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31-07-2005

Le conflit au Proche-Orient et le monde, colloque  AFIDORA 2005
 
Allocutions de clôture du colloque « Le conflit au Proche-orient et le Monde »
par le Professeur Yves Lacoste, précédé par un discours de Jeremy Fain, Président d’
19 juin 2005
 


 
                           Jeremy Fain, Président co-fondateur d' AFIDORA : tout d'abord, un grand merci à tous nos intervenants, qui nous ont bien secoué les neurones, j'imagine que vous ressortirez de cette journée avec non seulement des connaissances à utiliser pour développer vos argumentations et réfléchir tout simplement!
 
Nous avons assisté, et pour un certains nombre d’entre vous participé, à quatre débats, sur des thèmes complémentaires et différents, attenant à une même thématique, « Le Proche-Orient et le monde », ou plutôt "Le conflit au Proche-Orient et le monde", car bien souvent et malheureusement on a tendance à assimiler les deux termes, donc on a bien du mal à dire le Proche-Orient d'un côté sans rajouter le conflit. Un grand merci à tous les intervenants de la journée, à nos partenaires, et surtout un grand bravo à l'équipe d' : des étudiants, mais pas seulement, qui ont travaillé pendant quatre mois pour mettre au point cet événement; vous pouvez les applaudir très fort.
 
(Applaudissements de la salle)
 
Finalement, un colloque est un prétexte : l'objectif de la journée n'était pas tant d'emmagasiner des connaissances que d'apprendre à raisonner pour éviter de reprendre les conclusions d'autrui, de se les approprier et de les reproduire machinalement. L'idée est véritablement de se développer son propre modèle de pensée, à savoir ne pas prendre pour modèle autrui mais réfléchir par soi-même; c'est l'idée même du débat, étymologiquement et théoriquement. On en arrive donc à cette idée du modèle. Mais qu'est-ce qu'un modèle?
 
Un Professeur d'Histoire me l'avait jadis défini comme "un schéma simplificateur et un exemple à suivre". Alors évidemment, cela donne à cogiter, mais est-ce que ce qui se passe au Proche-Orient est vraiment un modèle? Certainement pas me direz-vous. Selon M. Khattar Abou-Diab, qui disait même que le conflit israélo-palestinien était le conflit le plus long depuis quelques siècles ; quant à M. Tertrais, il vient d’affirmer que l'Union européenne peut en effet aider à la résolution du conflit, mais il aimerait bien savoir comment; on a eu des questions dans la salle relatives à cette problématique. Nous allons essayer non pas d'y répondre, mais de les approfondir très brièvement. Le Proche-Orient, c'est finalement non pas un modèle, mais le cancre, l'enfant terrible, c'est la région du monde qui fait le plus parler d'elle, et en ce sens, on peut penser que c'est un peu comme les Balkans des années quatre-vingt dix. On surnommait les Balkans à l'époque "la poudrière du monde", et on peut affirmer que ce qui se passe au Proche-Orient en ce moment est du même ordre.
 
Nous sommes dans la salle Victor Hugo de l'Assemblée Nationale, et c’est Victor Hugo qui a prononcé en 1849, au congrès international de la Paix, l'expression suivante: "les Etats-Unis d'Europe". Vous allez me dire que cela n’a aucun rapport avec le thème du colloque "Le conflit au Proche-Orient et le monde", et vous aurez presque raison; mais le fait est que l'Union Européenne est un projet de communauté, d'ailleurs son nom initial était "Communauté Européenne". Et au-delà de toute idée de solidarité ou de libéralisme, son projet initial était de réconcilier la France et l'Allemagne. Certes il y avait ce rêve idéatique de vouloir créer une sorte d'ensemble unifié, ce qui est impossible, du fait de la diversité culturelle et linguistique inhérente à notre continent, mais finalement, les Etats-Unis ont fomenté le projet européen en ce sens que l'Union Européenne dans sa trame communautaire a pris exemple sur les Etats-Unis pour ensuite se réapproprier le modèle américain (une fédération d'Etats certes, mais européenne) et devenir elle-même un modèle communautaire. L’Union Européenne a su s’extraire de son modèle initial pour s’inventer son propre exemple.
 
