Advertisement
Accueil arrow Synthèses arrow Toutes nos Synthèses et Comptes-Rendus arrow Compte rendu du débat « Israël après les élections »
24-07-2008
 
 
Compte rendu du débat « Israël après les élections » Version imprimable Suggérer par mail
Appréciation des utilisateurs: / 0
FaibleMeilleur 
20-04-2006

Compte rendu du débat « Israël après les élections »

10/04/2006 

Le débat était organisé par le CERI, Centre d’Etudes et de Recherches Internationales.

Il s’est tenu le mardi 4 avril 2006 de 16h30 à 19h, et rassemblait :

Alain Dieckhoff, CERI-CNRS, président de séance

David Lehmann, University of Cambridge

Laurence Louër, CERI-Sciences Po 
 

Alain Dieckhoff

Les grands enseignements du scrutin 

Alain Dieckhoff a souligné l’importance de la crise politique que traverse Israël : le taux d’abstention extrêmement élevé (63,2 % de participation) en témoigne.

De surcroît, le plus remarquable quant aux résultats de ces élections, serait l’importance de la confiance accordée par les Israéliens aux nouveaux partis : plus d’un quart des sièges, 36 sur 120, ont été obtenus par des partis fondés dans les mois précédents, Kadima (29 sièges) et le parti des retraités (7 sièges) ; ce qui reflète l’ampleur de cette crise politique israélienne.

29 sièges, c’est beaucoup moins que ce que les sondages prédisaient ; on peut cependant considérer que Kadima a gagné son pari, bien qu’avec moins de panache que prévu. Mais cela ne signifie en aucun cas que son message d’unilatéralisme n’a pas d’audience. Au contraire, c’est un message populaire, mais Kadima a été victime d’une certaine démobilisation, et d’un problème de leadership. Le parti aurait sans doute obtenu de meilleurs résultats avec Ariel Sharon, d’autant qu’Ehoud Olmert a fait preuve d’une certaine suffisance, qu’il s’est senti d’avance vainqueur et a oublié de faire campagne. Ce qui n’est jamais bon.

Mais cela n’invalide pas son message, celui d’un parti centriste, même si le gros des troupes est venu du Likoud. Une partie de ses cadres émane du parti travailliste, et même de la société civile, notamment de nombreux juristes… C’est donc un parti centriste dans sa composition, mais il l’est également dans son électorat. Celui-ci est aussi composé de nombreuses personnes âgées, qui ont une certaine suspicion vis-à-vis d’Amir Peretz, le nouveau leader travailliste, du fait de ce qu’il représente en tant que syndicaliste agressif, et du fait de la dimension ethnique, qui voit pour la première fois le parti travailliste mené par un sépharade.

Quant au parti travailliste, il a assez largement « sauvé les meubles », avec 19 sièges, soit autant qu’en 2003. Ce parti, qui traverse une crise depuis la mort d’Yitzhak Rabin, serait-il sur la voie de la sortie de crise ?

Amir Peretz représente un renouvellement, une nouvelle génération au sein du parti ; on pourrait dire la troisième génération, après les pères fondateurs comme David Ben Gourion, et la phase Yitzhak Rabin – Benjamin Ben-Eliezer…

Les travaillistes ont mis en avant la question sociale : un quart des Israéliens vivent en dessous du seuil de pauvreté, soit 7 % de plus qu’en 2005. Ils ont proposé un encadrement social plus fort, un système de retraites obligatoire (qui fait cruellement défaut). Sur les relations israélo-palestiniennes, le parti travailliste s’est positionné en faveur de la reprise des négociations, sans exclure le retrait unilatéral en cas d’échec.

