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La crise irakienne : un bilan, trois ans après la chute de Saddam Version imprimable Suggérer par mail
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06-07-2006

La crise irakienne : un bilan, trois ans après la chute de Saddam 

07/07/2006 
 

Introduction  

La visée de cet article est de dresser un bilan de l’action américaine en Irak en matière de peace-keeping et peace-building, trois ans après la fin des hostilités armées.

Pour recadrer le débat, il s’agit d’opérer un retour sur la chronologie des événements : 

- Au moment de l’intervention, l’Irak subit un régime de sanctions qui perdure depuis août 1990, survit plus ou moins à travers le programme « pétrole contre nourriture » en vigueur depuis 1996 (résolution 986), et refuse le retour des inspecteurs de l’Organisation des Nations Unies (ONU) chargés de contrôler le démantèlement des armes de destruction massive irakiennes.

 -  L’opération « Iraqi Freedom » est lancée le 20 mars 2003 par une coalition rassemblée autour des USA, et justifiée par la présence supposée d’Armes de Destruction Massive (ADM) et les liens hypothétiques qu’entretiendrait le régime de Saddam Hussein avec Al Qaïda. L’ONU est contournée, l’opposition de certains alliés européens, avec la France en première ligne, reste lettre morte.

- En avril 2003, le régime baasiste chute, ce qui permet à George W. Bush d’annoncer la fin des opérations militaires (et donc le début de l’occupation) le 1er mai suivant. L’ONU confère quant à elle d’importants pouvoirs à la coalition pour l’administration provisoire du pays et lève les sanctions qui pèsent sur l’Irak.

- A partir de cette date, les membres de la coalition désormais épaulés par l’ONU, notamment à travers la MANUI (Mission d’Assistance des Nations Unies pour l’Irak, r.1500, août 2003), entament une course contre la montre pour la reconstruction du pays, tandis que les conditions de sécurité se dégradent rapidement pour les occupants comme pour les civils irakiens. Pendant trois ans, les rangs de l’insurrection vont grandissant, avec un élargissement de leurs bases de recrutement, dans un contexte de succession des autorités provisoires.

- Enfin, le 23 avril dernier, après des mois de marchandages, le Conseil des Représentants élus le 15 décembre 2005 par la population irakienne a désigné l’exécutif de la nouvelle République irakienne. C’est un Kurde, Jalal Talabani (UPK), qui est réélu à la présidence de la République, tandis que Nouri al Maliki,chiite, prend le poste de premier ministre  et que Mahmoud Al Mashhadani, sunnite arabe, devient président du Conseil des représentants. Le nouvel exécutif dispose de 30 jours pour former un gouvernement, que la coalition espère d’union nationale.  

Cette nouvelle étape du processus politique apparaît à la coalition comme l’aboutissement de trois ans de reconstruction et l’occasion de commencer à désengager ses forces armées et son personnel. On verra cependant que l’effort de reconstruction a été chaotique et hasardeux, avec des résultats peu convaincants, et qu’il laisse l’Irak dans une situation d’instabilité préoccupante. Certes, l’Irak sous Saddam n’était ni démocratique ni économiquement prospère, mais l’insurrection irakienne a fomenté un état de chaos en aucun cas comparable à l’ère de Saddam. La généralisation des cycles de violences nuisent à la stabilité politique et économique nécessaire à une reconstruction efficace.  

Encore faudrait-il que cette reconstruction soit partie sur de bonnes bases.  

    1. Une reconstruction par l’exclusion ?
 
    1. Exclusion des acteurs traditionnels de reconstruction
 
      1. Exclusion de l’ONU
 

L’ONU a été marginalisée dans le processus de décision de l’intervention, intervention qui s’est donc réalisée sans mandat onusien.

Malgré les appels de ses alliés, les Etats-Unis ont refusé de confier la gestion de l’après guerre aux Nations Unies après la chute du régime irakien le 9 avril. Mais face aux problèmes de sécurité, les Etats-Unis sont obligés de faire des concessions et de concéder un rôle plus important à l’ONU : c’est la résolution 1483 du 22 mai 2003. La résolution entérine la prise de contrôle de l’Irak par la puissance occupante, dénommée désormais l’Autorité Provisoire de la Coalition, qui se voit confiée la reconstruction de l’Irak, l’exploitation des ressources pétrolières et l’organisation en coopération avec l’ONU d’un processus politique. La situation sur le terrain s’avérant de plus en plus difficile pour les Américains : l’ONU est donc timidement réintroduite avec la nomination d’un Représentant spécial, qui coordonne l’action des Nations Unies en Irak. En réalité, ce n’est qu’avec l’adoption de la résolution N° 1500 le 14 août 2003 que l’ONU est « réhabilitée »,». Une « Mission d’assistance des Nations Unies pour l’Iraq » est créée pour une période initiale de 12 mois (personnel civil de 300 personnes).

La résolution 1546 établit le mandat de l’UNAMI, renouvelé en en 2004 (résolution 1557) puis en 2005 (la résolution 1619) : le mandat consiste essentiellement en une assistance technique pour l’organisation des élections et la promotion du processus de dialogue politique, la coordination de l’aide humanitaire et la reconstruction.

