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Compte-rendu de débat AFIDORA
Chocs géopolitiques et conjoncture économique au Proche-Orient. 25/09/2004 Débat organisé par l’association AFIDORA le 19 septembre 2004 à l’Hôtel Atala. Ce débat était spécialement réservé aux adhérents de l’association (pour adhérer, cliquer ici). Intervenants : Daniel Rouach, professeur à l’ESCP-EAP et au Technion, spécialiste d’intelligence économique, il est le co-auteur de L’économie d’Israël aux éditions Que sais-je ?.
Jean-Pierre Favennec, professeur d’économie a l’Ecole Supérieure du Pétrole et des Moteurs, responsable du département Economie à l’institut Français du pétrole. De la même manière qu’il y eu une question « proche orientale –celle du « Proche-Orient compliqué » tout au long du XXème siècle, se pose celle de savoir quel impact économique les chocs pétroliers peuvent avoir sur les pays de la région, à l’heure d’une « contagion verte » lourde de menaces terroristes. Une certitude demeure : les acteurs de la région doivent disposer d’une information claire et précise afin d’anticiper et de réagir de manière efficiente aux chocs en question. Par contraste, on peut mesurer l’impact du phénomène de mondialisation dans des pays comme la Chine ou l’Inde qui voient se développer de véritables classes moyennes qui ont su profiter des transferts d’emplois et de technologies en provenance de l’Ouest. Se pose alors la question de savoir si cette dynamique peut servir de modèle pour les pays du Proche-Orient. AFIDORA: Quel est l’impact du terrorisme sur l’économie israélienne ? Daniel Rouach: Les Israéliens sont plutôt optimistes malgré la deuxième Intifada, la pauvreté et le chômage. En effet, en 2002, la deuxième Intifada a fait 456 morts du coté israélien, 213 en 2003 et moins de 80 en 2004 ; sur les trois dernières années 36 bombes et 629 attaques ont frappé l’Etat hébreu. De fait, les sondages montrent que 40% des israéliens ont peur, il n’en reste pas moins qu’Israël est un îlot de prospérité économique en relation avec les pays de la Triade Etats-Unis, Europe, Japon). La relation entre économie et terrorisme s’observe dans les coûts en terme de création de richesse, on estime l’impact des attentats à 8 points de PIB (Produit Intérieur Brut) de la région soit 800 milliards de dollars. Ceci dit, l’économie israélienne, malgré les boycotts dont elle subit les effets, résiste bien : elle fonctionne en réseau avec ses partenaires, créant de fait une capacité d’autonomie que n’ont pas ses voisines. AFIDORA : A qui profite la manne pétrolière ? Le baril de pétrole peut-il encore servir d’arme économique contre Israël? Pourquoi les Territoires palestiniens ne se sont pas développés au fil du temps ? Jean-Pierre Favennec : Rappelons que les deux tiers des réserves mondiales de pétrole se repartissent dans cinq pays (Irak, Iran, Arabie Saoudite, Koweït et Emirats Arabes Unis) qui fournissent plus de 30% de la demande mondiale. Rappelons également que le pétrole se caractérise par trois éléments : il est indispensable au transport (notre civilisation se maintien grâce au pétrole) ; c’est le seul produit où le prix de production est très inférieur au prix de vente (un baril coûte $2 à produire et finit par coûter $50 dans les bourses de matières premières) ; enfin, il procure aux pays producteurs ce que les économistes nomment une « rente » qui leur garantit une situation prospère. Dès lors et pour répondre à la question : non, le pétrole ne peut plus être une arme aujourd’hui, compte tenu du nombre de pays producteurs n’appartenant pas à l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole). Ensuite, oui, c’est vrai, le pétrole n’a pas été un moteur pour le développement des pays concernés, il a même eu un effet pervers pour certains : 90% du budget de l’Arabie Saoudite dépend directement de la manne pétrolière. Pour bien comprendre les choses il faut savoir qu’il n’y a pas de solidarité « créatrice » entre les pays arabes et les Palestiniens. Il y a au moins une raison qui explique le non développement de certains pays producteurs de pétrole : « la malédiction du pétrole » ou « maladie hollandaise ». Cela renvoie au fait que le pétrole, garantissant une rente (en anglais : Win Fall Profit : manne qui tombe du ciel) à ces pays, ne incite pas à l’effort, à l’innovation et de là conduit à une compétitivité structurelle faible. Daniel Rouach: Les attentats du 11 septembre ainsi que les attaques répétées subies par Israël ont « boosté » le développement de l’industrie de la sécurité particulièrement via les liens très étroits qu’Israël entretient avec les Etats-Unis et la Diaspora qui lui ont fournit plus de 80 milliards de dollar depuis la deuxième Intifada. Un mot s’impose sur la perception dont Israël fait l’objet de la part de la société civile : la connotation « israélien » a profondément changé depuis vingt ans en raison de la volonté médiatique de propagande sur le thème : « depuis l’édification du mur, Israël, c’est le pays de l’Apartheid ». Particulièrement sensible en Europe, cette mauvaise image de marque pourrait être lourde de menaces pour l’Etat hébreux puisque le vieux continent représente près de 30% des ses exportations, un boycott des produits israéliens serait catastrophique en tous point de vue. Jean-Pierre Favennec : Sur l’impact du terrorisme, il faut tout de même rappeler l’accord de long terme entre l’Arabie Saoudite et les Etats-Unis en matière d’approvisionnement. Aujourd’hui, Washington veut s’affranchir de ce lien avec Riad difficilement sécable puisque les Etats-Unis importent le quart de la production mondiale et se retrouvent toujours, à un moment donné, en face à face avec son encombrant partenaire.
AFIDORA : Que faut-il penser de l’économie israélienne ? Daniel Rouach : Une normalisation s’est opérée depuis une dizaine d’années. Ainsi, des sociétés comme STMicroelectronics ou Thomson, très timides au départ, se sont solidement ancrées en Israël. Et ce d’autant plus que le risque-pays est perçu par les agents économiques comme relativement moins élevé qu’avant l’avènement du terrorisme international (les bombes peuvent désormais exploser à Madrid comme à New York ou à Moscou). Israël se démarque de ses concurrents car il a développé une grande expertise en matière de technologie et d’armement (on estime par exemple à plus $1,5 milliard les transferts de technologies d’Israël vers la France). Par ailleurs, on observe une co-intégration des services de renseignement israéliens et américains. Jean-Pierre Favennec : Pour en revenir à des éléments plus tangibles il faut dire que le poids économique de la région, hormis Israël, reste inférieur au PIB d’un pays européen moyen. Bref, le Proche-Orient ne pèse pas très lourd dans l’économie mondiale. Daniel Rouach : « Israël Valley » voit les grandes entreprises s’installer et rester, ce qui se traduit dans les chiffres : un triplement de la valeur ajoutée en dix ans soit de 7,7 à 20 milliards de dollars de création de richesse. Israël dispose de cinq forces : des universités de haut niveau dans le domaine de la recherche ; les Venture Capitalists; l’esprit entrepreneur ; la défense (Tsahal) ; enfin, les incubateurs qui limitent le « Brain Drain » (la fuite des cerveaux). Bref, l’adversité est contournée. AFIDORA : Quel avenir pour les économies du Moyen-Orient en cas d’abandon progressif du pétrole ? Jean-Pierre Favennec : Nous connaîtrons probablement un pic de production de pétrole dans les dix prochaines années mais la question de la fin du pétrole est un problème de long terme : il ne faut pas attendre beaucoup de l’hydrogène, le nucléaire est une solution envisageable, mais gardons à l’esprit que l’âge de pierre ne s’est pas arrêté faute de pierres. Daniel Rouach : Au Proche-Orient, les femmes sont mises au foyer, ce n’est pas le cas au en Israël. Au Proche-Orient, la nature de l’économie est de court terme et non de long terme, l’éducation coranique est de plus en plus dégradée. Il faut tout autant casser la maladie de la corruption au Proche-Orient et rappeler que dans le domaine du pétrole ça ne sert à rien d’être l’ami ou non des Arabes.
Propos recueillis par Julien Bensusan Photographies : Benjamin Tolub
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