Le Likoud, qu’on peut qualifier d’ex-grand parti, fait un score très modeste. Il est incomparable avec le Likoud de 2003 (qui avait obtenu 40 sièges), puisqu’il avait déjà été affaibli par le départ massif de certains cadres (Ariel Sharon, Ehoud Olmert, Tsipi Livni, Shaul Mofaz…) vers Kadima. Mais cela ne suffit pas à expliquer son insuccès : deux facteurs principaux expliquent que le Likoud ait été puni par son électorat. D’une part, la question sociale : l’électorat traditionnel du parti est de souche populaire, et se retrouvait dans des villes et des quartiers dits « de développement » ; il a été frappé de plein fouet par les réformes économiques de Benjamin Netanyahou, certes nécessaires du fait du déficit économique, mais très strictes et sans accompagnement social. Cette désaffection a sans doute profité au Shas et au parti travailliste. D’autre part, la question des rapports avec les Palestiniens : il y avait quelque chose d’incohérent dans le discours du Likoud : les électeurs qui pensaient qu’il fallait faire bouger les choses ont voté pour Kadima, et ceux qui pensaient qu’il ne fallait rien céder se sont tournés vers des partis plus à droite, tels Israël Beitenou ou Union nationale.

On remarque également l’arrivée du parti des retraités, avec 185 000 voix, ce qui n’est pas du tout négligeable ! D’autant qu’il s’agit d’un vote complexe : certains retraités ont certes voté pour le parti des retraités, mais ce dernier a aussi bénéficié d’un vote protestataire de nombreux jeunes, qui n’ont pas voté en vue de leur retraite lointaine. Ce parti n’a peut-être pas un grand avenir dans le paysage politique israélien ; Dieckhoff le qualifie de « parti conjoncturel », éphémère, comme le Shinouï, qui avec 15 sièges était le troisième parti en importance dans la dernière Knesset, et qui a pourtant disparu trois ans et demi après sa création.

Alain Dieckhoff remarque également que les partis qu’il qualifie d’ethno-culturels, installés dans le paysage politique israélien depuis les années 1990, on repris de l’importance : notamment les partis arabes, le « come back » des partis russophones, qui semblaient s’être fondus dans le Likoud depuis les dernières élections compte tenu de leur maigre représentation. On pensait que l’intégration linguistique des russophones entraînerait leur intégration politique. Mais en fait, malgré leur disparition de la dernière Knesset en 2003, ils ont cette année effectué un retour considérable, qui prouve qu’en Israël, l’ethnicité a toujours son importance, y compris pour les Russes, et qu’elle peut être mobilisée. Mais si l’électorat du parti Israël Beitenou est constitué à 60 % de russophones, il regroupe également 40 % d’Israéliens « de souche », ce qui prouve qu’outre sa particularité ethnique, il véhicule un message nationaliste fort au sein d’un programme qui n’est pas uniquement ethnique. 

Les perspectives selon Alain Dieckhoff : à quelle coalition peut-on s’attendre ?

Une majorité peut être constituée autour de la question du désengagement, unilatéral ou négocié, avec Kadima, les travaillistes, les retraités, le Shas

Une autre peut émerger autour des questions sociales, notamment la réforme du système des retraites (c’est le côté positif de l’échec de Netanyahou, qui a mis l’accent sur la haute technologie, certes performante, mais pas majoritaire puisqu’elle ne représente que 15 % des actifs).

Voici donc les deux problèmes sur lesquels le prochain gouvernement devra se pencher : le désengagement d’avec les Palestiniens, et les questions sociales internes.

Il semble que la société israélienne se tourne sur elle-même, dans une évolution parallèle à ce qui se passe du côté palestinien, où la société semble aussi vouloir se tourner sur elle-même et éviter le contact avec les Israéliens. Cette évolution va sans doute marquer la région dans un avenir proche. 
 

David Lehmann

La mobilisation des acteurs religieux 

David Lehmann est spécialiste du parti Shas. Il commence par raconter une petite histoire, sur l’air dubitatif que prennent les habitants des quartiers traditionnels sépharades lorsqu’une de ses amies, israélienne mais ostensiblement venue d’un autre quartier et d’une autre culture, leur a fait croire qu’elle allait voter pour le parti Shas ; ce qui démontre que le vote Shas relève pour eux d’une identité raciale sépharade. Cette amie a d’ailleurs voté Meretz pour leur donner raison…

L’ethnicisation, en Israël, est devenu un mécanisme institutionnel : il est tentant de construire des enclaves dans la société, parce que c’est pratique, et le meilleur moyen pour influencer la politique des gouvernements. Mais si le parti Shas représentait l’identité sépharade, alors plus de 40 % des Juifs israéliens voteraient Shas, alors qu’il n’obtient que 12 sièges. Ce parti représente en fait une identité ethnique religieuse.

