Advertisement
Accueil arrow Editos arrow Tous nos Editos arrow L'épicentre
24-07-2008
 
 
L'épicentre Version imprimable Suggérer par mail
Appréciation des utilisateurs: / 0
FaibleMeilleur 
19-01-2005

  

L’épicentre

20/01/2005

 

        Ce n’est pas faire preuve d’arrogance que de constater qu’il est de bon ton d’avoir, en ces temps troublés qui font la fortune des géopoliticiens et des démagogues, des pensées simples sur la marche du monde. L’une des manifestations les plus éclatantes de l’ infortune actuelle de toute idée vaguement complexe, tient au succès foudroyant de ce que nous allons appeler la thèse de l’épicentre.

Alors, de quoi s’agit-il, comme le demanderait un maréchal Foch dépliant une carte des idées politiques ? Tout simplement du discours consistant à ramener tous les soubresauts de la planète à une unique source de problèmes. Sans aller plus avant, remarquons à quel point toute démarche de ce genre semble porter le sceau de la paranoïa la plus aiguë. Du reste, les régimes autoritaires et archaïques, sans parler des totalitarismes, ont pratiqué cet art avec une belle constance et une application des plus rigoureuses. Mais tout cela, n’est-ce pas du passé ?

On pourrait le croire…Pourtant, ils sont nombreux, ceux qui voient dans le conflit israélo-palestinien – puisque c’est bien de cela qu’il s’agit – l’origine de tous les maux de l’humanité. Pour schématiser, nous dirons qu’à droite, les « huntingtoniens » (partisans de la théorie du choc des civilisations) se délectent de ce conflit territorial : nulle difficulté pour eux de mettre le doigt sur la dimension « religieuse » du conflit, ce qui permet de prophétiser un choc des religions.

A gauche, le conflit israélo-palestinien est devenu le nouveau paradigme de la lutte pour la liberté. Israël sera nécessairement colonialiste, impérialiste, brutal, capitaliste, raciste, voire un état « d’apartheid ».

On se croirait à l’orée du XXème siècle : les pro-israéliens vivent dans une peur bleue d’un « péril vert », et non plus jaune ; tandis que les pro-palestiniens réinventent les Protocoles des Sages de Sion  (cf la dernière représentation du spectacle Mes Excuses de Dieudonné, dont vous trouverez un compte-rendu paru dans Actualité Juive, disponible à cette adresse).

Ces dernières semaines, toutefois, semblent infirmer de telles conceptions. En Israël, le nouveau gouvernement d’union nationale d’Ariel Sharon, avec son ami Shimon Pérès en n°2 de l’équipe, paraît bien parti pour mener à bien le retrait total de Gaza. Tant de coalitions, de revirements, de batailles politiques et de coups bas, pour en arriver à ce point de départ : le regroupement des faux ennemis Sharon et Pérès autour du même autel sacré de la survie d’Israël - comme au bon temps de 1948.
Le parti travailliste et le Likoud contrôlent 66 sièges sur les 120 de la Knesset – une majorité inconfortable mais suffisante : en effet, les 15 députés du Shinouï, le parti laïque ashkénaze, pourtant en dehors de cette coalition, se rangent radicalement dans le camp de la paix.
.


Enfin, dans les Territoires Palestiniens eux-mêmes, le succès écrasant du modéré Mahmoud Abbas aux élections de dimanche dernier (plébiscite de 65 % des voix, et très forte participation en dépit des appels au boycott du Hamas) constitue un authentique tournant dans l’histoire palestinienne. (Sur Mahmoud Abbas, vous pouvez consulter l’édito intitulé Les Prétendants ). 

