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24-07-2008
 
 
Compte-rendu de débat AFIDORA: « Grand Moyen-Orient, Grand Ménage ? » à Paris IX Dauphine Version imprimable Suggérer par mail
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27-02-2005

 

Compte-rendu de débat AFIDORA

 « Grand Moyen-Orient, Grand Ménage ? »

  

27 février 2005

 

Jeudi 17 février 2005 à l'Université Paris IX, Dauphine.

 

 

AFIDORA, organisait un débat exceptionnel sur le thème du " Grand Moyen-Orient ", projet initié par les Etats-Unis visant à rassembler les pays du Moyen-Orient autour de valeurs telles que la démocratie. Le titre provocateur de ce débat " Grand Moyen-Orient, Grand Ménage? " a animé les quatre invités pendant près de deux heures. Nous avons donc eu le plaisir de pouvoir entendre (de gauche à droite sur la photo)

 

M. Khattar Abou-Diab , politologue, analyste à la revue Les Cahiers de l’Orient,

Mme Anne Lorraine Bujon de L'Estang, spécialiste des États-Unis à l'I.F.R.I. ,

M. Yves Roucaute, professeur de relations internationales à l'Université de Paris X,

M. Alain Marsaud , UMP, ancien chef du Service Central de Lutte antiterroriste.

 

 

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Ce projet de reconfiguration du Moyen-Orient autour d'idées démocratiques est riche en actualité ces derniers mois. En effet, le forum pour l'avenir du Grand Moyen-Orient et l'Afrique du  Nord (GMO), à Rabat en décembre dernier, les élections palestiniennes, irakiennes et saoudiennes, et enfin les tristes manifestations de violence au Liban ne font que susciter optimismes, doutes et interrogations sur le sujet.

Le débat a donc tout d'abord porté sur le point de vue de chacun sur le projet de "Grand Moyen-Orient" pour ensuite examiner le cas particulier de chacun des pays problématiques de cette zone.

 

 

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Aspects  du projet de Grand Moyen-Orient.

 

 

AFIDORA : Le Grand Moyen-Orient est-il véritablement un grand ménage ou bien un grand rangement ?

 

Selon Alain Marsaud, il s'agit bel et bien d'un grand rangement, dont le dépoussiérage correspondrait à la lutte anti-terroriste. Toute la question est de savoir s'il faut établir  un ordre  politique avant d'éradiquer le terrorisme, ou bien l'inverse. Il est de même indispensable de "régler le problème religieux" en tendant la main à un Islam "régulier" (qu'il estime davantage chiite que sunnite) pour isoler l'Islam "séculier", afin de favoriser la mise en place des "processus démocratiques."

 

 

AFIDORA : Le courant néo-conservateur est à l'origine de ce projet de Grand Moyen-Orient. Qui sont les néo-conservateurs?

 

Anne Lorraine Bujon de L'Estang répondit en soulignant tout d'abord qu'il ne faut ni surestimer, ni sous-estimer leur influence. Ce sont des intellectuels au départ, qui exercent plus volontiers des rôles de conseillers que des mandats électoraux. Leur parcours est riche et complexe. La première génération, qui s'affirme après la Grande Dépression, est essentiellement composée d'enfants d'immigrés catholiques ou juifs, qui croient fermement au credo américain, cependant volontiers trotskistes. Politiquement, le courant va se déplacer très nettement mais progressivement de la gauche vers la droite, philosophiquement, il se caractérise par une opposition au relativisme culturel (en cela, ils s'inspirent de la pensée de Léo Strauss) et un rejet du statu quo. De ce point de vue, on a donc bien affaire à un "grand ménage". En effet, selon Anne Lorraine Bujon de L'Estang, on peut qualifier leur projet de "révolutionnaire".

 

 

AFIDORA : Faut-il alors vraiment faire le "ménage" pour voir plus clair? Voit-on déjà un peu plus clair?

 

Il n'est pas aisé d'aborder le problème de l'Islam, selon M. Khattar Abou-Diab, d'une part, c'est une religion sans "clergé", d'autre part divisée (les Sunnites orthodoxes étant la source principale des préoccupations actuelles ). Par-dessus tout, l'Islam  manque cruellement de réformes. M. Abou-Diab rajoute que la religion n'est pas la seule à avoir manqué d'évolutions au Moyen-Orient. Le PNB (Produit National Brut) trop faible de la plupart des pays, leur retard social et politique (rôle des femmes, illettrisme élevé même au Maroc, vide démocratique) font du Moyen-Orient  une région dotée  d'une inertie trop imposante. Il faut donc que "les réformes viennent de l'intérieur, pas de l'extérieur". Le bilan de la politique américaine de "nettoyage" des régimes "sales", ceux-là mêmes dont les États-Unis s'accommodaient pendant la Guerre Froide, n'a rien de positif.

