|
Le conflit au Proche-Orient et le monde, colloque AFIDORA 2005 France, Israël, Monde Arabe : des relations complexes 27 mai 2005 « Certains nous répondront : ‘bonne chance’ ». Telle était la réponse imaginée par Julien Haguenauer, l’analyste d’ qui a introduit ce deuxième débat du colloque, à la question de savoir s’il était possible de réunir un nombre important de personnalités issues d’horizons divers pour parler d’un sujet bien complexe : les relations entretenues par la France avec Israël et le monde arabe. Les invités présents, pour atteindre cet objectif avec nous, étaient :
Freddy Eytan, ancien Ambassadeur d’Israël en République Islamique de Mauritanie, journaliste et écrivain, directeur des Affaires Européennes au Centre d’Affaires Public de Jérusalem, récemment l’auteur de France, Israël, et les Arabes : le double jeu ?
Ferhat Mehenni, spécialiste du Maghreb, chanteur, écrivain et porte-parole du mouvement pour l’autonomie de la Kabylie
Ghaleb Bencheikh, théologien, journaliste, présentateur sur France 2 de l’émission du dimanche matin consacrée à l’Islam.
A noter que le président de l’Association France-Palestine Solidarité, Bernard Ravenel, invité confirmé depuis déjà quelques semaines, avait annulé sa venue moins de vingt quatre heures avant le débat, pour des raisons que nous ne pouvons que regretter : M. Ravenel avait la possibilité de faire entendre la voix du courant qu’il représente, et, paradoxalement, a préféré y renoncer... 
Le plateau n’était pas moins divers, et complété par la journaliste d’Arte, Susanna Dorhäge, avec qui j’ai eu le plaisir d’animer le débat. Et à plateau diversifié, thèmes diversifiés. Ce qui suit résume les temps forts du débat, organisés en différents thèmes clés abordés tout au long de la discussion. Abbas, ombre d’Arafat, miroir de Sharon ? Le premier élément remarquable résidait dans le fait que si la question qui a ouvert le débat concernait l’actuel président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, ce dernier n’a été mentionné, au bout du compte, que en tant qu’ombre d’ Arafat :
par Freddy Eytan, d’abord, qui a connu Arafat et a participé à des négociations avec lui, lors desquelles le leader palestinien paraissait bel et bien appartenir à un autre monde. La population palestinienne souffre aujourd’hui du comportement du raïs défunt, et avec Abbas, « une nouvelle page est tournée ». Le nouveau président bénéficie en effet de la confiance des Israéliens qui reconnaissent l’importance de chacun de ses gestes. A ce titre, le reste du monde doit comprendre les problèmes de sécurité posés à l’Etat hébreu, et que Sharon n’est là que pour tenter de les résoudre. Sharon aussi a besoin du soutien de la communauté internationale, car c’est un homme de paix, menacé aujourd’hui par des extrémistes. Eytan conclut donc en dressant une symétrie entre deux hommes de la situation, Abbas et Sharon, qu’il faut aider afin d’endiguer le poids du Djihad et du Hamas.
par Habib Hobeika, également, pour qui Arafat était un personnage trouble, mais à qui il était commode de faire porter le chapeau pour le marasme continuel depuis cinq ans. Dans cette perspective, Abbas – c’était, soyons juste, le point de départ de la réflexion de Habib Hobieka – Abbas jouit d’un a priori positif dans la communauté internationale et dans la région, ce qui devrait faciliter beaucoup de chose, notamment au niveau de la refonte des services de sécurité.
par Sylvain Attal, qui lui a commencé par exprimer sa surprise relative à la vitesse à laquelle la page Arafat a été tournée. Désormais, observe Attal, tout est fait pour réciproquement se faciliter la tâche : report des élections législatives palestiniennes du côté de Abbas pour faciliter le retrait de Gaza préparé par Sharon. C’est donc le pragmatisme qui domine. Abbas, dans cette perspective, sera-t-il l’homme de la transition ? Là réside le réel enjeux actuel. Israël devra rester pragmatique et ne jamais oublier la situation du terrain. Le problème que pose l’action unilatérale est d’ailleurs grand : sans retour à la table des négociations, le risque d’une troisième intifada n’est pas à écarter. Après le retrait de Gaza, une nouvelle initiative de Sharon sera donc essentielle pour maintenir le cap.
par Ivan Rioufol, enfin, pour qui Arafat était un empêcheur de paix, même s’il incarnait une résistance respectable aux yeux de certains milieux occidentaux, pour qui l’antiaméricanisme est devenu la norme, et chez qui l’antisionisme est applaudi.