Abbas, en dépit de ses convictions révisionnistes, a été le premier à reconnaître la nécessité d’un dialogue avec Israël. En ce sens, ce juriste palestinien, fondateur de l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine) qui se faisait appeler Abou Mazen, a depuis longtemps inscrit sa démarche politique dans une vision réaliste et pragmatique de l’Histoire, et parvint toujours à garder ce cap -chose admirable dans les eaux troubles de ce Proche-Orient agité. Ainsi, c’est l’exact opposé d’un Yasser Arafat : là où ce dernier se contentait de polir sa surface pour mieux se durcir en sous-main (c’est le schéma exact de la Deuxième Intifada), Mahmoud Abbas, le « bon élève » binoclard, a souvent tenté de se donner des airs martiaux, conscient qu’il était que sa nature véritable le poussait à la tolérance et à la modération. Par ailleurs, là où Arafat, avec grand bruit, parvenait à fort bien cacher son jeu, Mahmoud Abbas, dans sa grande discrétion, ne trompe personne...et c ’est ce qui rend sa victoire si remarquable. Rappelons à ce sujet le magnifique taux de popularité de 4% dont il jouissait avant la mort d’Arafat ! Demain un opposant vigoureux d’Israël, Djibril Rajoub, le chef de la sécurité de la Cisjordanie (et frère d’un leader du Hamas) cédera sa place, tandis que l’homme des Egyptiens si conciliant à l’ égard de l’occupant, Mohammed Dahlane, le chef de la sécurité à Gaza, verra ses pouvoirs accrus. La ligne dure sera affaiblie, privée de tout leader d’envergure : Farouk Kaddoumi, le nouveau leader du Fatah, est peu populaire. Marwan Barghouti est lui, toujours en prison. Le Hamas a été décapité - à deux reprises (cf. un point de vue intitulé les effets pervers de la stratégie des têtes qui tombent) . Et Khaled Mechaal, le nouveau dirigeant du mouvement terroriste, paraît plus pragmatique que ses prédécesseurs.

Tout cela était impensable il y a quelques mois ! Il ne paraît pas absurde de penser, qu’après quatre années épuisantes d’une Intifada sans issue, ces remaniements profonds ne traduisent l’aspiration profonde des Palestiniens à une paix négociée, contre tous les héritages dogmatiques du « Vieux », qui ne manquait jamais une occasion d’exhorter à la guerre totale contre les juifs des jeunes bambins en treillis. Et pourtant, la nation qu’il incarnait avec éclat aurait bien eu besoin de quelques années de paix et de prospérité, fût-ce au prix d’ un statut d’autonomie temporaire peu satisfaisant.

L’épicentre du séisme qui dévaste la planète depuis le 11 septembre  n’est pas en Israël ou en Palestine. Pensez à l’Inde et au Pakistan, à Taiwan et à la Chine : on ne connaît pas encore de faille sismique de la géopolitique moderne où les deux partis en présence font simultanément de très lourdes concessions. Le Likoud si décrié d’Ariel Sharon, le bourreau sanguinaire décrié par les médias européens, est en train d’évacuer des implantations à Gaza; l’Autorité Palestinienne est présidée en toute légitimité par le plus modéré de tous les hommes politiques palestiniens, Mahmoud Abbas, celui qu’on désignait il y a peu comme la marionnette des Américains.


Quelle maturité politique de la part de ces deux peuples ! Avant de pointer du doigt un peu rapidement un bouc émissaire pour exorciser les peurs mondiales et les tensions internationales, on ferait mieux de se pencher sur le cas de tous nos leaders d’opinion, hommes d’Etat, « consciences », artistes ou personnalités médiatiques dont l’unique contribution à la résolution du conflit israélo-palestinien aura consisté à exacerber les sensibilités des uns et des autres, en faisant de cette lutte territoriale l’épicentre de toutes les fractures du monde.

Steve Danino

1 commentaire.
 1. Pas mal du tout, mais as-tu prévu...
Visiteur, Unregistered
...le décès de Sharon par attaque cérébrale et le meurtre d'Abbas par attaque par balles ?

Voilà qui remettrait tout sur le tapis...
 Posted 2006-01-15 01:00:49
Merci pour vos commentaires !
Nom : Titre :
E-mail : Site web :
       [smiley=angry][smiley=cool][smiley=evil][smiley=happy][smiley=laugh][smiley=sad][smiley=shock][smiley=think][smiley=tongue][smiley=wink]
Commentaire(s) :
Dernière mise à jour : ( 26-12-2005 )
 
< Précédent   Suivant >
 
Top! Top!