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Conférence du 21 octobre 2003 à l’Assemblée Nationale de l’association « Culture et Evénements » sur le thème : L’évolution des relations entre Israël et la France, Israël et l’Europe
Intervenants : Alexandre del Valle & Rudy Salles 28 novembre 2003 Présentation des intervenants : Alexandre del Valle – géopoliticien, chercheur à l’IIES (Institut International d’Etudes Stratégiques) et à l’Ecole de Sciences Politiques de l’Université de Paris-II Panthéon Assas. Il est notamment co-directeur de la revue Géostratégiques, et écrit de nombreux articles (Le Figaro, Hérodote, Quaderni Geopolitici, etc.) et ouvrages sur les thèmes de l’Islamisme radical, du rôle des Etats-Unis, ou encore sur les conflits de Balkans des années 90. Une association porte depuis 2002 son nom : www.alexandredelvalle.com Me Rudy Salles – homme politique, avocat de formation, député UDF des Alpes-Maritimes, vice-président de l’Assemblée Nationale, président du Groupe d’Amitié France-Israël à l’Assemblée Nationale, président du groupe d’études sur les Droits de l’Homme, membre du Conseil de l'Europe, de l'Union InterParlementaire, de l'Union de l'Europe Occidentale. Il a lui aussi son site Internet : www.rudy-salles.com
Première partie : les exposés des intervenants
Rudy Salles affirme d’entrée que le thème est vaste, mais qu’il lui faut malgré tout prendre le taureau par les cornes, en commençant par s’attaquer aux mythes qui touchent aux relations entre Israël et la France. Ø A l’Assemblée Nationale, le premier Groupe d’Amitié sur 171 est celui d’Israël (avant les Etats-Unis et le Maroc) – et ce dernier regroupe 100 députés, dont un communiste. Les députés ne cherchent pas à savoir qui est pro- ou anti- Sharon, mais tentent de comprendre les problèmes des Israéliens, et de la démocratie de leur Etat qui est un Etat de droit et de justice qui partage les mêmes valeurs que la France. Israël est même la seule démocratie qui coupe la parole à son Premier Ministre en direct à la télévision ! Ø En Israël, il y a également 600 000 francophones. Or, l’Etat hébreu n’est pas membre du Club de la Francophonie, à l’inverse de la Syrie par exemple. Ø La France ne reconnaît pas Jérusalem comme capitale d’Israël. Ceci est très fâcheux, et se manifeste notamment dans le fait que l’Ambassade de France est à Tel Aviv. Il y aurait finalement un problème de confiance entre la France et Israël. Pourtant, ces pays ont des points communs indéniables – en dehors de leur appartenance au monde méditerranée : ils partagent POTENTIELLEMENT les mêmes problèmes. En effet, la France est le pays qui a les premières communautés juives et musulmanes d’Europe. Certes, la France mène une politique d’ensemble plutôt pro-arabe, mais il existe certaines coopérations franco-israéliennes, notamment au niveau des ministères de la Défense. Là encore, tout le problème est celui du discours officiel…C’est ainsi qu’Israël demande simplement des positions claires et équilibrées de la part de la diplomatie française. Ø Les problèmes de terrorisme au Proche-Orient ? C’est une catastrophe humaine. La Paix est possible, car on ne peut la faire qu’avec ses ennemis. Rudy Salles prend l’exemple de la France et de l’Allemagne, qui devaient faire la paix. Grâce au processus de construction de l’Europe, les frontières pour lesquelles les deux pays s’étaient battus se sont effacées. Pourquoi l’Europe ne pourrait-elle faire office d’exemple à suivre pour le Proche-Orient ? Rêvons donc d’une confédération « à l’européenne » des pays du Proche-Orient. Quant à Alexandre del Valle, ce dernier souligne d’entrée que la comparaison est extrêmement fructueuse en géopolitique, et qu’il se concentrera sur les relations entre l’Europe et Israël, après avoir évoqué les relations incestueuses qu’entretient la France avec le monde arabe. Ø « Le courage est une vertu nécessaire pour défendre Israël. Et Rachid Kaci ici présent est un homme courageux. Il a affirmé en milieu musulman qu’entre Israël et la totalité du monde arabe, il choisirait la seule démocratie. Ø La situation est grave, voire effrayante. On peut comparer les relations entre l’Europe et Israël, au sein desquelles la Belgique traite Sharon comme un moins que rien, aux relations franco-algériennes actuelles. Bouteflika, un proche du terroriste Carlos, mène ardemment une campagne xénophobe contre la France pendant que cette dernière lui cire les baskets, et que Jacques Chirac vante les mérites de son président. De même, Jacques Chirac fut le seul président présent aux obsèques d’Hafez el Assad, l’ancien président de la Syrie. Il faut dire que le parti Baas a aidé le RPR pendant quelques années. D’autres exemples : la France était plus liée à l’Irak de Saddam Hussein que la Russie. De même, la France, en bonne amie de l’Iran islamique, vient d’expulser les anti-terroristes communistes iraniens, les Moudjahidins (N.D.L.R. : à ce titre, vous propose quelques éclaircissements : www.afidora.com/ARTICLES/miscellaneous_1.htm); et le Hezbollah est