Advertisement
Accueil arrow Editos arrow Elections au Conseil Législatif Palestinien, décryptage d'un coup électoral
08-09-2008
 
 
Elections au Conseil Législatif Palestinien, décryptage d'un coup électoral Version imprimable Suggérer par mail
Appréciation des utilisateurs: / 1
FaibleMeilleur 
27-02-2006

Elections au Conseil Législatif Palestinien, décryptage d'un coup électoral

28 janvier 2006 
 

Cet article regroupe de nombreuses coupures de journaux français, augmentées de commentaires.  

Le 26 janvier au matin, le Hamas a officiellement déclaré que ses listes avaient remporté 75 sièges sur les 132 que compte le Conseil Législatif Palestinien, soit 60,3 %des voix, selon Ismaïl Haniyeh, un des principaux candidats.  

Cette onde de choc, même le Shin Beth (Service de Renseignement israélien) n'en avait pas prévu l'ampleur, si ce n'est dans le cadre d'un scénario catastrophe. Ehud Olmert, le successeur d'Ariel Sharon à la primature, misait sur une courte victoire du Fatah de Mahmoud Abbas, avec lequel il semblait prêt à poursuivre la politique de négociations teintées d'unilatéralisme. Ses plans ont été déjoués. « Le gouvernement ne sait pas quoi faire, soulignait jeudi un commentateur de la radio militaire, la priorité est désormais de gagner du temps en attendant de mettre au point une nouvelle tactique. » 


En tout état de cause, voilà le mouvement terroriste brusquement crédité d'une légitimité indiscutable. A présent que la prévision est devenue réalité, on peut s'interroger sur le phénomène, le replacer dans son contexte et souligner les inconvénients, mais aussi les opportunités que présente l'arrivée du Hamas à la tête des institutions palestiniennes. 

  1. Elections
 

Elu en 1996, le Conseil Législatif Palestinien (CLP, Parlement) sortant est dominé par le Fatah, dont les députés occupent soixante-deux des quatre-vingts huit sièges. Le scrutin du mercredi 25 janvier a marqué la première participation du Hamas à des élections législatives, le mouvement intégriste ayant boycotté celles de 1996. 

Les 1,3 millions d'électeurs ont voté deux fois. Onze listes "nationales" se sont présentées à Gaza et en Cisjordanie. Partis et indépendants avaient des listes dans seize districts : onze en Cisjordanie (quarante-deux sièges) et cinq à Gaza (vingt-quatre sièges).

Les cent trente-deux députés du Conseil Législatif Palestinien doivent être élus pour moitié au scrutin majoritaire uninominal dans les circonscriptions et pour moitié à la proportionnelle par listes… soit une possibilité de double vote faussant les élections, stratagème prévu pour avantager le Fatah, qui s'est avéré être une erreur de stratégie électorale. 

Concernant les minorités, six sièges sont réservés aux Chrétiens dans les districts de Jérusalem (deux), Bethléem (deux), Ramallah (un) et Gaza (un). Les Samaritains disposent quant à eux d'un élu dans le district de Naplouse.

La présence des femmes est garantie sur les seules listes "nationales" par un système qui oblige les partis à faire figurer au moins une candidate parmi leurs trois premiers, au moins une autre pour les quatre suivants, puis au moins une tous les cinq candidats suivants. Ce système assure la présence d'au moins treize femmes sur une liste complète de 66 candidats. 

Près de 20 000 scrutateurs et 950 observateurs internationaux ont suivi les opérations de vote sous la supervision de l'ancien président américain Jimmy Carter ; aucune violence ou fraude n'a été signalée. 

Les deux listes principales étaient celles du Fatah, parti au pouvoir dans le CLP sortant (élu en 1996) et du Hamas, mouvance terroriste reconvertie en parti islamiste pour la circonstance. 

  1. Quelques sondages avant le vote du mercredi 25 janvier
 

Le Fatah devait obtenir cinquante-neuf sièges au CLP lors des élections législatives de mercredi contre cinquante-quatre pour le mouvement radical Hamas, selon un sondage publié mardi 24 janvier 2006 par l'institut Near East Consulting, basé à Ramallah.

"Le Fatah va être affecté par la dispersion des voix. Plus ce phénomène est important, moins il aura de sièges", a alors affirmé le président de l'institut Jamil Rabah. Sans ce phénomène de dispersion de voix, le Fatah obtiendrait une large majorité au CLP avec soixante-trois sièges contre trente-sept au Hamas, selon le sondage. 