Après l’attaque terroriste contre le siège des Nations Unies à Bagdad le 19 août 2003, le personnel onusien est évacué de Bagdad. Le personnel déployé sur le terrain est désormais beaucoup plus réduit, à l’intérieur de la zone verte,  et de nombreux processus sont coordonnés à partir d’Amman et de Koweït City. 

      1. Querelle Pentagone / Département d’Etat
 

En cas de conflit, les aspects de la reconstruction sont normalement délégués au Département d’Etat, le Pentagone s’occupant uniquement des opérations de guerre. En Irak, le Département d’Etat a été totalement écarté du processus, du moins jusqu’en 2004. Les membres de l’ORHA (Office of Reconstruction and Humanitarian Assistance) puis de l’Autorité Provisoire de la Coalition étaient nommés par la Défense, et manquaient donc des compétences nécessaires à une reconstruction harmonieuse. Les projets mis en place par le Pentagone ignoraient totalement les travaux du « Future of Iraq Project ». Ces discussions menées depuis 2002 par le Département d’Etat recueillaient l’avis de 200 Irakiens exilés sur des questions comme économie et infrastructure, santé publique, mesures anti-corruption 

De même, l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et l’Union Européenne (UE) ont eu une participation limitée, à travers des missions de formation dans une perspective sécuritaire : on peut citer par exemple la mission Eujust Lex (débutée en février 2005) sur la sécurité et l’état de droit, ou la NATO training mission in Iraq (septembre 2004) intégrée à la coalition, sur la formation des cadres de l’armée irakienne. 

La faible implication internationale est due à la volonté américaine de tout contrôler en Irak, y compris le processus politique. 

    1. Exclusion des acteurs irakiens
 
      1. dans le processus politique

Le processus de reconstruction politique de l’Irak, du moins au départ, a été pensé sans les acteurs irakiens. La « transition démocratique » est présentée de manière positive par les Etats-Unis, mais comme ils en gardent le contrôle direct, cela empêche l’adhésion des populations. Plusieurs solutions s’offraient alors quant au choix du gouvernement de l’Irak après Saddam :

- un gouvernement formé d’Irakiens exilés

- un gouvernement dirigé par des fonctionnaires civils des Nations Unies comme au Kosovo ou au Timor-Oriental

- une occupation militaire  similaire à celle en Allemagne et au Japon après la Seconde Guerre Mondiale.

Durant la première année de l’Irak post-Saddam, la prédominance des institutions américaines et la mise à l’écart des acteurs irakiens montre bien que c’est finalement la dernière solution , celle de l’occupation militaire, qui a été choisie.  

Différentes institutions ont été mises en place :

- l’ORHA (Office of Reconstruction and Humanitarian Assistance) dirigé par le géneral Jay Gardner.

- remplacé par le CPA (Coalition Provisional Authority) en mai 2003 dirigé par Paul Bremer

A noter que celle-ci souffrait de graves dysfonctionnements internes : manque de coordination, roulement constant des personnels civils, inexpérience de la plupart d’entre eux…

-le Conseil Intérimaire de gouvernement (juillet 2003)

En juin 2004, avec le transfert de souveraineté vers un gouvernement provisoire irakien, le Conseil intérimaire et le CPA sont dissous.

Très peu d’Irakiens participent à l’élaboration de ce processus de transition, cette tendance à l’exclusion sera confirmée par la suite.  

Tout ceci entraîne deux phénomènes :

- Hausse du sentiment anti-américain

- Impression pour les Irakiens que le meilleur moyen d’améliorer leur sort ne passe pas par un processus politique.  

      1. du parti Baas, des Sunnites, des opposants en général
 

-Le parti Baas  

Le parti Baas est considéré comme l’instrument de gouvernement  de Saddam. Pour les Etats-Unis, on ne peut envisager un Irak démocratique si les membres du Baas sont toujours actifs.

La débaasification a lieu sous l’autorité de Paul Bremer. Il s’agit de purges systématiques des membres du parti Baas dans toutes les administrations. Elle a des effets catastrophiques : 500 000 personnes sont interdites d’emploi public et mises au ban de la société.

Etant donné que l’adhésion au parti Baas était ,sous Saddam, le seul moyen pour accéder aux bourses d’études, aux diplômes et à la fonction publique, la débaasification a deux conséquences principales :

- la purge apparaît comme une punition collective injuste

- le départ des personnels à compétences techniques et institutionnelles 

-les Sunnites 

Les Sunnites ont largement souffert du processus de débaasification. En effet, le CPA a fait une assimilation entre les membres du parti Baas et les Sunnites en général. De plus, l’instauration d’une démocratie défavorise les Sunnites puisque la majorité sera forcément chiite. Les élections étaient perçues par les Sunnites comme un moyen de porter les Chiites au pouvoir et de les punir. Alors que les forces américaines se sont déployées dans des villes sunnites comme Mossoul ou Ramadi pour permettre aux populations de voter, 1% des Sunnites ont effectivement participé au vote en janvier 2005. 