 

 

AFIDORA : Yves Roucaute, vous êtes dithyrambique à propos du projet de Grand Moyen-Orient, en quoi, selon vous, la présence des États-Unis est-elle un tel bol d'air pour les populations moyen-orientales?

 

Yves Roucaute répond d'emblée : "Je suis un néo-conservateur, un vrai !". Selon lui, "nous devons nous battre pour la dignité humaine", et c'est précisément ce que font les États-Unis au Moyen-Orient. Il revient alors longuement sur la polémique de la guerre en Irak. Avec insistance, il défend l'idée selon laquelle il n'y aurait pas de hiatus entre les États-Unis et l'Europe, mais seulement avec la France, l'Allemagne et quelques autres nations. La guerre était bel et bien justifiée, puisqu'il ne s'agissait pas seulement du problème des armes de destruction massive, et de destituer un régime "fasciste", mais aussi de s'attaquer aux groupes terroristes implantés là-bas, qui sont selon M. Roucaute la principale source des problèmes actuels. Il rajoute que les élections visiblement réussies montrent la justesse de la "cause" américaine, qui est, avec ce projet de Grand Moyen-Orient, d'installer la liberté dans cette région du monde. Poursuivant avec insistance, Yves Roucaute souligne l'effet de la démonstration de force des États-Unis : recul de la Libye de la Syrie au Liban, l'avance du processus de paix israélo-palestinien, et l'attention enfin accordée aux menaces venant de l'Iran.

 

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AFIDORA : Khattar Abou-Diab, vous qui êtes plus critique à l'égard de la politique des États-Unis, que pensez-vous de cette analyse ?

 

Un jour, on pourra constater le résultat des "erreurs". Par exemple, il est difficile, selon M. Abou-Diab de dire que ce sont les États-Unis qui arrangent les affaires libanaises, alors que ce sont eux-mêmes qui ont "fourni  un mandat" à la Syrie, d'abord dans le contexte de la politique de Kissinger face à la Guerre Froide, puis en échange de l'appui syrien pour l'intervention en Irak de 1991. Il vaudrait mieux, plutôt que des interventions américaines, que "chacun fasse le ménage chez soi". Actuellement, pour l'administration américaine, il s'agirait davantage de contrôler les conflits et les ressources, de contrôler et de contenir la Russie et l'Europe, avec ce projet de grand Moyen-Orient.

 

 

AFIDORA : Comment distinguer néo-colonialisme et néo-impérialisme? S'inscrivent-ils dans la politique des États-Unis?

 

Selon Anne Lorraine Bujon de L'Estang, les "néo-conservateurs sont devenus des idéologues, ceci entraîne une véritable guerre d'idées". La politique du gouvernement américain n'est pas exactement une forme d'impérialisme, il y a d'ailleurs "plein de livres" pour dire que ce que l'on pourrait appeler l'Empire américain est "involontaire", et en repli depuis la fin de la Guerre Froide.  Pour revenir sur l'impérialisme, il convient de rappeler des paroles de Jefferson : l'Amérique, "si elle devenait un empire, risquerait de se corrompre". De nombreux américains s'inquiètent d'ailleurs aujourd'hui de la perte de l'exceptionnalisme américain, de la perte des libertés individuelles au nom de cette guerre d'idées, ainsi que de tels dérapages que ceux des tortures dévoilées en Irak. Cependant, les États-Unis peinent à se rendre compte de leur problème d'image, malgré les précédents datant de la guerre du Vietnam. En particulier, dans le monde arabe, les accusations d'impérialisme, et d'envenimement du conflit israélo-palestinien, rendent difficile à jouer le rôle pour lequel les États-Unis se destinent au Moyen-Orient.

 

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AFIDORA : M. Alain Marsaud, que diriez-vous pour arbitrer, et pour commenter la politique américaine au Moyen-Orient ?