Répondons maintenant à la question de Bruno Tertrais : l'Union européenne peut tout simplement aider la région proche-orientale en ce sens que le Proche-Orient pourrait prendre exemple sur l'Union Européenne pour faire la paix. Des catalyseurs pourraient en être Israël et, nous l'espérons, le futur Etat palestinien, ce pourraient être également la Syrie et le Liban, car la région a besoin d'un catalyseur et aujourd'hui, toutes les opportunités, toutes les fenêtres nous semblent à même de nous faire parvenir (de les faire parvenir, car nous vivons dans cette salle ce conflit par procuration, sauf exceptions), et espérons pour eux que les choses s'améliorent, pour que le Printemps ne soit pas seulement arabe, mais aussi mondial. Pour en revenir à notre définition de l’exemple, exemple à suivre et schéma simplificateur : l’Union Européenne est évidemment un exemple pacificateur à suivre, mais aussi un schéma simplificateur car ce sera au Moyen-Orient de se ré-approprier l’idée d’une construction communautaire pour devenir à son tour un exemple en se forgeant son modèle unique.
 
Merci pour votre attention.   
 
 
(Applaudissements de la salle)
 
M. le député Pierre Lellouche, parrain de ce colloque, retenu à Ljubljana en raison de responsabilités à l'OTAN, regrette de ne pouvoir accueillir le Professeur Yves Lacoste, fondateur de la géopolitique en France, d'une revue de géopolitique qui fait référence en la matière, Hérodote, fondateur de l'Institut Français de Géopolitique, et vous êtes professeur à Paris VIII, fameux DEA duquel sont sortis un certain nombre d'intervenants parmi nous aujourd'hui. Sans parlez du fameux Dictionnaire de Géopolitique dont vous êtes le père, vous avez écrit un livre qui a fait beaucoup de bruit quand il est sorti, si mes souvenirs sont bons, en 1976: La géographie, ça sert d'abord à faire la guerre. Une association de mots assez intéressante: la science et la politique, la guerre, c'est un fait politique. Alors les géographes font de la science et pas de la politique, et pour vous, ils doivent se réconcilier avec les historiens, qui sont au courant du fait politique; le tout donne le terme "géopolitique", qui permet de mieux comprendre de façon scientifique (et pas seulement de la façon: "J'ai lu par-ci, j'ai lu par-là", ou "On m'a dit que…"), en son for intérieur, les ressorts d'une région.
 
M. Yves Lacoste, pour vous, la géographie est liée à l'action (vous citez l'exemple du canal de Suez), alors M. le géographe, géopoliticien, historien, à vous, entrepreneur de la géopolitique, de faire action, de créer l'action dans cette salle, et d’actionner…un tonnerre d'applaudissements pour le Professeur Lacoste…qui, je le souligne, est resté toute la journée dans cette salle pour prendre des notes pour ses étudiants.
 
(Applaudissements de la salle)
 
 
Yves Lacoste: Ce n'était pas seulement pour mes étudiants puisqu'on m'avait demandé de tirer les leçons de cette journée; moralement, je ne pouvais pas arriver en fin de journée pour vous dire un certain nombre de choses…J'ai entendu des choses extrêmement intéressantes, et j'ai vu et revu des intervenants que je tiens en grande estime, Nicole Bacharan pour la première, et puis Bruno Tertrais…
 
Tout d'abord, et ce n'est pas une complaisance de ma part, je voudrais dire l'étonnement et l'admiration que j'ai pour la réalisation de ce colloque par . Parce que cela pouvait dériver dans des sens sans intérêt ou tout à fait désagréables. C'est une belle réussite, et le fait que ce soient de jeunes intellectuels qui l'aient mené à bien, avec sagesse et sagacité est une excellente chose, et augure bien de la suite. Mais je ne vais pas faire que des compliments. Je vais dire un certain nombre de choses qui pourront vous être utiles pour la suite, car ce n'est pas fini, et Dieu sait que ce n'est pas fini.
 
