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25-07-2008
 
 
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14-03-2006

La victoire du Hamas aux élections palestiniennes : éléments d’analyse

01/03/2006 

 

     En remportant la majorité absolue au Conseil Législatif Palestinien (CLP), le Hamas fait son apparition sur la scène politique palestinienne. Un résultat qualifié de « séisme » voire de « tsunami » par les observateurs internationaux, pour deux raisons principales: la victoire du Hamas consacre la fin du monopole historique du Fatah, parti historique de Yasser Arafat, et l’avènement d’un parti islamiste radical, qui jusqu’à récemment, prônait encore une stratégie de violence et de destruction comme mode d’expression politique. 

La victoire du Hamas illustre la complexité des recompositions qui affectent le Proche-Orient. A l’image de nombreux pays arabes, l’ouverture politique, encouragée par les Etats-Unis, a amené les islamistes au pouvoir, alors même que pour nombre d’observateurs occidentaux, démocratie et terrorisme sont incompatibles. L’irruption de l’islamisme sur la scène politique palestinienne est d’autant plus significative qu’elle s’inscrit dans un contexte international de montée en puissance des mouvements islamistes : Egypte, Irak, Iran…après le « printemps arabe » (cf article du 23/03/2005, « Un printemps arabe ? » http://www.afidora.com/content/view/37/62/), l’heure serait dorénavant à la « déferlante islamiste ». 

 

Dès lors, il s’agit de nuancer un tel manichéisme, et de manier ces vocables journalistiques avec précaution, afin d’envisager la question sous un angle plus rationnel qu’alarmiste. La réponse politique des partenaires occidentaux à ces évènements est cruciale et devra se fonder sur l’évaluation du degré de pragmatisme du Hamas, en particulier sur les trois questions de la renonciation au terrorisme, de la reconnaissance d’Israël, et de la poursuite des négociations. En effet, les partenaires occidentaux ont plus que jamais un rôle à jouer pour tenter de canaliser le potentiel extrémiste d’une population excédée par l’enlisement du processus de paix.

Dans cette optique, nous analyserons tout d’abord les raisons du succès du Hamas aux élections, puis nous tenterons d’en évaluer les conséquences sur le processus de paix. Enfin, nous verrons en quoi l’islamisme du Hamas est un mouvement spécifique, à différencier des autres poussées islamistes. 
 
 

    I. Les raisons du succès du Hamas 

1. Le pari de l’intégration politique  

Né en 1987, aux prémices du déclenchement de la première Intifada, le Hamas s’est longtemps positionné comme idéologie rivale à celle de l’Organisation de la Palestine (OLP) de Yasser Arafat. Si l’avènement de l’Autorité Palestinienne (AP) a établi pour un temps, la suprématie du mouvement nationaliste sur le mouvement islamiste, le Hamas n’en est pas moins resté un acteur incontournable du jeu politique palestinien, par son fort potentiel perturbateur. Rejetant les accords d’Oslo, considérant l’AP comme illégitime, le Hamas a longtemps oeuvré à saboter le processus de paix, en menant des campagnes armées contre l’ennemi israélien, sous forme d’attentats suicides à partir de Février 1994 (1). 

Les relations entre le Hamas et l’AP ont pourtant évolué de l’antagonisme marqué à la coexistence pacifique, voire la coopération. La conclusion d’un premier accord de trêve mi 2003, a entériné la reconnaissance par le Hamas du leadership de l’AP. L’impasse du processus de paix, dans le contexte de la deuxième Intifada, n’a fait que renforcer les liens entre ces deux entités, en lutte contre l’ennemi commun.

Enclenché sous Arafat, le processus d’intégration politique du Hamas a été mis en oeuvre par son successeur Mahmoud Abbas, avec l’organisation d’élections locales le 11 janvier 2005. L’intégration du Hamas au système politique palestinien était perçue comme un moyen de mettre fin aux  luttes internes fragilisant l’AP, et à mieux contrôler le Hamas. Pris au piège de cette participation, le Hamas se verrait alors contraint de substituer la logique politique à la logique militaire.  

2. Le discrédit du Fatah 

Dès son accession au pouvoir, Mahmoud Abbas ( ou Abou Mazen) fait le pari de la relance du processus de paix. Mais l’accord de trêve conclu avec les factions armées renforce le Hamas, en le faisant apparaître comme un interlocuteur crédible, visant à refonder l’appareil politique palestinien sclérosé de Yasser Arafat. Pour cela, Abou Mazen comptait sur deux facteurs externes : la fatigue des deux camps, après quatre années de combat, et un volontarisme international accru. Mais, un tel pari est difficile à mettre en œuvre, particulièrement pour un leader en quête de légitimité après la mort du leader historique. Dans une société à l’autorité diffuse, aux allégeances locales, familiales où tribales, sa volonté de préserver la cohésion interne, et son incapacité à enrayer le cycle de violences, notamment de la part des Brigades des Martyrs d’Al Aqsa, affiliées au Fatah, a sérieusement entaché la crédibilité d’Abou Mazen, sur le plan externe comme interne.  