Terrorisme et équivalence morale La question du terrorisme et de la manière dont l’Occident en général, et la France en particulier ont abordé le problème a constitué un second pilier du débat. C’est d’ailleurs Ivan Rioufol qui a lancé la discussion en expliquant qu’en tant que journaliste, la tâche première qu’il se donnait était de se demander si les problèmes étaient bien posés, et quels étaient les véritables défis posés par les questions d’actualité auxquelles on devait faire face. Dans cette perspective, dit Rioufol, la question de la complaisance et de la définition des vraies victimes devraient occuper la place centrale de l’activité de journalisme. Or, ce qui choque l’éditorialiste du Figaro, est la propension en France à assimiler avec facilité l’Allemagne nazie à l’Etat hébreu, et l’habitude de ne pas creuser le phénomène de terrorisme ou d’idéologie islamiste. Le diagnostic se fait rarement en totale liberté. Pour Rioufol, l’islamisme est un totalitarisme évident, par la haine qu’il propage. La ‘position équilibrée’ dont se réclame la France l’a trop souvent menée, dit Rioufol, à une complaisance trop grande. Répondant à une question concernant l’affaire Chesnot/Malbrunot, enlevés en Irak l’année dernière et libérés quelques jours avant Noël, Rioufol, tout en reconnaissant les difficultés de gestion qui se posaient dans ce genre d’enlèvement pour les pouvoirs publics, s’est indigné du fait que l’on a manqué de peu, en France, de remercier les ravisseurs d’avoir libéré nos otages. Tout le problème, au bout du compte, est de ne pas succomber à une équivalence morale détestable, surtout quand il n’est pas difficile de discerner ce qui moralement tolérable de ce qu’il ne l’est pas. Hobeika, sans se démarquer personellement de ce point de vue, a néanmoins insisté sur la nécessiter de ne pas calquer les grilles de lecture occidentales sur une région d’Orient qui ne partage fondamentalement pas les mêmes valeurs. Le Hezbollah, mouvement terroriste pour l’Occident, n’est autre qu’un mouvement de libération pour des Chiites qui ne sont pas tous candidats au martyr pour autant. Les mentalités en Orient restent obscures et médiévales, et il ne faut pas oublier que les passions religieuses jouent un rôle prépondérant. Dans ce cadre, il n’est pas étonnant que le cas d’Israël ne soit pas vu, dans le monde arabe, à travers l’angle de vision français. L’Etat hébreu, dit Hobeika, s’est constitué sur une idendité nationale et communautaire ; Israël a préparé le terrain pour la confusion. Pourquoi s’étonner alors que dans le monde arabe, on ne s’embarasse pas de nuance et on mélange volontiers les notions de sionisme et de judaïsme? Le prisme occidental n’est donc pas, pour Hobeika, un schéma toujours pertinent pour expliquer une région si compliquée. Attal répondra par la suite à ces propos en indiquant que l’on ne devrait pas envisager la région du Proche Orient en terme de fatalité. Pourqoui la France a-t-elle plus de scrupules à donner des leçons au monde arabe qu’à Israël ? Le journaliste a rappelé une histoire que l’on lui a raconté au cours d’un voyage récent en Israël, faisant état du refus du maire d’un village arabe israélien d’être soumis au contrôle de l’Autorité palestinienne. Là est bien le fond du problème : il ne faut pas se contenter de donner des leçons de morale à sens unique. Le modèle que veulent imposer les radicaux n’est pas accepté par tous. Freddy Eytan, pour sa part, a rappelé les déclaration du cheik Nasrallah qui ce dernier avait tenu quelques jours auparavant : le secrétaire général du Hezbollah avait déclaré que son organisation disposait de 10 000 roquettes qui pouvaient attendre Tel Aviv ou Haifa. Nasrallah, dit Eytan, n’est pas un homme de paix. Ces munitions sont fournies par l’Iran, qui prône la haine et la violence. Ces acteurs ne peuvent donc être considérés comme un interlocuteur valable, contrairement à ce que peut penser la France. C’est en cela que la France joue un double jeu : le pays ne peut pas prétendre mener une politique arabe qui se veut équilibrée, sans dénoncer des groupuscules terroristes comme celui de Nasrallah. Cette position n’a pas varié depuis un siècle, et manque de clareté