                          
Comme vous le savez, je suis spécialiste de géopolitique et géographe, et pour moi, la géopolitique, c'est tout ce qui relève des rivalités de pouvoir sur un ou des territoires. Et le territoire, il ne s'agit pas de le sacraliser, mais il faut le prendre en considération, tout comme il faut prendre l'Histoire; si ma revue s'appelle Hérodote, c'est parce qu'il fut non seulement un des premiers grands historiens, mais il fut aussi un des tout premiers géographes, et j'y tiens. On a fait référence à l'Histoire, comme d'habitude en oubliant certaines choses…parfois en en inventant d'autres, mais c'est classique, c'est normal, quand on polémique, on fait comme ça, il ne s'agit pas de pousser des cris. J'ai entendu M. Eytan disant que la politique de la France n'avait pas changé depuis 1916, je n'ai pas très bien compris, il aurait pu dire François 1er! Mais peu importe, ce n'est pas grave, je ne dis pas cela à l'encontre de M. Eytan, qui a dit des choses tout à fait pertinentes.
 
Ces territoires, il faut les envisager en fonction des raisons de ses rivalités; ce sont parfois des enjeux évidents, comme dans l'affaire du Koweït, en 1990, où il y avait un enjeu évident, mais il faut tenir compte de ce que j'appelle les représentations, on en a parlé beaucoup. La façon dont les protagonistes et ceux qui suivent se représentent les choses, à tort ou à raison. Et un des grands progrès de l'analyse géopolitique a été de prendre en compte les arguments des uns et des autres, y compris ceux qui étaient manifestement faux, mais auxquels les gens croyaient. Du moment que des gens croient à quelque chose, il ne s'agit pas de dire que c'est très bien, mais il faut en tenir compte.
 
Ces rivalités de pouvoir, il faut les envisager en fonction, et c'est là-dessus que je vais insister, de la taille des territoires en question. Et là, c'a été dit ce matin très brièvement, les territoires dont on a discuté, ils sont tout petits! Ils se mesurent en dizaines de kilomètres seulement! Dans sa partie centrale, l'Etat d'Israël a vingt et quelques kilomètres, vous vous rendez compte! Ce sont de tout petits territoires! Alors que les raisonnements géopolitiques se portent eux sur des territoires qui se mesurent en centaines de kilomètres ou en milliers, voire dizaines de milliers de kilomètres, pour les zones d'influence des très grandes puissances. Donc ce sont de tous petits territoires.
 
Et la question qui s'est posée à plusieurs reprises est: "Comment cela se fait-il que ce qui se passe a une importance mondiale?" Il ne faut pas exagérer; de ce qui se passe à Jérusalem, les Chinois s'en moquent éperdument. S'ils peuvent au Conseil de Sécurité peser dans ceci ou cela, évidemment le représentant chinois ne s'en privera pas. Enfin, c'est une affaire d'Occident; et dans l'Occident, je mets le monde arabe, car il est dans la partie occidentale du vieux monde. Et puis il y a la masse de l'Inde, un milliard, et puis la masse de la Chine. L'Inde commence à s'intéresser un petit peu à ce qui se passe, elle noue des rapports d'échange de matériel stratégique et informatique avec Israël, et puis elle a à faire face au Pakistan, pays musulman.
 
Mais enfin, il y a quelque chose d'extraordinaire: tout à l'heure vous avez posé la question du modèle; je n'aime pas trop les termes de modèle, parce que je suis un mauvais élève… je me méfie énormément de raisonner en termes de modèle, car chaque situation a ses spécificités. Je crois que ce qui est important de voir dans une analyse géopolitique sur un territoire, c'est de voir que ce qui se passe sur un territoire entraîne des contrecoups, et parfois des ricochets. L'idée de ricochets est une métaphore; par exemple, l'affaire de l'Afghanistan en 1979, qui a entraîné des contrecoups très lointains, et beaucoup de changements en Arabie Saoudite. Et pourtant, il n'y avait pas tellement de rapports entre les deux pays, qui sont très éloignés. Donc le problème de contrecoups et de ricochets est important, on va voir que ce n'est pas fini. Il y a parfois des contrecoups d'autant plus importants que c'est au voisinage immédiat.
 