En réalité, au-delà de ces éléments de conjoncture, le Fatah souffre d’un mal plus profond. Le parti historique, au cœur de la construction de l’identité nationale palestinienne et moteur de la lutte de libération, a de facto échoué à obtenir la plupart de ses revendications. Plus de dix ans après la mise en œuvre du processus de négociation, l’Etat palestinien n’existe toujours que dans les plans de paix, rangés dans les archives de différents protagonistes. Pour Mahmoud Abbas, la situation a été d’autant plus difficile à gérer que la stratégie israélienne n’a guère joué en sa faveur. Le blocage de la « Feuille de Route » (cf article du 01/12/2003 « Entre feuille et plan », http://www.afidora.com/content/view/82/51/), sous prétexte du préalable sécuritaire, a permis à Ariel Sharon de placer la balle dans le camp palestinien, et de s’affranchir d’un processus de négociation lourd et pénible. Le choix de l’unilatéralisme a profondément mis à mal la légitimité de Mahmoud Abbas. Si son potentiel de négociateur avait suscité l’espoir de l’ensemble de la communauté internationale, c’est finalement Ariel Sharon qui sera encensé par la plupart des observateurs pour son retrait de Gaza. En cela, un nouveau mode de gestion du conflit, prenant le pas sur toute tentative de règlement définitive, a été instauré, cantonnant le pouvoir palestinien en instance de conseil voire d’enregistrement des décisions israéliennes. Or, l’inégalité stratégique entre les deux partenaires apparaît de plus en plus frappante : en miroir à la situation de chaos, de fragmentation, et de paralysie du Fatah et de l’AP, le système politique israélien fait preuve de cohérence et de cohésion, une tendance qui s’est vue confirmée par la continuité observée malgré la « disparition » d’Ariel Sharon. 

Enfin, dernier élément justifiant l’exaspération palestinienne vis-à-vis du Fatah : la corruption généralisée. Depuis dix ans, règne un climat de clientélisme et de corruption nauséabond au sein de l’AP. Accusés d’absorber une large part de l’aide internationale, alors même que le pays vit dans des conditions catastrophiques, l’incapacité du Fatah à contrôler ces dérives a exacerbé les ressentiments.   

3. Le Hamas se pose comme alternative crédible

  

Face à un Fatah immobile et corrompu, le Hamas n’a de cesse de mettre en avant son honnêteté et son dévouement à la cause palestinienne. L’importance du réseau associatif et caritatif qu’il est parvenu à mettre en œuvre depuis une vingtaine d’années constitue un élément déterminant, en ce qu’il a permis de pallier les manques dans les domaines sanitaire ou de l’éducation de la politique de l’AP. Pour l’islamologue Olivier Roy, « Les Palestiniens n’ont pas voté Hamas pour qu’il détruise Israël, mais pour qu’il s’occupe de la sécurité, de la corruption de l’école, et des adductions d’eau ». Sa probité morale, lié à son engagement religieux, apparaît un puissant gage de crédibilité. En effet, dans un contexte d’occupation directe où indirecte, le lien d’allégeance religieuse, bien souvent, prime sur le lien d’allégeance nationale,  d’autant plus que l’Etat-nation est encore à l’état de projet.   

Le Hamas a bénéficié de ce contexte d’affaiblissement du parti historique. Paradoxalement, plusieurs mesures destinées à accroître l’influence du Fatah vont finalement favoriser le mouvement islamiste. Tout d’abord, l’accord de trêve conclu avec Abou Mazen : censé privilégier l’initiative de relance du processus de paix, il permettra à terme au Hamas affaibli par la stratégie israélienne d’assassinats ciblés de se préserver d’une lutte armée lourde à assumer. Plus encore, son respect de l’accord lui permettra de se présenter comme un interlocuteur crédible, maîtrisant son aile militaire, alors que les services de sécurité palestiniens ne cessent d’être blâmés pour leur inefficacité à enrayer la violence. La décision du retrait unilatéral de Gaza a une nouvelle fois, joué en faveur du Hamas. Considérant cette décision comme venant en réponse à la lutte armée menée avec force et détermination depuis des années, le Hamas se présente depuis lors comme le libérateur de Gaza. Dans ce contexte relativement favorable, l’offre d’intégration politique apparaissait comme une opportunité de tirer des dividendes politiques de ce succès.  

Jouissant d’une popularité sans précédent, l’organisation terroriste a donc été à même de remporter la majorité absolue du Conseil Législatif Palestinien, une victoire qui, pour nombre d’observateurs, sonne le glas du processus de paix. 

