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13-10-2008
 
 
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15-02-2005

 

La raison d’être véritable du concept de « Grand Moyen-Orient » ?

 16/02/2005

 

 

 

« Montez, montez, vous verrez tous les Orients, le proche, le grand et l’extrême »

Albert Londres Marseille, Porte du sud

 

 

 

            Jetons d’emblée un pavé dans la mare : le concept de « Grand Moyen-Orient » n’est pas une fin en soi mais participerait d’une vision géographiquement plus large, d’une stratégie de plus ambitieuse et aboutie. Emettons en effet l’hypothèse que les Etats-Unis feront du « Grand Moyen-Orient », comme ils l’ont entrepris avec l’Europe élargie contre le bloc soviétique, une soupape de sécurité entre la Chine et les Etats-Unis…Cette thèse paraît, de prime abord, réussir la martingale d’être à la fois absurde et insensée. Il n'empêche qu'on peut y trouver de nombreux éclaircissements sur les affaires étrangères américaines. Ce système spéculatif de représentation, quasiment doctrinal,  mérite d’être écouté, et donc développé, ne serait-ce que pour en saisir un intérêt conceptuel qui transcende largement le court-termisme actuel des analyses géostratégiques de la realpolitik.

 

 

 

Alors qu’il incarne, pour schématiser, la tentative états-unienne de fédérer des pays constituant la « poudrière du monde » sous la bannière de la démocratie, on dit du projet de Grand Moyen-Orient qu’il est, soit une entreprise - cléopatro-keynésienne en termes de coûts budgétaires - visant à désenclaver l’Etat ami d’Israël de l’étau autocratique arabe ; soit, et de façon non exclusive avec notre première option, le reflet dantesque de sincères et profondes velléités quasi-évangélistes de la part d’une aile néo-conservatrice convertie aux et convaincue des bienfaits perpétuels de la démocratie. Saupoudrez le tout d’une farouche et légitime volonté de revanche sécuritaire faisant suite aux attentats du 11 septembre 2001 – qui auraient en fait permis de ressortir des greniers poussiéreux des Henry Alfred Kissinger et George Herbert Walker Bush le concept de (cf. un point de vue ) – et bien évidemment d’intérêts économiques non moins ouvertement liés aux ressources pétrolières et minières de la région. Vous obtenez alors la substantifique moelle des commentaires afférant à l’idée d’un Grand Moyen-Orient si ce n’est démocratique, au moins pacifié, désarmé, et inséré dans les échanges mondiaux.

 

Dès lors, pourquoi arrêter son raisonnement à cet horizon ? Pourquoi envisager le projet de Grand Moyen-Orient comme un fin, et pas comme un moyen participant d’une ambition plus large? Bien plus que les groupes terroristes, une menace pourtant non négligeable, c’est la Chine qui apparaît comme le futur grand rival militaire des Etats-Unis, et tout affrontement sino-américain militaire consacrera la passation de puissance du monde occidental à l’Empire du Milieu, voire à une alliance sino-nippo-coréenne forcément fatale, comme prônée par Shintaro Isihara, le gouverneur de Tokyo, et Zeng Qinkong, maire de Pékin – mais cet axe ne sera pas développé ici. On assiste ainsi aujourd’hui à un déplacement relativement rapide, en comparaison aux cinquante dernières années, du centre de gravité économique du monde vers l’Asie. Tout ceci reste bien évidemment à relativiser, une écrasante majorité des centres de décision d’affaires se trouvant toujours en Occident.  Pourtant, aujourd’hui, et au risque de nous répéter, la Chine semble être le seul pays en mesure de contester la toute-puissance politique, économique et militaire des Etats-Unis, et ce au moins en termes quantitatifs pour des raisons démographiques évidentes. Ainsi, et même si les armées chinoises sont sous-équipées sur le plan technologique (elles utilisent des technologies de l’ex-U.R.S.S. ou de fragiles avancées propriétaires), leurs effectifs de conscrits dépassent la moitié de la totalité de la population américaine !

 

Afidora n’est pas seule, loin s’en faut, à se faire le héraut d’une telle vision cataclysmique. Ainsi, et à titre d’exemple, le géopoliticien François Lafargue, auteur de Opium, Pétrole et Islamisme (aux éditions Ellipses), s’exprime en ces termes : «  » (source : entretien publié sur le site de l’école Ecole Supérieure de Gestion ou ESG )

 