Un des points que je crois important à signaler aux intervenants: une chose m'a beaucoup frappé, c'est que certaines configurations de territoire dont tout le monde parle n'ont pas été envisagées. Je veux parler par exemple d'un problème territorial extrêmement embêtant à mes yeux, très dangereux, qui est le problème des colonies. C'est dans une question du public à la fin qu'il est apparu pour la première fois. Bien sûr on a parlé de Gaza, en disant que ça allait être très difficile, mais les colonies en Cisjordanie, on n'en a parlé. On n'a pas non plus parlé du Mur de Sécurité, ou alors très peu; ce n'est pas plus mal, d'ailleurs.
Mais les colonies, c'est un très grave problème! Et je me demande comment un gouvernement israélien va s'en sortir! Je souhaite qu'il puisse s'en sortir, mais ça va être très difficile. Et parler d'un Etat palestinien avec toutes ces colonies qui ont été créées aussi bien sous l'égide du Likoud que sous les Travaillistes, depuis 1967, je pense que c'est extrêmement dangereux, et je souhaite bon courage à tout dirigeant israélien qui va avoir à résoudre ce grand écart… Qu'en 1967 il y ait eu des positions prises pour des raisons stratégiques et tactiques, je le comprends très bien, en particulier pour des raisons hydrauliques, afin de contrôler certains points. Mais ensuite, ça a traîné; et ce qui est malheureux parfois, c'est quand une démocratie fonctionne à 49,5%, il faut toujours un parti d'appoint qui passe d'un côté ou de l'autre, et on a laissé la place à ceux qui voulaient une certaine politique…en se disant que ça passera toujours. Je ne veux pas faire des comparaisons de modèle, mais vous savez, une fois qu'on a décidé de régler une question, sur le terrain, quand les gens sont enracinés, et qu'ils estiment d'avoir le Droit pour eux, et de grandes valeurs…c'est extrêmement difficile.
 
                           Je ne reviendrai pas sur tous les débats, ils sont tous intéressants. Il y en a un qui m'a surpris, c'est celui sur la Turquie. Il s'est mal passé car M. Vaner a mal pris les choses dès le début, il s'est mis à parler de fantasmes…Vous savez, quand on se met à me parler de fantasmes, je n'aime pas ça. "Vous avez des fantasmes…" Mais oui, nous avons certainement tous des fantasmes. Mais ce qui m'a beaucoup intéressé, c'est pourquoi vous avez mis un débat sur la Turquie. Je me suis dit qu'ils vont parler des relations de la Turquie avec Israël! Or là, de même que pour les colonies, des relations entre la Turquie et Israël: pas un mot! Alors que ce n'est pas un problème anodin. Alors on a discuté. Savez-vous que la Turquie est depuis les années cinquante un grand soutien, implicite, de l'Etat d'Israël? Que l'aviation israélienne s'entraîne au-dessus du territoire turc? Bien. On n'en a pas parlé.
 
On a parlé de la laïcité, mais je crois qu'en matière de laïcité, il faut rappeler qu'en Turquie, elle a des causes géopolitiques essentielles! C'est la conséquence de la révolte arabe de 1916. On a parlé des Arméniens en 1915, bon, mais pas des conséquences de la révolte arabe poussée par les Anglais, (il y avait essentiellement des Syriens, et du nord de l'Arabie) contre la Turquie! Celle-ci a été considérée par les Turcs aux abois, non pas tellement à cause de cette révolte arabe, mais aussi (et on n'en parle jamais, les Turcs en parlent rarement), de la montée de l'énorme effectif de l'armée des Indes (d'encadrement anglais), arrivée par le Golfe Persique et le Koweït! Et la guerre en Mésopotamie a été terrible, les Anglais ont subi d'ailleurs de graves revers. Mais en 1918, on a décidé que c'étaient les Arabes qui avaient porté le coup de poignard dans le dos à l'Empire Ottoman. La représentation que se sont fait les Ottomans, et c'est celle qu'il sont encore, est que ce sont eux qui ont protégé le monde arabe de la poussée occidentale. Et de dire "Si les Espagnols, qui commençaient à débarquer au Maghreb, n'ont pas continué, c'est qu'il y avait les Algériens (les pirates d'Alger), qui ont fait appel aux Ottomans". Et que l'expédition française en Algérie en 1830 suit de très peu de temps l'anéantissement de la flotte turque à Navarrin (ancienne et actuelle Pylos), dans l'affaire des guerres grecques. Donc les arguments des Turcs disent aux Arabes: "C'est vous qui nous avez trahis". Et c'est là que Mustapha Kemal décide de rompre avec le monde arabe. Il y a un fait très important, c'est qu'il décide que désormais, on n'écrira plus le turc en caractères arabes, mais en caractères latins! Et quand on parle de l'entrée de la Turquie, on pourrait dire que ce sont les seuls à utiliser dans le Moyen-Orient officiellement le caractère latin. Dans l'Union Européenne, il y en a quelques uns qui utilisent le caractère cyrillique: les Grecs, mais ils se proclament les champions de la démocratie, depuis vingt-cinq siècles, donc on fait une entorse. Donc ce problème du choix des Turcs de l'Asie vers l'Occident, il a des causes géopolitiques très importantes.
 