 

Alain Marsaud déclare immédiatement être un militant du Grand Moyen-Orient depuis longtemps. Malheureusement, selon lui, l'idée est malheureusement laissée à l'abandon, car M.Bush tout comme Mme Rice déclare en réalité vouloir installer la liberté "worldwide" et semblent, au Moyen-Orient, vouloir se consacrer à des faces à faces plutôt qu'à un projet d'ensemble. Or, les États-Unis sont les seuls à pouvoir faire quelque chose, certainement pas l'Europe et les institutions internationales trop faibles. Pour revenir sur l'Irak, la fin de Saddam Hussein place Al-Qaïda "au top" de l'opposition aux États-Unis, ce qui expose à une expansion inquiétante du terrorisme. Pour conclure, Alain Marsaud montre une certaine inquiétude: "Le Grand Moyen-Orient, j'ai l'impression que l'idée est morte". "Si la France n'est pas présente dans les projets américains", elle risque de se retrouver en porte-à-faux avec les évolutions mondiales.

 

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Les (États ?) problématiques

 

AFIDORA : Que dire de l'obsession israélo-palestinienne? (cf notre article  : l'obession israélo-palestinienne)

Selon M. Roucaute, la disparition de Yasser Arafat est une chance pour la Paix. Grâce au, selon lui, "grand président" Sharon, et au "président  palestinien", "on va enfin réussir à faire la Paix", car  ils y ont tous deux intérêt. Il faut pour cela installer une démocratie et nettoyer de toute corruption la Palestine. Il revient alors sur la question de l'impérialisme, en s'exclamant "Les États-Unis ne sont pas impérialistes!", en évoquant en guise de démonstration la création des États-Unis face à une colonie européenne, le balayement du nazisme, puis l'aide apportée aux vaincus pendant la période de l'après-guerre, et enfin l'indépendance accordée à la France. Selon Yves Roucaute, "Les États-Unis n'ont "impérialisé" personne !", il fallait affronter le Communisme, et "ce fut une réussite". M.Roucaute extrapole alors encore sur le rôle de l'Organisation des Nations Unies, en dénonçant les totalitarismes qui ont profité du Conseil de Sécurité, pour s'exclamer : "l'ONU, c'est la force, pas le droit !"

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(Réaction de M. Khattar Abou-Diab)

 

M. Abou-Diab souhaite d'abord revenir sur la France d'après-guerre :  "On ne peut pas balayer De Gaulle comme cela! C'est grâce à De Gaulle que la France a pu s'affirmer en tant que grande puissance.". Ensuite, pour ce qui est de l'ONU, les rapports devraient se régulariser, et cela est essentiel pour prévenir les risques de chocs (de civilisations, des religions, etc.). Les projets totalitaires, selon M.Abou-Diab, que sont "l'islamisme" et la "volonté évangélique de démocratisation" causent de nombreux troubles. "Les États-Unis" devraient changer de stratégie, car on ne combat pas un totalitarisme par un autre.(...) L'Europe devrait peser davantage, et la France s'inscrire dans les mouvements mondiaux.

 

 

Pour revenir sur le conflit israélo-palestinien...

 

M. Alain Marsaud reprend la parole, pour apporter son témoignage. Ayant effectué une visite d'un village palestinien de 4000 habitants  adulant les photos de "martyrs", puis l'après-midi même, rencontré les familles des victimes de l'attentat devant la boîte de nuit le "Dolphin", il nous décrit comment lui, et tous ceux qui étaient avec lui avaient "abandonné tout manichéisme", et toute idée. Selon M. Marsaud, Israël a de la chance d'avoir  Ariel Sharon comme chef d'État, car il est en mesure de céder des choses pour faire avancer les négociations. En commençant avec la barre très haut, à l'inverse de la gauche, il peut se permettre de faire des concessions. Le risque numéro un aujourd'hui serait l'assassinat de Mahmoud Abbas.

 

(Réaction d' Anne Lorraine Bujon de L'Estang)

 

Selon Mme Anne Lorraine Bujon de L'Estang, il  faut revenir sur le projet de Grand Moyen-Orient et se demander s'il est vraiment mort. En effet, le Grand Moyen-Orient, ce n'est pas la guerre en Irak (quoique certains voudraient croire en la théorie des dominos), ce n'est pas non plus la résolution du conflit israélo-palestinien, mais ce devrait être une synthèse – le libéralisme étant la seule voie pour la région. Il doit y avoir avec ce projet une volonté d'accompagnement, de coopération. Le projet reste donc réellement à redéfinir.

 

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Question du public : "Y aurait il une priorité pour le projet de Grand Moyen-Orient? Le conflit israélo-palestinien?"