accepté à la réunion de la francophonie au Liban, et salué comme une force de résistance et de relais de l’armée libanaise. Ø Mais la France, c’est le must. En Europe, les choses sont plus nuancées…Si ce n’est que la Russie de Primakov (un juif d’origine) est pro-islamiste, et qu’Andreotti est l’homme des saoudiens en Italie. Poutine est quant à lui à la fois proche des Etats-Unis et d’Israël. Avec « La Lettre des Huit » (N.D.L.R. Lettre de soutien aux Etats-Unis dans leur campagne irakienne, à l’initiative de José María Aznar, de huit pays européens dont l’Angleterre, l’Espagne et la Pologne) , les antisionistes ont vu leur haine renouvelée. Depuis la guerre en Irak, on assiste à une convergence des totalitarismes Rouges-Bruns-Verts, tous violemment anti-juifs. Tout le monde est anti-juif, même la Turquie. Pour vous en convaincre, le bouquin « best-seller » actuellement n’est autre qu’ Armaggeddon de Rodja, qui construit la thèse d’un complot judéo-maçon. Ø Les excès du monde arabo-musulman (l’emploi de ce dernier terme fut fermement critiqué par Rachid Kaci au cours de la conférence ; selon Rachid Kaci, ça ne veut tout bonnement rien dire) se traduisent notamment dans les flux migratoires. Ainsi, l’électoralisme arabo-islamique progresse, même aux Etats-Unis. Des lobbys islamistes extrêmement puissants progressent (financiers : CITIBANK-CITIGROUP, conversions à l’Islam en Andalousie, lobby en Italie, etc.). Pourtant, on assiste à une « wahabisation » de l’Europe, qui se fait dhimmis, c’est-à-dire qu’elle accepte la supériorité arabo-islamique. Alexandre del Valle, pour de plus amples informations concernant le terme de dhimmis, nous propose de nous reporter à l’ouvrage de Youssef Kardaoui intitulé Le Licite et l’Illicite, et dont il révèle quelques extraits : « mettez le voile pour être différentes de ces jeunes fornicatrices occidentales, […] Comment battre sa femme… […], Comment tuer un apostate,… ». La tentation typique du dhimmis est d’être bien vu en territoire arabe, afin de se débarrasser de l’autre dhimmis. En conséquence, le problème des relations israélo-arabes se posera dans cinquante ans : tout se passera bien si la majorité musulmane est bien intégrée, mais le pire est à craindre si la plupart sont comme aujourd’hui laissés dans leur extrémisme. Exemple intéressant : dans certaines banlieues, on négocie avec l’imam pour arrêter la violence. Osons donc être politiquement incorrect en luttant contre l’antisionisme radical, pur antisémitisme, qui est un totalitarisme nouveau sous couvert de l’habit de la légitimation islamo-tiers-mondiste. »
Seconde Partie : réponses des deux intervenants aux questions de la salle La première question demande des précisions quant au rôle et le transparence réelle des médias français dès qu’il s’agit de Proche-Orient (N.D.L.R. thème ô combien cher à ), et précise qu’une proposition de solution de la part des intervenants est souhaitée. Selon Rudy Salles, l’Agence France Presse est responsable de tous nos maux. Les journalistes étant palestiniens, l’information est biaisée à sa source même. Et comme l’A.F.P. est une agence de presse, pourquoi aller vérifier l’information ? De plus, sa réutilisation dans les médias est assez peu documentée. Alexandre del Valle abonde dans le même sens, et ajoute que les problèmes d’antisionisme en France son amplifiés par l’unilatéralisme médiatique. La presse française se croit sincèrement autonome tout en étant propalestinienne ; on est en face d’un problème culturel de fond. L’A.F.P. est en effet la première agence de presse du monde arabe…Et puis toute tentative d’inversion de tendance contient aux yeux des journalistes un risque important de marginalisation. Rudy Salles en profite pour placer une anecdote, lui qui a appelé LCI (La Chaîne Info sur le câble, N.D.L.R.) afin de comprendre, à la suite d’un reportage, pourquoi on parlait de Jérusalem-Est et pas de Jérusalem tout court ; en effet, même quand on parle aujourd’hui de Berlin, on ne dit pas Berlin-Est ou –Ouest…La réponse de LCI ? « Ah oui, mais c’était écrit sur la dépêche. » Il faut dissocier lecture et analyse, et réhabiliter l’analyse. Et en ce qui concerne les terminologies employées, la bataille est perdue avant d’aborder le fond du problème : les médias emploient de façon systématique les termes « victime palestinienne », « colon juif », etc., et cela a des effets subliminaux sur les spectateurs et auditeurs. Les journalistes ne semblent pas capables de lire les dépêches entre les lignes. Alexandre del Valle rebondit, et souligne en outre, l’incompétence politique du corps journalistique dès qu’il s’agit d’aller plus loin que les télescripteurs, ce en quoi Rudy Salles acquièse tout en proposant la solution tant attendue par la salle : cette dernière vient d’Internet, qui permet de comparer les dépêches de toutes les agences, de tous les pays et en toutes les langues, et ainsi, de faire la part des choses…
- La deuxième question demande l’avis des intervenants devant la phrase de Mahatir à propos des Juifs.