Il existe un abîme culturel dans la société israélienne : l’intelligentsia est une élite globalisante attachée au parti travailliste et au Meretz, et une bonne partie du Likoud a une forte éducation. Ce qui a tendance à impliquer un train de vie séculier. Mais une autre partie de la population, qui fait entendre sa voix, regroupe les colons, les orthodoxes, mais aussi les traditionalistes. L’opposition entre ces deux groupes au sein de la société est presque plus importante qu’entre Israéliens et Palestiniens. De ce fait, il sera sans aucun doute plus difficile pour Ehoud Olmert de déloger les 70 000 personnes actuellement dans les implantations de Cisjordanie, que ça ne l’a été pour Ariel Sharon d’évacuer les 8 000 Juifs de Gaza.

Pour en revenir au Shas, le fait qu’il ait obtenu 12 sièges illustre le système israélien : si on peut s’ouvrir un espace institutionnel grâce au système proportionnel et culturel, c’est la meilleure façon de se faire présent, d’établir des fiefs corporatistes à l’intérieur de l’Etat ; c’est beaucoup plus efficace que de se battre au sein des partis plus universalistes. Le Shas a de cette manière créé un système éducatif, différent à la fois du système étatique et du système de Agoudat (religieux ashkénaze). Ils ne sont pas les seuls à le faire, et comme les colons, ils jouent sur le fait accompli : par exemple occuper un terrain avec une caravane pour obtenir l’autorisation d’y créer un jardin d’enfants…

En résumé, le renouveau religieux est lié à la fois au ressentiment ethnique et au ressentiment social. On peut comprendre le problème ethnique : il y a en Israël une surreprésentation des Juifs maghrébins et moyen-orientaux dans les couches pauvres ; ce problème se pose aussi sur une base religieuse : sans être orthodoxes, ils revendiquent leur identité juive et leurs traditions, ils sont venus en Terre Sainte, pas dans un Etat démocratique banal. Rappelons que pour les Juifs du Maghreb, le départ s’est fait par classe : les notables sont partis en Amérique du Nord, ou en Europe, et ce sont les plus pauvres, qui parfois ne parlaient même pas le français, qui sont venus en Israël : ils y ont trouvé une société compétitive et démocratique, ce qui a produit un choc. Tous étaient très observants dans leur pays d’origine : ils ont été privés de leurs institutions (beaucoup plus organisées que pour les Ashkénazes), et du coup de leur leadership. Ceux d’Irak et d’Iran ont moins souffert, ils venaient de classes plus aisées, mais ceux d’Afrique du Nord ont vraiment subi un choc.

Le ressentiment ethnique a donc été dynamisé par un retour au religieux. Ils sont utilisés par l’appareil d’Etat : en leur donnant leur propre système éducatif, le gouvernement gagne leur vote sur des questions politiques, leur discours étant axé sur des questions sociales et religieuses.

Depuis la condamnation en justice de leur ancien leader, ils sont menés par le rabbin Ovadia Youssef. Ils auraient dû obtenir davantage de voix lors de ces dernières élections, d’autant que l’effondrement du Likoud laissait imaginer un report de voix vers le Shas. Mais Ovadia Youssef s’est éloigné de la ligne de son prédécesseur. Le leadership du parti est assez fondamentaliste, mais ce n’est pas le cas de son électorat simplement traditionaliste, mais pas très religieux lui-même. 
 

