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08-09-2008
 
 
Compte rendu de débat AFIDORA: « Religions : l’inéluctable affrontement ? » Version imprimable Suggérer par mail
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15-04-2005


 « Religions : l’inéluctable affrontement ? »
Compte rendu de débat  AFIDORA à l’hôtel Atala
16/04/2005
 


Intervenants :
 
Emile Poulat, sociologue des religions, ancien directeur de recherches au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), directeur d’études à l’ Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS)
 
Habib Hobeika, journaliste « défense et stratégie » à TTU Monde Arabe.

Freddy Eytan, ancien Ambassadeur d’Israël en République Islamique de Mauritanie, directeur du centre Israël – Europe au Jerusalem Center for Public Affairs, auteur de « France, Israël, et les Arabes : le double jeu ? »
 
 

 Le débat était présenté par Alexandre Lucas et Laura Tolub.
 
 

Emile Poulat, Habib Hobeika, Freddy Eytan

     
      

 

Introduction  :
 
Le débat de ce soir s’intitule : « Religions, l’inéluctable affrontement ? ».
Nous avons pensé qu’afin de mieux appréhender certaines tensions géopolitiques du monde actuel, il serait intéressant d’approfondir la problématique des religions. En effet, alors que l’on a cru un temps que le monde évoluait vers une sécularisation définitive, au contraire ces dernières années ont été celles d’un retour de l’esprit religieux sous des formes nouvelles,  souvent difficilement contrôlables et avec un rigorisme accru.
 
Pourtant au vue des dernières images médiatiques, notamment lors des funérailles du Pape, où nous avons tous vu l’ensemble des dignitaires religieux et des chefs d’Etat se côtoyer dans une parfaite harmonie, nous nous sommes demandés si le débat de ce soir avait encore lieu d’être ou du moins s’il ne fallait pas le renommer « religions, l’inéluctable rapprochement ? ».
 
Néanmoins malgré cet unanimisme, qui n’est peut-être qu’un unanimisme de façade, ça nos intervenants nous le diront, les conflits n’ont pas disparu comme par enchantement. Or chacun de nous se pose la question de savoir quelles sont les véritables causes des conflits actuels ?
Sommes nous passés effectivement  d’affrontements idéologiques à des affrontements civilisationnels comme l’a souligné Samuel Huntington dans son article « le choc des civilisations » paru dans la revue Foreign Affairs en 1993. Les conflits actuels sont-ils purement religieux ? Ou encore sous couvert de conflits religieux, n’assistons- nous pas en réalité à des conflits purement politiques, économiques ou territoriaux ou au contraire des conflits politiques ne cachent-ils pas des conceptions philosophico-religieuses différentes?
 
Voici donc un aperçu des grandes questions que nous poserons à nos intervenants, et nous comptons sur eux pour nous éclairer et donc nous rendre lumineux ce qui nous paraît parfois obscur.
 
 
AFIDORA : Le thème du débat est « religions : l’inéluctable affrontement ? ». Mais en réalité ne devrait-on pas parler d’un choc des civilisations plutôt que d’un choc des religions ? L’un d’entre vous se dévoue-t-il pour répondre à cette première question?
 
Habib Hobeika :
Les choses sont inextricablement mêlées. Les religions sont intriquées dans la culture. Je ne pense pas qu’on puisse faire une distinction entre les deux.
 
Emile Poulat :
Ni l’un, ni l’autre. Ces termes sont des caches-misère et on ne sait pas trop ce qu’ils recouvrent. Ce vocabulaire est bien trop abstrait. La vraie question serait plutôt : y a-t-il un choc inéluctable entre des hommes qui ont des religions différentes. Or je ne connais pas de religion qui mettent en avant le meurtre, que ce soit l’Islam, le Christianisme ou le Judaïsme. Alors demandons nous pourquoi l’appel de Pie VI à l’Organisation des Nations Unies (ONU) « No more war » n’a pas été entendu. Pourquoi y a t il  une exaltation de la guerre ?
 
 
AFIDORA :
La composante religieuse revêt-elle une importance primordiale dans le choc des civilisations ? Que peut on penser du fait qu’aujourd’hui des gens se disent musulmans avant de se dire Français ou Arabe ?
 
Habib Hobeika :
Le conflit qui existe depuis le 11 Septembre a des répercussions sur notre quotidien. Le problème s’est transposé sur le sol français. D’ailleurs, le racisme d’aujourd’hui n’a rien à voir avec le racisme de grand père. Mais, il s’agit plus d’un conflit entre musulmans et juifs.
 
 
AFIDORA : Pointer du doigt les origines religieuses de notre culture est-ce courir le risque d’envenimer le conflit ?
 
Habib Hobeika :
Reconnaître les problèmes me semble être une nécessité
 
 
AFIDORA : En tant que spécialiste de la laïcité, pouvez vous nous dire si au XIXème siècle, on a parlé d’un problème catholique ?
 
Emile Poulat :
Le XIXème siècle est le siècle des questions. Il y a des formes différentes de la laïcité. Encore une fois, je n’aime pas parler en termes trop abstraits et je préfère évoquer des musulmans plutôt que l’Islam car cela parle des gens. A ce sujet, il faut éviter l’amalgame entre terrorisme, musulmans et arabes.
 
 
 AFIDORA : Comment le conflit de religions est-il perçu en Israël ?
 
Freddy Eytan :
Je voudrais réagir avant à ce qui a été dit. J’étais pendant 3 ans en Mauritanie qui est une République islamiste, qui fait partie de la Ligue Arabe. C’est un pays à 95% sunnite comme le reste du Maghreb. En Mauritanie, pays dans lequel l’alcool est pourtant interdit, il y a une acceptation d’Israël.
Pour les Israéliens, qui sont les musulmans ? Est-ce que ceux sont des gens qui font sauter des bombes ? Non, en Israël, il n’est pas question de conflit de religion. D’ailleurs, en Israël, 19% de la population est arabe et les arabes sont d’ailleurs représentés par 7 députés à la Knesset.
 
