| Le bloc-notes du printemps |
|
|
| 18-05-2006 | |
|
Le bloc-notes du printemps 15/05/2006 Le présent point de vue n’engage que son auteur et aucunement AFIDORA, structure de réflexion collective de géopolitique du Moyen-Orient sans ligne éditoriale à proprement parler. Far-West Bank
Rien ne va plus entre le Fatah et le Hamas. Dimanche dernier, une réunion particulièrement houleuse entre le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas et le Premier Ministre Ismaïl Haniyeh – dont l’ordre du jour officiel était la recherche de solutions à la crise financière qui étrangle l’Autorité palestinienne depuis la suspension des aides directes européennes et américaines –, s’est achevée sans accord. Deux miliciens du Fatah et un activiste du Hamas (ou faut-il dire l’inverse ? nos lecteurs peuvent poster leurs suggestions), ont été tués dans des échanges de tirs, dans la localité d’Abbasan, aux alentours du camp de Khan Younès ; on dénombre également une dizaine de blessés. Les circonstances de ces événements sont assez floues, selon les trois grandes agences de presse. En revanche le contexte général est connu : à en croire les analystes, le fond de la querelle porte sur le contrôle des services de sécurité palestiniens, encore largement aux mains de l’ancien parti de Yasser Arafat. L’hostilité entre le Fatah et le Hamas aurait atteint un degré d’exacerbation encore jamais vu. La veille, le Sunday Times diffusait une dépêche aussitôt démentie par le porte-parole de la présidence de l’Autorité Palestinienne, Nabil Abou Roudeïna, selon laquelle les services secrets israéliens auraient déjoué une tentative de la branche militaire du Hamas d’éliminer Mahmoud Abbas et Mohammed Dahlan, le chef de la sécurité préventive de Gaza. Selon ce communiqué, les Brigades Ezzedine Al-Qassam auraient planifié un guet-apens au cours d’une visite prévue du président de l’autorité palestinienne dans la Bande de Gaza. Ce dernier aurait finalement annulé son déplacement, sur recommandation du Shin Beth, le service de renseignement « intérieur » de l’Etat hébreu. Quelle foi accorder à ces affirmations ? Si AFIDORA manque de correspondants sur place (vous pouvez toutefois envoyer vos candidatures à cette adresse), le journaliste palestinien Sami el-Soudi – c’est un pseudonyme – affirme pouvoir confirmer les faits. La réunion du dimanche 7 mai susmentionnée aurait essentiellement consisté en invectives de part et d’autre… De notre côté, nous nous bornerons à la remarque suivante : l’opposition entre ces mouvements était inéluctable. En effet, dans un contexte de violence générale, on n’imagine pas le Fatah démanteler ses milices – même en les fusionnant dans une armée palestinienne unitaire, comme le propose le Hamas. Et qu’un gouvernement élu par le peuple, à sa grande surprise semble-t-il, renonce à ses pouvoirs régaliens, aux premiers rangs desquels le « monopole de la violence légitime », selon l’expression de Max Weber, paraît également inconcevable. D'autre part, la lecture de la charte du Hamas, rédigée en 1987, renseigne sur le degré de méfiance déjà présent entre les deux mouvements, depuis plus de 20 ans. Sans compter qu’en 1997, le même Mohammed Dahlan n’avait pas hésité à emprisonner, et même éliminer, certains des leaders du mouvement islamiste. Le spectre de la guerre civile est donc bien réel, et ne devrait guère déplaire aux moins subtils des pro-israéliens. Pourtant, il faut raison garder : compte tenu de la quantité d’armes en circulation dans les territoires palestiniens, de la gravité de la situation humanitaire notamment dans la région de Ramallah, et enfin de la divergence grandissante entre Gaza (déjà fortement marquée par l’influence des Frères musulmans palestiniens) et la Cisjordanie, tout conflit prononcé inter-palestinien pourrait se conclure par des conséquences géopolitiques sérieuses. Par exemple, la partition du futur Etat palestinien, une catastrophe humanitaire, l’éviction des chrétiens, ou encore une intervention israélienne sur le modèle de l’opération Rempart de mars 2002, qui avait coûté une centaine de morts. Sans parler des souffrances supplémentaires pour un peuple déjà bien éprouvé, des conflits entre factions du Hamas (les brigades Ezzedine al-Qassam emmenée par Khaled Mechaal, l'organisation militaire du mouvement, sont réputées plus intransigeantes que le mouvement politique dirigé par Ismaïl Haniyeh et Mahmoud Az-Zahar), et peut-être plus grave encore, des conséquences fort dommageables sur l’avancement du processus de retrait des territoires palestiniens – lequel pouvait tout récemment nous faire croire à la veille de la fin de l’affrontement israélo-palestinien. Cette perspective, que nous attendons tous à AFIDORA, tant par souci moral que pour se consacrer à d’autres priorités, ne saurait souffrir de retard. Ni les atermoiements de la vie politique israélienne, ni les bisbilles entre mouvements palestiniens, ne priment devant la résolution, fût-elle partielle, de ce conflit. Nul doute que MM. Haniyeh et Abbas, de fidèles lecteurs d’AFIDORA, n’écoutent attentivement ces conseils.
