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Compte-rendu de colloque: « Le programme nucléaire iranien : les menaces et les perspectives » Version imprimable Suggérer par mail
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15-01-2006

Compte-rendu de colloque

« Le programme nucléaire iranien : les menaces et les perspectives »

20/09/2005 

   

« Le présent point de vue n’engage que son auteur et aucunement AFIDORA, structure de réflexion collective de géopolitique du Moyen-Orient sans ligne éditoriale à proprement parler ».


Ce colloque a été organisé par le think-tank  Gulf Intelligence Monitor 

4 Dollis Park, Finchley London N3 1HG, UK

Tel: (+44) 020 7870 8184 Fax: (+44) 020 7681 3754

www.gimonitor.com 

Gulf Intelligence Monitor

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PROGRAMME

Première partie : Les différents aspects de la question nucléaire iranienne

- Edith Cresson : La perspective de voir un Etat intégriste se doter de la bombe atomique

- André Glucksmann : L'Iran et la logique de dissuasion nucléaire

- Bruno Tertrais : La bombe iranienne : Pourquoi ? Et quand ?

- Georges Le Guelte : La prolifération dans le monde et le programme nucléaire de l'Iran

- Mohamed Mohadessine : La face cachée du programme nucléaire de l'Iran 

Deuxième partie : L'approche adéquate

- Claude Goasguen : Les risques que représentent les ambitions nucléaires de l'Iran

- François Loncle : Que doivent faire la France et l'Europe ?

- Frédéric Encel : L'approche géopolitique

- Raymond Tanter : La diplomatie coercitive

- Amiral Michel Darmon : Le besoin de fermeté 

- Sid-Ahmed Ghozali : Une vue globale

- Conclusion 

Présentation des intervenants :

- Edith Cresson : Ancien Premier Ministre de la France, ancien Commissaire de l'Union Européenne

- Amiral Michel Darmon : Expert des questions de défense, Président honoraire de "France-Israël"

- Dr. Frédéric Encel : Professeur de géopolitique, "Paris Graduate School of Management"

- Sid-Ahmed Ghozali : Ancien Premier Ministre de l'Algérie

- Claude Goasguen : Député de Paris, ancien Ministre

- André Glucksmann : Philosophe

- Dr. Georges Le Guelte : Directeur de recherche, Institut des Relations Internationales et Stratégiques (IRIS)

- François Loncle : Vice-président de la Commission des affaires étrangères à l'Assemblée Nationale

- Mohamed Mohadessine : Président de la Commission des affaires étrangères du CNRI, auteur du livre "Islamic Fundamentalism : The New Global Threat".

- Prof. Raymond Tanter : Ancien membre du Conseil de sécurité Nationale aux Etats-Unis, co-président de "Iran Policy Committee"

- Dr. Bruno Tertrais : Directeur d'étude stratégique de défense, Stratégie Research Foundation (FRS) 
 

 

Introduction

Il m’a été donné d’assister à un très intéressant colloque sur le thème du programme nucléaire militaire de l’Iran. On ne peut que regretter l’absence de journalistes et de personnels politiques dans l’assistance. Il faut noter dans cette assistance, la présence de nombreux Israéliens.

Deux thèmes principaux ont été abordés par chacun des participants, chaque fois  sous un angle différent :

  • La dangerosité du programme nucléaire iranien, ou pourquoi il est indispensable d’empêcher l’Iran actuel d’acquérir des armes nucléaires
  • Comment réagir face à cette menace et quelles solutions existent pour atteindre cet objectif reconnu comme essentiel.

