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17-05-2008
 
 
Compte-Rendu de conférence: "Campagne contre le Terrorisme", à l'IEP Sciences-Po Version imprimable Suggérer par mail
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02-04-2004

 

Compte-rendu de conférence

Campagne contre le terrorisme
Conférence organisée par le Cercle à Sciences-Po le 01/ 04/04
 

 03/04/2004
 


            Loin d’être un poisson d’avril, la conférence portait sur un thème gravement d’actualité : les fondements idéologiques du terrorisme et les moyens pour lutter contre ce fléau. Pour en parler, les deux invités étaient Ely Karmon, directeur de recherche à International Policy Institute for Counter-Terrorism (ICT) en Israël et Laurent Murawiec, directeur de recherche à la Hudson Institute.
La conférence s’est ouverte par quelques mots du Président de l’association Le Cercle (www.le-cercle.fr), Fabrice Chiche, qui a insisté sur la nécessité d’entreprendre une réflexion vivante et une campagne de sensibilisation sur les sources idéologiques du terrorisme. Il faut préciser que les étudiants de Sciences-po n’ont guère été passionnés par ce sujet brûlant, indifférents ou déjà tellement sensibilisés ; quoiqu’il en soit seule une quinzaine d’étudiants par leur présence ont manifesté leur intérêt pour cette campagne. C’est regrettable.
Les propos de Laurent Murawiec ont cherché d’emblée à cerner l’origine du terrorisme moyen-orientale qui occupe la scène internationale. Selon ses mots, il provient d’une « pulsion d’auto-destruction ». Les élites des pays arabes par leur refus de la modernité, se replient sur des identités mythifiées. Pour preuve, il a cité le mot « innovation » qui signifie en arabe « hérésie », ce qui met dans une situation inconfortable tous les innovateurs. Ce refus de la modernité a des conséquences très graves en particulier pour la condition des femmes et pour l’éducation dans des pays où la démographie est en hausse constante. Il s’agit donc de sociétés stagnantes dirigées par des dictateurs claniques. De plus, le débat public, l’agora, le forum sont des activités absentes des sociétés arabes. Pas d’opposition, pas de changement sauf au moyen d’assassinat politique –forme violente- ou par la mort biologique (naturelle) du dictateur.
Selon ce chercheur de la Hudson Institute, les deux greffes idéologiques du terrorisme sont le bolchevisme et le nazisme. Il appuie son argumentation avec plusieurs exemples dont celui sur les liens originels des fondateurs des Frères musulmans avec le KGB et les dirigeants nazis.
Le terrorisme a donc été orchestré comme politique d’Etat par un certains nombres de dictatures arabes (Arabie Saoudite, Syrie…). Bras séculier des dirigeants arabes, la nébuleuse terroriste se compose, décompose, et recompose selon les opportunités. Le terrorisme est très efficace : pour un coût économique de production très bas, il remporte des succès stratégiques énormes. Le sentiment d’impunité qu’ont pu ressentir certains orchestrateurs d’attentats les a encouragé à poursuivre la terreur.  L’idée prégnante est que les Etats-Unis sont trop faibles pour se battre « nous allons à la mort comme eux vont à la vie ». Pour les auteurs du terrorisme, il s’agit donc d’un jeu à somme positives.
Ce calcul du terrorisme a fonctionné jusqu’à ce que les terroristes aient dépassé le seuil d’acceptabilité : le 11 Septembre a marqué un tournant. Les Américains ont éradiqué le régime des Talibans témoignant d’un premier pas dans la lutte contre la terreur, le terrorisme étant devenu avec le pétrole et le gaz naturel, l’exportation principale de ces pays arabes dictatoriaux.
Laurent Murawiec a infirmé deux idées qu’il caractérise « d’idiotes » sur le sujet. La première est de penser que le terrorisme vient de la pauvreté. Pour lui, le terrorisme ne vient pas de la pauvreté, sinon tous les pauvres du Monde (d’Asie, d’Amérique Latine) cultiveraient le même comportement terroriste.
La deuxième idée « idiote » est de considérer le conflit israélo-palestinien comme la source du terrorisme, comme la source de tous les maux du monde. Il s’agit pour lui d’un conflit mineur dans un coin du monde. Il a cité à ce sujet un rapport des Nations-Unis qui dresse un constat accablant  d’arriération et d’auto-responsabilité du monde arabe. Est-ce que si le conflit israélo-arabe disparaissait cela signifierait que les pays arabes deviendraient démocratiques et modernes ? Souvent le conflit israélo-arabe sert d’alibi à ces pays pour justifier leur mauvaise gouvernance. Le bouc émissaire idéal.
 