Brut aviné : quand le pétrole rend ivre
L’idole des alter-mondialistes, l’ami d’Ignacio Ramonet, le héros politique de Jean-Luc Mélénchon, abuserait-il de la boisson ? Il y a quelques jours Hugo Chavez, le président vénézuelien, affirmait envisager de tenir un référendum afin de demander aux Vénézueliens « s’ils souhaitent le voir diriger le pays jusqu’en 2031 », au cas où l’opposition vénézuelienne refusait de l’affronter ou appelait au boycott lors des élections de 2007. Voici ses propos exacts : « S'ils invoquent n'importe quelle excuse, en nous accusant de leur tendre des pièges, en refusant de reconnaître la victoire ou s'ils se retirent avant (le scrutin), je convoquerai un référendum par décret. Même s'ils m'accusent de vouloir m'accrocher au pouvoir, c'est à vous que je poserai la question : êtes-vous d'accord pour que Hugo Chavez soit président jusqu'en 2031 oui ou non ? » MM. Mélenchon et Ramonet ont sans doute une réponse à cette question. L’auteur de ces lignes s’abritera lui derrière la neutralité et l’objectivité de la démarche afidorienne pour ne point prendre position ; toutefois, il affichera sa perplexité. Car si le lider vénézuélien aime bien poser des questions par référendum interposé, il aime bien en soulever également. En effet, il y a une énigme Chavez : qu'est-ce qui peut bien pousser un président normalement constitué à promettre du fioul domestique bon marché pour les foyers européens nécessiteux, alors que ses propres citoyens vivent avec un PIB par habitant de moins de 7000 $ par an (95e rang mondial, pour un pays très richement doté en pétrole) ? La générosité, sans doute. Il y a quelques mois déjà, le président vénézuelien avait célébré la Saint Sylvestre par une diatribe assez violente envers « les descendants de ceux qui ont assassiné Jésus-Christ », coupables de « s'être accaparé les richesses du monde ». Du fond de sa tombe, l'idéologue négationniste Norberto Ceresole se réjouit : son disciple a bien appris sa leçon. Dans le même temps, à Moscou, le parti « Russie Unie » propose de bannir totalement les logiciels étrangers dans certains secteurs stratégiques pour des raisons de sécurité. Bien que prospère, l'industrie logicielle russe parviendra-t-elle à satisfaire les besoins informatiques de l'économie ? Quand le réflexe nationaliste rejoint la tradition soviétique, on peut sans doute commencer à se méfier. Le rapport avec le Moyen-Orient dites-vous ? Eh bien, il tient en un chiffre : 72. C'est le prix en dollars du Light Sweet Crude Oil, le baril de pétrole américain. Il y a quelques mois à peine, ce chiffre gravitait autour des 55 dollars. En effet, les rodomontades du président iranien Mahmoud Ahmadinejad, l'instabilité chronique en Irak et même en Arabie Saoudite, s'ajoutent à la consommation énergétique exponentielle de la Chine et de l'Inde : par conséquent, les prix des hydrocarbures ne cessent d'augmenter. De ce fait, les pays exportateurs peuvent se permettre de bomber le torse. Ou plutôt : ils semblent littéralement grisés par le cours actuel du pétrole.
