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24-07-2008
 
 
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11-04-2004

Synthèse d'ouvrage :

Proche-Orient: Psychanalyse d'un conflit
 
 
12/04/2004
                                                      
   Daniel Sibony Proche-Orient : Psychanalyse d’un conflit (2003 Editions du Seuil), 20 euros.
 


 
 Docteur d’Etat en mathématiques et en philosophie, psychanalyste, Daniel Sibony a publié entre autres Entre-Deux, Les trois monothéismes, le Jeu et la Passe.
           
 
« Nous ne comprenons pas pourquoi les Israéliens font ce qu’ils font, et les Israéliens ne comprennent pas pourquoi nous faisons ce que nous faisons » (S.Nussibeh, Palestinien).
 
 
Le pari de Daniel Sibony est de tenter une nouvelle approche dans la compréhension du conflit au Proche-Orient. Avec succès, il adopte un point de vue qui éclaire les aspects inconscients du conflit, les origines, les refoulés, les non-dits qui échappent aux acteurs du fait de leur position. D’après l’auteur, ce conflit exhibe des impasses psychiques intenses, des entrechocs de narcissismes, des fantasmes destructeurs et victimaires baignant dans la violence, impuissance à symboliser. Ici, dit-il, c’est l’histoire qui fait l’analyste de deux fantasmes fondamentaux, entendus comme le récit que chaque peuple se fait de lui même. Celui du monde arabe d’abord où les Palestiniens sont au premier rang ; celui des juifs et d’Israël ensuite qui est la peur de disparaître. L’histoire forcerait les deux parties à mettre de l’ordre dans leur transmission symbolique pour les libérer de cette manière qu’elles ont d’invoquer l’autre comme prétexte pour justifier leurs propres blocages. Pour s’y retrouver dans ce gigantesque tournage en rond, il faut affronter l’idée que la question est identitaire et symbolique.
 
1. LE DRAME PALESTINIEN
2. LE DRAME DU MONDE ARABE
3. LE DRAME JUDEO-ISRAELIEN
4. LES RETOMBEES DU CONFLIT EN OCCIDENT
CONCLUSION
 
 
1. LE DRAME PALESTINIEN
 
« Nous sommes nés ici ! C’est notre terre ! Que viennent faire ces envahisseurs juifs ?! ». Voilà ce qu’ont pu se dire les habitants de la Palestine historique en voyant débarquer les premiers sionistes. La thèse de l’auteur est la suivante : La « Terre d’Israël », expression qui figure dans la Bible, l’Evangile et le Coran, était « possédée ». Non pas parce ce qu’elle fut promise par Dieu au peuple juif mais parce que les juifs n’ont cessé de parler de cette terre pendant plus de 25 siècles, en s’adressant à elle comme à un Tiers absent mais supposé (pensez à la phrase devenue si banale qu’on ne la remarque même plus-«à l’année prochaine, à Jérusalem »). Cette terre serait donc possédée par cette parole qui se transmet à son sujet, transmission qui lui donne une force étrange, symbolique, qui traverse les générations. C’est donc d’une lourde histoire dont héritent les Palestiniens, à leur insu. Surcharge aggravée parce que cette transmission relève d’un livre, la Bible, qui justement fournit le contenu du Coran. Le fait que tout énoncé important du Coran se trouve dans la Bible est essentiel car le Texte Arabe s’est approprié la trace écrite et en a éjecté ceux qui la parlait, désignés comme indignes  (il est vrai que sans sa violence anti-juive le Coran aurait manqué de Punch).Le Coran est ainsi pris dans le complexe du « second-premier » où le second en veut à mort à celui qui l’a précédé. Bref, l’identité musulmane indexe la valeur de son message sur la non-valeur des juifs, origine de ce message. Mais c’est un gros risque quand votre narcissisme dépend de l’effacement de l’autre : le déni ou le refoulement finit par craquer, et nous sommes en ces temps de craquage. Ainsi les Juifs reviennent sur cette Terre comme s’ils revenaient dans le Texte arabe : ce retour du refoulé fait très mal. Si l’on voit alors Israël comme un retour du refoulé, ce retour ne pouvait se faire sans violence. Ironie de l’Histoire, la plupart des juifs n’ont pas une idée précise de ces Textes, c’est du pur inconscient. En tout cas, chargés d’un tel fardeau les Palestiniens ont du mal à bouger.
 « C’est injuste !! » s’écriront certains non sans raison, certes, tout comme il est injuste d’avoir une mère possessive ou dépressive, qui ne répond pas à vos élans, alors que vos amis ont, eux, une mère prévenante qui très tôt les a muni d’une confiance en soi bien précieuse. « Cette Terre est à vous parce que vous en avez parlé ?!- En quelque sorte », c’est là qu’est l’injustice et en même temps, cette injustice personne n’y peut rien. C’est la même injustice qui a lieu lorsque dans une famille très « saine » et « naturelle » un enfant se révèle autiste ou psychotique. De plus, chargés de porter sur leurs épaules le poids de la plénitude arabe, les Palestiniens sont acculés à un double discours, forcés de vénérer des actes terroristes dont ils voient l’impasse. Les actes terroristes rendent, dit-on, les Palestiniens plus « décidés » mais pas plus proche du but. A moins qu’ils n’aient pas d’autres but que de tuer sans rien gagner, de poser une affirmation narcissique mortifère (curieux symptôme, à chaque étape, les chefs Palestiniens réclament passionnément ce qu’ils ont, à l’étape précédente, refuser passionnément : ce refus suivi d’acceptation exprime un « Non » compulsif). Hypothèse peu réaliste car tout ce qui vit a envie de vivre, même le mourant, même le suicidant hésitant. Ceux qui ne sentent pas l’envie de vivre l’ont en fait rabattue sur leur état dépressif et leur plainte contre le monde qui les empêchent…de vivre. L’important, dit Sibony, c’est d’accepter que l’histoire taille dans le vif des idées et des identités.
 
