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13-10-2008
 
 
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25-02-2005

Synthèse de l'ouvrage :

Quatre ans pour Changer le monde
L’Amérique de Bush de 2005-2008
 Bruno Tertrais*


26/02/2005
 

 

         « Nous savons désormais qu’il n’y aura pas de ‘parenthèse Bush’, mais qu’il y aura au contraire une ‘ère Bush’ ».  Ce constat formulé dans le début de l’essai s’adresse aux Européens qui dans leur majorité aurait préféré la victoire des démocrates aux élections présidentielles américaines de novembre 2004. Il s’agit d’une autre façon de dire ‘content ou pas des résultats des élections, il faudra bien faire avec’. Bruno Tertrais, nous livre donc dans sa nouvelle publication (Editions Autrement 2005) une analyse fouillée et lucide de la politique du président reconduit, pour aider Français et Européens à mieux comprendre les motivations de l’administration Bush. Mieux comprendre, un premier pas pour mieux cohabiter. Ce nouveau mandat est une victoire pour le camp républicain, et pour tous les inspirateurs de la politique présidentielle mais il fournit également l’occasion pour le monde et l’Europe de mieux déchiffrer un président qui restera en place jusqu’en 2008. Bruno Tertrais a pris le temps de décrire, loin des clichés et des images toutes faites, la réalité d’un parti politique, qui a su mobiliser au nom de grandes idées, hommes politiques dévoués, intellectuels brillants, et partisans fidèles.


Bruno Tertrais attribue cette « réélection sans ambiguïté » à la peur. En effet, il considère qu’« au fond ce qui a joué le 2 novembre 2004, c’est la peur : celle du terrorisme souvent, celle de l’immigration parfois, mais surtout celle des changements de la société américaine, dans lesquels l’Amérique profonde ne se retrouve plus ».

S’il est vrai que cette réélection divise en quelque sorte « l’Amérique rétro » et « l’Amérique métro » (campagne versus milieu urbain), elle met en lumière une écrasante victoire due à trois principaux facteurs :


1)     Le premier responsable est le Président lui-même. George W. Bush a su montrer une « force de caractère » qui manquait crûment à son adversaire démocrate John Jerry. Cet avantage lui a donné la crédibilité nécessaire en tant que « président du temps de guerre ». Tertrais ajoute même – pour contrer les mauvaises langues anti-américaines qui font de Bush une « simple marionnette manipulée par des forces sinistres qui le dépassent » - qu’il est un « véritable décideur ». En se démarquant de ses origines familiales, ce « texan d’adoption » est « devenu un Texan plus vrai que nature », « conscient de ses limites mais sûr de ses choix » qui rencontre « l’empathie de bon nombre de ses concitoyens, qui se reconnaissent en lui. Monsieur Bush est un « Américain ».
 
2)     Le deuxième facteur qui a rendu la victoire possible est le renouveau de la droite américaine qui est lui-même le résultat de la deuxième révolution conservatrice commencée en 1994. Ce renouveau est le fruit de la synthèse de « deux courants politiques particulièrement bien organisés : le conservatisme et l’évangélisme. Auquel il faut ajouter le « nouveau nationalisme » américain « réactivé après le 11 septembre » pour donner une image complète de l’éventail républicain.  Il s’agit d’une « alliance idéologique particulièrement puissante dont Monsieur Bush est aujourd’hui l’incarnation ». Ces trois courants ont des relais particulièrement efficaces qui diffusent à grande échelle leurs idées : que se soit par des revues – The Weekly Standard pour les néocons ou la National Review pour les nationalistes mais également à travers les think-tanks comme l’American Enterprise Institute pour les néocons et la Heritage Foundation ou Hoover Institute pour la droite traditionnelle. Leur succès repose également sur le soutien de puissants médias comme la chaîne Fox News de Rupert Murdoch, véritable porte-parole de l’administration républicaine. Si dans les critiques de la politique de Bush, on a fait grand cas de l’influence des « neocons », Bruno Tertrais souligne avec insistance le fait que « l’on ne saurait réduire la politique suivie de par M. Bush à une mise en pratique des thèses néoconservatrices ». Il argumente en montrant « qu’aucun des principaux responsables de la politique étrangère du pays dans la période 2001-2004 n’est directement affilié à la mouvance néoconservatrice ».
 