Enfin, on peut tout de même s’estimer heureux : MM. Chavez et Poutine ont la délicatesse eux au moins de ne pas profiter de leurs réserves en hydrocarbures et de l’immunité pétrolière subséquente pour commettre un génocide contre une partie de leur population 1. Ce ne sont pas toujours les meilleurs qui arrivent les premiersOn annonce ces jours-ci la candidature, proposée par la Confédération Helvétique, du professeur Jean Ziegler au poste de membre expert à la sous-commission de la promotion et de la protection des droits de l’homme de l’Organisation des Nations Unies (ONU). Ce professeur de sociologie de l’Université de Genève, déjà rapporteur auprès des Nations Unies… pour les questions alimentaires, obtient ainsi une place de choix au sein du tout frais Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU, dont la première session se tiendra en juin. L’auteur de ces lignes, cependant, émet quelques réserves relativement à cette nomination. Est-ce en raison d’un scandaleux biais pro-israélien – à vous de juger –, ou parce que comparer la bande de Gaza à un « immense camp de concentration », relève d’une logique tout à fait étrangère au dessein d’AFIDORA, laquelle, rappelons-le, s’efforce de restaurer un débat de raison sur les conflits du Moyen-Orient ? 2 Peut-être nos réserves s’expliquent-elles par la finesse d’analyse et les talents d’orateurs de M. Ziegler, qui ne nous ont guère convaincu. Surtout quand il évoque les famines organisées délibérément par les Etats-Unis pour asseoir leur pouvoir impérial : we are not convinced. Enfin, last but not least : en 1989, Jean Ziegler décernait le premier « Muammar Qaddafi Human Rights Prize ». La liste des lauréats n’a rien à envier à son grand concurrent, le prix Nobel. On y trouvera notamment Fidel Castro, Roger Garaudy, Louis Farrakhan et même Hugo Chavez. Mais pourquoi s’être placé sous le patronage de Mouammar Kadhafi ? Les antécédents humanistes et démocrates du président libyen sont-ils à ce point convaincants ? L’auteur de ces lignes n’est pas tout à fait certain. Comme ne le seront sans doute pas les Palestiniens réfugiés en Libye, expulsés en 1993 en plein désert par le chef d’Etat libyen, en guise de représailles contre Yasser Arafat suite aux accords d’Oslo. Ou comme les victimes des attentats aériens de Lockerbie et du DC-10 d'UTA vol Brazzaville-Paris, commandités par ses soins. Certes, dans ces derniers cas, il a payé sa dette à la société : soit 10 millions de dollars par famille de victime anglo-saxonne, 1 million par famille française. (Ne poussons pas le vice jusqu’à justifier cette décote par une indexation du cours de la famille de victime française sur la crédibilité du Quai d’Orsay, ce serait faire preuve de trop de mauvais esprit.) Ere révolue ? On pourrait le croire… si ce n’était pour les procès en sorcelleries et la condamnation à mort prononcée contre six sorcières… – pardon infirmières – bulgares et un médecin palestinien, coupables d’avoir inoculé le virus du Sida à des enfants libyens, ce dont nul observateur sensé ne doute, connaissant la perfidie des infirmières en général et des Bulgares en particulier. Et puis, il y a ces discours, qui témoignent d’une ouverture d’esprit peut-être un peu restreinte pour un grand patron des droits de l’homme… Mais attendez… c’en est pourtant un. N’est-ce point en tout cas ce qu’affirmait l’ONU il y a 3 ans, lorsque grâce au concours français, la Libye obtint la présidence de la Commission des Droits de l’Homme de l’ONU ? Nos réserves quant à la future nomination de M. Ziegler étaient donc parfaitement injustifiées. En effet, c’était dans l’ordre des choses : il était parfaitement logique qu’un admirateur d’un raïs encore récemment protecteur planétaire des droits de l’homme, partageât et le même intérêt, et la même expertise que son idole pour ces questions. Voilà tout de même un bien petit milieu. Ne risquerait-on pas de soulever ainsi, de la part des pourfendeurs des institutions internationales, des accusations de népotisme, voire de copinage ? C’est sans doute un moindre mal : la crédibilité de l’ONU est à ce prix.
Steve Danino Notes 1 : Encore que les statistiques ne sont pas légion, les estimations varient de 5000 à 25000 morts pour la seconde guerre de Tchétchénie, avec une proportion significative de combattants (vraisemblablement plus de la majorité). Raison pour laquelle nous avons préféré ne pas galvauder le terme de génocide, en tout cas pour qualifier le conflit russo-tchétchène de 2000 à 2006. Lire aussi Vous avez dit Génocide ? , AFIDORA 2 : Insistons encore : après tout, il faut sans doute expliquer que depuis 6 ans, la Seconde Intifada n’a fait guère plus de 5000 morts (environ 4000 Palestiniens, 1000 Israéliens, selon les décomptes de l’AFP) dont une quote-part d’environ 20 % à affecter à la bande de Gaza, ce qui est relativement peu comparé à un conflit africain ; qu’il s’agit en l’espèce d’une lutte armée, asymétrique certes, mais avec des pertes dans les deux camps ; que les voies d’accès des Palestiniens vers l’extérieur, injustement fermées (en toute sincérité et objectivité) ne le sont pas tous les jours, enfin et surtout, que les arguments tendant à suggérer une politique de purification ethnique ou d’élimination systématique de civils gazaouites sont particulièrement minces, voire tout simplement inexistants.
|
|
| Dernière mise à jour : ( 12-07-2007 ) |
| Suivant > |
|---|