-l’opposition en général 

Les Etats-Unis ont fait le choix de l’option « tout sécuritaire ». La priorité est à l’élimination par la force des opposants armés sans aucune  tentative de concertation ni de négociation avec les différentes milices.  

Les Etats-Unis se sont aliénés une large frange de la population par cette stratégie d’exclusion. Face à l’aggravation de la crise irakienne et à la détérioration des conditions de sécurité sur le terrain, Washington a dû remettre en cause les fondements de sa stratégies et accélérer le processus de transition aux autorités nationales.   
 

    1. Les enjeux de la réappropriation
 
    1. Le processus politique : entre simulacre et ouverture
 

    Le choix d’un processus exclusif de reconstruction, principalement dans le domaine politique, a contribué à renforcer l’illégitimité des institutions issues de l’occupation aux yeux des Irakiens (ou du moins d’une frange majoritaire de la population), ce qui a eu pour conséquence directe d’augmenter la contestation et donc l’insécurité dans le pays. Aussi, selon le décompte réalisé par l’ Iraqi Coalition Casualties, le nombre de morts américains a clairement augmenté lors de la deuxième année de l’occupation, alors même que le pays était censé ne plus être en guerre.   
     

      AnnéeNombre de mort américainsNombre de blessés
      20034862409
      20048487992
      20058465945
      20062951523
      Total247517869
 

L’absence de véritable stratégie de reconstruction à moyen et long terme, les erreurs répétées de l’Autorité Provisoire de la Coalition (APC), et son impuissance à rétablir l’ordre annonçaient un enlisement durable et probablement fatal. C’est pourquoi les forces de la coalition ont résolu d’accélérer la transition politique : c’est dans ce contexte que s’inscrit l’accord du 15 novembre 2003, entre Paul Bremer et le président par rotation du Conseil du gouvernement irakien, Jalal Talabani. Cet «  Accord de processus politique » fixait les principales priorités et un calendrier pour un transfert de souveraineté efficace.  ( cf Enquête du MEMRI

Pour ce faire, il a fallu établir un dialogue avec des forces politiques qui avaient été négligées dans un premier temps, ou du moins donner l’apparence d’une appropriation du processus par la population.  

      1. simulacre d’implication des élites politiques d’opposition, la création d’institutions fantoches
 

    Et en effet, la priorité a d’abord été donnée à l’apparence de l’inclusion d’acteurs irakiens et de la représentativité des nouvelles institutions.  

- Tout d’abord, les Irakiens initialement choisis par la coalition pour préparer la transition démocratique appartiennent à l’opposition au régime de Saddam Hussein en exil, et n’ont pas été en contact direct avec les réalités politiques irakiennes depuis des années. Ils ont fondé des partis et projeté la reconstruction du pays depuis l’Iran, la Grande Bretagne, les Etats-Unis, sans connaissance pratique du terrain, et surtout sans disposer de soutiens au sein de la population irakienne. Des personnalités comme Ahmad Chalabi ou Iyad Allaoui, peu représentatifs, ont d’ailleurs été immédiatement soupçonnés de défendre leurs propres intérêts et ceux de l’occupant plutôt que ceux de l’Irak.  

- Ensuite, les institutions créées par les forces de la coalition, et qui devaient assurer le gouvernement de l’Irak jusqu’à la tenue d’élections, ne détiennent qu’une souveraineté factice, au nom d’une légitimité contestable. La création d’une suite de gouvernements provisoires va entretenir l’illusion de l’appropriation.

C’est ainsi que naît le Conseil intérimaire de gouvernement, le 13 juillet 2003, de la volonté de la seule coalition. Les 25 membres qui la constituent ont été choisis parmi d’anciens opposants au régime, selon leur appartenance confessionnelle. En théorie, le Conseil intérimaire possède un pouvoir exécutif ; en réalité, il joue un rôle uniquement consultatif auprès des forces de la coalition, qui maintiennent un droit de veto sur ses décisions. Ce n’est que sous la pression des Nations Unies et après l’adoption de la résolution 500 du 14 août que le Conseil intérimaire obtient l’élargissement de ses attributions. Il est désormais chargé d’élaborer un projet institutionnel, de rétablir l’ordre et d’organiser la tenue d’élections à la fin de l’année 2004 – elles se dérouleront en fait en janvier 2005. Le 1er septembre est formé le premier gouvernement provisoire irakien, toujours sur une base confessionnelle. (celui-ci comprend 13 chiites, 5 kurdes, 5 sunnites, 1 chrétien, 1 turkmène ).

La même situation d’impuissance caractérise le second type de gouvernement, qui succède à l’Autorité Provisoire de la Coalition dissoute le 8 juin 2004. Le gouvernement dirigé par le chiite laïc Iyad Allaoui ne dispose que d’un contrôle lâche sur les forces armées, et l’exécution de ses décisions reste soumise à l’approbation de la coalition, qui maintient quant à elle une présence importante au sein des ministères stratégiques (pétrole par exemple). Malgré l’apparence du partenariat, c’est également la coalition qui impose ses vues au sujet de la reconstruction économique (privatisation, attribution des contrats de reconstruction) et du rétablissement de la sécurité.  

