| Compte-rendu d’un documentaire : « Israël : Questions interdites », Planète (France 2) |
|
|
| 24-03-2004 | |
|
Planète France 2 : « Israël : Questions interdites » Compte-rendu d’un documentaire télévisé diffusé sur France 2 (23 février 2004) 25/03/2004
Nota Bene :
Cet article est un compte-rendu d’un reportage qui est à notre sens pertinent, profond et sans excès partisan. Ses rapporteurs se permettent toutefois quelques commentaires (en bleu). S’il le souhaite, le lecteur pourra aisément s’en affranchir en première lecture.
Les auteurs s’excusent par avance auprès du lecteur du sentiment de manque de fluidité de ce compte-rendu, accentué par la structure du documentaire qui articule assez maladroitement quatre thèmes autour d’une cheville qu’est la paix. Un documentaire, ce sont des images, et de la voix. Ici sont retranscrites nos notes, traduisant le plus souvent le commentaire, bien peu souvent l’image. Néanmoins, les auteurs de cet article estiment que l’ « esprit » du documentaire est retranscrit dans ces lignes.
Sommaire :
1. La Crise morale 2. Les colonies 3. La religion 4. La démographie 5. Entretien avec Théo Klein 6. Conclusion
Le compte-rendu de ce documentaire est suivi de l’avis des analystes sur ce documentaire.
1. La Crise morale
Le premier reportage de l'émission met en avant les positions de responsables israéliens, de plus en plus nombreux, en désaccord avec Sharon.
Quatre anciens directeurs du Shin Beth (i.e. Amit Ayalon, Avraham, Yaakov Peri et Carni Trillon) s'expriment et développent une position commune pour rompre le cycle infernal de violence au Proche-Orient. Afin d'en terminer avec cette situation, ils remettent en cause les méthodes employées par Israël et en appellent aux Palestiniens pour en faire de même :
Ø ils dénoncent Israël comme un « occupant professionnel » dans les territoires palestiniens Ø ils s'opposent à l'oppression des Palestiniens et l'emploi de la force et de l'humiliation Ø ils ne veulent pas que Israël soit présent dans les Territoires palestiniens et que la sécurité du pays soit utilisée comme un prétexte car la menace du terrorisme ne remet pas en cause l’existence de l’Etat d’Israël.
Ils dénoncent en fait une politique d'occupation d'Israël et non de défense, en faisant notamment référence au bombardement de la centrale d’Osirak (Irak) ainsi qu’au largage de bombes lourdes au dessus d’innocents : « there are laws for war »,(N.D.L.R. « la Guerre est régie par des lois ») qu’Israël ne respecte pas, toujours selon ces responsables du Shin Beth.
Un autre personnage est alors interrogé, il s’agit de Zeev Sternhell, historien, pour qui le conflit actuel est différent des autres conflits. Appuyant dans un premier temps les propos des responsables du Shin Beth (« Tsahal a un problème : il ne sait pas identifier le danger »), Zeev Sternhell termine son propos en affirmant tout de go que la Cisjordanie est un grand camp de concentration.
Il n’est pas dans les habitudes d’
Par contre, il est légitime pour
Dans le reportage, il est présenté deux points de vue sur le mur en construction autour de la Cisjordanie. Le premier est celui d'une israélienne interrogée dans un marché qui considère le mur comme un mur de protection en réaction à la peur engendrée par les attentats. Le deuxième est celui d'un historien, Meron Benvenisti (ancien maire-adjoint de Jérusalem) qui pense le mur comme un mur de séparation inégalitaire, faisant une prison pour les Palestiniens et instaurant une nouvelle forme d'apartheid. Il souligne que cette politique est très éloignée du sionisme de 1948 où Israël incarnait un pays de liberté où les Juifs avaient la mission morale d'être un exemple pour le monde.
Cet accolement de deux points de vue tend à donner plus d’importance, de légitimité à l’historien par le simple fait qu’il soit présenté comme un personnage public cultivé en comparaison de l’avis nécessairement populaire recueilli au marché.
Le rêve sioniste est-il mort ? (suggestion à notre lecteur : consulter la synthèse de l’ouvrage Le Sionisme Expliqué à nos Potes en cliquant sur ce lien) Les Juifs, ce peuple victime qui risque de devenir bourreau, nous dit Avraham Burg. Les deux tiers des Israéliens ont réélu Sharon, alors que ceux qu’on appelle les refuzniks sont de plus en plus nombreux : ces derniers refusent de faire leur service militaire dans les Territoires.
Le lecteur pourra consulter une analyse intitulée « Où voyez-vous des refuzniks ? », dans laquelle nous traitons justement de la question de ceux qu’on appelle génériquement les « refuzniks ».