Des dizaines de membres du Fatah disputaient en effet les élections en tant qu'indépendants, bien que n'ayant pas été désignés comme candidats par la direction du mouvement. Ce dernier a toutefois réussi à convaincre une trentaine d'entre eux de se retirer de la course quelques jours avant le scrutin.

On ne saurait reprocher aux individus de faire cavalier seul, si on rappelle que cet appareil qu’est le Fatah a perdu une partie de son âme après la disparition de son chef historique, Yasser Arafat. Le plus surprenant est la différence constatée entre les effectifs disciplinés du Hamas, unis dans leur course pour le pouvoir, et ceux du Fatah, apathiques après avoir constitué pendant une décennie le parti quasi unique représentant les Palestiniens (soixante-deux sièges sur quatre-vingts huit, et la plupart des candidats indépendants étaient eux-mêmes proches du Fatah). Comme si le parti de feu Yasser Arafat s'était tiré une balle dans le pied avant même que ne commence la compétition électorale. 

Peu avant le scrutin, la liste "Palestine indépendante", conduite par Moustapha Barghouthi, arrivait en troisième position avec 12,6 % des intentions de vote, suivie par celle du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), créditée de 7,6 % des suffrages.

La liste "L'Alternative", coalition de partis de gauche, obtenait 6,1 % des suffrages contre 3,4 % seulement pour "la Troisième Voie", dont les chefs de file étaient le ministre des Finances sortant Salam Fayyad et la députée indépendante sortante Hanane Achraoui.

Aucune autre liste n'obtenait 2 % des suffrages, seuil requis pour entrer au CLP. 3,3 % des personnes interrogées se disaient indécises ou n'ont pas donné de réponse. (Le Nouvel Observateur, 20 janvier 2006)

Par ailleurs, 70 % des personnes interrogées se disaient favorables à un règlement de paix avec Israël. Ce taux était plus élevé chez les électeurs du Fatah (84 %) que chez ceux du Hamas (54 %). 

Si on remonte dans le temps, les sondages du samedi 21 étaient également légèrement optimistes pour le Fatah, évaluant sa faible avance sur le Hamas à 7 % (Institut Khalil Shikaki).  

Enfin, un extrait éclairant le climat au cours du dernier scrutin en date dans les territoires palestiniens : 

« Au cours des élections municipales, à un mois et demi des élections parlementaires qui doivent se tenir le 25 janvier 2006, le Hamas l'emporte dans 3 grandes villes sur les 4, à savoir: Naplouse, Jénine et El Biré. Le Fatah ne l'a emporté qu'à Ramallah, où la majorité des sièges municipaux, sont réservés aux Chrétiens. A Naplouse, le Hamas a recueilli 65 % des suffrages, contre 15 % au Fatah. Un verdict sans appel pour une participation massive, la commission électorale enregistre un taux de 75 % de votants.

Dans la réalité, le Président de l'Autorité palestinienne reste déchiré entre sa fidélité aux hommes de sa génération et la pression des jeunes... Le Fatah a payé au prix fort cette image, même si Nasser Al-Qidoua, le ministre des Affaires étrangères, assurait que ces victoires ont plus été le fait des divisions et des mésententes du Fatah que le produit d'une lame de fond en faveur des islamistes. » (Centre palestinien d’information, 20 décembre 2005) 

Dans les résultats tant que dans le diagnostic, le décor était déjà posé un mois et demi avant le scrutin du 25 janvier : victoire du Hamas dans les agglomérations populeuses et souffrant particulièrement du chômage, s'expliquant notamment par les dissensions internes et le déficit d'image du Fatah. 

  1. Pourquoi voter pour le Hamas, et pourquoi ne pas voter pour le Fatah ?
 

Arrivé aux affaires dans la foulée des accords d'Oslo, le Fatah a été victime de la désillusion, qui a peu à peu remplacé l'euphorie du début des années 90 : le processus de paix était au point mort depuis le début de la seconde Intifada en septembre 2000. L'espoir d'une reprise du dialogue avec Israël et d'une amélioration des conditions de vie, qui avait accompagné l'élection du modéré Mahmoud Abbas à la tête de l'Autorité palestinienne (le 9 janvier 2005), a été déçu. Malgré l'accord de trêve conclu lors de son arrivée au pouvoir avec les factions armées dont le Hamas, Abbas s'est montré incapable de maîtriser le chaos des armes, qui fait régner l'insécurité dans les Territoires palestiniens et compromet tout dialogue sérieux avec Israël. Le Fatah est un appareil phagocyté par les luttes intestines, miné par la corruption endémique et accusé de n'avoir pas su constituer un interlocuteur valable face à Israël. 