Laurence Louër

Les citoyens arabes entre résignation et radicalisation 

Laurence Louër décrit trois périodes historiques dans le parcours électoral du bloc arabe :

- Avant 1980 : il n’y a pas encore de vote arabe spécifique, ni de communauté à proprement parler, mais une collection de groupes culturels, de clans, les Druzes, les Bédouins… Le vote est alors clientéliste, au profit des partis juifs, notamment pour le parti travailliste et le Mafdal (extrême droite religieuse). Il y a une grosse participation, entre 70 et 80 %, à l’image de la société israélienne dans son ensemble. Avant même la création d’Israël, un parti communiste, fondé par des Juifs, mais pro-arabe et anti-sioniste, prônait la création d’un Etat binational palestinien. Depuis quelques années, ils se sont ralliés à l’idée de deux Etats, plus pragmatique. Il représente à cette époque l’autre vote arabe.

- Dans les années 1980 et 1990, la tendance a été de voir les Arabes voter pour les partis arabes. Des partis nationalistes, qui par exemple n’acceptent pas l’appellation « Arabes israéliens ». Ils revendiquent l’identité « palestinienne », et à ce titre, veulent être reconnus comme une minorité nationale. Ils demandent la gestion autonome du système éducatif en langue arabe (qui lui, existe déjà). On explique ce phénomène par les changements dans les territoires, conquis en 1967, ce qui multiplie les contacts entre Arabes israéliens et Palestiniens, lesquels auraient contaminé idéologiquement les premiers. Mais Laurence Louër réfute cette explication : elle interprète cette évolution par le fait que les deux grands partis, le Likoud et le parti travailliste, sont désormais au coude à coude : aussi doivent-ils compter sur les petits partis pour constituer des coalitions, tels que le Shas, et les partis arabes. Ces derniers deviennent donc des partis d’appoint du parti travailliste. Ce qui rend cette hypothèse significative, c’est que cette période voit le début des sondages israéliens effectués au sein de la population arabe. Les partis nationalistes arabes prennent du poids, et gagnent de l’influence dans la population arabe israélienne, non pas parce celle-ci se radicaliserait, mais parce qu’elle peut enfin peser sur la politique extérieure et régionale du parti travailliste.

- Enfin, après les accords d’Oslo, le Shas sort de la coalition travailliste, et le parti d’Yitzhak Rabin ne se maintient que grâce au soutien – extérieur à la coalition – des députés arabes, qu’il obtient en échange d’accords. C’est ce qui donne une importance nouvelle aux partis arabes, alors qu’en même temps l’idée se fait que la pression arabe est devenue insupportable, selon le discours du Likoud, qui affirme qu’un gouvernement ne serait pas considéré comme légitime s’il n’est pas à majorité juive. En 1999, alors que les Arabes ont massivement voté pour le parti travailliste d’Ehoud Barak, ils n’obtiennent aucune reconnaissance, et pas de ministre arabe, ce qui était alors le grand espoir de la communauté. C’est ce qui provoque, selon Laurence Louër, les violences des Arabes israéliens qui éclatent au début de la deuxième intifada. En septembre octobre 2000, des manifestations d’Arabes israéliens soutiennent l’intifada, et dégénèrent. Il y a eu des morts parmi les Arabes israéliens, ce qui est inédit, ça n’était pas arrivé depuis 1976. La violence de l’intifada est donc encore aggravée par ces problèmes internes en Israël.

Il apparaît alors aux Arabes israéliens qu’il n’y a pas de solution, pour améliorer leur mode de vie, autrement qu’avec le parti travailliste. Pour ces dernières élections, les petits partis sont importants ; pourtant, Olmert a déjà dit qu’il n’y aurait pas de négociations avec les partis arabes. Pour cette population, le vote devient donc trop inutile. Seuls 56 % ont voté, et parmi eux, 30 % sont revenus à un vote utile, à savoir pour des partis juifs. Globalement pour le parti travailliste, mais 6 % d’entre eux pour Kadima. (N’oublions pas qu’on compte les Druzes parmi les Arabes israéliens, ce qui est toujours un peu ambigu en Israël [compte-tenu du fait que les Druzes ont demandé à avoir un statut particulier, comme l’obligation de faire leur service militaire] NDLR). Pourtant, même si la représentation est faible, les partis arabes passent quand même de 8 à 10 sièges.  

