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20 Minutes, un journal bien expéditif 04/02/2004 “SHARON N’EST PAS CRU SUR PAROLE” Article paru dans 20 minutes, mercredi 4 février, p. », par C. Lemaistre La culture de l’instant s’est installée en France : gloire télévisuelle éphémère de la télé-réalité, vision à très court terme des décideurs économiques, revirements opportunistes des hommes politique. L’écrit durable est supplanté par l’audiovisuel en temps réel, les modes se succèdent sous les regards indifférents de quelques désabusés… Comment s’étonner dès lors que les médias récupèrent ce qui a fait le succès des fast-foods : mêmes plats sempiternellement resservis, nourriture (intellectuelle) préparée à la va-vite et parfois indigeste, pas de compétence requise pour les serveurs… ? Voilà ce qui fait le succès de 20 minutes : rapidité, disponibilité, gratuité. Sauf qu’il s’agit ici d’information, et qu’il y a une composante essentielle de la démocratie en jeu, ce qui implique des devoirs supplémentaires (lire à ce sujet l’édito du 5 janvier 2004 intitulé « Objectif Lumière » ). Voici comment un journal désormais populaire traite d’un sujet aussi brûlant : « Scepticisme. Les déclarations d’Ariel Sharon sur sa volonté de redéployer en Cisjordanie les colonies juives de la bande de Gaza ont reçu hier un accueil mitigé. Les colons et la droite nationaliste, dont de nombreux membres du Likoud, son propre parti, ont dénoncé cette prise de position et menacé de faire chuter le gouvernement. Et les travaillistes doutent de la volonté réelle du Premier ministre d’évacuer la bande de Gaza. Enfin les Palestiniens, comme une grande partie de la communauté internationale, demandent à voir. » La veille pourtant, Ahmed Qoreï saluait ce geste…tout comme Shimon Pérès, qui devait proposer le lendemain à Ariel Sharon, au nom du parti travailliste, de supplanter les orthodoxes du Shas (parti israélien d’extrême droite) et les députés colons en cas de départ de ces derniers. Avec un enthousiasme sincère (quid du « doute » ?) qui révèle à quel point Pérès a gardé confiance en son ex-protégé de l’armée (mais oui !) au temps où Sharon était encore un général travailliste et fougueux… Bien sûr on ne saurait faire reproche à C.Lemaistre de n’avoir pas anticipé la veille les déclarations du lendemain. Pourtant, nul besoin d’être extra-lucide pour entrevoir la réaction de Shimon Pérès : à son âge, et compte tenu de son passé, on voit mal comment il refuserait une telle opportunité …surtout que cela serait préjudiciable à sa santé cardiaque ! Remarquons au passage que le cacique Pérès, fût-ce en servant son ambition, entraîne avec lui une majorité du parti travailliste_ dans la voie de la paix, de la modération, du réalisme et de l’union nationale. C’est le choix qu’ont fait beaucoup de grands hommes d’ Etat. * Mais ceci échappe sans doute à un journaliste pressé, pour ne pas dire, peut-être, incompétent. M.Lemaistre va donc faire appel à un véritable maître cette fois-ci, c’est-à-dire un expert en géopolitique. Qui est donc sollicité ? Didier Billion , directeur des études de l’IRIS … Nous vous laissons juger par vous-même, avec ce florilège de citations de cet expert que l’on trouve ça et là sur Internet. A la une, l'intervention - bienvenue - de l'armée américaine en Afghanistan à l'hiver 2001. Son réalisme bienvenu : « Selon Didier Billion, le parachutage de vivres destinés à la population afghane en pleine nuit dans des lieux non communiqués est une pure opération de communication, les Américains se posant en amis du peuple afghan. » Ses talents prophétiques : « Le spécialiste du Moyen-Orient de l'IRIS pense que les frappes américaines, dont l'enjeu est de désolidariser le pouvoir de Kaboul de la population afghane, pourrait produire l'effet contraire et ressouder l'ensemble de la population derrière les talibans. : "Je crains que si les frappes militaires se reproduisent régulièrement, les Afghans vont soutenir les talibans pour défendre leur pays ". Cette réaction "patriotique" risquerait de retarder l'arrivée au pouvoir de l'alliance du nord à Kaboul. » ( http://digipressetmp4.teaser.fr/site/page.php?num_art=114) Revenons au sujet qui nous occupe. Didier Billion ne fait pas confiance à Sharon : Pour Didier Billion, directeur adjoint de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), cette déclaration est en contradiction avec sa politique. « Au-delà du discours, il y a la réalité quotidienne : des maisons sont détruites par l’armée à Gaza, le mur de séparation se construit, la situation économique des Territoires continue de se dégrader. Pour moi, c’est un coup de bluff, un gage rhétorique donné à l’opinion internationale. » Certes, on peut ne pas accorder le bénéfice du doute à un ancien promoteur de la colonisation à outrance. Mais faut-il rappeler qu’Ariel Sharon est le leader du Likoud le plus modéré de l’ Histoire, le seul qui ait accepté le principe d’un Etat Palestinien, le premier à envisager une retrait, fût-il partiel, des colonies. N’assiste t-on pas à un grand tournant idéologique du Likoud, avec à sa tête un chef d’Etat enfin réaliste, qui revient peu à peu sur les dogmes du parti ? Bien sûr, cela n’implique nullement d’absoudre Sharon et de lui pardonner certains égarements passés, mais on peut au moins saluer ses efforts et l’encourager dans la bonne direction ! Qu’en pense C.Lemaistre ? Alors que le Premier ministre israélien est confronté à une popularité déclinante et risque d’être inculpé pour corruption, il pourrait aussi tenter de reprendre la main en abattant une nouvelle carte. Histoire de se rapprocher des centristes et des travaillistes israéliens. De plus, même si le « Grand Israël » fait partie de l’idéologie du Likoud, Sharon sait que cette idée n’est plus défendable vis-à-vis de la communauté internationale. En perte de vitesse, « il avance ses pions pour apparaître comme un sauveur pour la communauté internationale. Admettons (encore que). Mais allez comparer l’impact de cette affaire de détournement de fonds (qui concerne d’ailleurs davantage son fils aîné) avec l’immense progrès vers la paix que constituerait un retrait de Gaza ? En réalité, le journaliste (avant tout présent pour poser des questions, rappelons-le) arrive dès le départ …avec ses réponses. C’est ce qu’on appelle un préjugé. Chaque événement devient significatif, mais toujours de la même chose : chaque bavure israélienne est dûment dénoncée, parfois avec trop d’insistance ; chaque geste pacifique est mis en doute, parfois avec trop d’intransigeance. Une telle attitude nous rappelle le comportement d’une certaine gauche, celle-là même qui voue une hostilité viscérale à l’ Etat d’Israël par tiers-mondisme excessif, par souci électoral, voire pour d’autres motifs encore moins avouables. Bref, le journaliste adopte le point de vue de l’IRIS…Rappelons que celle-ci est présidée par Pascal Boniface, qui suggérait au printemps 2002 de raidir le discours antisioniste du PS, et ce à des fins purement électoralistes…Lire à ce sujet la cinglante réponse d’ Armand Lafèrrère dans la revue Commentaire (novembre-décembre 2003), qui, quoique peu indulgent à l’ égard de l’ Islam, démonte avec brio la mécanique infernale « bonifacienne »
Steve Danino
* De Gaulle, allié des communistes, et «réconciliateur» en 1945 ; Sadate, qui préféra le compromis à l’engrenage de la violence par pragmatisme ; Nehru qui établit sous le regard favorable des deux superpuissances, une Inde authentiquement ouverte, moderne et démocratique….
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