De fait, le vote "Hamas" porte les caractéristiques d'un vote d'opposition plutôt que d'adhésion, comme en témoigne cette interview d'une habitante de Gaza : « Ici, il n'y a que les gens qui travaillent à l'Autorité qui suivent le Fatah, les autres votent Hamas, pas pour des questions religieuses mais pour changer, pour essayer autre chose. On ne reçoit pas grand-chose d'eux, sauf pour les fêtes, mais, au moins, les gens du Hamas sont proches de nous, les jours de joie comme les jours de peine. » (Le Monde, 24 janvier 2006)  

Les deux raisons du succès du Hamas sont connues. Du retrait israélien de Gaza, après cinq ans de guerre, la plupart des Palestiniens, exsangues, ont conclu que les Israéliens ne se retirent jamais d'un territoire conquis que devant la force. Ils ont crédité les islamistes de cette cohérence. Et ils ont voulu "punir" leur Autorité pour son incurie, son clientélisme et sa corruption en votant pour un parti doté d'une forte crédibilité interne (organismes caritatifs du Hamas, etc.).

Désormais, le Hamas sera au gouvernement, et va le diriger. 

  1. Le rôle du Conseil Législatif Palestinien
 

Quel impact aura ce scrutin sur la politique intérieure et extérieure de l'Autorité palestinienne ?

Le Conseil Législatif Palestinien a été institué par la déclaration de principe entre l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP) et Israël du 13 septembre 1993. Il légifère en matière intérieure, et nomme les membres de l'exécutif de l'Autorité palestinienne : l'Autorité Nationale Palestinienne. Mais tous ses actes sont susceptibles d'être modifiés par Israël, c'est dire le poids tout relatif de cette instance.  

C’est ainsi qu’Ismaïl Haniyeh, tête de liste « nationale » du Hamas et élu de la bande de Gaza, a été appelé à former un gouvernement, tandis que Aziz Dweik, professeur d’université à Hébron, en Cisjordanie, a été élu Président du Parlement. 

Israël a d’ores et déjà fait savoir qu'il refuserait de négocier avec un pouvoir palestinien qui compte en son sein « une organisation terroriste armée qui prône sa destruction ». Toutefois, le président Abbas devrait avoir les coudées franches pour mener des négociations avec Israël en vue d'un règlement, la loi fondamentale de l'Autorité palestinienne limitant largement le rôle du CLP et du gouvernement à la politique intérieure.

Sachant que les nouveaux députés du Hamas n'ont vraisemblablement jamais fait l'expérience du débat législatif, il est toutefois difficile de prévoir de quelle façon le nouveau CLP fonctionnera, d’autant plus qu’Israël refuse aux élus islamistes toute liberté de mouvement entre la Cisjordanie et la bande de Gaza, imposant au Conseil Législatif Palestinien de tenir sa session par vidéoconférence. Une stratégie d’isolement soutenue par les Etats-Unis, par la voix de la Secrétaire d’Etat Condoleeza Rice (New York Times, 22 février 2006). 

  1. Les difficultés soulevées par la présence du Hamas au Conseil Législatif Palestinien
 

De par son objectif, le Hamas est l'ennemi déclaré d'Israël, et vise à sa destruction. Son élection est donc un déni fondamental d'une politique de paix avec l'Etat hébreu ; en apparence tout du moins, puisqu'il est bien plus vraisemblable que le Hamas ait été élu comme alternative au Fatah, et non pour sa charte belliqueuse et nihiliste, qui de toute façon n'était pas mentionnée dans le programme électoral du parti islamiste. 