3)     A la personnalité de Bush et à l’écho de ses idées, il faut ajouter le facteur religieux qui se traduit par le « triomphe des évangéliques ». Bruno Tertrais note à cet égard que les évangéliques n’ont « jamais été aussi puissants dans la politique américaine ». Leur succès est attribué à l’évolution de la société américaine dans la deuxième partie du Xxe siècle qui ressent un profond malaise avec pour syndrome la perte de repère. Quelques personnalités tels Pat Robertson, Franklin Graham ou encore Tim Lahaye ont œuvré à ancrer l’évangélisme dans la politique et en particulier dans la mouvance républicaine. Preuve de leur écho, « près de la moitié du vote Bush est un vote évangélique ou born again ». Mais là encore, Tertrais nuance cette réussite : « on a peut-être tendance à exagérer l’importance de la dimension religieuse dans la fabrication de la stratégie américaine. » Mais une chose est sûre, on peut voir « dans la fermeté des orientations de M. Bush et dans  l’importance de la dimension morale dans son discours politique un effet direct de la force de ses convictions spirituelles».
 

En bref, cette alliance entre néoconservateurs, évangélistes et nationalistes converge autour du refus du relativisme culturel, du respect de la religion, du sentiment d’une mission à accomplir, d’une absence de réticences quant à l’usage de la force et du soutien à Israël.


Dans la suite de l’ouvrage, B. Tertrais dissèque le mode de fonctionnement de l’administration républicaine dans le mode institutionnel américain. En une phrase introductive, l’auteur résume son analyse sur la question : « sous la présidence de George W. Bush, le système politique américain fonctionne de manière très centralisé, et l’administration fédérale domine aujourd’hui le système institutionnel sans contre-pouvoir ».
L’administration Bush fonctionne avec une logique managériale. Si elle a refusé de joindre le protocole de Kyoto, ce n’est pas en raison d’une méfiance à l’égard du multilatéralisme, explique Tertrais, mais en raison de la nature du texte qui est considéré comme une absurdité en termes de rapport coût-efficacité pour la protection de l’environnement.

L’administration est composée d’hommes et de femmes loyaux et disciplinés. Les personnalités proches du Président ont tous comme dénominateur commun leur fidélité à toute épreuve au Président, que ce soit Karl Rove, Condoleezza Rice, ou Dick Cheney.

      Pour ce qui est des institutions, le camp républicain a une coïncidence des trois majorités : présidence, Sénat, Chambre des représentants. Il en résulte une domination presque sans partage de l’exécutif. S’il y a une quelconque instablilité  lors du second mandat, elle viendra de la Cour Suprême en raison du grand âge de certains juges pour lesquels le Président trouvera et nommera des remplaçants. Ce qui fait dire à B. Tertrais que « sous M. Bush, la présidence américaine n’a jamais autant mérité le qualificatif d’impériale ».
 
      Dans une partie suivante, le chercheur dévoile les chantiers du second mandat Bush. Le président va mener de front et en parallèle les chantiers intérieurs amorcés dès 2001 et les chantiers extérieurs.
-         Chantiers intérieurs (réformes économiques, sociales et culturelles) recouvrant les exemptions d’impôts, la réforme de l’éducation, des retraites et du système de santé, la promotion des thèses religieuses évangéliques. Les questions de l’avortement et du mariage entre personnes du même sexe seront toujours au-devant de la scène. Le dossier le plus pénible sera celui du déficit budgétaire alors que l’environnement ne sera en rien une priorité.
-         Chantiers mi-intérieur mi-extérieur : défense et renseignements. Il ne faut pas s’attendre à un revirement dans ce domaine. L’option de la frappe préemptive demeure un choix possible et la « révolution dans les affaires militaires » va s’accélérer. Quant à la réforme du renseignement votée par le Congrès en décembre 2004, elle aura pour mission de centraliser la politique du renseignement et améliorer la communication entre agences.
-         Chantiers extérieurs (les guerres des Etats-Unis). Tertrais affirme que le second mandat de Bush ne sera pas un « retour au multilatéralisme » car « l’administration n’est pas aussi unilatéraliste qu’on veut bien le dire » et parce que « la norme américaine historiquement n’est pas le multilatéralisme ». Le chantier principal alors « reste ce que l’Amérique appelle la guerre mondiale contre la terreur ». Ainsi dans le domaine de la lutte contre le terrorisme et de la prolifération nucléaire, l’Iran, la Corée du Nord, la Syrie et le Soudan demeurent sous pression et étroite surveillance. Dans les deux cas problématiques de l’Iran et de la Corée du Nord c’est la voie diplomatique qui est privilégiée et « l’usage de la force est pour l’instant exclu » ; il faudra compter avec la Chine pour régler ces deux crises. Les Etats-Unis continueront par ailleurs à travailler sur leur plan du Grand Moyen-Orient et multiplieront les efforts pour sécuriser l’Irak, l’Afghanistan et le Proche-Orient. Au-delà du chantier gargantuesque du Moyen-Orient, Tertrais n’oublie pas de mentionner la montée du rival chinois, la Russie et l’Inde qui façonnent l’espace eurasiatique et retiennent toute l’attention des Américains.
 