1 - Les dangers d’un Iran nucléaire

 

Tous les intervenants sans exception ont souligné à quel point le régime actuel en Iran est dangereux :

  • Il demeure l’un des plus importants soutiens du terrorisme, malgré sa modération en Irak.
  • Il utilisera ses armes nucléaires s’il en développe : les menaces de tous les dirigeants iraniens sont claires, il s’en servira, en première frappe pour détruire Israël. Comme l’a déclaré l’ayatollah suprême Ali Khamenei, peu importe qu’Israël ait la capacité de répondre en deuxième frappe, 15 millions d’Iraniens mourront, en martyrs, et c’est peu de chose pour un monde musulman de plus d’un milliard de personnes pour se débarrasser enfin de 5 millions de Juifs. (NDLR : cela m’a surpris que tous les participants soient unanimes sur ce point, mais c’est ainsi, sauf pour Mrr. Ghozali et Loncle qui n’en ont pas parlé, mais n’ont pas démenti).
  • L’Iran se dotant d’armes nucléaires, c’en est fini du traité de non prolifération, à commencer par tous les voisins de l’Iran, Turquie, Egypte, Arabie Saoudite, qui immédiatement entreprendront de se doter eux aussi d’armes nucléaires.
 

La nécessité d’empêcher l’Iran de développer des armes nucléaires résulte de cette situation, alors que, comme l’ont affirmé Edith Cresson et Bruno Tertrais, le régime des ayatollahs a fait « le choix stratégique de défier le monde entier ».  

Pourquoi l’Iran n’aurait-il pas le « droit comme les autres » de développer un armement nucléaire, vu que ses principaux voisins, Inde, Pakistan et Israël se sont dotés d’armes nucléaires ? La réponse est là aussi stratégique : ces pays, non signataires du Traité de Non Prolifération nucléaire, le TNP, utilisent la dissuasion nucléaire, ou équilibre de la terreur comme cela a fonctionné entre le monde communiste et le monde occidental pendant 45 ans. L’Iran n’a pas pour objectif l’équilibre de la terreur, mais la terreur elle-même : pour ses dirigeants « le martyre est l’idéal », à commencer par le président Ahmadinejad.  

1.1 Raisons stratégiques pour empêcher l’Iran d’atteindre ses objectifs nucléaires 

C’est André Glucksmann qui a développé six raisons, quatre stratégiques et deux idéologiques, pour aller « jusqu’au bout du jeu » consistant à empêcher l’Iran d’acquérir des armes nucléaires. Ce sont des raisons extrinsèques, liées à la nature du régime et intrinsèques au nucléaire lui-même.  

Un doigt de plus sur la gâchette nucléaire rend le jeu international d’autant plus dangereux.

Une puissance néophyte arrivant au nucléaire ne dispose pas de « 2ème frappe », c’est-à-dire d’une capacité de riposte en cas d’attaque qui détruirait ses armes nucléaires. Donc elle aura un comportement à risque d’autant plus fort : il faut tirer le premier, comme dans un western, pour éviter que l’autre, qui en a la capacité, ne détruise son armement nouveau. Une telle puissance serait donc plus aventuriste.

La puissance nucléaire d’un pays qui soutiendrait le terrorisme revient à une sanctuarisation des groupes terroristes : on ne peut plus attaquer les chefs et organisateurs, protégés par le bouclier nucléaire de leur protecteur. Quand un nouveau membre entre dans le club nucléaire, ses voisins veulent en faire autant, et cela entraînera rapidement une multitude d’autres doigts sur la gâchette nucléaire.

« Plus il y a de puissances nucléaires et plus triomphe l’idée que le nucléaire est indispensable pour être une puissance respectée, l’idée qu’il n’y a pas de puissance sans nucléaire, plus triomphe l’idée que la puissance c’est le pouvoir de détruire, pas celui de construire. » (André Glucksmann). 

L’Iran est une dictature fanatique, dangereuse en elle-même car elle reporte systématiquement sur la politique extérieure toutes les tensions de sa politique intérieure. C’est d’autant plus dangereux quand cela s’accompagne de machisme et de goût pour le martyre. André Glucksmann rappelle à ce propos que Rafsandjani, le « modéré », candidat malheureux à la dernière présidentielle, longtemps favori, partageait l’idée de Mao-Tsé-Tung sur la guerre nucléaire : « vitrifier son ennemi, même si on perd un tiers de sa population, car on sort alors vainqueur ».  C’est ce que Bruno Tertrais a appelé « la terreur sans équilibre ».  