Les Palestiniens sont confrontés à un autre défi intérieur : les membres des forces de sécurité, dominées par le Fatah, accepteront-ils de passer sous l'autorité du Hamas ? « Le Fatah a construit la révolution et la lutte. Le Hamas va nous chasser. Ceux qui ont construit l'Autorité vont devenir des étrangers au sein de cette institution. Cela ne se produira pas sans heurts », prévient Rami Jabarim, un officier de police. (Le Figaro, 27 janvier 2006) 

Surpris par sa propre victoire, le Hamas a tendu la main au Fatah pour former une coalition, et pour cause : l'essentiel des nouveaux députés sont inexpérimentés en matière législative. Pour l'instant, les principaux dirigeants du Fatah ont affirmé que le Hamas devrait assumer, seul, les conséquences de sa victoire. Mais la direction du Fatah doit se réunir pour décider si le parti participera ou non à un gouvernement d'unité nationale. 

La nouvelle posture politique du Hamas s'accompagne déjà d'une relative modération de son discours. Sa charte datant de 1988 prévoit toujours la disparition d'Israël et la libération de toute la Palestine, le combat armé demeure l'un des principes de base de ses militants, mais des inflexions sont sensibles. Ses dirigeants n'excluent plus un dialogue avec Israël, ce qui marque implicitement une reconnaissance de l'Etat juif. Ils estiment qu'un règlement du conflit – qui, dans la phraséologie du Hamas, se traduit par "une trêve de longue durée" – pourrait passer par un "retrait israélien total des territoires occupés en 1967" (Cisjordanie, bande de Gaza, Jérusalem-Est).  

Le parti islamiste assure répondre aux besoins et aux aspirations de la population. Au rang de ses priorités apparaissent donc la lutte contre la corruption, le rétablissement de la sécurité dans les territoires et la poursuite du combat contre l'occupation israélienne. L'aspect religieux de son programme, s'il est réel, n'est pas prédominant. Aux yeux des membres du Hamas, la loi islamique (la charia) apparaît bien comme "la source du droit", mais rien ne précise si elle serait exclusive des autres sources. "Nous tenons notre légitimité de Dieu", insiste toutefois Cheikh Mohammed Abou Ter, numéro deux sur la liste nationale du mouvement.

"Il y a une très grande différence entre leurs slogans et ce qu'ils font", assure Islah Jad, professeur de sciences politiques à l'université de Bir Zeit et bonne connaisseuse du Hamas. "Ses membres, dit-elle, ont une capacité à s'adapter au contexte et sont plus influencés par le monde laïque qu'on ne le croit. Pour ces élections, ils ont réussi à attirer des non-islamiques sur leurs listes, y compris des chrétiens !" Pour autant, le Hamas tient historiquement des Frères Musulmans, qui sont loin d’être des « nationalistes arabes » à la Nasser, et dont l’ouverture vis-à-vis de la religion est significative ; par ailleurs, des Arabes chrétiens ont déjà émigré depuis les élections ; mauvais présage…  

Le Hamas serait-il donc si différent de ce que l'on croit ? Ses manières pour le moment policées en politique ne doivent pas être l'arbre qui cache la forêt. Le mouvement islamiste reste avant tout une organisation terroriste, originellement opposée à Israël et financée en ce sens par l'Iran et l’Arabie saoudite (15 millions de dollars par mois), ce qui est assez révélateur quant à la position du Hamas vis-à-vis de la doctrine islamique radicale. Ce soutien lui permet de maintenir ses activités, au premier rang desquelles des attentats en tout genre. Quant à ses activités de militantisme, assurées auprès de la population (écoles, hôpitaux, …), il ne faut pas s'y tromper, cela découle vraisemblablement plus du projet d'islamisation de la société par le bas (selon la doctrine déployée par les Frères Musulmans, en Egypte) que d'une simple prospection préélectorale. La solidarité religieuse est une composante importante de l’Islam. Quant à la population, elle semble résignée à une alternative qui promet plus d'ordre que le Fatah.