La peur des attentats entraîne des réactions excessives : à Jérusalem s’oppose la ville de Tel-Aviv, l’insouciante, la moderne, la nocturne…
Sur le plan de l’immigration, une parenthèse est faite sur la prise en charge des Juifs éthiopiens. Individuellement, leur effort d’intégration coûte cent mille euros, et il existe environ trente centres d’accueil des immigrés. Une Française immigrée en Israël rappelle que l’aliyah (N.D.L.R. : le fait d’émigrer, de retourner en terre d’Israël pour un Juif de la diaspora) signifie « la montée » vers ce summum qu’est Israël.
2. Les colonies
En Israël, les colons représentent trois pour cent de la population totale. Le reportage se situe à Netzarim (un village de 7500 israéliens entouré d’un million de Palestiniens ; situé en Cisjordanie ou Judée-Samarie) et nous expose les points de vue de deux colons.
En premier, on voit les colons qui ont suivi les incitations des gouvernements israéliens d’aller vivre dans des colonies, ils y vivent et se définissent comme des remparts au terrorisme. Ils sont prêts à partir si le gouvernement le demande et si la paix est assurée en échange. La plupart des colons sont dans ce cas, mais ils considèrent certaines colonies comme des villes faisant parties intégrantes d’Israël.
Les entreprises israéliennes font appel, pour réduire la menace terroriste, à de la main d’œuvre thaïlandaise, quatre fois plus onéreuse que la main d’œuvre palestinienne. A titre indicatif, un colon coûte deux mille euros de plus à l'Etat d’Israël, et ce pour des raisons sécuritaires.
L’avenir de la Paix se situe là où idéologie et religion se confondent. Les graffitis expriment les sentiments des enfants quand ils se font tirer dessus.
Un mère qui a perdu sa fille dans une attaque-suicide s’exprime : la solution, c’est le transfert des Palestiniens dans les 127 pays arabes.
Certaines images (comme des destructions de synagogues, et des implantations palestiniennes clandestines) servent à calmer l’administration américaine qui s’oppose à l’extension des colonies.
On découvre ensuite les colons radicaux qui rejettent tout, qui construisent des postes avancés de colonies, qui s'opposent à l'armée, et considèrent « être revenus à la maison » en exhibant des sites archéologiques hébreux. Ils sont minoritaires mais toujours visibles.
L’Etat israélien dénonce ces avant postes (et les traque grâce à des avions de reconnaissance) en allant jusqu’à les démanteler mais n’est pas clair sur ces positions car ces postes avancés finissent grâce à l’intervention d’agents des services publics, par avoir accès à l’électricité. Un avant-poste est-il cependant vraiment illégal ?
Sharon envisage des concessions douloureuses pour les colonies mais pas un démantèlement complet ce qui est impossible devant certaines colonies bien implantées.
3. La religion
La clôture de séparation rentre de plusieurs kilomètres en Cisjordanie. On assiste à la définition du futur Etat palestinien, qui apparaît telle une enclave.
Emmanuel Navon, du Likoud, explique que la solution « deux Etats, deux Nations » n’empêche pas ces deux Etats, Israël et la future Palestine, d’avoir des minorités.
Mais les voisins d’Israël n’acceptent pas son existence. De même, en Europe, Israël est perçu comme un cadeau, une contrepartie de la Shoah. Israël s’est construite d’elle-même.
Théodore Herzl avait pensé à l’Argentine et à l’Ouganda avant même le Proche-Orient pour installer l’Etat hébreu. Pourtant, Israël est établi sur une terre biblique, et apparaît plus comme un théocratie que comme une démocratie.
A Jérusalem par exemple, où le shabbat est respecté à cent pour cent, la police interdit la circulation le samedi.
Affirmation et information erronée (dires confirmés par notre correspondante à Jérusalem) : cela n’a pu arriver – et encore - que dans le minuscule quartier de Mea Shearim, et l’image correspondant à ce commentaire montre une simple voiture de police qui avance dans une rue, et aucunement un quelconque signe d’interdiction.
Claude Klein, traducteur des textes fondateurs de Herzl, explique que ce dernier était un bourgeois de Vienne qui a notamment vécu à Paris. Il eut eu cette phrase : « Garder les rabbins dans les synagogues, c’est comme garder les soldats dans les casernes ».
Israël, c’est l’équivalent d’une terre de refuge.
Un dixième de la population appartient à la catégorie dite des « juifs orthodoxes ». Les orthodoxes n’ont pas la télévision, c’est pour eux trop moderne, trop décadent.
Dans les bus, les hommes sont à l’avant, et les femmes à l’arrière.