      1. Le processus de paix mis à mal ?
 
  1. Le changement stratégique du Hamas : que penser des pragmatiques ?
 

La victoire du Hamas a eu un retentissement international, nombre d’observateurs l’envisageant comme une menace à la stabilité du Moyen-Orient, comme un nouveau pas franchi vers la montée aux extrêmes et une défiance aux valeurs occidentales. Publiée en 1988, la Charte du Hamas, a longtemps incarné le radicalisme du mouvement. Ainsi, l’article 10, stipule que « la Palestine est un waqf islamique(bien sacré appartenant aux musulmans) ». De même, selon l’article 13, « il n’existe pas de solution à la question palestinienne exceptée le djihad ». Enfin, l’article 15 affirme qu’ « le problème de la Palestine est un problème religieux, [et qu’] il doit être traité sur cette base ». A cela, il faut ajouter un antisémitisme des leaders du mouvement, connu et exprimé. A ce titre, rappelons que Khalid Mashal, à la tête du Politburo du Hamas, a soutenu et approuvé les propos du président iranien Mahmoud Ahmadinejad appelant à la destruction d’Israël en décembre 2005.

Toutefois, signe d’une modération relative sur le sujet, les programmes électoraux du Hamas lors des dernières élections n’ont en aucun cas évoqué la destruction d’Israël, et aucune référence n’était faite à la Charte fondatrice. Plutôt qu’appeler à la destruction du peuple juif, le Hamas se déclare prêt à accepter un « accord intérimaire », qui comprendrait le retrait des territoires occupés depuis 1967, la reconnaissance du droit au retour et au droit à l’établissement d’un Etat Palestinien souverain. Il semblerait alors que le maintien de Jérusalem dans les frontières de 1967 soit implicitement reconnu.  

Quant à la question de l’acceptation des accords passé, la position du Hamas, pourtant principal adversaire des accords d’Oslo, semble également avoir évolué vers plus de pragmatisme ces derniers temps. Khalid Meshal, leader du Hamas en exil, voix internationale du Hamas, a récemment déclaré : « La résistance peut être d’ordre politique et diplomatique : pas seulement sur le champ de bataille ». Mais ces propos restent encore purement déclaratoires, les leaders du Hamas persistant dans leur refus de la  comme base de négociation.    

Aussi, la route est encore longue pour transformer cette ouverture partielle en reconnaissance officielle de l’existence d’Israël. Sur cette question, Jibril Rajoub, proche conseiller de M.Abbas, s’est montré confiant, en affirmant récemment que la reconnaissance d’Israël ne constituait pas une condition sine qua non à une coopération entre le Hamas et le Fatah , ajoutant même que le Hamas n’avait pas intérêt à reconnaître tout de suite Israël(2). En tout état de cause, les compétences du Conseil Législatif Palestinien étant essentiellement d’ordre interne, les domaines de la politique étrangère et des négociations avec Israël resteront sous l’égide du Président Mahmoud Abbas, bien que ce dernier ne puisse ignorer sa majorité.  

Si l’aile pragmatique a pris le pas sur l’aile maximaliste lors de la campagne électorale, il n’en demeure pas moins que le Hamas persiste dans son refus de désarmer son aile militaire. « les Brigades Ezzedine Al-Qassam vont se renforcer et continueront à produire et à développer des armes » (3), a affirmé le dirigeant de l’organisation Mahmoud Zahar. Toutefois, la décision du mouvement islamiste de prolonger la trêve – contrairement au Djihad Islamique et aux Brigades des Martyrs d’Al Aqsa, affiliées au Fatah -, rend cette divergence moins problématique à court terme.  

  1. Un dilemme pour les dirigeants politiques internationaux encadrant le processus de paix

 

Aussi, la  majorité absolue remportée par le Hamas aux dernières élections législatives constitue un sérieux défi aux partenaires occidentaux. La communauté internationale se retrouve devant un dilemme de taille, devant accepter le jeu de la démocratie, alors même que le groupe islamiste est inscrit sur la liste des organisations terroristes des Etats-Unis comme de l’Union Européenne. Le problème de la reconnaissance d’Israël reste le principal point d’affrontement, la communauté internationale espérant une évolution du Hamas similaire à celle de l’OLP, qui a renoncé au terrorisme et reconnu Israël pour s’engager dans le processus de paix. Les partenaires du « Quartet », à savoir les Etats-Unis, l’Union Européenne (UE), la Russie et l’Organisation des Nations Unies (ONU) espèrent pouvoir utiliser le levier de l’aide internationale à cette fin, un mouvement terroriste ne pouvant y être éligible.  