« La victoire du Hamas ne peut qu'améliorer la situation des Palestiniens, affirme Mahmoud Mohammed, le propriétaire d'un magasin de vêtements de Ramallah, qui a voté pour les islamistes. Les membres du Hamas ne volent pas, car ils ont peur de Dieu. Comme ils l'ont fait à la tête de leurs associations caritatives, ils œuvreront pour le bien-être des Palestiniens. » (Le Figaro, 27 janvier 2006) 

A courte échéance, Mahmoud Abbas conserve en tant que chef de l’Autorité palestinienne la responsabilité des négociations avec Israël. Mais il devra désormais composer avec le Hamas, qui incarne une ligne plus dure et qui ne reconnaît pas officiellement l'existence de l'Etat hébreu, tant qu'il ne se sera pas retiré derrière les frontières datant d'avant la guerre des Six-Jours en 1967. Cependant, le Hamas n'a pas exclu de négocier indirectement avec Israël par l'intermédiaire d'une tierce partie, et a une nouvelle fois proposé d'observer une trêve à long terme vis-à-vis d'Israël, pourvu que l'Etat hébreu s'engage à se retirer de Cisjordanie et de Jérusalem-Est. Mais les dirigeants israéliens refusent tout dialogue avec le Hamas, tant que celui-ci n'aura pas désarmé.  

  1. Incertitudes
 

Si l'ampleur du triomphe du principal mouvement islamiste palestinien a provoqué une véritable stupeur en Israël, elle a également suscité l'incrédulité à Ramallah, capitale culturelle et ville la plus occidentalisée des Territoires palestiniens. Signe que le Hamas a tout à prouver en politique, notamment auprès des Palestiniens. 

Israël a les moyens de paralyser l'Autorité, qui dépend de lui notamment pour l'approvisionnement en eau et en électricité. L'armée israélienne tolérera-t-elle de voir les forces de sécurité palestiniennes dirigées par le Hamas ? Devra-t-elle traquer les élus et les ministres du Hamas, rendant leur travail impossible ? 

Dans une interview publiée samedi 21 dans Asharq al-Awsat, le ministre égyptien des Affaires Etrangères Ahmed Aboul Gheit, dont le gouvernement a eu d'étroits contacts au cours de l'année dernière avec le Hamas et d'autres milices palestiniennes, estime que le fait de rejoindre le processus politique va introduire d'importants changements dans le mode de pensée du Hamas. " « Je suis persuadé que le Hamas va reconnaître l'existence d'Israël et qu'il est capable de coexister avec le principe de négociations avec Israël. » " 

Il n'en reste pas moins que l'arrivée au pouvoir du Hamas compromet toute reprise du processus de paix israélo-palestinien, au point mort depuis cinq ans, si ce n’est la trêve décrétée de manière bilatérale lors de l’arrivée de Mahmoud Abbas à la tête de l’Autorité palestinienne en janvier 2005, et pourrait avoir pour conséquence une paralysie totale de l'Autorité palestinienne. D'ailleurs, la politique actuelle d'Israël est celle de l'unilatéralisme, qui n'associe pas le partenaire palestinien aux décisions importantes (cf le désengagement de la bande de Gaza), et l'empêche de récupérer les bénéfices sur le plan intérieur d'une éventuelle embellie de la politique étrangère, d'où la baisse de crédibilité du Président palestinien. 

  1. Désormais, le Hamas s'avance sans masque
 

Dans le passé, un ministre du courant dur du Likoud a pu affirmer : " « Je préfère un Hamas sans masque à une Autorité palestinienne qui avance masquée. Alors, les choses seront claires... »" (Le Monde, 27 janvier 2006) Nous y sommes. Aux portes du pouvoir, il semblerait logique que ce mouvement ait d'autres priorités que les actions kamikazes… A moins que le résultat des élections n’amène une situation dans laquelle face à un interlocuteur aussi radical, les pressions exercées sur Israël par la communauté internationale pour qu’il se plie à la feuille de route et aux autres résolutions des Nations unies se feront plus timides, voire qu’elle en vienne à cesser son soutien à l’Autorité palestinienne.

Le chef politique du Hamas en exil, Khaled Mechaal, a appelé Mahmoud Abbas depuis la Syrie au lendemain des élections pour évoquer les résultats. “ « Il assurait que le Hamas insiste sur un partenariat avec tous les mouvements palestiniens, et particulièrement avec nos frères du Fatah » ”, lit-on sur le site Internet du Hamas. Mais dans un entretien accordé au journal italien La Repubblica, Khaled Mechaal rejette la « feuille de route » et refuse de déposer les armes. S'il se veut rassurant sur le plan intérieur, le Hamas conserve donc la ligne dure qu'il incarne en politique étrangère face à Israël. 

C'est donc bien au sujet de l’avenir des Palestiniens que l'incertitude est la plus grande. 