Le programme nucléaire iranien remonte au temps du Shah (dans les années 70) qui, à cette époque,  voyait son pays devenir la quatrième puissance mondiale. La mise en place d’un programme nucléaire civil était alors à la fois un enjeu de prestige international et découlait d’une vision qu’il avait de la modernisation du pays, et déjà la préparation des temps de l’après-pétrole. En fait on a entendu en Iran le même discours que celui que tenait la France sous de Gaulle, et que l’Inde et le Pakistan ont tenu par la suite. Mais l’Iran a signé le TNP, ce que ces autres pays n’ont pas fait.  

Le discours de l’Iran par rapport au nucléaire a évolué dans le temps :

  • La volonté de se protéger face au déploiement militaire américain dans la région depuis la première guerre du Golfe,
  • La volonté de projeter sa puissance jusqu’à la Méditerranée pour équilibrer les puissances nucléaires à l’Est,
  • La volonté de préparer l’après-pétrole,
  • et même la volonté d’acquérir la capacité nucléaire sans l’exercer, sur le modèle japonais.
 

Mais dans tous les cas le discours est contradictoire avec les engagements signés par adhésion au TNP, et  trahit la volonté de tromper le monde entier.  
 

1.2 La réalité du danger 

La réalité du risque de l’Iran s’équipant d’armes nucléaires ressort des documents de l’AIEA et de l’ONU.

La résistance iranienne (l’ensemble des mouvements politiques et armés préparant le changement de régime) a dénoncé ce programme secret, qui date d’au moins vingt ans. Il a été confirmé par les inspecteurs des Nations Unies pour au moins la moitié des sites mentionnés par la résistance iranienne. Pour les autres sites qu’elle a mentionnés, on n’a à ce jour pas d’autre information (Mohamed Mohadessine).

Comme l’a confirmé Bruno Tertrais, les Iraniens ont caché  pendant ces vingt années beaucoup d’activités qui n’ont de sens que dans le cadre d’un programme nucléaire militaire et sont sans intérêt pour le nucléaire civil. L’Iran dispose aujourd’hui de suffisamment d’uranium pour construire, une fois cet uranium enrichi, 5 à 6 bombes de puissance moyenne.

Combien y a-t-il de centrifugeuses ? Y en a-t-il de type 2 ? Les Iraniens savent-ils construire des cascades de centrifugeuses ? (Ces termes correspondent à des techniques d’enrichissement de l’uranium de plus en plus perfectionnées qui permettent d’accélérer la production de celui-ci, en particulier pour de l’uranium enrichi de qualité militaire : une centrifugeuse sépare l’uranium naturel de l’uranium utilisé pour le nucléaire, car ces isotopes sont de poids différents, la cascade permet d’alimenter une centrifugeuse avec la partie la plus lourde de la centrifugeuse précédente). Les réponses à ces questions conditionnent le temps nécessaire à l’Iran pour construire sa première bombe, et expliquent les tergiversations des Iraniens en vue de gagner du temps afin d’atteindre le point de non-retour. Les estimations varient de quelques mois selon les Israéliens, à sept-huit ans selon le gouvernement français, ou cinq à dix ans pour le gouvernement américain. L’estimation israélienne doit être nuancée car elle concerne le point de non-retour (quand l’Iran disposera de toutes les technologies d’enrichissement nécessaires à la maîtrise de la totalité de la filière nucléaire, qu’elle soit civile ou militaire), qui sera atteint d’ici six mois, et non le délai pour fabriquer la première bombe opérationnelle.

Sur le plan technique, selon Bruno Tertrais, si l’Iran dispose déjà d’une cascade de centrifugeuses de type 1, ce pays peut produire une bombe en deux ans et demi. S’il dispose  déjà d’une cascade secrète de centrifugeuses de type 2, six mois sont suffisants.