La deuxième intifada correspond à une désillusion des Arabes d’Israël : on observe même un phénomène nouveau, le terrorisme des Arabes israéliens, ce qui ne s’était pas produit lors de la première intifada. L’idée se fait que pour faire valoir leurs revendications, les voies politiques ont été épuisées. Cependant, n’oublions pas que les vrais radicaux ne sont pas à la Knesset. Ils refusent de participer au processus électoral, ce qui serait une reconnaissance de la légitimité de l’Etat. Aussi le mouvement islamique a subi une scission en 1996 : une partie participe aux élections parlementaires, et arrive en tête des partis arabes, l’autre refuse la reconnaissance d’Israël, mais participent aux élections locales pour pouvoir contrôler davantage les populations arabes. Ce dernier est de plus en plus populaire au fur et à mesure que ses membres sont réprimés par les Israéliens. Par exemple, un de ses membres, emprisonné pour transfert de fonds au Hamas et au Djihad islamique, a renforcé sa popularité lors de sa libération. Il semble donc impératif de re-crédibiliser les partis arabes qui reconnaissent Israël. 
 

Alain Dieckhoff

Il est vrai qu’il y a depuis quelques temps une absence de réponse de l’extrême gauche juive vis-à-vis du secteur arabe : le Mapam, parti marxiste, défendait les droits des Arabes, alors que le Meretz est un parti post-moderne, qui défend par exemple les droits des homosexuels, et s’adresse donc à une élite cosmopolite.  
 

Questions du public :

1) L’abstentionnisme arabe est expliqué par la délégitimation des partis arabes d’Israël. Mais c’est une minorité qui représente autour de 20 %, donc s’ils étaient représentés au prorata de la Knesset, ils obtiendraient 24 sièges. Pourquoi ne se mobilisent-ils pas afin de peser considérablement sur les gouvernements ?

2) On met l’accent sur l’unilatéralisme, présenté comme un consensus ; mais n’est-ce pas une bonne chose ? Un retour à un certain réalisme, par rapport aux négociations qui semblent une utopie ? Quelles en seront les conséquences sur l’évolution du conflit ? Est-ce un calcul pour que les Palestiniens finissent par se résigner ?

3) Quelle est la parenté idéologique entre Kadima et le parti des retraités ? Si ce parti n’avait pas existé, où auraient voté ses électeurs ? Le Likoud aurait-il fait un meilleur score s’il n’avait pas été conduit par Benjamin Netanyahou ? Peut-on dire que le parti travailliste devient plus oriental, alors qu’il était traditionnellement ashkénaze, et que le Likoud suit le chemin inverse ? Olmert, Peretz, n’ont pas de passé militaire contrairement aux leaders de la génération précédente, comme Ariel Sharon et Yitzhak Rabin. Est-ce représentatif de l’évolution du paysage politique israélien ?

4) L’idée du « Grand Israël », qui a été longtemps celle de Sharon et du Likoud, semble avoir vécu. L’unilatéralisme comme forme de paix est réaliste. Mais est-ce une solution ? Amos Oz semble en douter (selon son article dans Libération). Sans négociations, comment avoir une vraie paix ? Que pensez-vous de négociations avec la Ligue arabe ? 
 

Réponses :  

Laurence Louër

Si les Arabes s’unissent, bien que représentant 20 % de la population, ils n’obtiendront que 10 à 12 % de la représentation, tant la population arabe d’Israël est jeune. C’est à dire plus ou moins la représentation actuelle : 10 députés des partis arabes (dont un juif sur la liste communiste), un député druze sur la liste Kadima, et un ou deux députés arabes sur la liste travailliste. Mais en Israël, c’est la configuration des forces politiques, et non le nombre de députés arabes, qui conditionne leur poids. Il ne faut pas être idéaliste : il n’y a pas un parti pour une communauté, qui recueillerait 90 % des voix de cette dernière. Les choses sont plus compliquées, mais les trois partis arabes sont unis, et on voit mal comment cela pourrait mieux fonctionner.  

David Lehmann

Je souhaite juste citer une phrase d’un colon : « avant, quand on parlait de négocier, c’était avec le Hamas. Maintenant c’est avec nous ».  

