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08-09-2008
 
 
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01-12-2003

 

Le 11 Septembre : une date fondatrice dans l’Histoire ?
 
02/12/2003
 


                 Le terrorisme barbare et sanguinaire des attentats du 11 Septembre a été amplement traité dans les médias audiovisuels et dans la presse, mais de façon moins évidente l’écriture en a été discrètement inspirée. Une des raisons principales de ce décalage dans la perception est que le temps médiatique est beaucoup plus réactif que celui de l’écriture.
 
                 Sous le titre « l’influence du 11 Septembre sur l’écriture » une table ronde animée par Pierre Zemor (conseiller d’Etat) a réuni le samedi 29 novembre plusieurs écrivains et essayiste dont Frédéric Beigbeder, André Glucksmann, Pascal Boniface, Didier Goupil, Anouar Benmalek, et Pascal Bruckner.
 
                 Le 11 Septembre marque pour Frédéric Beigbeder, auteur de Windows on the World, une ère nouvelle en même temps qu’un nouveau siècle. En effet, cet écrivain de fiction considère que les attentats terroristes de Manhattan lui ont fourni esthétiquement une toile de fond pour son dernier roman réaliste qui se situe de plain pied dans le monde actuel. Il a essayé de raconter un événement qui avait été en partie tenu sous silence. Ecrire et décrire ce que l’on n’a pas vu à la télévision, c’est l’objectif de l’auteur qui conçoit son œuvre en ces mots : « art is a dirty job but somebody has to do it ».
 
                 Pour comprendre le 11 Septembre, André Glucksmann nous invite à lire ou relire  Dostoïevski qui avait en véritable visionnaire  anticipé cette démonstration de terreur. D’où le titre de son livre Dostoïevski à Manhattan. L’écrivain scrute les abîmes ou du moins celui qui choisi de ne pas faire dans le « rose ». Sans détour, le philosophe parle du 11 Septembre comme d’un événement énorme, ébranlant. L’Homme a atteint un tel pouvoir dévastateur que c’est « le moment où l’humanité devient responsable de sa survie » notait Sartre dans les Temps Modernes au sujet de la bombe atomique de Hiroshima. Le 11 Septembre c’est la découverte que le pouvoir de destruction est à la portée de tous. André Glucksman constate que la réaction aux attentats du 11 Septembre s’est faite en deux temps :
-          1er temps : les européens ont été sensibles et ont senti de la compassion à l’égard des américains « Nous sommes tous américains » titrait alors le Monde.
-          2e temps : les européens par panique se rassurent en se convainquant que ça n’arrive qu’aux américains (et israéliens) car ils l’ont bien mérité. Ils sont responsables de ce qui leur arrivent, c’est une effet « boomerang ». 
 
                 Pour Pascal Boniface, en revanche, dans son essai la France contre l’Empire, ne pense pas que le 11 Septembre ait changé le monde. Il considère que la réalité des pouvoirs ne force reste inaltérée. Les Etats-Unis ont toujours la position d’ hyper puissance d’avant le 11/09, ils peuvent dont s’affranchir des autres et mener les politiques de leur choix sans retenue. Il conclut en réaffirmant que les grandes lignes de clivage sont les même, « Ground Zero » n’étant qu’un événement marginal.
 
                Didier Goupil, écrivain toulousain, se sent quant à lui proche des convictions de Frédéric Beigdeber. Il se présente avant tout un citoyen qui a voulu pondre sa propre musique sur le 11 Septembre. Une narration distincte des informations et d’Internet est perceptible dans son roman auquel il n’a pas seulement voulu donner un surcroît d’existence individuelle mais également un ressort dramatique.
 
                Anouar Benmalek, auteur franco-algérien, primé du prix littéraire du journalisme, se distingue des autres auteurs en déclarant que pour lui, le 11 septembre, ça s’est passé bien avant. Il est même étonné quand il entend que le 11 Septembre a commencé aux Etats-Unis. Il rappelle les 150 000 morts algériens qui pour lui sont victimes du même terrorisme. Il provoque même l’auditoire en soutenant que le 11 Septembre c’est la victoire de la communication, parce qu’il y a eu la mort abominable d’occidentaux, alors on en parle. Mais avant eux, il y a eu les algériens, les rwandais et encore maintenant les tchétchènes. Sans le 11/09, jamais on aurait mobilisé les forces civiles contre le terrorisme alors que celui-ci n’est pas nouveau. C’est pour l’auteur l’illustration de l’égoïsme fondamental des relations internationales.
 
                 Pascal Bruckner, auteur de Misère de la Prospérité , nous livre les trois interprétations du 11 Septembre :
-          La thèse du complot. C’est le complexe militaro-pétrolier du clan Bush qui serait à l’origine d’une conspiration (cf. thèse de Thierry Messyan). Le terrorisme ne nous touche donc pas nous autres, on peut être tranquille.
-          La thèse économique. Les damnés de la terre se sont vengés des plutocrates américains.
-          La thèse sur l’establishment yankee. Ben Laden est une création américaine. C’est une affaire intérieure à Bush.

L’écrivain en ajoute une quatrième, qui correspond à sa thèse, selon laquelle le 11 Septembre doit être « désaméricanisé ». Les premières victimes du terrorisme  islamique sont musulmanes. Le 11/09 est l’illustration de cette terreur mais on ne peut focaliser sur cette date et le lieu de New York.


                 Après quelques réactions vives du public, André Glucksmann s’est senti le besoin de rappeler ce qu’on appelait le terrorisme, c’est un acte de terreur envers des civils désarmés. C’est du nihilisme. Frederik Beigbeder a renchéri en disant qu’il était « un nihiliste qui n’avait pas envi de mourir ». Quant à Pascal Bruckner, il a mis en lumière le fait que les terroristes n’ont pas de raison à agir. Benmalek a complété en disant que le terrorisme est irrationnel.
 

                  Pierre Zemor a donné les mots de la fin à une citation d’Hannah Arendt «  nous devons retrouver le chemin d’un projet commun », en d’autre mot, il s’agit de reconstruire l’Agora politique.


 

 Leslie Palti

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Dernière mise à jour : ( 06-08-2005 )
 
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