Pour Ely Karmon, les « root-causes » du terrorisme ne sont pas non plus uniquement la pauvreté. En effet, les terroristes ont décidé de lutter contre les infidèles, tous les infidèles sont désignés comme ennemi, sans exception - ce qu’on oublie souvent en Europe - ils veulent libérer tous les territoires qui ont été par le passé islamiques. Il ajoute qu’il n’y a donc pas de négociations possibles avec les terroristes. Avant la chute des talibans, certains régimes arabes avaient même tenté de négocier avec eux pour éviter la destruction des statuts géantes de Bouddha, à Bamiyan, sans succès.
Ce spécialiste israélien de la lutte contre le terrorisme considère qu’en la matière, la Turquie et la Malaisie font figure de modèles. Quant aux outils, le travail des services de renseignements est très important sur le plan opérationnel. Mais il ne faut pas négliger :
-          la neutralisation des Etats qui soutiennent la terreur
-          le contrôle des Etats défaillants « failed states » où le terrorisme croît en paix (comme en Somalie).
            Quant à la machine légale, elle ne peut traiter efficacement ce genre d’affaire. Beaucoup de suspects sont relâchés faute de preuve et on s’aperçoit après coup, une fois qu’ils sont passés à l’action, qu’ils étaient vraiment coupables. La réaction juridique face au terrorisme est donc très limitée.
            Les moyens européens de lutter contre le terrorisme sont techniques et défensifs. Rien ne pourra être fait de palpable et d’efficace sans volonté politique. La lutte contre le terrorisme est donc une campagne très longue qui nécessite une forte mobilisation politique.
 
La teneur des propos des deux invités est assez originale, en effet, ils se distinguent clairement des discours européens portant sur le terrorisme. Néanmoins, quelques critiques peuvent être formulées.
On peut reprocher à Laurent Murawiec de faire abstraction de certains régimes arabes comme la Jordanie qui font des efforts vers plus de liberté et de transparence (progrès concernant la condition des femmes par exemple). Il met en effet dans un même sac tous les régimes du Moyen-Orient. Or tous ne pratiquent pas le terrorisme d’Etat. Si l’Arabie Saoudite, la Syrie ou l’ex Irak de Saddam Hussein le financent largement, d’autres Etats comme le Maroc, la Turquie en sont victimes et luttent contre les islamistes fanatiques qui pratiquent le terrorisme.
Il est vrai que  la pauvreté et la frustration du monde arabe ne peuvent expliquer raisonnablement le terrorisme. En revanche l’aide au développement et un plan Marshall pour le Moyen-Orient ne pourraient que favoriser une classe moyenne plus encline à la sécurité (pour protéger son capital) et donc en faveur de la démocratie. La question de l’éducation est également cruciale dans ces pays. L’endoctrinement de la jeunesse par des discours fondamentalistes et fanatiques contribuent sans nul doute à la préparation mentale et psychologique des terroristes. Prétendre que le terrorisme est uniquement de source idéologique relève d’un discours déterministe. Il ne faut pas négliger les bénéfices qu’une lutte contre la misère dans ces pays peut apporter en terme de recul « de la pulsion d’auto-destruction ». Le terrorisme n’a pas une racine mais de multiples.
 
Ely Karmon aurait davantage pu utiliser l’exemple d’Israël pour montrer la difficulté des démocraties à lutter contre le terrorisme. De fait, dans un tel conflit asymétrique, la lenteur et la légalité de l’appareil démocratique constitue une faiblesse certaine. Israël, première démocratie à avoir été touchée par cette terreur fanatique tâtonne et n’a pas encore trouvé de rempart, ni de solution à cette menace. La barrière de sécurité est une tentative de solution, ce n’est sûrement pas la meilleure, mais au moins elle a le mérite d’être une sorte de laboratoire de recherche dans la prévention des attentats. Tous ceux qui critiquent les représailles israéliennes  après un attentat terroriste devraient se demander si l’immobilisme ne serait pas pire. C’est le terrorisme contre la démocratie. Il y aura un gagnant et un perdant comme dans toute guerre. Ici, les démocraties doivent se montrer réactives, fermes et volontaires dans leur opposition à ce « nihilisme apocalyptique ». Il est urgent qu’une concertation prenne place entre toutes les démocraties et non pas comme à l’heure d’aujourd’hui, les Etats-Unis d’un côté, l’Europe de l’autre, et Israël au milieu. Pour reprendre les mots de Nissim Zvili, ambassadeur d’Israël en France, qui met en garde contre la tentation de penser « qu'il y a terrorisme et terrorisme » ce qui signifierait « qu'il y a victimes et victimes ». « La guerre est déclarée contre nous tous. On n'a pas le droit de la perdre. La lutte contre le terrorisme dans le monde entier se doit d'être implacable. »
 

 Leslie Palti
 
 

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Dernière mise à jour : ( 06-08-2005 )
 
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