La position des principaux partenaires a été formulée quelques jours seulement après les élections. Lors d’une réunion le 30 janvier à Londres, le « Quartet », représentant la communauté internationale, chargé de concrétiser la «  » a énoncé trois conditions principales pour le maintien des financements : l’engagement en faveur de la non-violence, la reconnaissance d’Israël, et l’acceptation des accords passés et des obligations internationales qui en découlent. Envisageant le rejet initial du Mouvement de la Résistance Islamique comme de l’ordre du provisoire, le « Quartet »  a donné un délai au Hamas. Mais cette cohésion de façade des principaux acteurs de la communauté internationale a vite laissé place à une multitude de stratégies différentes. A ce titre, le New York Times du 14 février 2006 faisait état d’un plan conclu entre les Etats-Unis et Israël visant à étouffer économiquement et diplomatiquement l’Autorité Palestinienne dirigée par le Hamas. Les modalités de ce plan sont diverses et vont de la diminution de crédits à la rupture des liens entre Gaza et la Cisjordanie, portant atteinte aux mouvements de personnes et de biens. Si les deux parties ont nié ou refusé de commenter ces révélations du NY Times, il s’agit de noter que certaines de ces prévisions ont déjà été appliquées, Israël ayant gelé les droits de douane qu’elle reverse à l’AP et ayant appelé les principaux bailleurs de fonds à ne fournir que de l’aide humanitaire aux Palestiniens.  

Le recours à l’aide internationale comme levier de négociation est problématique et apparaît difficile à mettre en œuvre. A l’image des sanctions économiques, la suspension de l’aide internationale encourt le risque d’exacerber la précarité de la situation du peuple palestinien. Surtout, la suspension de l’aide internationale pourrait provoquer un accroissement de l’influence iranienne dans la région, l’Iran ayant déjà affirmé qu’il compenserait la perte consécutive à la suspension de l’aide occidentale. Un regain d’influence iranienne, sur fond de paupérisation de la population palestinienne pourrait entraîner la recrudescence du radicalisme et nourrir les foyers de recrutements terroristes, ce qui ne ferait qu’exacerber l’instabilité dont souffre la région.  

La mise en œuvre de sanctions n’est efficace que si elle est mise en œuvre de manière globale. Aussi la stratégie des Etats-Unis visant à isoler le Hamas a-t-elle essuyé un revers à l’annonce de la plupart des pays arabes dont les alliés traditionnels que sont l’Egypte, l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis, lors de l’annonce du maintien de leur aide aux Territoires palestiniens. A cela, il faut ajouter des « fissures » dans le camp occidental déjà visibles : le président Poutine a ouvert le jeu en invitant les représentants du Hamas à Moscou. Lourdement critiquée pour la violation du consensus du Quartet, qualifiée de « coup de poignard dans le dos » par nombre de dirigeants israéliens, cette initiative pourra néanmoins permettre de renouer des contacts indirects entre les partenaires occidentaux et les leaders du Hamas (4). De manière similaire, côté européen, une inflexion est déjà visible. Si le Haut Représentant de la Politique Etrangère et de Sécurité Commune (PESC), Javier Solana, avait déclaré au lendemain de l’élection, qu « un groupe terroriste ne devient pas légitime parce qu’il a gagné les élections »(5) l’UE a pourtant décidé, le lundi 27 février, d’allouer une aide d’urgence de 120 millions d’euros aux Palestiniens pour maintenir à flot le gouvernement, menacé d’effondrement financier. 
 

    3. Les perspectives quant aux relations Israël/Autorité Palestinienne  

A peine les résultats des élections étaient ils connus et confirmés, Israël a fait part de son inquiétude et de son refus de dialogue avec une faction mettant en cause sa légitimité et sa sécurité. Le soir même des élections, le Premier ministre par intérim Ehoud Olmert déclarait qu’ « Israël ne pouvait accepter que le Hamas, dans sa forme actuelle, ne fasse partie de l’Autorité Palestinienne », tandis que l’ancien ministre des Affaires étrangères et numéro deux du Likoud, n’avait de cesse de rappeler qu’Hitler était lui aussi arrivé au pouvoir de manière démocratique (6). Le 19 février, la nomination de Ismaïl Haniyeh comme Premier Ministre a provoqué le vote de sanctions à l’égard de l’AP, en gelant le transfert des droits de douane que l’Etat hébreu perçoit au nom des Palestiniens, à hauteur de 50 millions de dollars par mois. Par ailleurs, les contrôles aux points de passages entre Israël et la bande de Gaza ont été intensifiés. A noter toutefois que la réponse reste mesurée : le conseil des ministres n’a pas validé les sanctions les plus lourdes, telles qu’une interdiction générale de l’entrée des travailleurs palestiniens en Israël ou de la circulation des Palestiniens entre la Cisjordanie et Gaza. De même, à la veille d’une tournée européenne de la ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni. l’Etat hébreu a choisi de ne réagir que symboliquement à l’aide d’urgence récemment débloquée par l’UE. 

