction de deux facteurs : les changements démographique apporté par une immigration de masse d’origine africaine ou asiatique peu touchée par le processus de laïcisation. Et second phénomène, la «  religionisation » a résulté de la difficulté essentielle pour le sionisme de se détacher d’un arrière fond religieux auquel il est profondément lié. En effet, la destination géographique du peuplement sioniste, ainsi que la plupart des symboles utilisés pour encourager l’émigration juive vers Sion ont été puisés dans la religion juive et non dans les théories socialistes et universalistes. En fait, le vernis laïque du nationalisme sioniste s’est dès le commencement révélé particulièrement fin et fragile. En effet, le problème des partis laïques par rapport eux partis religieux en plein essor c’est peut être qu’ils n’ont pas de message idéologique fort à délivrer, sinon une opposition frontale et aveugle à toute expression religieuse. Le programme du parti laïque Shinouy, dirigé par le journaliste Tommy Lapid et qui a obtenu six sièges aux dernières élection est à cet égard révélateur : il s’agit de n’entrer dans aucun gouvernement dont les ultras religieux feraient partie. Enfin, il faut remarquer que la proportion de Juifs religieux quittant Israël est nettement inférieure à celle des Juifs laïques.
 
 
Conclusion
L’expression d’Etat « juif et démocratique » peut prêter à confusion, et le texte juridique ne fournit pas de réponse univoque. Mais comme le dit Aharon Barak qui fut président de la Cour suprême : «  la démocratie n’est pas seulement le pouvoir de la majorité, mais aussi le règne des valeurs fondamentales », or les valeurs fondamentales de l’Etat d’Israël sont doubles : il s’agit des valeurs démocratiques et des valeurs juives et cette dualité doit être au sens des préoccupations, non seulement des juristes mais de tout Israélien si l’on veut qu’elles restent compatibles. Pour finir sur les mots de A. Barak : « Les philosophes et les chercheurs, les rabbins et les professeurs, les étudiants des yéshivot et ceux des universités, toutes les couches de la société israélienne auront à s’interroger sur les valeurs de l’Etat juif comme Etat juif et démocratique.

Emanuelle Girsowicz 
 

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Dernière mise à jour : ( 28-07-2005 )
 
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