En fait, le processus de reconstruction des institutions rappelle les simulacres de restitution de leur souveraineté aux Irakiens durant le mandat britannique sur le pays (1920-1932). La puissance occupante crée l’apparence d’un transfert de souveraineté, tout en pérennisant sa domination sur le pays. Les rapprochements en termes d’instrumentalisation des clivages confessionnels et des logiques de majorité sont également frappants. Une nouvelle fois, on retrouve la fameuse stratégie du « diviser pour régner », utilisée par les autorités coloniales, aussi bien françaises que britanniques, dans de nombreux pays à divers degrés. 

.   

Si l’appropriation reste un mirage au niveau des élites politiques et dans une première phase du processus, la contestation populaire grandissante pousse la coalition à élargir le processus politique à l’ensemble des composantes de la population irakienne.  

      1. une appropriation mieux réussie au niveau de la société civile
 

Et l’appropriation semble en effet plus réussie au niveau de la société civile. Les Irakiens se rendent massivement aux urnes lors des scrutins qui leur donnent enfin la possibilité de choisir leurs représentants.  

- Le 30 janvier 2005, les Irakiens élisent ainsi une assemblée de 275 députés, chargée de désigner un exécutif et de rédiger un projet de Constitution. 60% des électeurs inscrits  participent au scrutin, mais le boycott sunnite et l’abstention due à l’insécurité réduisent la légitimité des élus.

Cette élection consacre cependant une alternance, et pour la première fois, une certaine pluralité politique. : l’Alliance irakienne unifiée (chiite) remporte 48,1% des sièges, l’Alliance Kurde 25,7% : d’où l’élection par l’Assemblée Nationale Transitoire du leader kurde Jalal Talabani comme président et du chiite Ibrahim al- Jaafari comme Premier Ministre 

- La participation reste haute lors du référendum sur la Constitution, le 15 octobre 2005, et lors des élections législatives du 15 décembre dernier, remportées par la majorité chiite.  

Force est donc de constater que la reconstruction politique de l’Irak s’effectue à travers un processus d’appropriation bâtard.  

D’autre part, les bases adoptées pour cette reconstruction restent contestables : le CPA a opté pour la réintroduction des clivages confessionnels comme mode de gestion des équilibres politiques. Or, l’édification d’un tel système politique à partir de clivages confessionnels/ethniques risque d’institutionnaliser les divisions au lieu de rassembler autour d’une identité nationale inclusive et unitaire. Ainsi, si l’Irak n’est pas historiquement confessionnalisé à la libanaise, les communautés irakiennes, et en particulier la communauté sunnite, ont pourtant dû se recréer autour du référent communautaire, et se réinventer en tant que communauté.

Le risque est donc grand d’assister à une libanisation de la scène politique irakienne, déjà instable. La libanisation renvoie à plusieurs processus concomitants :

- la fragmentation de la société irakienne en communautés religieuses/ethniques hermétiquement séparées les unes des autres, au détriment de l’union nationale,

- le partage du pouvoir qui découle d’un système confessionnel, avec une distribution des fonctions gouvernementales et des emplois publics proportionnelle au poids de chaque communauté (à redéfinir avec les évolutions démographiques, entre autres facteurs d’instabilité), et toutes les luttes de pouvoir et les risques de corruption/népotisme que cela entraîne, sans parler de l’accumulation délétère de rancunes dues à la marginalisation de certaines communautés minoritaires,

- la recherche par les communautés d’appuis extérieurs auprès de puissances intéressées, afin de renforcer leur influence dans le jeu politique, ce qui aboutit à la défense (en échange de l’appui extérieur) d’intérêts qui ne correspondent pas à ceux de la nation prise dans son ensemble, et qui fragilise le pays en favorisant les ingérences et le transfert de rivalités internationales dans l’espace national.  

La libanisation est un processus dangereux, encourant le risque de mener à l’implosion et à la guerre civile.  

On peut donc s’interroger sur la stratégie de la coalition, qui divise certainement pour mieux régner, mais n’a sans doute pas intérêt à une implosion de la société irakienne.  
 

      1. la IIè République Irakienne : projet institutionnel
 

Enfin, les ambiguïtés du processus de reconstruction politique et les clivages précédemment évoqués se reflètent dans le projet institutionnel porté par la Constitution de la IIè République irakienne, adoptée avec 78,59% des voix le 15 octobre 2005.

On s’aperçoit en effet que l’assemblée constituante est parvenue à un accord minimal sur les nouvelles institutions, laissant de côté les questions sensibles. Des formulations générales définissent ainsi les principes fondateurs : « un régime républicain, fédéral, démocratique et pluraliste », « un pays multinational, multiconfessionnel et multiculturel »…Concernant les points principaux du texte :

- L’Islam est institué en religion d’Etat et source principale de la loi, les deux langues officielles sont l’arabe et le kurde

- l’Irak est un Etat fédéral, fortement décentralisé, avec une autonomie substantielle accordée au Kurdistan,

- le système est parlementaire et sera bicaméral à terme… 

Les débats sur des questions aussi essentielles que la relation entre les lois issues de la charia et les libertés individuelles consacrées par la même Constitution, la répartition des richesses selon le schéma fédéral ou encore le partage des pouvoirs (entre communautés, entre Etat fédéral et régions), n’ont donc pas été tranchées.  