Habib Hobeika :
Je me réjouis de la situation de la Mauritanie, mais il faut bien admettre que même les pays qui ont signé des traités de paix avec Israël sont plus dans une situation de « guerre froide » que de réel paix. Les populations sont tout à fait contres l’Etat d’Israël. Le monde musulman n’accepte pas Israël car il représente un Etat juif et un cheval de Troie de l’Occident.
 
 
AFIDORA : Les médias déforment ils la réalité ?
 
Habib Hobeika :
Oui, les médias déforment la réalité. En France, il y a un biais en faveur de la cause palestinienne. On peut ainsi parler de la relation qui existe entre les intellectuels musulmans et la gauche Tiers Mondiste française. En France, on a du mal à conceptualiser un pays fondé sur le religieux.
 
 
AFIDORA : Y a-t-il eu dès le départ une non-acceptation d’Israël ?
 
Freddy Eytan:
Je ne suis pas d’accord avec ce qui a été dit avant qui relève d’une méconnaissance de l’Histoire.
Israël cherche la paix, mais mis à part le geste génial de Sadate, les Arabes ont raté la paix.
 
 
AFIDORA : Les trois religions parlent-elles l’une de l’autre au fondement ?
 
Emile Poulat :
Au moment du Christianisme, l’Islam n’est pas né.
Le Christianisme est né de la séparation avec le Judaïsme. Et c’est l’éternelle question des divorces.
Au IVème siècle, le christianisme devient religion d’Etat et les juifs ont un statut particulier. A cela, il faut ajouter la coexistence du paganisme à la même époque.
 
 
AFIDORA : Au-delà des apparences, jetons un coup de œil aux textes fondateurs des trois monothéismes.
L’Islam s’est il formé contre le judaïsme et le christianisme ?
 
Habib Hobeika :
L’islam a été créé après les deux autres monothéismes, donc oui. Il y a bien eu des réformes dans la religion musulmane, des mouvements de retour à la source. Par exemple, Mohamed Abdu est un réformiste. Mais le résultat de ces réformes a toujours été de se positionner contre l’Occident. Le salafisme s’inspire d’un mouvement réformiste du XIXème siècle. Quelles sont les conséquences de ce mouvement de retour au source ? Et bien, cela inspire des mouvements, comme les Frères musulmans (pour plus d’information à ce sujet, consultez  Photo de Famille). Malheureusement, l’Islam n’a pas accompli la réforme que le catholicisme accompli et ne s’est pas séparé d’une lecture littérale du Coran. D’ailleurs, je pense qu’il est assez vain de penser que cette réforme de l’Islam va se faire en France sous l’égide du gouvernement. Cette réforme viendra plutôt des pays arabes.
 
Freddy Eytan:
Je voudrais saluer Jean Paul II pour être venu en Terre sainte et pour Vatican II. Car, depuis Vatican II, le Juif n’est plus celui qui a crucifié le Christ. Et, je voudrais rappeler que les Juifs ont vécu pendant des siècles avec des Musulmans dans des pays musulmans.
 
 
AFIDORA : Pour conclure, une question ouverte : la laïcité, concept à la mode qu’il serait intéressant de préciser, est-elle une solution au conflit des civilisations ?
 
Emile Poulat:
Après que les exégètes chrétiens se soient interrogés sur la notion de Dieu, les Chrétiens évoquent Yahvé. Nous sommes là, les Chrétiens et les Juifs à reconnaître un patrimoine commun.
Il faut faire attention de ne pas réduire la laïcité à la séparation de l’Etat et de la religion. Cette séparation a toujours existé. La laïcité est une notion plus large : une reconnaissance de la liberté de conscience pour tous et toute.
 
 
AFIDORA : Cette reconnaissance vous semble-t-elle compatible avec l’Islam?
 
Habib Hobeika :
Aujourd’hui, à part en Turquie, la laïcité n’existe pas dans les pays musulmans. La laïcité est une notion qui n’est pas comprise. Par ailleurs, on peut même se poser des questions pour les pays occidentaux. La loi du voile n’est pas comprise aux Etats-Unis, l’excès de laïcité est une spécificité bien française. Il ne faut pas pousser trop loin la laïcité, comme ce fut le cas par exemple pour la polémique provoquée par le débat sur les drapeaux en berne en hommage à Jean Paul II.
 
 
 
Questions du public :
 
 
De tous temps, les guerres ont été faites par des sociétés non-démocratiques, la vraie raison des guerres entre les religions ne serait elle pas le manque de démocratie ?
 
Habib Hobeika :
En théorie, oui. Mais la démocratie n’empêche pas que le premier ministre irakien soit un islamiste
 
 
L’inéluctable affrontement n’ait il pas plutôt à craindre au niveau d’une extension du conflit ?
 
Habib Hobeika :
C’est possible, mais il faut se garder d’un trop grand pessimisme, on peut dire qu’il y a un consensus entre les religions au niveau de la paix. Cette orientation globale est indéniable, mais elle est difficile à appliquer globalement.
Il faut imaginer que la religion musulmane pourra effectuer sa réforme.
 
 
Les intervenants furent enfin chaudement applaudis et participèrent au buffet cocktail auquel l’assistance était conviée.
 
 

 Benjamin Rouach
Crédits photographiques : Gregory Boublil et Jeremy Fain
 
 

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Dernière mise à jour : ( 01-09-2005 )
 
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