Ces délais sont importants afin de décider de l’action à entreprendre pour forcer l’Iran à respecter ses engagements. (NDLR : les déclarations publiques américaines depuis cette conférence laissent penser qu’ils ont raccourci leur évaluation du délai nécessaire à l’Iran pour acquérir une première bombe opérationnelle, la déclaration du Président Ahmadinedjad rendant cet élément encore plus sensible).  
 

1.3 Pourquoi est-il nécessaire d’empêcher l’Iran d’acquérir des armes nucléaires 

L’argument avancé par l’Iran, selon lequel il voudrait se doter de la capacité nucléaire sans la mettre en œuvre, comme le Japon, ne tient pas en l’espèce. Le programme nucléaire militaire iranien est depuis le début sous la responsabilité des Gardiens de la Révolution (les pasdarans). La mise au pouvoir d’un Président, responsable pendant des années des activités terroristes iraniennes à l’étranger au sein de cette organisation qui ne répond qu’à l’Ayatollah suprême Khamenei marque la volonté claire du régime d’aller au bout de son programme nucléaire.  

Il y a essentiellement trois types de raisons pour empêcher l’Iran des Mollahs de réaliser ses intentions nucléaires, et tous les participants ont été d’accord sur ces raisons, les divergences n’étant apparues qu’au niveau des actions à entreprendre.  

Le problème de la prolifération nucléaire dans le monde 

Toute prolifération  augmente les risques d’une guerre nucléaire, que ce soit par accident ou suite à la prise du pouvoir par un groupe terroriste, et ceux d’une guerre d’agression de type classique. Elle augmente aussi les risques de terrorisme nucléaire.

Selon Georges Le Guelte, huit Etats sont aujourd’hui nucléaires, 5 ayant signé le TNP et s’étant engagés par cela à démanteler ces armes, mais sans entreprendre la moindre mesure en ce sens ; et cent quatre-vingts Etats ont signé le TNP. La Corée du Nord est l’un d’eux, et la question de la réalité de « sa bombe » se pose. Mais ce pays raisonne en termes de pérennisation de son régime, le nucléaire n’étant qu’un moyen de dissuasion, et les discussions en cours ont pour objet d’échanger cette capacité nucléaire contre d’autres moyens permettant au régime de survivre. Donc, malgré ses imperfections, le TNP a fonctionné jusqu’à présent. C’est toute cette construction que, selon Georges Le Guelte, l’Iran menace de détruire s’il se dotait d’un armement nucléaire. S’il y réussit, c’est l’anarchie généralisée qui se met en place et de très nombreux pays chercheront à leur tour à acquérir l’arme nucléaire, une vingtaine au moins pouvant le faire à court terme (quatre à cinq ans). 

« Le pire serait donc de laisser l’Iran acquérir l’arme nucléaire ».  

Le risque terroriste 

Un armement atomique iranien se traduirait par un parapluie nucléaire accordé à la Syrie (Frédéric Encel). Quel serait alors le comportement de celle-ci ?  

Mais le facteur de risque principal aujourd’hui est la déclaration du nouveau président iranien Mahmoud Ahmadinejad, soutenu par l’ayatollah Ali Khamenei, qualifiant le nucléaire de « don de Dieu ». Une telle arme entre les mains de ceux qui promeuvent et organisent activement le « martyre » dans l’Islam est un risque majeur pour le monde. Edith Cresson a rappelé que l’Iran a lancé un vaste programme de recrutement de volontaires pour perpétrer des attentats suicides et mis en place une école pour eux où déjà des centaines de candidats au martyre sont en cours de formation. Elle a aussi insisté sur le fait que dix-huit des vingt-et-un ministres du nouveau gouvernement sont d’anciens pasdarans.  