Dès lors, si les initiatives de la coalition ont eu le mérite de mettre en route un processus démocratique, d’amorcer la reconstruction d’institutions et de relancer le débat politique, il n’en demeure pas moins que l’impression qui domine est celle d’une reconstruction effectuée « en catastrophe », sous la pression des contestations violentes et de l’insécurité croissante, plus que selon les lignes d’une stratégie clairement définie.

Les Américains semblent avoir privilégié la stabilité à court terme, avec un équilibre politique précaire plutôt qu’un processus à plus long terme, visant à consolider les fondements de la nouvelle République irakienne. 

      B. La montée des tensions communautaires

Le processus politique est d’autant plus compromis que l’on assiste en parallèle à la montée des tensions communautaires. 

      1. l’ère post-Saddam : entre violence et chaos
 

- l’insurrection 

Dès la chute du régime de Saddam, l’état de security vacuum génère une vague de violence qui se transforme peu à peu en mouvements organisés, orientés politiquement. Le vivier de recrutement de l’insurrection se constitue principalement de:

- les anciens membres des services de sécurité et de l’armée

- les groupes criminels, anciens gangs profitant de l’insécurité

- le triangle sunnite : aire au Nord Ouest de Bagdad, où subsiste un puissant réseau de patronage lié à Saddam.

- les mouvements islamistes, comme par exemple Ansar al Sunna, ayant des liens avec al Qaida

- les djihadistes étrangers : si l’administration américaine ne cesse de stigmatiser cette frange de l’insurrection, leur proportion réelle est sujette à caution : sur les 1000 prisonniers de Falloujah, seul 5% étaient étrangers. 

Après une première phase de faible organisation et de faible coordination, l’insurrection irakienne entre mi-2004 dans une phase de consolidation. Avec les offensives simultanées contre Fallouja et l’imam Moqtada Sadr, on croit à un front uni en lutte contre l’occupation américaine. Mais très vite, les rivalités l’emportent. L’insurrection converge de plus en plus autour du référent sunnite : avec tout un spectre de revendications dont les deux principaux pôles sont  le nationalisme, patriotisme et l’islamisme djihadiste appelant à la restauration du califat. En tout état de cause, il est clair que les groupes armés s’appuient de plus en plus sur un discours islamiste pour légitimer leur action  et on assiste à une prolifération de différents mouvements radicaux salafistes (pour plus de détails, cf le rapport de l’ICG, In their Own Words: Reading the Iraqi Inqsurgency). A partir de mai 2005, l’insurrection est de plus en plus organisée et coordonnée, et surtout de plus en plus confiante face aux multiples annonces redéploiement des troupes américaines et  les difficultés du gouvernement irakien.  

- les milices  

L’incapacité des troupes américaines à assurer la sécurité a généré la prolifération de milices, qui se composent de trois groupes principaux :

- les milices kurdes, du PDK et UPK, les peshmergas

- les milices chiites, notamment les Brigades Badr liées à l’Assemblée suprême de la révolution islamique (ASRII) d’Abd el Aziz al Hakim fondées en Iran en 1982 et soutenues par Téhéran. elles sont devenues très liées au ministère de l’Intérieur notamment sous Bayan Jaber Solagh. Elles sont soupçonnées de déployer des « escadrons de la mort », contre les sunnites et sont également impliquées dans la récente affaire de torture de prisonniers sunnites dans les prisons irakiennes.

- les milices locales très nombreuses 

Aucun programme de DDR (Désarmement-Démobilisation-Réinsertion) n’a été mis en œuvre après la fin de l’offensive américaine : un accord liait au préalable les milices kurdes aux Américains, leur permettant de garder leurs milices, et donc les autres milices n’ont pas voulu désarmer non plus. A noter que l’ayatollah Sistani a récemment appelé au désarmement général des milices, mais l’on peut douter qu’il soit réellement écouté.  

- les forces armées irakiennes 

Dans ce contexte de recrudescence des violences, les forces de sécurité irakienne, dont la formation a commencé depuis juillet 2004 sont encore jugées insuffisantes. La dissolution de l’armée par les forces américaines, déjà évoquée, en est partiellement à l’origine. Selon le département d’Etat américain , plus de 112.000 soldats irakiens et 87.000 policiers sont aujourd'hui entraînés et équipés (cf Fact Sheet: Operation Iraqi Freedom: Three Years Later) sachant que les US ont 133 000 hommes et que le nombre d’insurgés est estimé entre 20 et 30 000. L’entraînement et l’équipement sont jugés trop lents et de niveau insuffisant, et l’objectif  de 300000 soldats et policiers confondus projetés pour la fin 2006 paraît difficilement atteignables.