Alain Dieckhoff

Pour qui les électeurs du parti des retraités auraient-ils voté ? vraisemblablement pour le parti travailliste, ou pour Kadima, mais c’est une hypothèse fictive, dans la mesure où une partie de ce vote est protestataire. Donc ceux-ci auraient sans doute voté pour d’autres petits partis fantaisistes, ou n’auraient pas voté du tout.

Pour ce qui concerne le Likoud, il est certain que Netanyahou, en tant que ministre des finances, a frappé de plein fouet son propre électorat ; ces électeurs ont pu s’orienter vers le parti travailliste, d’autant qu’Amir Peretz est un syndicaliste, avec un programme social. Peut-être qu’avec un autre leader – ce qui est une autre hypothèse fictive –, le parti aurait pu limiter les dégâts, mais pas de manière fondamentale. D’autant qu’il n’y a plus grand monde défendant la question sociale au Likoud, la majorité de cette tendance a rejoint Kadima.

Il n’y a en effet pas de chef militaire en tête d’aucune liste : c’est la fin de la dérive des dernières années, où il fallait à tout prix un militaire comme ministre de la défense, ce qui n’était pas le cas au début, à l’époque de David Ben Gourion et de Golda Meïr.

Pourquoi l’unilatéralisme a-t-il surgit comme ça ? Aujourd’hui, la majorité des Israéliens juifs pense qu’il n’y a pas de solution possible ni par la négociation, ni par la force. D’où la troisième solution : se désengager des zones où c’est possible, facile. C’est une option réaliste pour les Israéliens à court terme, mais pas à long terme. Cela peut éventuellement être une étape. Mais Alain Dieckhoff ajoute que le désengagement tel qu’Olmert l’envisage semble impossible, la coalition gouvernementale sera lâchée par le parti Shas, la résistance des habitants des implantations et de la droite israélienne sera trop forte. De leur côté, les Palestiniens ne vont pas protester contre le désengagement, mais ils seront obligés de gérer une situation à laquelle ils ne sont pas préparés, et ne seront pas satisfaits de la nouvelle situation.  
 

Question :

Les Israéliens jouent l’épuisement. Mais l’unilatéralisme, loin d’être une troisième voie (différente de celles de la négociation et de la force), n’est qu’une nuance de la force : ils vont avoir besoin de forces répressives pour poser des frontières unilatéralement face aux Palestiniens.  

Réponses : 

Alain Dieckhoff

Je suis tout à fait d’accord avec vous.  

David Lehmann

Il est tout à fait légitime de renoncer à des territoires pour sauver des vies humaines, et à ce titre le Shas ne partage pas la vision du « Grand Israël ». Il soutiendra sans doute l’initiative d’Olmert.  
 

Question de Laurence Louër à Alain Dieckhoff :

Est-ce que la perspective de négocier avec le Hamas fait son chemin dans la classe politique israélienne, compte tenu de l’adoucissement de son discours ? 

Réponse d’Alain Dieckhoff :

Le respect des trois conditions posées par les Israéliens et la communauté internationale est une position de principe ; mais c’est aussi plus que ça : finalement la victoire du Hamas confirme la logique unilatérale mise en œuvre par Israël. Elle ne la crée pas, mais la renforce.  
 

Propos rapportés par Sarah Gavison-Chauveau

2 commentaires.
 1. yeah babe
Visiteur, Unregistered
Dieckhoff, c'est mon prof! Il est bon hein? [smiley=cool]
 Posted 2006-05-01 20:37:27
 2. Pas très contrariant comme débat non?
Victor, Unregistered
On dirant que les invités ont tous les mêmes idées. C'est un peu dommage qu'il n'y ait pas eu débat car les propos tenus sont de grande qualité.

Victor
 Posted 2006-05-10 05:51:33
Merci pour vos commentaires !
Nom : Titre :
E-mail : Site web :
       [smiley=angry][smiley=cool][smiley=evil][smiley=happy][smiley=laugh][smiley=sad][smiley=shock][smiley=think][smiley=tongue][smiley=wink]
Commentaire(s) :
Dernière mise à jour : ( 28-04-2006 )
 
Suivant >
 
Top! Top!