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Compte-rendu du débat du 18 octobre 2004 « Elections américaines : quel impact au Proche-Orient ? »
15/11/2004 Le débat a eu lieu à la maison France-Amériques, qui est un club privé concernant avant tout les Américains expatriés en France. Le club organise environ 80 évènements par an, que l’on peut classer en huit sections. Trois sections sont géographiques (Etats-Unis, Canada, Amérique Latine), quatre sont thématiques (économie et politique, culture, défense, santé), et la dernière est la section « jeunes », qui recoupe les autres sections. Le débat d’ s’inscrivait dans cette dernière section. Les intervenants étaient M. Guy Millière, économiste, journaliste et auteur de Ce que veut Bush et de Pourquoi Bush sera réélu ?, et M. Pierre Alexandre, journaliste à LCI envoyé à New York, il a écrit John Kerry : l’homme qui veut arrêter Bush. Le débat a été assez consensuel, les intervenants citant souvent des faits clairement établis et ne prononçant que peu leur opinion personnelle. Il a été très difficile de rester dans le sujet du débat, qui a davantage porté sur les élections elles-mêmes et sur la politique extérieure des deux candidats. En voici les lignes principales. L’élection américaine occupe l’esprit du monde entier, chacun fait ses pronostics, et tente d’imaginer les conséquences mondiales d’un changement de président à Washington. Les élections américaines seront très serrées. En effet si John Kerry est le grand favori mondial, seuls les Américains voteront et donc ces spéculations sont sans fondement. Pierre Alexandre considère cette élection comme un référendum : pour ou contre Bush ? Mais il souligne aussi que John Kerry n’est pas seulement anti-Bush, il a aussi sa propre politique. Selon Guy Millière, les élections seront très serrées car on observe une polarisation entre deux Amériques : celle des villes, des étudiants qui vote Kerry, et celle de la campagne, de l’Amérique profonde soutenant massivement le président sortant. Il ajoute aussi par rapport aux votants que ceux qui votent Bush votent à 80% pour Bush, alors que dans ceux qui votent Kerry, la moitié seulement vote réellement pour Kerry, les autres votent contre Bush. La décision se jouera certainement sur la politique étrangère, à savoir lequel sera le chef de guerre bénéficiant du plus de crédit ; et déjà Bush avait l’avantage sur ce plan. Pierre Alexandre estime donc que les élections se joueront dans les deux dernières semaines, sur les 20% d’indécis. Ces derniers ne feront pas leur choix en se basant sur la politique étrangère, en général ils ont déjà leur opinion formée à ce sujet. Ce seront davantage les faits, les comportements, la personnalité des deux candidats qui feront la différence. Pierre Alexandre ajoute que l’économie pourra desservir Bush, notamment auprès des minorités qui ont souffert de la situation et n’ont pas eu l’attention du président sortant. Guy Millière objecte à cela que l’économie jouera pour Bush car ce dernier a accédé au pouvoir dans un contexte houleux de récession et de terrorisme, et malgré cela des emplois ont été créés, le chômage est faible (5,4%) et le bilan économique bon. Pour lui la politique étrangère importera jusqu’au bout. Ce à quoi a répondu Pierre Alexandre que la politique étrangère devrait alors desservir Bush à cause de la guerre en Irak, et que dans l’imaginaire des Américains la situation économique est mauvaise. En recherchant ce qui pourrait donner l’avantage à l’un ou l’autre candidat, les intervenants se sont interrogés sur les différences profondes qui séparaient les deux hommes. Pierre Alexandre estime que Bush et Kerry sont en accord sur de nombreux points, en matière de politique étrangère par exemple. Tous deux prônent une guerre contre le terrorisme hors des frontières américaines, et sont prêts à attaquer les Etats qui hébergent le terrorisme. Selon lui, c’est dans la forme que leur attitude diffère. En effet Kerry voudrait impliquer plus d’Etats dans cette guerre contre le terrorisme, il voudrait en faire un conflit plus large. John Kerry explique que selon lui la guerre en Irak était bonne dans le principe mais qu’elle fut mal menée. Sa communication aussi est différente. Pour Pierre Alexandre cette politique s’avère assez ambiguë, dans le sens où Kerry annonce qu’il continuera la politique de Bush tout en ralliant les autres