 
2. LE DRAME DU MONDE ARABE
 
La monde arabe s’appuie plus sur des richesses de type rente (dont la rente pétrolière est le modèle) plutôt que sur celles du travail et de la technique. Or le succès économique est très compatible avec l’échec symbolique ou affectif (l’Occident en sait quelque chose pour son propre compte avec ses enfants).Ainsi, Le monde arabe est resté quelques siècles dans une complétude endormante, un narcissisme tranquille, jusqu’au choc colonial, puis de la décolonisation, doublé d’un retour d’Israël, des succès de l’Occident, et cela rend le marasme du monde arabe, avec ses richesse énormes, insupportable. Or au lieu de laisser jouer la tendance mortifère, le monde arabe peut reconnaître se dette et cultiver sa propre valeur, plutôt que la non valeur de l’autre. Cela peut à la longue aider l’Islam à devenir simplement une religion : beaucoup en auraient la vie allégée.  Les Etats arabes pourraient enfin gérer le monde avec les autres, avec les mêmes critères d’efficience. Puisque le fantasme unitaire du monde arabe ne trouve pas la force nécessaire pour exister, les Etats arabes devront choisir de vivre plutôt que de se sacrifier pour leur fantasme originel.
 
 
3. LE DRAME JUDEO-ISRAELIEN
 
Les juifs bibliques ont produit une identité marquée d’une faille irréductible : la faille ontologique entre l’Etre et ce-qui-est, entre l’humain et le divin. Cette identité est passionnante et « invivable », les juifs sont écrasés par elle, car quoi qu’on fasse on est toujours en déficit par rapport à l’être. Mais l’origine n’est pas faite pour plaire.
De plus, le peuple juif s’est posé comme élu par Dieu, cela éveille la jalousie. Et l’appui identitaire que donne la haine de l’autre, les juifs l’ont déjà dans leur passion à dénoncer la haine que les autres ont pour eux. Ajoutons que le cliché selon lequel les juifs sont portés par la haine de soi est faux : ni haine de soi, ni haine des autres, mais passion de l’écart avec l’Etre, passion gérée dans l’angoisse et la culpabilité.
Le symptôme juif, avance Sibony, c’est la peur de disparaître : façon de creuser l’existence par la peur de la perdre (le destin du peuple juif ne supporte plus de s’ancrer dans les Camps de la mort et le respect même des victimes exige qu’on ne fasse pas d’elles les fondateurs du peuple juif et de son histoire).On touche là au paradoxe fondateur d’Israël : pour réaliser l’idée de Sion, il lui a coupé ses racines et sa force symbolique. Il a produit un type d’homme nouveau, efficace, pragmatique, logique mais désymbolisé. Cette grave carence du symbolique due à l’identité qu’Israël a voulu bâtir est en grande partie responsable de la « déprime israélienne ». Quoi faire quand on est honnête et un peu raide et que l’on tombe sur une contradiction vivante, comme Arafat, qui condamne les attentats qu’il organise ? (Ce qui, soit dit en passant, est l’usage « optimal » des martyrs-tueurs ; pour combattre « en douceur » les hommes-bombes il faut une perversion à laquelle les Israéliens n’ont pas accès). On assiste donc a un repli narcissique israélien avec de fortes injections de Bouddhisme et de New Age.