« Chaque matin, les hommes remercient Dieu de ne point les avoir faits femmes : bravo madame, vous gardez la foi malgré tout. »
Le journaliste se permet ici de porter un jugement de valeur sur la religion juive. Quelque soit son avis sur le sujet, le propos de ce documentaire n’est certainement pas d’exprimer des avis sur le judaïsme ou quelque autre religion. Qui plus est, cette maladresse s’accompagne à n’en point douter d’une méconnaissance des Textes quant à la place du sexe fiable dès la genèse, le commencement.
Un exemple de controverse : si Dieu interdit aux hommes de porter une lame au visage, le rasoir électrique est-il autorisé ?
En Israël, de nombreux couples rencontrent des problèmes à cause de leur Etat civil. En effet, le statut quo a donné naissance aux tribunaux rabbiniques. Le mariage étant le ciment du peuple juif, les tribunaux jugent de la bonne judaïté ou non des futurs mariés ou pas. La New Family Organization (http://www.newfamily.org.il/main.asp) organise malgré tout des mariages laïques, par le moyen contractuel. « Fuir son pays pour échapper au rabbin » est la manifestation d’un malaise.
Ben Gourion avait instauré le statut quo entre les religieux et les libéraux.
Israël est à la fois une démocratie moderne et une terre promise, les bandes horizontales de son drapeau représentent les rayures d’un talith, ou châle de prière. Le fait que Sharon ait été élu deux fois révèle les aspirations des Israéliens, à savoir vivre en sécurité – résultat d’une séparation avec les Palestiniens.
Pour Daniel Bensimon, du journal Haaretz, la guerre avec les Palestiniens a cassé l’économie israélienne. La moitié de la population de l’Etat hébreu vit en dessous du seuil de pauvreté. La tragédie israélienne relève du sécuritaire : personne n’a de jour de répit. Les Israéliens ont perdu trente pour cent de pouvoir d’achat en trois ans ! Il y a un cri général : essayons l’option de la paix ! Traduction d’une lassitude ? En tous cas, sans paix, pas d’Etat d’Israël. Après recherches, il s’avère qu’en fait, un peu moins d’un habitant d’Israël sur cinq vit sous le sous le seuil de pauvreté – les choses allant certes en s’aggravant.
4. La démographie
On ne parle pas en France des Arabes-Israéliens. Ils sont un million deux-cents mille en Israël. Officiellement, ils ont les mêmes droits que les Israéliens.
Le groupe de rap DAM symbolise la révolte des jeunes Arabes-Israéliens.
Il y a cinquante-cinq villages arabes illégaux en Israël, pour soixante-dix mille habitants.
Le service militaire n’est pas obligatoire pour les Arabes ?
A Haïfa, ville-exemple de minorité intégrée, douze pour cent de la population est arabe ; pour un cinquième des étudiants de son université.
Il y a un problème démographique avec les Arabes Israéliens : on aura un Etat binational s’ils atteignent environ le tiers ou plus de la population. Une autre solution serait l’échange de territoires…
5. Une visite à Me Théo Klein
En conclusion de ce documentaire, le journaliste-présentateur rend visite à Théo Klein, avocat aux barreaux de Paris et de Tel-Aviv, (N.D.L.R. : invité au premier débat organisé par AFIDORA
Eléments de réponse apportés par Théo Klein :
Il semble que cette région est dans l’incapacité d’aboutir à quelque chose d’autre que la violence. Il y a un problème de définition des frontières : veut-on un Grand Israël ou un Etat d’Israël ? Aucun gouvernement israélien n’a réellement défini les frontières d’Israël, et la masse israélienne ne voit très logiquement pas plus loin que les attentats. Il faut avoir un et un seul objectif : l’intelligence ; et dire aux Palestiniens : si j’ai eu mon Etat, toi aussi tu peux avoir le tien. La bonne formule, c’est d’être majoritaires sur un Etat, et pas minoritaires. Ayons des idées simples, cela ne les empêchera pas d’être claires et équilibrées. Tâchons d’exiger d’autrui la même chose qu’à soi-même…
6. Conclusion du documentaire :
Nous avons tenté de comprendre Israël et sa politique, qui est maintenant dans l’obligation de faire des choix historiques.
C’est sur la chanson de Gainsbourg « Sables d’Israël » (1967) que s’achève ce documentaire.
Notre avis :
Le contenu de ce documentaire nous a semblé dresser un tableau sinon fidèle, tout du moins plausible, intéressant et réaliste de la situation actuelle en Israël. Les thèmes d’actualité sont abordés dans le soucis d’apporter plusieurs éclairages sur un même problème. Saluons cette aspiration à l’objectivité, même si la présence de certains passages – qui firent l’objet de commentaires de notre part – est discutable.
Compte-rendu réalisé par Jonathan Marey & Jeremy Fain
|
|
| Dernière mise à jour : ( 01-09-2005 ) |
| < Précédent | Suivant > |
|---|