Autre problème : selon un journaliste du NY Times (Richard Oppel), puisque les anciens commandants baathistes sont exclus : l’armée nationale irakienne s’apparenterait plus à une nouvelle milice chiite, et certaines dérives ont pu être identifiées avec des exactions anti-sunnites (à Tel Afar).  

      1. Vers une guerre civile ?
 

C’est dans ce contexte de chaos, et de vide de sécurité qu’on a assisté en 2005 à une recrudescence des tensions interconfessionnelles, à tel point que l’Irak est aujourd’hui jugé au bord de la guerre civile  

La polarisation croissante de la société irakienne est intrinsèquement liée aux blocages du  processus politique et à l’exclusion des sunnites du pouvoir.

Les principaux chefs des factions armées instrumentalisent les rivalités confessionnelles pour entretenir l’insurrection : à ce titre, al Zarqawi désigne clairement comme principal ennemi les Rawafidh - terme religieux dépréciateur pour les Chiites - leur reprochant outre leur dissension religieuse, leur collaboration avec l’occupant. Dès août 2003, apparaissent les premiers signes de violence interconfessionnelles, avec le premier attentat contre le mausolée de l’imam Ali à Nadjaf, qui a entraîné la mort de l’ayatollah Mohamed Bakir al Hakim. Les violences contre les foules chiites au moment de l’Achoura en mars 2004, ainsi que l’attentat contre la mosquée de Samarra le 22 février 2006 sont autant de signes annonciateurs d’une guerre civile généralisée. Or, la répression et l’activisme des brigades Badr qualifié de provocateur par l’ICG des brigades Badr ne fait que mettre de l’huile sur le feu.  

A partir de là, peut-on parler de guerre civile ?

Historiquement, les rivalités confessionnelles ont parfois été instrumentalisées mais ne sont pas un trait structurant du paysage politique irakien. L’héritage du régime de Saddam est mitigé : au départ, le parti Baas était au départ un régime purement laïc. Toutefois, la logique confessionnelle a peu à peu été introduite, et par la suite, les Chiites et les Kurdes ont subi la répression du régime de Saddam, à tel point que les Kurdes ont dépassé leur rivalités internes et ont développé un nationalisme ethnique clair et affiché. En tout état de cause il est clair que les plus de trente ans de régimes autoritaire ont sapé les forces politiques traditionnelles, comme l’illustre l’échec du parti laïc d’Iyad Allawi lors des dernières élections. Dès lors, les allégeances se sont recrées autour de la confession, ou de la tribu.  La religion est devenu la principale source de mobilisation, et le prêche du vendredi à la mosquée est une source fondamentale influençant profondément les orientations politiques des Irakiens. Aussi, il semblerait que le confessionnalisme s’est peu à peu imposé aux leaders comme mode de gestion du politique : les chiites et kurdes s’étaient déjà construit en tant que minorités, et ont par la suite introduit le confessionnalisme. La tâche a été plus difficile pour les sunnites, qui ne se sont jamais positionnés en tant que minorités, et doivent à présent s’imposer dans ce nouveau champ politique polarisé.  

Toutefois, on ne peut encore parler de guerre civile car les multiples attentats anti-chiites n’ont pas entraîné de déclenchement de violences inter-confessionnelles généralisées, les représailles restent encore limitées à un certain nombre de milices. De plus, selon Hoshyar Zebari, ancien ministre kurde des affaires étrangères du gouvernement irakien, « les affrontement sont limitées à une partie précise du pays » et 14 des 18 provinces du pays sont considérées comme sures,

Cependant, certains éléments viennent assombrir le tableau : le pouvoir d’apaisement de l’ayatollah Ali Sistani semble s’estomper, tandis que les blocages politiques se multiplient et les principaux sujets d’affrontement ont été repoussés à plus tard en ce qui concerne la constitution. Des signes de dialogue politique ont pourtant émergé : le 30 avril, le Président Talabani a rencontré les représentants des sept groupes armés et, estimé qu'il est possible de parvenir à un accord »

Or, ces problèmes de sécurité ont aussi des effets collatéraux dévastateurs en matière de state-building, l’insécurité permanente étant un poids pour la reconstruction.   

    1. Les enjeux économiques :
 
    1. Tableau général de la reconstruction économique
 

L’apparente amélioration de la situation économique à Bagdad et dans les grandes villes (abondance de denrées alimentaires, de téléphones portables et de voitures étrangères…) n’est en fait qu’un constat trompeur : l’augmentation du pouvoir d’achat n’est vrai que pour certaines zones et certains segments de la population. En réalité, la situation dès le départ s’ est avérée particulièrement difficile pour les Américains, qui se sont retrouvés confrontés à des infrastructures en déclin, conjugué à un déficit d’investissement durant de nombreuses années et à une forte dette publique.  

La gestion du fonds de reconstruction américain en Irak (à hauteur d’environ 20 milliards de dollars), a d’abord été déléguée au CPA, puis après sa dissolution en 2004 à l’IRMO (Iraq Reconstruction Management Office). Cet organe, dirigé par William Taylor, dépend du Département d’Etat.