Comment comprendre l’antisionisme d’origine juive ? En effet, certains juifs combattent violement Israël (souvent après s’être assurés que ce combat ne nuira pas à l’Etat juif, que c’est simplement pour l’équilibre de leur personne). Un fait avancé par l’auteur est que les descendants de l’holocauste sont irrités à l’idée d’une solution du problème juif, ils sont furieux à l’idée que les juifs trouvent le repos quelque part et déposent leur Question (le peuple juif fait vivre la question de l’existence car il fait de l’existence une question). Des juifs expriment donc par leur l’antisionisme la culpabilité intrinsèque à l’identité juive. Il faut cependant reconnaître que les juifs antisionistes dont la judéité est vide de tout contenu ont tendance, par temps de dèche, à « taper sur Israël », qui est une proie facile, traquée par des gens très convenables, des humanistes pointilleux. « Ne peut-on pas critiquer Israël sans passer pour antisémite ? » La question est de savoir si cette critique vise l’existence où la conduite de cet Etat. Parfois elle vise la conduite sur un mode qui vise l’existence-« C’est un Etat colonial, d’Apartheid, qui tue des enfant »… Les anciennes victimes sont les nouveaux bourreaux ? En fait, n’importe quel groupe humain humilié sur plus de vingt siècles devient humiliant, les israéliens ne peuvent pas être conciliants avec ceux qui veulent les remettrent à leur place traditionnelle de victimes.
 
Le duo Israel-Diaspora ne fut pas très fécond sauf sur le plan matériel. La diaspora feint d’admirer les réussites d’Israël alors que ce qu’elle admire c’est son existence. Mais Israël profite mal de cet amour craintif, à la fois lucide et aveugle, qu’a pour lui la Diaspora. C’est un amour de parents coupables qui idéalisent leur fils avec qui ils ne veulent pas vivre, sauf parfois en vacances.
 
Israël se crée sur la terre où les juifs ont un  ancrage symbolique, une origine continue par l’effet de sa transmission ; c’est le lieu où s’est produit leur Livre, dont les deux autres sont dérivés, dérivation elle aussi continue et actuelle. Juifs et Arabes ont donc à assumer chacun une origine très imparfaite, sans tenter de la réparer sur le dos de l’autre. Et sur fond de conflit judéo-arabe, à base d’entre-deux-livres, l’histoire a choisi de résoudre ce conflit identitaire là-bas, au Proche-Orient, où c’est spécialement difficile voire impossible. Les israéliens discutent avec les Palestiniens et, à coté, en silence, la Bible discute avec le Coran. Elle n’a jamais pu le faire jusqu’ici. Ce face à face a été durant des siècles interdit, on comprend qu’il s’impose aujourd’hui, même si les partenaires n’ont lu ni la Bible ni le Coran. (On lit avec plaisir la joute verbale entre Allah et Yahvé page 226). Tant que l’expert occidental ignore le complexe Bible-Coran et sa cause profonde (un plagiat dénié), il n’y voit pas grand-chose.
 