et de pragmatisme. La France a raté le rendez-vous de l’histoire, alors qu’elle avait un rôle moral et légitime, et aurait pu importer des valeurs universelles dans la région. « Le Proche-Orient est complexe, la France est complexée et frustrée » résume Eytan. A cela, Attal répond : oui, il y a bien double jeu, mais il faut rester juste. L’exemple de l’interdicition en France de la chaîne de télévision du Hezbollah, Al Manar, est révélateur de la volonté française de prendre des positions réellement fermes, même si Chirac peut hésiter et la France avec lui. Hobeika affirmera, répondant à Attal et à Eytan, qu’il n’a absolument aucune sympathie pour le Hezbollah, mais qu’il voulait simplement insister sur la nécessité de ne pas forcément lire l’actualité proche-orientale à travers le prisme français. La déclaration de Nasrallah, à ses yeux, n’est qu’à usage interne, avant le vrai changement que l’ensemble du Hezbollah était en train de ressentir en ce moment. Le Moyen Orient n’est certainement pas figé dans une fatalité moyenâgeuse. Mais la région n’est pas non plus un ensemble homogène, qui réagit de manière uniforme ! L’exemple des élections libres en Irak est à ce titre probant : les Chiites ont voté pour les Chiites, et les Sunites pour les Sunites. Résultat ? On se retrouve avec un ami de l’Iran à la tête de l’Irak, ce qui n’était certainement pas l’objectif des Etats-Unis. Enfin, en ce qui concerne les remarques de Freddy Eytan, Habib Hobeika note les relations intimes qu’il entretient avec les hommes politiques arabes (Rafic Hariri, Bachar El-Assad, Hosni Moubarak). Or peu de ces relations ont réellement porté leurs fruits. La France joue effectivement un jeu curieux, tout en se croyant plus intelligente que les autres. Et elle s’est déjà cassé les dents sur l’affaire syrienne. En réalité, la politique française, est fondée sur des relations personnelles, et vise des buts aléatoires, étant mêlées à d’autres considérations plus cyniques, comme la ventes d’armes notamment. A la question de savoir s’il est possible d’exporter des valeurs démocratiques, Ghaleb Bencheikh rappellera l’existence d’une constitution moderne en Iran qui a été avortée, sous la pression de la Russie tsariste et de la Grande Bretagne. Ce qui a été possible à un moment t de l’Histoire le sera à l’avenir. Chirac : incarnation de la politique arabe de la France ? A la question de savoir si « judéophile et anti-israélien » consituait une bonne description de Chirac, Ghaleb Bencheikh a rappelé que tout individu méritait le respect de la République, indépendemment de ses orientations politiques et religieuses. Que Chirac soit judéophile est donc une bonne chose. En ce qui concerne la question de son hostilité éventuelle envers Israël, rien n’est moins sûr que Chirac soit « anti-israélien ». Ghaleb Bencheikh cite ainsi les nombreuses résolutions de l’ONU qui concernent Israël, et qui n’ont pas été mis en oeuvre. Chirac ne fait que tenter de rééquilibrer une position internationale, biaisée par un alignement systématique des Etats-Unis sur la vision israélienne. Dans cette perspective, la France doit rester fidèle à elle-même et à ses valeurs, même si cela n’a pas toujours été le cas. « Le Tocqueville d’Amérique n’est pas le Tocqueville d’Algérie, le Jules Ferry de la métropole n’est pas le Jules Ferry des colonies ». La France est dépositaire de valeurs, dont notamment celles des Droits de l’Homme. Elle doit faire en sorte de ne pas se récuser, ni de se faire discréditer, sans quoi sa voix ne sera pas entendue. En réponse à Bencheikh, Attal insiste sur un point : la France ne pourra pas jouer un rôle fondamental au Proche Orient en prenant systématiquement le contre-pied des Etats-Unis, bien au contraire. Eytan notera, à propos du président Chirac, qu’il est le seul à avoir admis la responsabilité de la République française dans la déportation de ses concitoyens juifs lors des années les plus sombres de son histoire. Chirac distingue entre sa communauté juive et la politique proche-orientale menée par son pays, et rien n’est plus naturel. Mais Chirac ne peut pas prétendre au rôle d’intermédiaire. Il est nécessaire, d’ailleurs, de comprendre les