| Compte-rendu de conférence: « Pauvreté et terrorisme », US India Institute, Washington DC |
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| 01-10-2004 | |
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« Pauvreté et terrorisme » Conférence ayant eu lieu le 1er octobre 2004, organisée par le US -India Institute à Washington D.C. 02/10/2004
Veuillez ci-après trouver un résumé de la pensée des principaux intervenants.
Biographie :
Walid Phares est membre de la Foundation for the Defense of Democracies à Washington DC. Il est professeur spécialisé dans la région du Moyen-Orient, conflits religieux et ethniques à la Florida Atlantic University. Né et élevé au Liban, il a fait ses études à la Jesuit and Libanese Universities de Beyrouth où il a obtenu un diplôme de droit, de sciences-politiques et de sociologie. Il a également obtenu un Master en droit international de l’Université de Lyon en France et un Ph.D. en relations internationales et études stratégiques à l’Université de Miami.
Propos Nous nous intéresserons à la relation Djihad / pauvreté. Certes, il y a de l’économie partout. Mais la notion de Djihad du courant salafiste fondamentaliste va bien au-delà des éléments socio-géo-éco-politiques. L’équation classique est celle qui démontre que le terrorisme est une sorte de thérapie, c’est l’arme du pauvre donc du faible. Cette analyse dangereuse est formulée par deux écoles de pensée :
- L’école marxiste (même s’ils ne se disent pas marxistes) qui analyse le monde avec la grille des luttes de classes. Le « djihadisme constitue pour eux une violence inconsciente exprimant la frustration d’une population opprimée et conduisant au terrorisme. Le terrorisme comme arme du pauvre est une simplification trop réductrice. - L’école libérale considère que de mauvaises conditions économiques produisent le terrorisme. Mais le pas entre mauvaises conditions économiques et l’explosion d’un bus par un attentat terroriste n’a jamais été prouvé. Cette explication n’est donc pas non plus satisfaisante. Je vous propose une autre analyse qui s’applique aux « djihadistes » ( les auteurs des attentats du 11 Septembre, 11 Mars…) - L’idéologie. Les textes religieux sont très importants pour guider et motiver. En aucun cas, ces mouvements fondamentalistes ne relient leur idéologie à la pauvreté, ils ne se disent pas les défenseurs des pauvres et des opprimés. Leur analyse du monde n’est pas : dominés versus dominants mais croyants versus infidèles. - Un objectif rationnel. Ils considèrent le terrorisme comme un instrument pour atteindre leur but. Leur objectif rationnel est d’imposer le califat. Ils sont loin de vouloir rétablir une quelconque justice sociale. - Mobilisation sociale. Le recrutement se fait parmi les classes moyennes et les plus instruites. D’ailleurs parmi le leadership des « djihadistes » on trouve les classes sociales les plus élevées. Les recruteurs utilisent leur frustration (pouvoir politique corrompu, économie stagnante) pour la convertir en énergie au service d’un rêve plus supérieur. Leur conviction vient du fait qu’on leur fait entrevoir un autre destin dans l’au-delà. Ils auront servi pour la Cause : ré-établir un royaume, un califat. Le combat n’est donc pas d’obtenir une meilleure sécurité sociale en Arabie Saoudite ou ailleurs. En conclusion le terrorisme est l’arme du pouvoir et non du pauvre. Il peut être utilisé par les pauvres, les classes moyennes, les classes aisées. « Ce n’est qu’un instrument ». Pour gagner la guerre contre le terrorisme il faut de la patience et une perspective de long-terme. Il faut démonter la tête pensante, l’ordinateur central, cela doit venir du monde musulman. Il faut que le monde arabe accepte le concept de démocratie comme supérieur à la religion fondamentaliste. Cela prendra du temps mais on peut déjà observer la montée des organisations non gouvernementales (ONG) et militants des droits de l’homme dans le monde arabe.
Ses propos : Marc Sageman est un professeur de médecine à l’Université de Pennsylvanie. Après avoir été diplômé d’Harvard, il a obtenu un Ph.D. (doctorat) en sociologie à l’Université de New York. Il a rejoint la CIA (Central Intelligence Agency) en 1984. Il a passé un an à la puis est allé à Islamabad de 1987 à 1989 où il a conduit le programme unilatéral avec les afghans. En 1991 il a démissionné de la CIA pour retourner à la médecine et plus particulièrement à la psychiatrie. Après les attentats du 11 septembre, il a assemblé le matériel biographique de 400 terroristes d’Al Qaida pour tester la validité des préjugés conventionnels sur le terrorisme. Cette recherche a été publiée cette année Il a témoigné devant la commission du 11 Septembre et est devenu conseiller de plusieurs agences du gouvernement en relation avec le terrorisme. Pour aller à l’encontre des préjugés conventionnels sur le terrorisme et le global djihadisme : - Profil. Le leadership est principalement égyptien (à l’exception notoire de Ben Laden) et afghan. Ensuite la plupart des terroristes viennent du Maghreb, il s’agit de l’élite de leur pays qui a immigré en Europe ou aux Etats-Unis. Ils ont le mal du pays, se sentent marginalisés et vont à la Mosquée pour des raisons sociales et non religieuses. L’engrenage commence ici et abouti dans des gangs puis dans le terrorisme. - Famille d’origine : 2/3 des membres viennent des classes moyennes et aisées. La pauvreté n’a aucun lien avec le terrorisme. - Age moyen de recrutement : 26 ans. - Type d’éducation : laïque. Parmi les 19 terroristes des attentats du World Trade Center, aucun n’avait fait de madrasas, id. école coranique. - Niveau d’étude : 64% ont été au collège. La plupart sont des ingénieurs; - Occupation : la plupart ont un emploi. - Situation familiale : 74% sont mariés, quand ils ne le sont pas c’est qu’ils sont trop jeunes. - Aucun passé criminel. - Santé mentale saine. - L’endroit d’où ils rejoignent le djihad : 70% viennent d’un pays étranger. - La mise en relation : pour 68% c’est par un ami. - Il n’y a pas de budget destiné au recrutement ni de campagne de recrutement. - Il s’agit d’un réseau décentralisé. Pas d’unité, pas de hiérarchie. Frontières floues. Le commandement ne contrôle plus, les djihadistes sont inspirés mais ne reçoivent plus d’ordre. La solution est une guerre des idées. Propos recueillis par Leslie Palti |
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| Dernière mise à jour : ( 07-08-2005 ) |
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