Mahmoud Abbas a indiqué que « jusqu'à présent », il n'avait demandé à personne de former un gouvernement. « Nous menons des contacts et des consultations avec tous les blocs. Bien sûr, je vais demander à la majorité de former ce gouvernement », a-t-il toutefois précisé. Soucieux d'apaiser les inquiétudes que la victoire du Hamas a suscitées à travers le monde, Mahmoud Abbas a affirmé que le nouveau gouvernement devrait « veiller au respect des accords et des engagements pris auprès de la communauté internationale ».  

Le chef de file du Hamas, Ismaïl Haniyeh, a pour sa part été appelé à former un gouvernement palestinien. « Nous avons des divergences politiques avec le Président sur les moyens de recouvrer nos droits mais cela ne veut pas dire que le Hamas sera en conflit avec la présidence de l'Autorité palestinienne », a-t-il expliqué. Les différends seraient suffisamment graves pour que les Brigades des martyrs d'Al-Aqsa, émanation armée du Fatah, aient menacé de tuer tout dirigeant qui accepterait de participer à un gouvernement dirigé par le Hamas. Pourtant, Ismaïl Haniyeh, nouveau Premier Ministre, n'exclut pas la participation du Fatah à un gouvernement d'union nationale, ce qui illustre la volonté du Hamas de pas assumer le pouvoir tout seul, lui dont l'opposition violente a constitué la principale stratégie… le parti islamiste ne souhaite pas être aux commandes dans les ministères sensibles tels que la sécurité, et préfère se réserver au domaine intérieur, pour éviter de se décrédibiliser avec de telles responsabilités. 

Une convergence d'intérêts entre l'Autorité palestinienne et le Hamas a en effet amené ce dernier à annoncer sa participation aux élections. Les dirigeants palestiniens se devaient d’organiser des élections démocratiques sous la pression des bailleurs de fonds. Quant au Mouvement de la résistance islamique, désireux de capitaliser la popularité acquise tout au long de l'Intifada Al-Aqsa grâce à son combat contre Israël et à son action caritative auprès de la population, il a rompu avec sa précédente stratégie et entrepris d'intégrer le jeu politique palestinien. " « Contrairement aux élections de 1996, où nous avions peu de chances d'avoir une participation active au CLP, nous sommes aujourd'hui en position d'avoir de l'influence sur les choix politiques, explique Cheikh Nayef Rajoub, l'un de ses candidats à Hébron. L'Autorité palestinienne est faible et corrompue. Nous avons un rôle à jouer. » " 

Et le Hamas n'a jamais été au gouvernement ou dans un exécutif, si ce n'est dans les grandes villes de Cisjordanie (dont Naplouse et Jénine) depuis novembre 2005. 

L’exécutif qui sortira des urnes pourra être encore plus légitime, représentant au plus près la diversité palestinienne. On sait fort bien que lorsque des mouvements de l’Islam politique (à comprendre en tant que volonté d’instaurer un Etat islamique, comme en Iran) sont intégrés à la prise de décision, ils se banalisent.

Le Hamas, un parti de pouvoir ? Les militants du Hamas changent de discours. Historiquement dans l'opposition, cette organisation islamiste se prépare à être un parti de pouvoir. Le veulent-ils vraiment ? En tous cas, leur campagne est musclée. Le docteur Mahmoud Ramahi, anesthésiste, est numéro 8 sur la liste du Hamas. Il reçoit dans un autre immeuble moderne de Ramallah, tout près de son cabinet. " « Nous voulons lutter contre l'occupation et réformer ce pays, politiquement et économiquement » ", affirme-t-il. Un discours assez flou qui cache en fait une vraie volonté de changement. L'avocat Rabie H. Rabie est proche du Hamas et le finance. Selon lui, il est urgent de rompre avec un régime corrompu " « qui n'a rien fait pour améliorer le quotidien des Palestiniens » ". Un programme populiste qui peut séduire des électeurs fatigués par leurs conditions de vie. Mais le Hamas a-t-il vraiment intérêt à être aux affaires ? Ce que nous voulons, c'est entrer dans l'OLP » ", affirme Mahmoud Ramahi. Le but est que le Hamas soit enfin représenté dans cette instance. Mais il n'en est pas à reconnaître Israël. Et quand on lui demande si, en cas de victoire, le Hamas souhaite mettre en place un régime islamiste, il botte en touche en répondant que " « de toutes façons il n'y a pas d'Etat palestinien ! » " " « Les gens ici veulent changer, c'est la fin du parti unique » ", s'insurge-t-il. Un début de démocratie ? (Radio France, 23 janvier 2006) 

  1. Quid des relations entre l'Autorité palestinienne et Israël ?
 

Mahmoud Abbas est dans une situation de plus en plus inconfortable. Contesté jusque dans sa légitimité face au Hamas, contraint de négocier au jour le jour sa marge de manœuvre avec Israël, et tenu par les bailleurs de fonds de l'Autorité palestinienne de contrôler les milices et faire cesser la violence, il a le mauvais rôle en politique intérieure comme extérieure.