 
4. LES RETOMBEES DU CONFLIT EN OCCIDENT
 
On parle beaucoup des Textes parce que ce sont des potentiels de fantasmes et des recharges symboliques. Ces textes recouvrent et souvent cachent (ils sont fait pour ça) des questions d’identité, de rapport à l’être et à l’autre. Mais si pour « bouger les choses » on doit bouger un texte sacré, le conflit semble insoluble. Or il ne s’agit pas de bouger un texte mais de bouger par rapport à lui : l’enjeu de ce conflit, avance Sibony, pourrait être de déchirer le ressentiment originaire.
Les laïcs s’irritent que ce conflit archaïque et actuel ne soit pas plus rationnel. Alors ils le rationalisent : un Etat colonise des territoires s’ils les libère tout rentre dans l’ordre. Mais l’évènement du Proche-Orient s’obstine à garder des repères symboliques.
 
Autre aspect du drame palestinien : ils doivent vaincre tout en restant victimes. Or le culte de la victime en Occident, seul appui des Palestiniens, se mélange avec le fait Israël est fait de juifs qui furent de tous temps des victimes. Mais il y a une asymétrie. Narcissiquement, quand des gens qui « nous » ressemblent sont victimes d’un préjudice, on se dit qu’  « ils y sont bien pour quelque chose » (« les américains des Twin Towers l’ont bien un peu cherché… »). Si la victime est d’une culture différente (afghane, palestinienne), elle est autre, elle gagne en qualité, sa cause est juste d’autant qu’on ne sait rien d’elle.
La France a épousé la Cause arabe alors même que le monde arabe, inconsciemment, lance des appels au secours pour qu’on l’en débarrasse de sa Cause, parce qu’elle est injouable : elle lui maintient la tête dans son fantasme, ce qui l’empêche de voir le monde et ses possibles. Ses SOS ? Les actes terroristes. Les attentats du 11 Septembre n’étaient pas issus d’une force qui voudrait vaincre mais d’une force qui vient dire à grand fracas qu’elle ne peut pas vaincre, qu’elle peut tout au plus nuire. Mais le but du monde arabe ne peut pas être de vouloir nuire à l’Occident, ça n’est pas culturel, un peuple c’est une culture, une approche de la vie. Le message inconscient est autre : « On vient vous provoquer pour que vous veniez par la force mettre un peu d’ordre et d’ouverture dans nous affaires car nous en sommes incapables ». Cet appel au secours ne peut être formulé que violement. Les ambassadeurs des Etats arabes ne peuvent pas dire aux Américains « Et si vous nous envahissiez pour secouer un peu tout ça ?», c’est ce SOS que les modérés ont du mal à formuler et ce sont les radicaux violents qui se sacrifient à le clamer. Cet appel fut « intégré » par les américains.
 La guerre d’Irak, évènement décapant, a montré comment la France entretient une inhibition de l’acte : l’initiative trouve toujours devant elle un cadre qui l’entrave. Ici le tabou c’est « La Cause Arabe », intouchable, que les Arabes veuillent ou non s’en débarrasser.
En France il ne faut pas dire que le Coran reprend la Bible et justifie sa reprise en maudissant ses tenants, il ne faut pas dire qu’il tient sur eux (Juifs et Chrétiens) un discours péjoratifs pour justifier être le sceau de leur message. A quoi bon dire ces choses ? Certes, mais à quoi bon les taire ? Cette censure est pathétique, mais est-ce si grave ? L’Histoire n’oublie pas ces facteurs inconscients : c’est elle qui les a exhumés et depuis, elle ne lâche pas le problème. Mieux, elle semble avoir mandaté une force conséquente, l’Amérique, pour le traiter par la force. Et elle imposera une issue.
 