 

M. Roucaute répond en présentant l'équation sur laquelle reposerait ce projet : "Respect du Droit et de la Démocratie + Prospérité = Paix", qui est à appliquer pour le conflit israélo-palestinien, comme pour le reste. "La guerre la plus importante à mener est celle pour la liberté".

 

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AFIDORA : Que souhaitent réellement les États-Unis, faire le ménage, ou ménager l'Arabie Saoudite?

 

M. Roucaute ne voudrait pas que l'on fasse un mauvais procès aux Etats-Unis à propos de l'Arabie Saoudite. Il ne faut pas négliger les côtés positifs de l'Arabie Saoudite, qui a aidé à contrer le Communisme, qui a empêché Khomeyni de prendre La Mecque. Il ne faut pas non plus oublier qu' Al-Qaïda s'est construite contre la famille Seoud. Cependant ce n'est pas un État contrôlable, avec ses centaines de princes de sang dont certains sont dangereux.

 

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AFIDORA : Au vu des récentes élections, l'Arabie Saoudite est-elle "à la traîne" ?

 

La question est délicate, selon M. Marsaud. En effet, la population, dont 40% a moins de quinze ans, est travaillée par un islamisme radical wahhabite. "La Mecque et Médine ne peuvent pas servir de béquille à un régime bancal!". L'Arabie Saoudite est le centre du problème du Moyen-Orient, et son régime pourrait "tomber en deux semaines !" C'est la fragilité de l'Arabie Saoudite la plus inquiétante.

 

 

Question du public : "Le conflit israélo-palestinien ne serait-il pas devenu un alibi pour le monde musulman ?"

Pour M. Abou-Diab, c'est un problème, peu importent ses aspects (obsession, alibi). Il est impératif de le résoudre au plus vite, et le rôle des États-Unis est d'exercer des pressions pour forcer à l'adoption d'une solution.

 

 

Question du public : "Faut-il se méfier davantage d'autres pays que de l'Iran ?"

 

Mme. Bujon de l'Estang répond tout simplement que, l'Iran devient un pays nucléaire, et qu'un Moyen-Orient nucléaire est un vrai problème pour les États-Unis.  Par ailleurs, l'attitude à adopter face à ce problème est encore aux Etats-Unis est encore de l'ordre du débat, les néo-conservateurs ne "sont " pas l'Amérique.

 

AFIDORA : Au vu des récentes menaces nucléaires, dirigées vers Israël, que dire de l'Iran?

 

Selon M. Alain Marsaud, qui fait valoir ses expériences avec l'Iran dans le cadre de lutte anti-terroriste, l'Iran est un grand pays sans visées expansionnistes, il faut respecter l'Iran, l'Iran se donne aujourd'hui une posture, pour pouvoir faire pencher les rapports de force dans les négociations, mais ne constitue pas une réelle menace.

 

Question du public : "Faudrait-il s'attaquer à tous les pays non démocratiques?"

 

Pour M.Roucaute, c'est caricaturer la position américaine que de dire cela. Le projet de Grand Moyen-Orient est à l'heure actuelle un  accord entre vingt-deux États, qui se sont réunis tout récemment à Rabat. De plus, il n'y a pas d'intervention envisagée partout ! Pour revenir sur l'Iran, il rajoute que l'Iran doit être empêché de menacer quiconque, et que les principales menaces à l'heure actuelle  sont syriennes et iraniennes.

 

Question du public : "Quel est l'état des lieux des forces démocratiques dans les pays musulmans? Comment les aider?"

 

Il est difficile d'exporter réellement la démocratie, dixit M. Abou-Diab, mais on peut en revanche aider les populations, et surtout les stimuler. En particulier, il serait efficace de se diriger vers davantage de commerce et d'échanges. Le challenge dans ce domaine réside en grande partie dans les leaderships régionaux que désirent Israël, la Turquie et l'Iran.

 

 

Le débat se termine sur une dernière question, après avoir cité Fernand Braudel, « Les villes et les civilisations qui ont dominé le monde sont celles qui sont au cœur des échanges »: "Faudrait-il en quelque sorte "corrompre" le Grand Moyen-Orient, et faire le détour du libéralisme pour que la région adopte par elle-même la démocratie ?"

 

À cette question, tous les intervenants s'accordent sur le fait qu'il faut stimuler l'activité économique de la région pour pouvoir espérer un projet d'ensemble. Les échanges entre les pays du Moyen-Orient sont trop faibles à l'heure actuelle.

  

Julien Haguenauer

 

Crédits photographiques : Jeremy Ghez 

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Dernière mise à jour : ( 07-09-2005 )
 
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