Paradoxalement, l'élection du Hamas pourrait être une opportunité pour le président de l'Autorité palestinienne, qui pourra désormais arguer de l'irascibilité du Hamas pour expliquer ses difficultés en politique intérieure. 

  1. L'importance des bailleurs de fonds (Etats-Unis, Union européenne)
 

En réaction à la victoire du Hamas, l'Autriche, qui assure actuellement la présidence tournante de l'Union européenne, a voté une résolution au nom des 25 membres selon laquelle " « Il n'y a pas de place dans le processus politique pour des groupes ou des individus qui prônent la violence » " (Déclaration de la Présidence au nom de l'Union européenne, 27 janvier 2006). L'Union européenne est le premier donateur au bénéfice de l'Autorité palestinienne avec 280 millions d'euros d'aides directes en 2005. Pour autant, le discours ferme vis-à-vis d'une éventuelle victoire du Hamas a cédé la place à des déclarations nuancées, notamment en ce qui concerne la désormais épineuse question des dons, qui devient : doit-on prendre le risque de subventionner directement un mouvement terroriste ? 

Les Etats-Unis, eux, envisagent de diminuer leur aide aux Palestiniens après la victoire électorale du Hamas, a annoncé, vendredi 27 janvier, le département d'Etat. " « Notre politique est très claire : nous ne donnons pas d'argent aux organisations terroristes » ", a déclaré le porte-parole du département d'Etat, Sean McCormack, au cours d'un point de presse.

" « Nous allons devoir revoir tous les aspects de notre programme d'aide aux Palestiniens » ", a ajouté le porte-parole, en citant l'aide directe que Washington a fournie ces dernières années à l'Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas, les programmes d'assistance humanitaire de l'agence américaine UsAid, et la participation des Etats-Unis au programme de l'ONU dans les Territoires palestiniens, l'UNRWA (United Nations Relief and Works Agency).

Cette année, l'administration Bush a donné 150 millions de dollars (123 millions d'euros) d'aides au développement dans les territoires occupés. 

Pour éviter la banqueroute, les islamistes misent sur les importantes réserves de gaz découvertes par British Gaz au large des côtes de Gaza, prometteuses d'importantes rentrées de devises. 

Si la réaction est compréhensible, bloquer les fonds de l’Autorité palestinienne en fonction des résultats d’élections démocratiques est pourtant non seulement condamnable sur un plan éthique (voilà qui revient à priver de leurs revenus des dizaines de milliers de familles), mais aussi contre-productif, si l’on considère les objectifs politiques poursuivis par la communauté internationale. En effet le Hamas a fait son lit de la pauvreté et du chômage de masse dans les Territoires palestiniens, et la lutte contre le terrorisme est un objectif majeur de la plupart des pays développés. Il y a cependant une logique : vouloir façonner la société palestinienne sur le modèle du Grand Moyen-Orient selon les vues de G. W. Bush. Et, pourtant, quand des élections ont lieu dans cette région, et qu’elles tendent à être démocratiques, les islamistes, dont le Hamas, progressent. Ces mouvements représentent de plus en plus l’aspiration à un changement politique. Qu'ils fassent l'expérience du pouvoir, et ils prendront la mesure des difficultés posées par la gestion des Territoires, bien mieux qu'en restant dans l'opposition et la condamnation. Alors les électeurs les jugeront sur leurs faits, et non uniquement sur leurs revendications. La démocratie, tout simplement. 
 

