|
Guerre et paix à l'âge de la mondialisation Compte-rendu de conférence Pierre Hassner à l’Université de tous les savoirs (Paris), été 2003 La globalisation intervient après la Guerre Froide, et tend à rendre les logiques sociales économiques et culturelles supérieures aux anciennes logiques militaires, ce qui conduit à une dévalorisation des Etats. Car les Etats étaient traditionnellement au centre des conflits. La situation de la Guerre Froide est une situation bizarre de paix belliqueuse parsemée de conflits périphériques. Aujourd’hui dans les démocraties la guerre est sortie de l’horizon quotidien mais demeure à la périphérie. Pierre Hassner remarque que l’empire US se nourrit de l’après 11 septembre, et en profite pour se répandre militairement dans le monde. C’est donc l’idée libérale d’une globalisation, considérée comme pacification générale du monde, qui est mise à mal aujourd’hui. Il parait tout aussi probable que, à l’inverse, la globalisation soit source de conflit (les pauvres voient les riches ce qui crée une envie frustrée).
GUERRE ET PAIX AU XXème SIECLE.
La Guerre Froide a été caractérisée par la dissuasion qu’elle a engendré ; l’après Guerre Froide se caractérise par une fracture centre/périphérie ; dans les écoles de guerre de tous les pays on enseigne désormais les risques et non plus les menaces (il n’y a plus de menaces mais que des risques). Le problème devient celui de l’intervention. Il y a deux tendances remarquables : - l’ascension fulgurante des USA dont le budget militaire explose (stratégie d’ « over killing » : les USA ont la capacité de tuer plusieurs fois chacun de leur adversaires !!). - la démocratisation de la technologie rend les USA superpuissance à la fois innocents et vulnérables (cocktail explosif). Le véritable adversaire des USA ce n’est pas la Chine mais les adversaires asymétriques (ils ne se battent pas avec les mêmes armes, la terreur par exemple). Une partie de l’Amérique latine est le lieu d’une convergence des terrorismes qui entretiennent des réseaux (la frontière Brésil/Paraguay/Argentine). Aujourd’hui tout se voit, c’est l’effet CNN. Plusieurs zones de conflits sont repérables : Angola/Erythré, conflits israélo-arabe, Inde/Pakistan, Afrique des Grands Lacs qui abrite des Etats en décomposition (Kenya, Somalie).
LE RETOUR DE LA GUERRE
La guerre conventionnelle a cédé la place à des conflits de « basse intensité ».
On assiste à une re-légitimation de la guerre : le Jihad se veut une revanche sur l’occident, l’Empire US se veut le fer de lance de la lutte contre le terrorisme .Cela conduira-t-il à une nouvelle bipolarité ? La nouvelle pacification de l’Afrique se caractérise par le retour des anciens colonisateurs dans des zones particulièrement instables (c’est la France qui retourne en Cote d’Ivoire par exemple). CONCLUSION
La globalisation est la continuation de la guerre par d’autres moyens. Clinton symbolisait l’individualisme bourgeois. Bush sera-t-il le nouveau Churchill ? La guerre s’est transformée mais les formes de paix ont montré leurs limites. Quand on fait la guerre on pense à la paix ; et quand on est en paix il faut penser au risque de conflit (si vis pacem, para bellum :) .On peut craindre une dérive ploutocratique de l’occident désormais incapable de partir en guerre, incapable de souffrir. « Tout Empire périra » JB Duroselle. Dans certains Etats en décomposition on observe des bandes prédatrices et des enfants soldats. Un historien de l’Empire romain écrit à propos de la déliquescence de Rome : « cette situation intolérable se prolongea pendant 300 ans ».
Conférence rapportée par Julien Bensusan 12 novembre 2003 « Tout est en relation avec tout et personne n’est en relation avec personne » …réponse de Pierre Hassner à une question hors sujet. Pierre Hassner est politologue, il vient de publier La terreur et l’Empire aux éditions du Seuil.
|