évolutions de la situation française, et de voir que pendant trente ans, Chirac a toujours été présent. C’est en 1974, en tant que Premier Ministre de Valéry Giscard d’Estaing, que se déroule le virement de la politique française qui devient mercantile. La raison d’Etat devient plus importante que les passions du conflit. Dès 1975, un bureau de l’OLP ouvre à Paris. Et trente ans plus tard, Arafat meurt dans cette même ville. Contrairement à Mitterrand, Chirac n’a pas souhaité s’engager aux côtés des Américains dans la région du Golfe, car il jugeait la politique de Bush trop simpliste. Il a ainsi démontré qu’il est impossible de résoudre un conflit dans un pays étranger par les armes, mais par le respect de toutes les parties prenantes. Il est désormais plus important de penser plus aux vivants qu’aux morts. Attal rebondira sur ce dernier point pour signifier son accord, et, par voie de conséquence, pour demander qu’on arrête de parler de 1975 et de l’ouverture du bureau de l’OLP à Paris. Pour Attal d’ailleurs, la France doit faire le deuil de son rêve de puissance et devrait s’appliquer à s’appuyer sur des valeurs qui lui sont propres pour bénéficier d’une écoute et d’un respect accrus. Pour Rioufol, la France se trompe de camp, et voit d’un oeil bien trop angélique le terrorisme, qu’elle considère trop souvent comme la manifestation d’une injustice. Il faut faire preuve d’une intransigeance totale face à ce type de manifestation. Cette politique française se complait dans l’antiaméricanisme et l’antisionisme, et reste pro-arabe. Elle reçoit un tyran comme Arafat, même si elle essaye de se racheter avec le cas du Liban. Juifs hier, Kabyles aujourd’hui ? L’intervention qui a sans doute laissé le moins indifférent l’ensemble de la salle et des orateurs fut celle de Ferhat Mehenni, porte-parole du Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie. Mehenni a rappelé qu’en Algérie, Israël était dépeint comme le mal absolu, et Hitler comme un personnage dont l’œuvre reste inachevée. L’Algérie, dit Mehenni, ne reconnaît même pas l’existence d’Israël, appelée ‘entité sioniste’. La visite récente de journalistes algériens en Israël, qui ont voulu nouer des liens, a d’ailleurs suscité un tollé général dans le pays. Dans cette perspective, affirme Mehenni, les Kabyles sont les nouveaux juifs, et surtout, les nouveaux ennemis. Leur aspiration à l’autonomie est ignorée, alors que ce désir vise à restaurer la coopération et la paix, conclut Mehenni. Ces propos susciteront des réactions vives de la salle et de Ghaleb Bencheikh, qui insistera sur la nécessité de ne pas réécrire l’Histoire. Le jour du colloque, raconte l’intervenant, 143 juifs ont été accueillis à Tlemcen, les bras ouverts. Oui, la zone géographique arabe est constitué de pays qui violent les Droits de l’Homme, et oui, la cause palestinienne est instrumentalisée par les pouvoirs en place. Mais ce n’est pas pour autant que la cause palestinienne doit être considérée comme moins recevable. L’exemple de la proposition de l’Arabie saoudite (2002), faite à Israël et à l’ensemble des pays arabes de la région, sous l’impulsion du Prince Abdallah, est une bonne proposition dont il faut parler, aussi exécrable que puisse être l’instigateur en matière de Droits de l’Homme. Les conclusions Après trois questions du public et une très longue intervention de Latifa Ben Mansour, les six intervenants ont pris la parole pour répondre au public et conclure le débat. Voici ce qu’ils ont dit :
- Ghaleb Bencheikh : Dans son livre La Laïcité au regard du Coran, il différenciait entre la résistance légitime et le terrorisme abject. Répondant à une question concernant le distinguo entre un peuple et les pouvoirs en place, Ghaleb Bencheikh a tenu à souligner que l’Etat israélien était moderne et fonctionnait. Néanmoins, à ses yeux, la démocratie israélienne n’a pas toujours été à la hauteur des enjeux auxquels il devait faire face, en menant par exemple des ripostes disproportionnées, tout aussi condamnables que les actes de terrorisme. Les assissassinats ciblés sont un exemple probant. Quand on se prévaut d’un idéal, on doit s’y conformer, et en cas de manquement, il est nécessaire de le dire.