Le risque de s’en servir

La volonté d’aller au bout du programme et d’acquérir des armes nucléaires, et pas seulement la capacité de les produire, ressort clairement des dernières déclarations du gouvernement iranien. Par ailleurs, l’Iran dispose des vecteurs nécessaires pour atteindre Israël et l’Europe. Il vient encore de montrer ses missiles ayant la capacité d’être équipés d’ogives nucléaires, d’une portée de plus de deux mille kilomètres lors de sa dernière parade militaire. A cette occasion, la volonté de s’en servir a été affichée dans le discours du Président, au point de forcer les délégations européennes à quitter la parade. Frédéric Encel a été le plus clair dans ses analyses à ce sujet : si l’Iran acquiert la bombe atomique elle s’en servira contre Israël, et elle exercera un chantage nucléaire envers l’Europe. 

« Le régime est fondamentalement  dangereux, en interne comme en externe. Posséder une arme nucléaire  ‘au nom de Dieu’ est extrêmement dangereux. »  

2 - Stratégies pour empêcher le régime des ayatollahs d’acquérir des armes nucléaires

 

Les participants ont identifié essentiellement trois approches :

  • L’approche diplomatique, aboutissant à une saisine du Conseil de Sécurité de l’ONU
  • La frappe militaire
  • Le changement de régime en Iran.

Ces trois approches ne sont pas incompatibles entre elles, mais peuvent être complémentaires et  se renforcer l’une l’autre.  

Il faut noter l’unanimité des participants sur la nécessité de fermeté. Les politiques présents, de François Loncle, à gauche, à Claude Goasguen, à droite, se sont félicités de la « fermeté » manifestée par la France, l’Union Européenne, et la « troïka » (constituée de la France, de la Grande-Bretagne, et de l’Allemagne) qui négocie avec l’Iran pour obtenir l’arrêt de son programme nucléaire militaire. Là où ils divergent c’est sur les mesures à prendre et l’évaluation de leur efficacité. 

2.1 L’approche diplomatique 

Edith Cresson, François Loncle et Claude Goasguen ont affirmé que cette approche aboutirait à la saisine du Conseil de Sécurité et que cela amènerait le régime iranien à stopper son programme militaire. Claude Goasguen a aussi insisté sur le travail que les politiques devraient faire pour préparer l’opinion publique et lui faire comprendre l’importance de l’enjeu.

Aucun ne croit en la possibilité d’un embargo, qui serait totalement inefficace. Mais seul Claude Goasguen pense que l’approche diplomatique n’est pas suffisante et que la saisine du Conseil de Sécurité n’aboutira pas au résultat escompté.  

Saisine du Conseil de Sécurité

Même si cette saisine a finalement lieu et si la Russie comme la Chine finissent par s’aligner sur les pays occidentaux pour condamner l’Iran, Frédéric Encel rappelle les conditions de cette condamnation :  

  • Soit elle se fait au titre du chapitre 6 de la Charte des Nations Unies, ce qui revient à dire à l’Iran que ce qu’il fait est très vilain, mais aucune sanction n’accompagne la résolution de condamnation.
  • Soit elle se fait au titre du chapitre 7 de la Charte, ce qui entraîne des sanctions automatiques et  autorise une intervention militaire.
 

Raymond Tanter, co-président du Committee on Iranian Policy (CIP), rappelle l’importance qu’il faut attacher à la crédibilité de l’action des Occidentaux : « si les autres pays de la région ne croient pas en la détermination de l’Occident d’arrêter l’Iran, la Turquie, l’Egypte et l’Arabie Saoudite commenceront immédiatement à planifier leurs programmes respectifs pour acquérir des armes nucléaires ».

Les négociations à l’AIEA sont délicates car Mohammed El Baradeï, très énervé par les violations de l’Iran, devait se restreindre  pour ne pas mettre en danger sa propre réélection. Pour l’aider, le CIP a publié dans la presse toutes les activités nucléaires iraniennes identifiées et  tout ce qui a été révélé par la résistance iranienne. Mais il doute lui aussi que la saisine du Conseil de Sécurité aboutisse à un résultat.  