A Washington, on est, semble-t-il, parfaitement conscient des dangers, immédiats à l’échelle de l’Histoire de l’humanité, inhérents à tout éventuel laisser-faire vis-à-vis de la Chine. Pour preuve, le pharaonique projet à double détente de défense anti-missiles qui encercle littéralement et de façon ostentatoire la Chine (la Maison Blanche a un temps prétexté les menaces nord-coréennes et indo-pakistanaises pour lancer le projet), baptisé N.M.D. () pour sa première mouture, T.M.D. () étant le doux nom réservé à sa version la plus aboutie.  Pour Washington, il est clair que les menaces nucléaires nord-coréennes, iraniennes, libyennes voire pakistanaises ne sauraient fomenter de guerre mondiale  à proprement dit, mais plutôt des foyers bien localisés de très hautes tensions géostratégiques – et ce, quand bien même les acteurs impliqués dans l’effort de prévention et possiblement résolution du conflit seraient évidemment dépêchés des quatre coins du monde. Ainsi, toutes analyses de ces programmes de défense mettent en valeur une stratégie américaine de relais pour mieux étrangler le monde chinois. Ces puissances alliées sont évidemment le Canada – naturellement, la Russie - en raison la convergence d’intérêts des deux anciennes puissances du monde bi-polaire pré-Chute du Mur de Berlin contre les groupes terroristes islamistes, Israël – pour des raisons incombant à l’idée de force de dissuasion et de contrôle régional, l’Inde – la Chine n’ayant de cesse d’opérer des transferts de technologies conséquents au frère ennemi pakistanais (pourtant fournisseur officiel de la prolifération internationale, cf. les révélations très médiatisées d’Abdul Kader Kahn) depuis une demi-décennie, et enfin, et du bout des lèvres, le Japon. Japon qui compte ses jours de suprématie sur le continent asiatique sans en même temps afficher au grand jour son réarmement bien réel – et ce afin de ne pas réveiller le spectre d’un « Pays du Soleil Levant » historiquement conquérant auprès de ses dorénavant partenaires asiatiques…

 

La menace est donc identifiée, les alliés aussi. Reste pour Washington à anticiper, à se prémunir contre les différentes approches, maintenant qu’il est acquis que le territoire américain n’est pas ce sanctuaire virginal dont les voies sont impénétrables. Et c’est là que le titre de cet article prend tout son sens. Le Grand Moyen-Orient, vaste espace pacifié courant de Tunis à Kaboul, serait un obstacle de choix contre toute tentative d’encerclement chinois par voie terrestre (les Chinois traversant l’Eurasie prendraient le contrôle du rivage Atlantique). Dès lors, le parallélisme avec l’Union Européenne coule de source. Notre lecteur n’est en effet pas sans savoir que les Américains, qui souhaiteraient que l’Europe « se fasse, mais mal » pour reprendre la formule bien connue d’un conseiller de la Maison Blanche souhaitant rester anonyme, poussent à l’élargissement sans fin d’une Union Européenne qui s’étendrait de Cabo da Roca au Portugal, à l’extrémité occidentale de l’Europe, à Vladivostok, port russe situé à 1068 kilomètres de Tokyo, soit à peu de choses près la distance qui sépare Bruxelles de Marseille.

La Grande Europe et le Grand Moyen-Orient : quel meilleur bouclier, quelle valve d’amortissement plus efficace contre un monde chinois va-t-en-guerre ? Comme souvent, un bon schéma vaut mieux qu’un long discours…

 

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Comme le montre la carte, la Chine devrait s’en remettre à une attaque aérienne ou maritime via l’Océan Pacifique, qui porterait décidément bien mal son nom – nom qui lui avait été donné pour justement calmer ses eaux turbulentes.

Et comme il est peu probable qu’à court terme, l’Empire du Milieu rattrape son retard en termes de technologies navales (une étude prospective de la Navy canadienne le confirme pour l’horizon 2020), la Guerre des Etoiles est belle et bien relancée !

            Cette thèse folle, mais pas complètement illusoire, montre que le projet néo-conservateur de redéfinition du Moyen-Orient, ainsi que les pressions à l’élargissement européen, sont loin d’être myopes et participent d’un dessein plus large recouvrant des enjeux militaires et peut-être idéologiques, touchant à l’essence même de l’idée de démocratie, susceptibles d’être à l’origine d’une quatrième Guerre Mondiale – après la première, la deuxième et la Guerre Froide. Apposons toutefois trois bémols d’optimisme à ces vues funèbres : tout d’abord, le passage de témoin entre les puissances hégémoniques s’est historiquement très rarement effectué par affrontement militaire, qui a pour conséquence directe un affaiblissement démographique et donc économique structurel ; ensuite, et sans sourcil frémir, la diaspora chinoise constituerait un puissant frein à la verve impérialiste du pays le plus peuplé du monde et reporte la guerre sur le terrain économique : les économies chinoises et américaines sont maintenant fortement imbriquées, avec les effets pacificateurs du libéralisme qu’on lui connaît ; par ailleurs, si vous vous référez à la carte ci-dessus, la Grande Europe et le Grand Moyen-Orient, ensembles parallèles, ne semblent-ils esquisser le dessin d’un pont entre une Chine au centre névralgique d’une Eurasie re-dynamisée, et un continent Américain conduit par les sempiternels Etats-Unis ? Ou quand la beauté d’un schéma évocateur vient atténuer les effets dévastateurs d’une théorie venue d’ailleurs…Justement, et ôtez-vous ces mots de la bouche : non ! Afidora n’a pas passé son à Amsterdam ; Afidora n’est pas tombée sur la tête non plus. Nous souhaitons simplement, en tant que, littéralement, réservoir d’idées ou groupe de réflexion (), sensibiliser notre lectorat au fait que changer d’horizon de lecture, en levant la tête plus à l’Est par exemple, permet d’envisager les échanges militaro-diplomatiques entre deux ensembles à l’aune d’une perspective plus large et faisant la place belle à une réflexion sur les grands équilibres géopolitiques à venir, réflexion qui ne présage en rien des reconfigurations futures - 4,6 milliards d’années de bouleversements continuels en témoignent.

 

Jeremy Fain

 

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Dernière mise à jour : ( 24-03-2006 )
 
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