B. Tertrais dédie le dernier chapitre de son essai à l’Europe  « face au défi américain ». L’auteur revient sur la divergence transatlantique entre Européens et Américains qui a battu son plein lors de l’intervention en Irak des anglo-saxons. L’Europe a changé, en paix, elle a gagné en « unité et en autonomie », elle ose désormais s’affronter aux Etats-Unis. Au-delà de divergences culturelles et stratégiques, selon Tertrais « l’ensemble euro-atlantique est le seul au monde qui réunisse une alliance d’intérêts et une alliance d’idéaux, sinon une communauté de valeurs ». Tertrais propose que l’Europe « mal à l’aise vis-à-vis de l’Amérique de Bush » « doit regarder la réalité en face », « elle doit reconnaître que l’Amérique de Bush pose des questions légitimes sur l’organisation du monde, le droit international et l’usage de la force ». Le constat de Tertrais est sévère : « l’Europe a le choix entre faire évoluer le monde avec l’Amérique ou le voir évoluer sans elle » et il ajoute «  la construction d’une forteresse européenne sur le champ de ruines de la relation transatlantique serait un pari faustien ».  Et finalement, Tertrais conclut : « On peut souhaiter que l’acceptation du réel se fasse autant du côté européen que du côté américain, c’est-à-dire que l’Europe accepte la réalité de l’Amérique et que l’Amérique accepte la réalité du monde, sans pour autant renoncer à le changer. »
 
 

Depuis la parution du livre, les élections irakiennes se sont relativement bien déroulées, Israéliens et Palestiniens sont parvenus à une entente sécuritaire, tandis que Condoleezza Rice et Georges W. Bush sont venus en Europe témoigner de leur volonté d’un nouveau départ au sujet des relations transatlantiques. On pourrait presque croire qu’Européens et Américains ont entendu les conseils de Bruno Tertrais. Le second mandat Bush sera à mon sens davantage distinct du premier que ne le suggère Tertrais. L’administration républicaine s’impliquera plus et mieux dans la paix au Proche-Orient et n’hésitera pas à solliciter l’aide européenne. Ayant tiré les leçons du premier mandat l’équipe Bush prendra au sérieux les avantages de la diplomatie sur l’emploi de la force. On peut uniquement regretter dans cet essai l’absence de commentaire au sujet du futur de l’ONU et de l’OTAN ou encore de l’AIEA (Agence Internationale pour l’Energie Atomique). Pourtant, ces institutions risquent d’être en première ligne – pour leur inefficacité ou absence d’initiative - dans les prochaines années en raison des crises Nord Coréennes et Iraniennes. On peut ajouter un constat de bon sens qui est que la plupart des crises auxquelles les Etats-Unis doivent faire face – en tant que superpuissance responsable - sont souvent sans solution. Prenons le cas de la nucléarisation probable de l’Iran, les Etats-Unis sont face à un dilemme. Ils doivent en partie la réussite des élections irakiennes à l’aide des chiites iraniens –alors que la république islamique des mollahs n’est pas reconnue par les Américains. Et les  iraniens conscients de leur inestimable aide leur font du chantage nucléaire.  Mais l’accession de l’Iran au nucléaire c’est le début du chaos nucléaire au Moyen-Orient. Les Européens misent sur la négociation – contre-pied des pressions américaines- mais jusqu’à maintenant les résultats sont peu probants. On ne peut pas attendre des Américains des solutions miracles alors que souvent personne n’a la solution.


* Bruno Tertrais est maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). Son dernier ouvrage, La guerre sans fin : l’Amérique dans l’engrenage, a été publié en 2004 (Seuil).


 Leslie Palti
 

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