Or, si on n'a pas parlé de ces relations entre Israël et la Turquie maintenant, c'est qu'il se passe un problème extrêmement grave dans la stratégie israélienne. La guerre d'Irak a eu comme conséquence la décision des Turcs de ne pas participer à cette opération (alors que c'était prévu). Quelques jours avant, une partie de l'armée américaine aurait dû passer par la Turquie, et l'armée turque a dit non (cela n'a pas eu de conséquences). Pourquoi les Turcs prennent-ils cette décision? C'est qu'ils savent très bien que les Kurdes, en Irak, vont profiter d'une quasi-autonomie, des moyens que leur procure le pétrole de Kirkouk, pour être la base d'un Etat kurde, or la majorité des Kurdes sont en Turquie, et les Turcs ne veulent absolument pas en démordre. Donc vous voyez, les rapports entre la Turquie et les Etats-Unis se trouvent à l'heure actuelle dans une situation très délicate; on n'en parle pas. Lorsqu'en 2004, on a dit "C'est une honte, les Français nous ont trahis, il faut punir la France!"; on les avait mis en garde…mais on n'a pas dit "Il faut punir les Turcs!". Parce que là se posaient beaucoup plus de problèmes. Et à l'heure actuelle, les relations d'Israël avec le Kurdistan, en Irak, sont de plus en plus importantes! Ce sont des compagnies privées israéliennes qui sont en train de construire un aéroport, près de Kirkouk, et les Turcs ne sont pas contents du tout. Et M. Erdogan est allé à Jérusalem pour mettre les Israéliens en garde! Donc on est dans une situation très délicate, où les endroits, les lieux, sont importants (Que diraient-ils si l'aéroport se construisait à un autre endroit?).
 
Ces phénomènes de ricochets, de contrecoups dans l'affaire de ce tout petit territoire qui est en jeu, il faut davantage qu'on les connaisse (et croyez-moi, il y en a qui le font savoir), car quelque chose peut être très grave pour la suite. Tout le monde dit: " Les Américains en Irak ont apporté la démocratie, non ce n'est pas vrai…" Mais il y a une chose très importante, évidente, c'est que les Etats-Unis ne pourront pas rester des années en Irak. Ils ne vont pas rester comme ça, les choses étant ce qu'elles sont, en Irak. L'opinion américaine considérera, et ce ne sera pas la première fois que, sous la pression de l'opinion américaine, les Etats-Unis se retirent d'un espace où ils ont massivement investi militairement. Les Etats-Unis se sont ainsi retirés du Viêt-Nam en 1973 (et non pas en 1975, comme on le dit souvent), où ils avaient mis cinq cents mille hommes. Et malgré ça, ils ont considéré qu'on tournait la page. Par conséquent, il est dans les scénarios possibles (et pour Israël, c'est redoutable) le scénario d'un retrait. Oh, pas demain, pas dans six mois, mais un retrait des Etats-Unis! Avec un Irak qui sera ce qu'il sera devenu… et avec une Turquie qui ne jouera peut-être plus son rôle de médiateur.
 
                           Par conséquent, les problèmes de territoires, si on les envisage de façon prospective, montrent toute leur importance. Voilà le conseil qu'un vieux géographe peut donner aux jeunes géopoliticiens d' AFIDORA, auxquels je renouvelle tous mes compliments, et mes encouragements!
 

 

AFIDORA : Merci infiniment M. Lacoste, merci aux participants à ce colloque, et merci à tous les intervenants qui nous ont fait la grâce de nous honorer de leur présence. Un grand merci à tous, à bientôt, et réfléchissez bien aux problématiques géopolitiques qui nous permettront de mieux comprendre une région finalement très importante pour mieux comprendre le monde qui nous entoure et dont nous participons.
 
 
Propos retranscrits par Pierre-Marie Duché
 
 

Dernière mise à jour : ( 01-08-2005 )
 
 
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