- Ivan Rioufol : Depuis le 11 septembre, la question que l’on doit se posée est de savoir si, oui ou non, la démocratie est menacée. Les attentats de New York et de Washington peuvent-ils être considérés comme le résultat d’une injustice ? L’intransigeance doit être de mise. Lui qui a été l’un des rares à soutenir l’intervention américaine en Irak, comme il l’explique, reconnaît également les limites de la politique étrangère américaine aujourd’hui. Pourtant, explique Rioufol, dans quelques années, on peut encore s’attendre à constater les effets positifs de cette politique.
- Sylvain Attal : A la question de savoir si l’Autorité palestinienne a la capacité de mettre fin aux prêches enflammés dans les mosquées palestiniennes, Attal répond que Abbas a un pouvoir réel, mais reste fragilisé par le Hamas. Le véritable drame de cette Autorité palestinienne, c’est la corruption. C’est pour cela qu’elle a besoin de l’aide internationale immédiatement. Ensuite, Attal affirme qu’il existe une différence entre propager des valeurs et donner des leçons. La France donne des leçons à Israël, mais a des scrupules pour en faire de même au monde arabe. Dire qu’on peut donner des leçons parce que l’on partage des mêmes valeurs n’a pas de sens. Comme le dit le proverbe, « gardez-moi bien de mes amis, mes ennemis je m’en chargerai ! ». Oui, la démocratie israélienne n’est pas toujours à la hauteur, et il y a sans doute quelque chose de répréhensible dans les assassinats ciblés. Et pourtant, si l’on avait pu liquider Saddam Hussein immédiatement en 2003, et éviter des centaines de morts innocents, dans cette perspective-là, n’est-il pas légitime de privilégier l’assassinat ciblé aux bombardements massifs, même si tout cela n’est pas très politiquement correct à dire.
- Mehenni « demande à voir » les résultats positifs de la rencontre entre les Juifs et les habitants de Tlemcen, considérant qu’il s’agit essentiellement de Pieds Noirs dont les terres ont été confisquées à l’indépendance de l’Algérie en 1962. « Quand on s’est fabriqué des nouveaux juifs [les Kabyles], on peut toujours embrasser les anciens » conclura Mehenni sur ce point. Le chanteur kabyle ajoutera également que s’il était l’un des rares du monde arabe à avoir soutenu l’intervention américaine en Irak, c’est par solidarité avec les Kurdes, et parce qu’en dictature, dans un pays ethniquement morcelé, quand on est une minorité, on a jamais de chance pour exercer le pouvoir. La conclusion logique de tout cela est de favoriser les autonomies et le fédéralisme. L’union nationale ne marche pas.
Pour Freddy Eytan, la passion ne doit pas prendre le dessus sur la raison ! Il faut dépassioner le débat, privilégier le pragmatisme, rester rationnel, aussi difficile que cela puisse être. Israël est le seul pays au monde sans frontières reconnues, dans lequel chaque famille qui voit son enfant partir le matin ne sait pas s’il rentrera le soir. Pour avoir un rôle politique décisif, il est nécessaire de mieux comprendre les problèmes sécuritaires du pays. Il n’est d’aileurs pas facile de naviguer dans un environnement caractérisé par une mosaïque de religions. « Nous voulons vivre, et non pas survivre », sans avoir à se plier au diktat d’une grande puissance, mais de façon à vivre nous-même, conclut Eytan.
Habib Hobeika a eu le dernier mot, avec ce souhait personnel qui a obtenu l’adhésion du public : l’entrée d’Israël dans la francophonie. Sans doute est-ce un Etat francophone important, qui pourra jouer un rôle moteur fondamental. La France, continue Hobeika, ne doit pas être donneuse de leçons, fondées sur des valeurs universelles, mais qui recoupent en réalité des intérêts cyniques. Elle doit rejoindre son identité qui doit jouer un rôle fondamental à l’avenir.
Six personnalités, six points de vue bien différents, et aucune empoignade spectaculaire à l’issue du débat... La « chance » souhaitée par certains a donc porté ses fruits. Compte-rendu réalisé par Jeremy Ghez
|