Aussi, s’ils figurent parmi les premiers à chercher à stigmatiser le Hamas, le principe de réalité pourrait s’imposer à Israël, contraint de composer avec la mouvance islamiste. A ce titre, les experts de l’International Crisis Group (ICG) (7) ont souligné le bilan positif de l’expérience du pouvoir du Hamas, depuis son succès aux élections municipales de Décembre 2005 dans de nombreuses grandes villes de Cisjordanie comme de Gaza y compris Naplouse et Jenine. Il apparaît alors que l’expérience du Hamas est à peu près similaire à celle du parti historique. Le capital de probité morale du mouvement islamiste lui permet d’être très apprécié de ses administrés. Le mode de gestion économique est considéré comme beaucoup plus efficient en terme d’allocation des ressources, bien que le chômage reste à un niveau endémique, selon les économistes palestiniens interrogés par les experts de l’ICG.

L’originalité de leur mandat tient en leurs liens avec Israël : les contacts politiques de haut niveau sont rejetés mais un mode de gestion pragmatique est mis en œuvre, via des contacts techniques avec l’Etat hébreu. 

Le principe de réalité pourrait bien s’imposer au Hamas également, malgré son inflexibilité apparente depuis son accession au pouvoir : à ce titre, si le mouvement islamiste a déjà affirmé qu’il ne n’avait aucune intention d’adhérer à la Feuille de Route, certains leaders, comme Muhammad Abu Tair sont pourtant allés jusqu’à évoquer la possibilité de négociations, pour des raisons stratégiques, estimant que le Hamas pourrait obtenir de meilleurs résultats que le Fatah. Ainsi, au niveau national, s’il est envisageable que le Hamas entretienne des contacts techniques constructifs, facteurs de confiance, il n’en demeure pas moins que les dirigeants palestiniens ne seront sûrement pas considérés comme des interlocuteurs crédibles du processus de paix. Le principal risque est alors de confirmer la logique enclenchée avant même l’accession au pouvoir du Hamas, à savoir l’enlisement de la , les deux pays se renvoyant aux conditions préliminaires telles que le désarmement des factions armées et le gel de la colonisation. A ce jour, les dirigeants de Kadima, partisans de l’unilatéralisme comme mode de gestion de conflit, sont toujours favoris des prochaines échéances électorales israéliennes, ce qui encourt le risque de conforter le Hamas, de marginaliser d’autant plus le Fatah, et de radicaliser l’opinion publique palestinienne.  

Or, la stabilité du Proche-Orient est cruciale : Pascal Boniface (8) estime que le conflit israélo-palestinien est « à l’épicentre des principales fractures stratégiques : Nord/Sud, Orient/Occident, monde musulman/monde chrétien » (p 34), et en cela constitue la matrice d’un éventuel choc des civilisations » (cf article du 28/01/2005,« L’obsession israélo-palestinienne, http://www.afidora.com/content/view/128/62/). Dans un contexte de recrudescence du terrorisme islamique fondamentaliste, principale menace à la sécurité du camp occidental, la question proche-orientale revêt une importance particulière : la marginalisation de l’AP consécutive à une suspension de l’aide peut alimenter le vivier de recrutement des islamistes radicaux. L’exercice du pouvoir par le Hamas est à double tranchant : il peut alimenter le désordre et le chaos pour poursuivre la lutte contre l’Etat hébreu, ou bien, confronté à la réalité du pouvoir, il peut constituer une première expérience de l’islamisme politique.  

      1. La victoire du Hamas : nouvelle escalade de la « déferlante islamiste » affectant le monde arabo-musulman ?

 

    1.  « Un mouvement plus islamo-nationaliste qu’islamiste » (Olivier Roy)

Créé en 1987 lors de la première Intifada, le Harakat al muqawama al islamiyya ,« Mouvement de la Résistance islamique » est né de la volonté des Frères Musulmans palestiniens de disposer d’un instrument politique plus large que leur seule association. Selon Jean François Legrain, chercheur au CNRS (8), le Hamas, en tant que mouvement de type « Frères Musulmans traditionnel », avait, à l’origine, pour objectif fondamental la réislamisation de la société, d’où la mise en place d’un intense réseau de mobilisation et de prédication. Mais avec le déclenchement de l’Intifada, le discours social et religieux du Hamas a servi de support à un discours politique offensif, puis à une pratique de la violence et de la lutte nationale.  