A l’échelon inférieur, dépendant de l’IRMO, se trouve le PCO (Project and Contracting Office). Il est chargé de coordonner les entreprises impliquées dans la reconstruction, mais du fait de la succession des organes gestionnaires, le suivi des projets est largement insuffisant. De même, les « coups d’éclat » sont souvent privilégiés aux réalisations plus utiles (cf. achèvement de la bibliothèque de Kerbala avec 500 000 titres, DVDs et connexions Internet)

Ainsi, le FMI et la Banque Mondiale ont estimé à 55 milliards de dollars le montant total de la reconstruction en Irak, dont 17,5 milliards pour le rétablissement des infrastructures et du service public au niveau d’avant guerre. Or, la coalition comptait sur la reprise des exportations de pétrole pour financer la reconstruction. 

      1. une économie de marché à tout prix ? une reconstruction inspirée par une idéologie ?
 

L’Irak baathiste de Saddam a laissé un héritage de centralisme économique : l’Etat régule l’économie via d’importantes subventions publiques et de nombreuses rigidités administratives. Cette mainmise de l’Etat est à relier à l’impératif de maintien d’un autocratisme autoritaire, utilisant un Etat tout-puissant pour coopter les masses.  
 

Le choix du CPA a alors été le passage immédiat à l’économie de marché via la baisse des taxes, la privatisation des entreprises publiques, le démantèlement des normes existantes et l’imposition d’une certaine discipline fiscale.

Ainsi, sous Saddam, on comptait 190 entreprises publiques avec 650 000 employés. La plupart, du fait de la vétusté des infrastructures et des pillages et destructions occasionnés par la guerre est destinée à fermer. Or, les repreneurs potentiels sont découragés par l’insécurité ambiante. Qui plus est, la privatisation a contribué à accroître ce climat d’insécurité en créant du chômage et en alimentant la contestation anti-américaine.

Au final, la dynamique de privatisation n’est pas poussée à son maximum : ce n’est pas une privatisation totale qui va avoir lieu mais une « semi-privatisation », qui consiste en la signature de contrats qui mettent fin aux différents monopoles d’Etat. Ce sont les « build, operate and transfer ». Des entreprises privées sont autorisées à exploiter les biens publics, à condition de les réhabiliter et de les rendre après une période convenue.

Or, cette solution a pu donner l’impression d’un pays vendu aux firmes étrangères, en particulier aux firmes américaines.

Selon le décret du CPA n° 39 (septembre 2003) : « la propriété par les Investissements Directs Etrangers est autorisée dans tous les secteurs sauf le pétrole et la propriété terrienne ». Une concession de 40 ans est alors accordée aux entreprises étrangères, avec l’autorisation de bénéfices illimités et détaxés.

Quant aux entreprises irakiennes, elles sont peu impliquées, ou alors dans des tâches très modestes. Ce sont surtout des contractants étrangers qui s’occupent de la reconstruction. Ceux-ci sont au maximum encouragés à employer des prestataires de service locaux, mais ce n’est pas une obligation. 

      1. Les problèmes récurrents
 

-L’insécurité

La violence retarde la reconstruction et accroît ses coûts. Qui plus est, les employés des entreprises prestataires de services sont pris pour cible, ce qui aggrave d’autant plus la situation d’insécurité.

En mai 2004, la majorité des travailleurs étrangers avaient quitté le territoire.  

-Le chômage

Il est difficile d’évaluer avec exactitude l’ampleur du chômage, mais les taux oscillent entre 25% et 50% de la population active. Il est lié à la débaasification, le démantèlement des entreprises publiques, la faible implication des entreprises locales dans la reconstruction

Le chômage et l’insécurité se renforce avec le cercle vicieux suivant : insécurité - reconstruction incertaine - pas de travail- insécurité. 

-La dette

La dette de l’Etat irakien était de 137 milliards de dollars en 2004, soit la dette pro capita la plus élevée au monde, ce à quoi il faut ajouter 28 milliards de dollars à payer au Koweït au titre des réparations de guerre.

Le remboursement de la dette a été suspendu par l’ONU jusqu’en 2007 ; l’Irak continue à demander une réduction de 95%, ce que les Etats créditeurs ne sont pas prêts à accepter.  

-La corruption

Ce ne sont plus les membres du parti Baas qui sont accusés de corruption mais les forces d’occupation et les membres de la nouvelle classe politique. 

Tous ces problèmes ont donc considérablement ralenti la reconstruction : ainsi, sur 2390 projets de reconstruction qui devaient être menés à bien à l’horizon 2008, seuls 200 étaient finalisés à l’été 2005.  
 