[Note du rédacteur : depuis le colloque, Mohamed El Baradeï a été réélu, d’autres analystes recommandent des sanctions (Thérèse Delpech, spécialiste du Commissariat à l’Energie Atomique, dans un article envoyé à Gulf Intelligence Monitor, et Alexandre Adler dans le Figaro http://www.lefigaro.fr/debats/20050928.FIG0175.html) et même la Russie a élevé le ton, en mettant en garde le régime des mollahs : « Rien ne pourrait justifier l'arrêt de notre coopération (dans le nucléaire civil), mais si des motifs surgissent dans le champ juridique international, nous pourrions revenir sur nos positions », a indiqué le chef de l'Agence russe pour l'énergie atomique lors d'une conférence de presse. Face à cela l’Iran a encore haussé le ton et le Parlement iranien a décidé de se retirer du Protocole Additionnel au Traité de Non Prolifération. Ce protocole autorise notamment les inspections inopinées des installations nucléaires.]  

Au-delà de l’approche diplomatique (avec ou sans sanctions), il ne reste donc que les deux autres options :

  • La frappe militaire
  • Le changement de régime qui passe par une assistance forte à la résistance iranienne, prônée par Raymond Tanter et Claude Goasguen.
 
 

2.2 La frappe militaire 

Qui pourrait réaliser une frappe militaire détruisant l’ensemble des sites nucléaires iraniens ? La réponse de Frédéric Encel est claire : 

  • L’Europe : NON, elle ne se vit pas comme puissance et ne s’en est pas donné les moyens.
 
  • Les Etats-Unis sont réticents car ils sont trop impliqués en Irak, où l’Iran leur a objectivement facilité la vie jusqu’à présent en s’abstenant de tout soutien aux groupes terroristes, même ceux qui se réclament de lui, et ils pensent qu’il n’y a pas d’urgence. L’évolution irakienne sera la clé : si l’Iran se met à provoquer une agitation forte qui compromette l’évolution de l’Irak vers un état stabilisé, il n’y aura plus alors de raisons de se retenir, et la frappe militaire devient une option forte. L’équilibre est fragile pour les uns comme pour les autres. Mais les  Etats-Unis ont largement les moyens techniques de détruire les installations nucléaires iraniennes, car ce serait le travail de l’aviation qui n’est pas impliquée en Irak.
 
  • Israël. Tous s’accordent à dire que ce pays ne pourra pas permettre l’accès de l’Iran aux armes nucléaires, car il a trop à perdre. L’ensemble de l’échiquier politique en Israël reconnaît que le régime iranien actuel mettrait en œuvre ses armes nucléaires contre l’Etat juif s’il en disposait. Mais l’ensemble des analystes en Israël pense qu’il faut éviter d’en arriver là, car ils comptent sur la reprise de l’alliance stratégique entre les deux pays, après changement de régime. Mais Israël dispose-il de la capacité militaire de détruire l’ensemble des sites nucléaires iraniens ?
 

Conditions techniques d’une frappe militaire

Les vingt-quatre sites nucléaires iraniens identifiés sont pour la plupart enterrés et situés au cœur de zones de population. Les moyens techniques ont été acquis par Israël pour pouvoir toucher les sites enterrés, mais les pertes dans la population civile environnante seraient terribles. Les réactions par recours massif au terrorisme dans le monde entier risquent de coûter très cher. Il est donc de l’intérêt de tous d’éviter une telle extrémité. Comme ont insisté Raymond Tanter et Claude Goasguen, « la seule manière d’arrêter les Israéliens est d’accélérer le changement de régime en Iran. Pour cela il faut cesser de considérer la résistance iranienne comme des terroristes ».  

Selon Claude Goasguen, ceci est essentiel car l’attaque des sites nucléaires iraniens ferait tant de victimes qu’elle provoquerait une explosion de tout le monde chiite qui mettrait à mal  l’approvisionnement en pétrole de l’Occident comme celui de la Chine.  
 