Pour François Burgat, politologue et chercheur au CNRS (9), à l’image des autres pays arabes, l’émergence du Hamas sur la scène politique palestinienne est également la conséquence de l’affaiblissement du nationalisme arabe « laïc ». L’originalité de la situation palestinienne tient à l’apparition tardive de ce type de mouvement : non exposés à la gestion quotidienne d’un appareil d’Etat, les dirigeants nationalistes palestiniens ont été préservés pendant longtemps de toute contestation de leurs pairs. On retrouve ici la tendance commune à la plupart des régimes issus de la décolonisation à transférer sur le terrain culturel et symbolique la dynamique nationaliste. A l’instar du Hezbollah libanais, le Hamas est bien un parti « du refus » : refus du status quo, refus de l’occupation israélienne…La plupart des observateurs occidentaux ont longtemps montré du doigt le Hamas pour son opposition à la paix d’Oslo, présentée comme irrationnelle, de l’ordre du fanatisme religieux. Pourtant, le mécontentement consécutif de l’opinion publique palestinienne à la signature des accords d’Oslo ne se restreint pas alors uniquement aux islamistes, mais aussi à d’autres composantes de la population – milices issues du Fatah, milice chrétienne de George Habache… Bien qu’auréolés de prestige dans les représentations occidentales,  les accords d’Oslo ont été vivement critiqués en ce qu’ils correspondaient à l’abandon de toute revendication sur les territoires de 1948, voire de 1967 contre une paix et une autonomie encore très relatives.  

Si l’islamisme se voulait à l’origine internationaliste, les rares succès politiques des mouvements prônant une réislamisation des sociétés musulmanes « par le haut », avec la construction d’un Etat islamique (Soudan, Iran, Afghanistan) ont relativement échoué, en ce qu’ils n’ont pas démontré la viabilité d’un modèle islamique de société, de justice sociale et d’économie. Plus encore, l’émergence de tels mouvements ont contribué à fragmenter d’autant plus les clivages existants : le ralliement d’une majorité de régimes arabes à Saddam Hussein lors de la guerre d’Irak a ainsi pu prouver que la solidarité arabe l’emportait sur la solidarité musulmane.

L’agenda social conservateur du Hamas témoigne de la volonté d’islamisation de la société, comme l’illustrent les propos de la veuve du Cheikh Yassine, fondateur du mouvement touché par un assassinat ciblé israélien « L’islam comme programme politique, l’islam comme système de pensée, l’islam comme règle de vie ». Il n’en demeure pas moins que le Hamas est plus islamo-nationaliste qu’islamiste. Pour Oliver Roy (10), le Hamas et le Jihad palestinien ne contestent pas l’OLP sur le plan religieux, mais sur la « trahison » des intérêts du peuple palestinien. Le mouvement d’islamisation « par le bas » s’inscrit dans  un contexte national très précis, aux dépens des solidarités transnationales.

Il s’agit également de différencier les actions de résistance longtemps pratiquées par le Hamas du jihadisme salafiste type Al-Qaida, qui relève d’un radicalisme de type nouveau, sunnite, conservateur et supranational. Contrairement aux islamismes politiques existant jusqu’alors, Al Qaida ne recherche ni l’instauration d’un Etat islamique, ni l’application de la charia, mais la poursuite du jihad (guerre sainte), contre l’Amérique, avec pour objectif final l’instauration du califat sur les terres musulmanes, ce qui passe probablement par  un effondrement du régime saoudien. 

2. Les conséquences de la victoire du Hamas sur la géopolitique régionale 

Liban, Turquie, Egypte, Iran…Nombreux sont les pays qui ont récemment connu des percées islamistes importantes dans les parlements, souvent produit du processus de démocratisation, cher aux occidentaux. La « déferlante islamiste » est vue comme le catalyseur du « choc des civilisations » par nombre d’observateurs alarmistes. Néanmoins, il s’agit d’éviter les amalgames dangereux, pouvant conduire à considérer toute percée islamiste comme relevant d’une même logique, et animés par les mêmes objectifs. On l’a vu, le Hamas relève plus de l’islamo-nationalisme que du nationalisme, et est loin des revendications d’Al Qaida. Contrairement au Hezbollah libanais, le Hamas se méfie de toute tentative de récupération politique par les grandes puissances, et en cela, s’est toujours bien gardé de s’identifier aux intérêts iraniens, même s’il en accepte les financements (Olivier Roy). Les liens entre l’Iran et le Hamas sont purement tactiques, l’antisémitisme et le conservatisme social sont partagés, mais le clivage chiite-sunnite reste un puissant facteur de division. Dès lors, l’unification des divers mouvements islamistes contre les « infidèles » est peu envisageable. Outre la lassitude de la population palestinienne après des années d’Intifada, la divergence des intérêts en jeu et le cloisonnement sectariste sunnite ne laissent entrevoir aucune alliance. Alexandre Adler (11) va jusqu’à interpréter le récent appel d’Oussama Ben Laden à une « trêve » avec les Etats-Unis à une sorte d’avertissement envers les intégristes iraniens, revenant à montrer qu’en cas de déclenchement de crise avec les Etats-Unis, Al-Qaida ne soutiendrait pas l’Iran, celui-ci menaçant encore l’Arabie Saoudite, cœur de leur entreprise.  