En intégrant le jeu politique palestinien, le Hamas risque très probablement d'y perdre son âme. Il y a quelque chose de paradoxal dans l'élection du Hamas au Conseil Législatif Palestinien, instance incarnant l'impuissance des institutions à négocier avec Israël. Ce qui ne devrait être que la faiblesse des institutions palestiniennes est en fait perçu comme la faiblesse du Fatah, rien de plus qu'une opposition d'ordre politique, en somme. Curieuse confusion qui présente l'avantage de ne pas discréditer l'institution. Et pour cause, le Fatah s’est confondu pendant longtemps avec celle-ci, et est à l’origine de son délitement. 

Le Hamas pourrait bien perdre son image d’opposant non corrompu par l'usage du pouvoir, car il n'y a aucune raison pour que les vieux démons du pouvoir ne saisissent le Hamas comme ils ont perdu le Fatah, quand bien même il a fait campagne contre le mode de gestion de son rival.

A titre d'exemple en Ukraine, les membres de la "Révolution Orange" emmenés par Viktor Iouchtchenko, ont fait campagne contre le régime corrompu et oligarchique de l'ex-président Leonid Koutchma. Et moins d'un an après son accession au pouvoir, la Révolution Orange a implosé pour des raisons tout à fait identiques. Les plus vertueux ne sont pas forcément ceux qui le disent.

Le parti islamiste pourrait aussi délaisser son identité de parti viscéralement opposé à Israël, refusant toute reconnaissance donc tout dialogue. Car en intégrant les institutions de l'Autorité palestinienne, le Hamas ne peut plus rester cantonné dans l'idéologie destructrice. Le pouvoir, s'il ne corrompt pas forcément celui qui l'exerce, le fait mûrir ; le Hamas est maintenant parvenu au seuil de l'âge de raison. On a dit plus haut qu'Israël garde en théorie la possibilité de modifier tout acte pris par le Conseil Législatif Palestinien. Il faudrait savoir l'usage qui sera fait de ce pouvoir discrétionnaire. Le blocage peut également venir de l’intérieur. « Pour son dernier vote avant de laisser la place à la nouvelle assemblée issue des élections, le Parlement palestinien dominé par le Fatah a renforcé les pouvoirs de Mahmoud Abbas, au grand dam des dirigeants du Hamas. Le Président palestinien est désormais habilité à désigner les magistrats de la Cour constitutionnelle sans approbation législative. Une décision importante dans la mesure où cette instance a le pouvoir de décider si les lois approuvées par le Parlement sont constitutionnelles ou non. » (La Tribune, 13 février 2006)

En tout cas, il faudra absolument éviter une mise à l'écart systématique des décisions du Conseil Législatif Palestinien dominé par le Hamas, sous peine de le voir se tourner durablement vers le moyen qui a fait sa victoire, la violence.  
 

Dès lors, ne peut-on considérer la victoire du Hamas au Conseil Législatif Palestinien comme une chance pour le conflit israélo-palestinien ? Pourquoi pas, et une chance pour les deux parties.  
 

Pierre-Marie Duché

2 commentaires.
 1. le meilleur chez afidora
Visiteur, Unregistered
ce duché écrit toujours des choses très bien, comme trois ou quatre autres chez afidora. continuez les jeunes!
 Posted 2006-03-02 05:17:22
 2. jusqu'où le palestnisme va-t-il se nicher ?
NL, Unregistered
[smiley=angry]

L'inversion des rôles entre Hamas et Fatah est désormzis complète et l'Europe, les USA, la "communauté internationale" vont continuer à financer l'enseignement à la haine et l'armement des terroristes contribuant ainsi à la perpétuation de la guerre. Avec 1 dizième de la manne déversée sur les Palestiniens en un an on aurait pû arrêter le génocide au Darfour et reconstruire ce pays dévasté. Mais qui s'intéresse aux Africains ?
Le Hamas ne renoncera à la violence que lorsqu'il aura admis que Israël est là pour rester et tant qu'il sait qu'il peut leurrer les occidentaux, il se préparera à la guerre. Et c'est vrai de tous les groupes palestiniens quels qu'ils soient. Mais qui tirrera les conséquences de cette réalité ?
NL
 Posted 2006-03-27 16:43:49
Merci pour vos commentaires !
Nom : Titre :
E-mail : Site web :
       [smiley=angry][smiley=cool][smiley=evil][smiley=happy][smiley=laugh][smiley=sad][smiley=shock][smiley=think][smiley=tongue][smiley=wink]
Commentaire(s) :
Dernière mise à jour : ( 25-10-2006 )
 
< Précédent   Suivant >
 
Top! Top!