L’Amérique, acteur de l’Histoire, apporte non pas la Démocratie mais l’Evènement ; à elle s’oppose la « petite Europe » (France et Allemagne) qui ne veut pas d’histoires. L’Europe rêve d’imposer sa loi mais elle n’a pas de quoi faire force de loi, de quoi la faire entrer en vigueur. L’impuissance ou le repli narcissique se déguise alors en critique permanente des bavures et des échecs de ceux qui agissent, et qui sont loin être parfaits. La « petite Europe » fige le monde arabe dans son fantasme unitaire et ainsi marque pour lui un profond mépris. D’après l’auteur, le couple franco-allemand est aujourd’hui la force qui a l’effet conservateur le plus intense sur le monde arabo-musulman.
 Les peuples arabes attendent depuis des siècles que leurs classes dirigeantes les sortent du trou, et elles les y ont plutôt enfoncé. Aussi scandaleux que cela puisse paraître il semble que l’Histoire ait décidé de libérer le peuple d’Irak au moyen des Américains, lesquels auront des bénéfices, on n’est pas acteur de l’Histoire pour rien. Mais les Etats-Unis paieront pour cette manie de libérer les peuples qui n’arrivent pas à le faire eux-mêmes. Cette manie de s’immiscer dans le rapport pervers entre un peuple et son tyran, le naïf qui vient libérer le peuple et qui s’attend à être aimé en est quitte pour ses frais. On n’insulte pas à la légère la fierté rentrée d’un peuple, lui rappeler son impuissance en osant faire soi-même ce qu’il n’a pas pu, c’est faire que sa rage rentrée se retourne contre vous. L’Amérique s’efforce cependant de rendre le monde arabo-musulman plus jouable planétairement, lui qui demande à son insu à être aidé pour traverser son fantasme.
 
Une autre conséquence du conflit au Proche-Orient  est la vague d’antisémitisme qu’a connu la France. Face à l’antisémitisme, les juifs de français butent sur du vide, ils ne peuvent rien car l’Etat est avec eux, de tout cœur, il leur donne ce qu’il a de mieux : son intime conviction. D’autant que bien des juifs sont prêts à s’en accommoder puisque l’antisémitisme leur permet l’essentiel : la jouissance de le dénoncer, jouissance qu’ils partagent avec les hommes politiques et les musulmans modérés. Depuis qu’ils se repèrent essentiellement par rapport à l’antisémitisme et aux menaces contre Israël, « les juifs », avance l’auteur, se sont imposés une étroitesse, une inculture qui les empêche d’interpréter leur énorme héritage et de trouver les passages féconds entre religion et modernité.
 
 
CONCLUSION
 
En somme, ce conflit du Proche-Orient est une histoire de possession-dépossession.
Possession, car cette terre était non pas promise par Dieu mais compromise par un rapport étrange où les juifs parlaient d’elle comme d’un objet de désir qui se transmet avec leurs mots sur trente siècles ; cette possession s’articule sur un texte : la Bible. Et quand l’Islam arrive au VIIème siècle et opère un coup de force où il annexe le Texte des juifs, il les dépossède de ce message dont ils sont jugés indignes. Cependant, même si les deux religions n’ont pas le même Dieu, il y va en elles du partage de l’Etre.
Partager l’avoir (la terre) n’est pas si difficile : toute zone à forte densité juive sera Israël, idem pour les Palestiniens, avec échanges, permutations, transferts réciproques de populations dans certains cas particuliers. Tout comme les deux fantasmes sont tressés, les frontières le seront aussi. Et si les Etats arabes versent aux Palestiniens la valeur des biens des juifs qui sont partis, ces Etats seront mieux impliqués et le tressage s’en trouvera plus serré. Encore faut-il que ces Etats reconnaissent cette dette matérielle.
Le travail d’assumer sa faille aiderait chacun à cesser être le symptôme de l’autre, et à vivre son ouverture identitaire. La « fin » du conflit n’aura pourtant pas lieu. La solution sera une onde complexe avec des amplitudes variables, des pulsations irrégulières, des secousses et des accalmies. « Un jour » il y aura non pas la paix mais des plages de paix alternant avec des chocs et des violences. L’histoire a besoin de repasser par les racines et l’origine. Elle astreint les partenaires à endurer le décollement entre le religieux et le symbolique sur le lieu même où sont nés les religions du Livre.
Dans ce drame où les acteurs sont souvent inconscients de ce qui les meut, tous sont appelés à une vaste « explication ». Les Israéliens ignorent la plénitude identitaire inscrite dans le Coran et les musulmans éclairés se doutent à peine qu’ Israël, à son insu, travail pour eux en étant une entame vivante dans ladite plénitude. L’Histoire, exigeante, secoue la peur qu’on a de l’autre et celle que l’autre a de lui-meme quand il soupçonne, dans ses racines, trop de choses qui lui échappent : l’altérité irréductible.
 
                                                                                                         

 Julien Bensusan
 
 

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Dernière mise à jour : ( 06-08-2005 )
 
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