3. Le Hamas peut-il constituer un laboratoire d’intégration politique de l’islamisme ? 

La décision d’intégration politique du Hamas relevait, à l’origine, d’une tentative d’affaiblissement du mouvement islamiste. Confronté à l’exercice du pouvoir, le mouvement radical ne pourrait plus mettre en œuvre la même stratégie qu’en tant que mouvement d’opposition. A la suite du diplomate et journaliste palestinien Adli Sadeq (12), l’on peut supposer qu’une fois mis à l’épreuve des responsabilités, le Hamas sera contraint de faire des concessions. Sa présence dans les institutions du CLP ou de l’AP pourrait le contraindre à respecter le principe de légalité. Aussi, il apparaît que le Hamas est probablement moins dangereux au pouvoir que dans l’opposition, où son influence sur la population jouit d’une popularité sans précédent depuis quelques années.

A ce titre, les experts de l’ICG se sont ouvertement prononcés en faveur d’une intégration politique du Hamas, et recommandent vivement dans leur dernier rapport (13) un soutien accru aux pragmatistes islamistes. Pour Robert Malley, ancien conseiller du président Clinton pour les affaires israélo-arabes et actuellement chargé du groupe Moyen-Orient à l’ICG, « Il n’est pas question, bien sûr, de retirer le Hamas  de la liste terroriste, encore moins d’engager un dialogue de haut niveau (…), mais en attendant, il y a tout intérêt à mettre en œuvre une politique d’engagement graduelle et conditionnelle, exploitant sa soif de reconnaissance internationale » (14). Pratiquement, ceci impliquerait des concessions accordées par l’UE à chaque mesure positive du Hamas, telle que la reconduction de la trêve, et inversement, une suspension de l’aide en cas de reprise de la violence. Concédant que l’aggiornamento islamiste constitue un « pari risqué », Robert Malley y voit un fort potentiel de stabilisation de la population palestinienne en plein désarroi, en proie aux luttes de clans et de gangs, dépourvu de vision ou de cohérence nationale.

Malgré toutes les craintes que l’on peut porter envers le Hamas, il n’en demeure pas moins que le mouvement islamiste a jusqu’à présent fait preuve de responsabilité : l’efficacité de la gestion municipale, le respect de la trêve sont autant de signes prometteurs de son pragmatisme. Depuis son accession au pouvoir, les Brigades El Ezzedine al Qassam ont maintenu la trêve des opérations militaires, malgré le regain de tension à Gaza, attribuées au Djihad islamique et aux groupuscules liés au Fatah. De même, le Hamas n’a pas été impliqué directement dans le déclenchement des violences en réaction aux caricatures de Mahomet. A ce jour, la soif de reconnaissance internationale du mouvement islamiste l’a conduit à une maîtrise de son aile militaire, dans le but d’obtenir tous les soutiens nécessaires à leur stabilité. Enfin, la perspective d’un gouvernement de coalition avec le Fatah, annoncée le 19 février pourrait apaiser les esprits criant au péril islamiste. Bien que minoritaire, avec 45 sièges contre 74 pour le Hamas, nombre d’observateurs espèrent en une solution où le Fatah serait en charge des ministères liés à la sécurité, tandis que le Hamas conserverait le monopole sur les questions internes. Le récent renforcement des pouvoirs du Président Abbas, voté le 13 février, lui permettant d’exercer indirectement un veto sur les lois d’une futur gouvernement du Hamas, via un pouvoir de nomination des membres du Conseil Constitutionnel, a également pu rassurer la communauté internationale.  

Si jusqu’à présent, le processus de paix était essentiellement tributaire du parti au pouvoir en Israël, aujourd’hui, le jeu s’est renversé, et la présence du Hamas va probablement changer la donne. La partie palestinienne pourra peut-être récupérer un certain pouvoir d’initiative, perdu depuis la mise en œuvre de la stratégie unilatérale israélienne. Espérons, en tout cas, que ce renouveau ne s’accompagnera pas d’une escalade de violence, stratégie habituelle pour faire monter les enchères avant la négociation.

Un dialogue de haut niveau reste inenvisageable tant que le Hamas n’aura pas accédé aux demandes de la communauté internationale, et notamment aux exigences de reconnaissance d’Israël. Il n’en demeure pas moins que des contacts techniques, déjà visibles, sont hautement souhaitables. La coordination mise en œuvre lors du retrait de Gaza pourrait servir de modèle au niveau national, le Hamas ayant fait preuve de sa capacité à travailler en tandem avec l’AP et indirectement Israël.