Alexandre del Valle s’insurge contre les propos de cet « islamiste soft » qui prône une ré-indigénisation (N.D.L.R. cf. Samuel Huntington dans Le Clash des Civilisations) en Asie. L’antijudaïsme n’a plus besoin de juifs (il y en a très peu en Malaisie comme en Indonésie), ainsi les exemples des Scouts, des Lions et autres Rotary Club, que les islamistes pensent être des structures sionistes alors qu’il n’en est rien, au contraire. Rudy Salles est lui aussi consterné. Comment un petit pays de six millions d’habitants peut-il ainsi menacer le monde comme semblent le penser les gens ? (N.D.L.R. : le sondage de la Commission n’était à la date de la conférence pas encore paru). Il semble que l’on perd la notion d’échelle. Rudy Salles en profite pour embrayer un autre problème, celui de la chronologie, et nous conte une de ses aventures : au Conseil de l’Europe, un des textes disait « condamner Israël d’attaquer la Palestine ». Rudy Salles a voulu faire évoluer ce texte en le suivant : « condamnation des attentats terroristes et de la riposte israélienne » ; mais certains pays d’Europe du Nord ont refusé sa proposition. De plus, dans le Bulletin Officiel qui classe les lycées français, il y a une erreur de localisation géographique… N°1 : Japon. N°2 : Jérusalem, N°3 : Royaume-Uni, N°4 : Jordanie, N°5 : Israël, etc. Mais dans quel pays est donc Jérusalem pour les fonctionnaires français ??? Il semblerait, selon Rudy Salles, que l’Etat Israël soit en proie à une extravagante entreprise de démolition.
- La troisième question porte sur les raisons qui poussent l’extrême gauche à se faire si violemment antijuive.
Pour les deux intervenants, qui en profitèrent pour remercier Franck Jaoui d’être dans la salle, la gauche a été très longtemps judéophile car les Juifs étaient le prototype du peuple sans attache, et sans Etat, elle qui diabolisait l’Etat. Depuis la création de l’Etat d’Israël, et la naissance de son armée, symbole d’un Etat fort, l’Etat Hébreu est instrumentalisé, et est devenu l’un des refrains de l’antisémitisme mondial.
Finalement, la parole est sous un tonnerre d’applaudissements donnée à Rachid Kaci, qui rappelle qu’il se sent proche des valeurs véhiculées par Israël ; et qu’on ne peut identifier Sharon à Israël, car Sharon peut sauter du jour au lendemain. Rachid Kaci critique aussi l’emploi du terme « arabo-musulman » par Alexandre del Valle, qui ne correspond à rien selon lui, avant d’expliquer pourquoi l’islam de l’UOIF wahabite n’a rien à voir avec l’islam du Maghreb. Et qu’il s’agit de distinguer les deux.
Et la salle applaudit les intervenants, ainsi que l’équipe organisatrice de la conférence, l’association « Culture et Evénements ». Pendant ces deux heures bien remplies de défense des valeurs de la démocratie de l’Etat d’Israël, on ne peut décidément pas dire que Rudy Salles et Alexandre del Valle eurent la langue de bois, ni qu’Alexandre del Valle a échoué dans sa tentative de passer pour « politiquement incorrect » – et ça, c’est suffisamment rare pour être souligné. Mais attention!, il s’agissait définitivement d’une conférence, et non pas d’un débat…
Conférence rapportée par Jeremy Fain
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