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07-10-2008
 
 
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25-11-2003

 

Le Sionisme et le monde contemporain

26/11/2003
                                                      
Alexandre Adler in  Le sionisme expliqué à nos potes  (2003)
 


 
            Parmi tous les projets idéologiques née au XXème siècle, le sionisme semble être celui qui a engendré la réalisation la plus concrète et durable : l’Etat d’Israël.
Alexandre Adler rappelle que le projet sioniste élaboré par Herzl se décline en quatre point :
- c’est un projet sécuritaire né en réaction aux persécutions visant les juifs.
- c’est un projet rassembleur qui visait à constituer un peuple unique à partir d’une diaspora.
- c’est un projet de développement économique qui voulait procurer aux habitants de l’Etat d’Israël un niveau de vie comparable à celui des européens les plus avancés.
- c’est enfin un projet de révolution culturelle libérale visant à mettre un terme au réflexe de défense communautaire qu’était le ghetto.
Adler montre que le sionisme a globalement atteint  ses objectifs : l’existence de l’Etat d’Israël n’est pas sérieusement remise en cause, une citoyenneté israélienne s’est peu à peu constituée en propre, Israël est une démocratie libérale qui appartient aux PDEM (pays développés à économie de marché). Ces réussites conduiraient-elles dès lors à un épuisement du projet ? Le sionisme serait-il victime de son succès ? C’est la question qui anime Adler tout au long de son texte.
 
            A l’inverse de ceux qui prédisent la mort du sionisme, l’historien avance que la vitalité de l’identité juive connaît aujourd’hui un dynamisme semblable à celui des années 30. Il est d’abord très probable que l’Aliya - la montée en Israël - se poursuive compte tenu de la présence de plus d’un million de juifs en Amérique latine et ex-pays de l’Est qui sont des zones économiquement sinistrées ; mais l’Aliya n’est plus uniquement le refuge des spoliés et des persécutés puisqu’un nombre croissant de « cerveaux » (ingénieurs, chercheurs, cadres …) choisissent de leur plein gré de s’installer en Israël.
A ces anciennes tendances s’en ajoutent de nouvelles. D’abord, le futur projet sioniste cherchera moins que par le passé à peupler frénétiquement le territoire israélien et attachera plus d’importance à améliorer qualitativement les performance de l’Etat hébreux, tant par un développement économique rapide que par une pacification des frontières. Adler note que cette double logique est exactement l’inverse de celle des Palestiniens  et de leurs alliés( Syrie, Liban).Ensuite , la menace subie par Israël prend un caractère de plus en plus global car les nouvelles technologies et les réseaux élargissent le conflit israélo-arabe jusqu’aux confins de l’Iran , du Pakistan et de la Libye. Et le conflit devient d’autant moins réel qu’il se développe de plus en plus sur le terrain de la « prévention de la guerre »  où Israël retrouve comme alliés l’Inde et les Etats-Unis (un accord spatial lie l’Inde et Israël ), cette logique des alliances diplomatiques de long terme marque l’ancrage d’Israël au sein du monde occidental. L’Aliya s’en trouve alors dédramatisée : beaucoup de juifs américains ou européens sont détenteurs d’un passeport israélien, Adler montre alors combien une circulation accrue des personnes et des idées est favorable au développement d’Israël. Enfin il prévoit que la dimension territoriale du sionisme s’estompera, bien qu’Israël ait besoin de frontières sures, au profit d’une dynamique plus internationale.
 
            Avec la diminution espérée des problèmes de sécurité et l’amenuisement à terme inévitable de l’Aliya, Israël aura tendance à se normaliser  au sein de communauté internationale. En même temps la référence à Israël se développera dans le monde juif diasporique. Les  juifs seront donc de plus en plus sionistes alors que les  Israéliens, paradoxalement, le seront un peu moins .De plus , comme Israël ne peut apparaître comme la solution pour les 13 millions de juifs du monde entier , un équilibre devra s’établir entre la diaspora et l’appartenance israélienne à partir duquel se développera un nouveau judaïsme .Le projet sioniste cèdera alors la place à un « projet juif » , selon les termes de l’auteur, doublement marqué par le dialogue indispensable avec les Musulmans environnants et la volonté de vivre au rythme de la diaspora et de ses éléments les plus avancés .Adler conclut que le peuple juif dispose désormais d’une place , d’un « makom » i.e. d’un Etat pour faire rayonner son projet universel .
 
            Au total, dans cette contribution Alexandre Adler trace un destin brillant pour le sionisme .Un des point fort de son texte est de souligner l’importance de la diaspora qui a toute sa place et jouera un rôle actif dans le futur , et déjà actuel , « projet juif » . Car on entend trop souvent dire, à Paris ou à New York : « Les Juifs n’ont pas d’avenir ici », alors qu’en dehors d’Israël ces deux villes sont les foyers les plus dynamiques pour l’identité juive.
Ensuite, la normalisation espérée d’Israël au sein de la communauté internationale semble ne pas être pour demain si l’on en juge par les attaques dont  cet Etat fait l’objet de manière récurrente au sein même du « temple » de la communauté des nations, l’ONU.
On pourra donc toujours reprocher à Adler soit un manque de réalisme , soit un optimisme non maîtrisé, mais n’est-ce pas  la faiblesse, et la force,  de toutes les grandes visions d’avenir ?
 

 Julien Bensusan 
 
 

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