En tout état de cause, Mahmoud Abbas et le Hamas sont deux acteurs à la légitimité démocratique incontestée avec lesquels il faudra compter. Leur collaboration est importante tant pour apaiser les relations avec Israël et l’ensemble du monde occidental mais aussi au niveau inter-palestinien : plus que jamais, il s’agit d’éviter une recrudescence des divisions internes, qui exacerberait le chaos. Rappelons que, malgré l’enlisement de la Feuille de Route et l’impasse du processus de paix, les opinions publiques des deux camps sont, plus que jamais, favorables à la paix.  

    Claire Petit

     
       

     


    1. le 25  Février 1994, le massacre de 29 musulmans dans une mosquée d’Hébron pendant la prière du dernier vendredi du mois sacré de Ramadan par un juif extrémiste, Baruch Goldstein, a entraîné une riposte sous forme d’attentat-suicide du Hamas, 40 jours plus tard.
    2. Gilles Paris, « Mahmoud Abbas et le Hamas s’efforcent de cohabiter au sein de l’Autorité Palestinienne », article paru dans le Monde du 19.02.06,
    3. Déclaration issue de l’article de Ha’aretz, traduit dans Courrier International n°796, semaine du 2 au 8 février 2006, « Comment on a laissé fabriquer le chaos »
    4. Analyse de Daniel Vernet, dans sa chronique parue dans le Monde du 22 février 2006
    5. Déclaration issue d’une interview de Javier Solana publiée dans le Monde du lundi 30 janvier 2006
    6. Déclarations issues d’un article interactif du Monde paru le 26 janvier 2006, « Israël sous le choc, l’Europe prudente »
    7. « Enter Hamas : the challenges of political integration », Middle East Report n°49, 18 January 2006, disponible en ligne sur www.crisisgroup.org/text/index.cfm?id=3886 
    8. Pascal Boniface, Vers la 4°Guerre Mondiale ?,Armand Colin, Paris, 2005é 
    9. Chat interactif du Monde, “Elections palestiniennes, quels enjeux?”, 19 janvier 2006, disponible en ligne sur www.lemonde.fr/web/chat/0,46-0@2-3218,55-732317@51-727598,0.html 
    10. François Burgat, L’islamisme en face, Editions La Découverte, Paris, 2002
    11. Olivier Roy, « L’islamisme, nouveau panarabisme », paru dans « Les Enjeux 2006 », Alternatives internationales, en partenariat avec le CERI, Hors-Série, 3, Décembre 2005, disponible en ligne sur www.ceri-sciences-po.org/archive/jan06/editor.pdf
    12. Alexandre Adler, « Elections palestiniennes et offensives islamiste » chronique du 26 janvier 2006, Le Figaro
    13. « La réalité forcera à faire des concessions », interview d’Adli Sadeq paru dans Elaph, Londres, traduite dans Courrier International, n°796, du 2 au 8 février 2006
    14. Rapport cité note (7)
    15. Robert Malley, « Prendre l’ascendant sur le Hamas », article paru dans Le Monde du 24 janvier 2006

2 commentaires.
 1. Gouvernement du Hamas
Norbert, Unregistered
Le Hamas a très bien compris le jeu d'Arafat et le met en pratique de la même manière :
[LIST] D'un côté les dirigeants officiels multiplient les déclarations lénifiantes à destination des médias et gouvernements occidentaux
[LIST]D'un autre côté ils accentuent l'enseignement à la haine dans les médias, les écoles et tous les événements culturels
[LIST]Enfin ils favorisent les tentatives d'attentat par les organisations qui ne participent pas au gouvernement.

Ils obtiendront, comme Arafat en son temps, les subsides nécessaires pour continuer ainsi leur travail de préparation à la destruction des Juifs. Mais qui en Europe comprendra que c'est ainsi qu'ils renforcent l'islamisme extrême sur notre continent ?
Norbert
 Posted 2006-03-27 16:34:43
 2. Bonne analyse
Visiteur, Unregistered
En effet, passer de la contestation à la gestion entraîne une obligation d'apaisement idéologique, mais cela peut s'arrêter net si le contexte politique devient trop instable, et je pense qu'il y a donc au moins un intérêt au probable statu quo entre les deux pays, c'est cette "certaine" stabilité politique.
Sinon il y a des erreurs de forme, les liens en 7. et 11. renvoient sur ton disque dur et non sur les sites internets mentionnés, ils sont donc inaccessibles, il faut faire un copier coller dans la barre d'adresse pour y accéder [smiley=happy]
 Posted 2006-04-14 03:00:19
Merci pour vos commentaires !
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Dernière mise à jour : ( 17-05-2006 )
 
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