pays, alors qu’on sait bien que ces pays ont toujours refusé de se joindre au conflit. Guy Millière pense que ces convergences ne sont pas si fortes, et ajoute au sujet de la guerre en Irak que Kerry tergiverse trop, et que sa position insuffisamment claire handicape son image de chef de guerre. Cette élection a été suivie mondialement, et chacun donne son avis. Les médias français par exemple condamnent systématiquement Bush. « Que pensez-vous de la position des médias français sur Bush et quel parallèle avec Sharon pourriez-vous en retirer ? » Telle fut la question adressée à nos deux intervenants. Pour Guy Millière les médias ont évolué, de benêt ils considèrent Bush aujourd’hui comme un stratège machiavélique. La diabolisation de Bush rappelle celle faite de Sharon. Ceci pourrait s’expliquer par le fait que les gens préfèrent les hommes qui cherchent à apaiser les conflits et à éviter la guerre, or le problème est que les Etats totalitaires ne comprennent que le langage de la force et que l’on ne peut rien en attendre d’autre. De plus les Européens comprennent mieux le langage de ceux qui leur ressemblent le plus. Or Kerry a justement ce côté français, il argue le multilatéralisme et la coopération avec des alliés. Mais pour lui Kerry vend des illusions car la France et l’Allemagne ne changeront pas de position. Pierre Alexandre précise que les critiques anti-Bush les plus violentes viennent de la presse américaine. En France il y a toujours eu un rejet total de Bush. Beaucoup de Français pensent que Bush est taré ou débile, mais aujourd’hui le fantasme d’un complot plane dans les esprits. Pierre Alexandre nous a raconté à ce sujet une anecdote assez parlante. Bush, lors d’un débat télévisé, avait un faux pli dans la poche de sa veste, et les médias américains ont lancé une rumeur affirmant que c’était un micro et que des aides lui soufflaient les réponses par ce biais. Si aux Etats-Unis cette affaire a été considérée comme un simple jeu de déstabilisation, l’histoire a été prise très au sérieux en France. Les médias véhiculent les préjugés sur les étrangers que la population veut entendre, ils vendent du papier (un problème d’éthique se pose…). C’est pourquoi le public aussi est responsable de cette situation car il a repris et amplifié le discours conspirationniste des médias. La question de l’idéologie et de la diversité des médias a été soulevée mais les réponses furent assez floues et incertaines. Elle mérite cependant réflexion. Mais pourquoi les Européens tiennent-ils tellement à ce que Kerry l’emporte ? Est-ce dû aux relations délicates Europe-USA, au souhait de voir les Etats-Unis moins forts ? Guy Millière pense que ce souhait de voir les Américains moins imposants en matière économique et politique internationale existe bel et bien. Kerry est perçu comme un homme moins musclé et plus malléable face à l’ONU. De plus la politique pro-arabe de l’Europe (et de la France tout particulièrement) et la stratégie de Bush tirent dans des sens opposés. Le risque pour l’Europe est que rien n’assure dans la réalité que Kerry y changera quelque chose, et la France devrait alors bouger avec lui et se retrouverait au pied du mur. Pierre Alexandre a confirmé en expliquant que les Républicains vont augmenter leur pouvoir au Sénat et au Congrès, ainsi le président devra de toutes façons composer avec des intérêts républicains. En ce qui concerne la politique étrangère des deux candidats, les débats portent essentiellement sur la guerre en Irak, le reste est quasiment absent. Pierre Alexandre dit juste que Kerry a montré qu’il avait les mêmes capacités que Bush et la même vision sur la manière de commander une armée. Il a dit « Je veux gagner la guerre », ce qui laisse à supposer qu’il pourrait contre toute attente augmenter l’effort de guerre. Guy Millière confirme mais ajoute qu’il veut passer des alliances et ainsi il n’est pas sûr que son approche dans le conflit au Proche-Orient soit la même (approche multilatérale). Mais de manière générale les deux intervenants s’accordent pour dire qu’il est impossible de prévoir l’impact des élections sur le Proche-Orient car le débat est complètement absent sur ce sujet. Et si l’on connaît la position de Bush, on ne sait rien de Kerry. C’est un homme mystérieux et cynique qui composera avant tout avec ses intérêts.
Audrey Abensur
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