2.3  Le changement de régime en Iran 

L’amiral Darmon, spécialiste de l’armement, rappelle que « l’AIEA, lors de sa réunion consacrée à l’Iran en 1983, avait donné à l’Iran jusqu’au 30 octobre de cette année là pour se soumettre à des contrôles, sinon il y aurait saisine du Conseil de Sécurité », et depuis – soit plus de vingt ans – il ne s’est rien passé. La crédibilité de la menace de saisine brandie par la France et l’Europe est donc nulle. De plus, comme la France ajoute qu’elle œuvrera  pour un Moyen-Orient débarrassé de toute arme nucléaire, elle met l’Iran et Israël sur le même plan et perd ainsi toute crédibilité. La menace est déclarée du côté iranien, et l’Europe a adopté une attitude essentiellement munichoise. Selon lui, « l’option militaire sera le prix à payer de la lâcheté des occidentaux  à ne pas soutenir la résistance iranienne».

Sid Ahmed Ghozali, ancien ministre algérien, insiste lui aussi sur cette lâcheté qui leur a fait détourner les yeux  quand les islamistes massacraient 150 000 Algériens. Selon lui la dangerosité du régime iranien est évidente et d’abord pour les populations iraniennes elles-mêmes, puis envers le monde musulman tout autant qu’envers l’Occident.  Il ajoute que la solution passe par l’aide à apporter aux peuples pour qu’ils se débarrassent de leurs tyrans. Donc il demande que l’Occident apporte son aide à la résistance iranienne.  

D’une certaine manière, une course contre la montre s’est engagée entre l’option militaire et celle du changement de régime en Iran. Le changement de régime ne peut se faire que par une révolution intérieure, et pas par une intervention militaire extérieure, refusée par tous les Iraniens, y compris ceux de la résistance, impliquant que l’on en donne  les moyens à la résistance iranienne elle-même.  

Selon Frédéric Encel une voie médiane existe : l’attaque des sites nucléaires ferait de tels dégâts dans la population qu’elle provoquerait une révolte chiite en Irak et au Liban contre les Américains. Devant l’imminence d’une telle frappe, les Américains pourraient donc décider de mener une action militaire contre les soutiens du régime, c’est-à-dire toutes les bases de pasdarans, qui, elles, ne sont pas proches des centres de population, facilitant alors la voie pour un changement de régime rapide.  
 

Conclusion 

Au vu de ce colloque il apparaît que le danger d’un Iran nucléaire est réel et important, et que l’argument « pourquoi l’Iran n’aurait-il pas le droit de maîtriser le nucléaire comme les autres » ne tient pas. Il est aussi évident que l’Iran aujourd’hui ne croit pas en la détermination de l’Occident à l’arrêter et que son nouveau gouvernement est décidé à aller de l’avant, au mépris de tous ses engagements, en se cachant derrière le prétexte du nucléaire civil. L’Occident croit-il réellement avoir le temps ? Là est toute la question. Aura-t-il le temps, une fois décidé à agir, de provoquer le changement de régime ou ira-t-on à l’explosion ? La question reste entière.  
 

Norbert Lipszyc


1 commentaire.
 1. Sans titre
Nono, Unregistered
[smiley=cool]

Ce qui frappe le plus c'est qu'entre ce colloque et celui organisé par Afidora en février, le danger, reconnu universellement, n'a fait que croître et l'immobilisme a prévalu face à cette situation. Que disent les occidentaux : "vilain, vilain, il ne faut pas faire cela !" Que disent les asiatiques (Chinois et Russes) "c'est pas bien, mais il ne faut pas le leur dire, ils se vexeraient et bouderaient".
Avec ça on est bien parti. Voir les derniers essais de missiles iraniens qui démontrent qu'ils préparent la grande apocalypse qui provoquera le retour du Mahdi. Mais ça, culturellement, qui est prêt à le comprendre en Occident ? Malraux est mort, et Chirac l'a enterré.
Nono
 Posted 2006-03-15 08:20:52
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Dernière mise à jour : ( 02-05-2006 )
 
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