    1. La question pétrolière
 
      1. La distribution des ressources
 

La question du pétrole est cruciale car elle constitue la principale source de revenu du gouvernement (18 milliards de dollars sur 19 proviennent des ressources pétrolières). Donc une bonne gestion des ressources pétrolières conditionne la viabilité de l’Etat irakien. Or, la question de leur répartition ne laisse pas présager d’un équilibre entre les différentes confessions. Les ressources pétrolières sont en effet inégalement réparties, avec une majorité de champs dans le Kurdistan irakien et le Sud chiite. Ceci explique les nombreuses tensions autour du statut de Kirkouk, ville au sud du Kurdistan irakien. Pour cette zone pétrolifère, s'affrontent les ambitions politiques, les revendications historiques et les intérêts économiques des principales communautés : les Kurdes revendiquant un Kurdistan autonome avec Kirkouk comme capitale (ce à quoi s’oppose la Turquie). Les sunnites sont d’autant plus attachés à Kirkouk qu’ils n’ont pas de ressources pétrolières et que la ville a été fortement arabisée sous Saddam.

En tout état de cause, les sunnites, pauvres en ressource pétrolières, espèrent donc en une gestion centralisée. Or, le statut prévu par la Constitution est relativement ambigu : l’article 108 stipule que « le peuple irakien est propriétaire du  pétrole et du gaz dans toutes les régions et gouvernorats ». En revanche, il est énoncé par la suite que l’exploitation des ressources existantes revient au gouvernement central, ce qui laisse supposer que le reste sera exploité par gouvernements des autres régions. Or, cela inquiète considérablement les sunnites car si la Constitution stipule que l’ensemble des ressources pétrolières doit être partagé de manière équitable à l’ensemble de la population, l’article 109 précise toutefois que des paiements compensatoires seront alloués aux provinces ayant été privées sous le régime de Saddam.  

      1. Les investissements

A ce jour, 60% des champs pétrolifères irakiens ne sont pas exploités, et l’Irak importe même du pétrole, des problèmes d’infrastructure et de sabotage altérant le niveau de production annuel. La production irakienne actuellement est inefficiente, et largement subventionnée, d’où une forte hausse du pétrole en décembre 2005 pour enrayer ces distorsions du marché.  Des investissements étrangers sont espérés pour permettre une relance de la production mais les problèmes de sécurité ont dissuadé la plupart des investisseurs jusqu’à présent. Or, selon Issam al-Chalabi, ancien ministre du Pétrole « rien de substantiel ne devrait arriver du côté des compagnies pétrolières étrangères en 2006 ». En revanche, le gouvernement travaillerait en ce moment à l’établissement d’une loi créant une compagnie nationale irakienne. Seules des petites firmes ont jusqu’à présent pris le risque d’investir: une compagnie turque, Petoil and General Energy Corporation of Turkey et une compagnie norvégienne, DNO.

      1. Les enjeux de la gestion : les Production Share Agreements

Contrairement aux attentes, la privatisation des ressources pétrolières n’a jamais été à l’ordre du jour, le proconsul Paul Bremer avait décidé de laisser le choix de la gestion au gouvernement irakien. Toutefois, selon Global Policy Forum (GPF) , le débat sur la privatisation est faussé car il semblerait que l’option privilégiée soit celle des Production Share Agreements : l’Etat conserve la mainmise et le contrôle sur les ressources pétrolières, mais les compagnies privées éventuellement en consortium procèdent à l’extraction sous contrat. Le tout dépend donc des modalités du contrat entre l’Etat et les compagnies. Or, dans un Etat à l’autorité encore très faible, souffrant de problèmes de sécurité flagrants, les conditions de négociations sont clairement à son désavantage (cf. absence de contrats de ce type dans la région, seule Russie post 90s). Selon le GPF, 60 champs pétrolifères sur 80pourraient être exploités sous de tels contrats, cédant alors 64% des réserves connues aux investisseurs étrangers. Selon la même étude du GPF, à un taux de 40 dollars le baril, l’Irak pourrait perdre entre 74 et 195 milliards pour seulement 12 champs pétrolifères.  

Conclusion :  

Au final, si l’on constate un succès relatif dans le domaine politique, avec l’organisation d’élections, une participation encourageante et l’approbation d’une constitution, gage de démocratie ; il n’en demeure pas moins que l’état d’insécurité et notamment la hausse des tensions communautaires sur fond d’hostilité à l’occupation américaine restent des obstacles majeurs à la stabilité de l’Irak. Il semblerait alors que les Etats-Unis aient privilégié la paix à court terme, le peace-building avec une constitution qui ne fait qu’institutionnaliser les tensions communautaires et reporter à plus long terme les questions épineuses, au détriment du nation-building, à savoir la construction d’une nation sur des fondements solides et durables.  

Selon Denis Bauchard, chercheur à l’IFRI, trois scénarios sont envisageables quant à l’avenir de l’Irak, une fois le scénario de la transition démocratique idéale écartée:

1) L’embrasement général, avec partition de l’Irak en trois

2) L’ordre Chiite

3) Le statu quo et enlisement américain 

Or, une nouvelle fois, l’avenir sera majoritairement déterminée par les choix qui seront fait par les autorités en matière de peace building
 

Claire Despréaux, Tina Di Carmine, Claire Petit        

BIBLIOGRAPHIE : 
 

  • Ouvrages

    - LUIZARD Pierre-Jean, La question irakienne, Paris : Fayard, 2002. 

    - ORR Robert C., Winning the Peace, Washington : CSIS Press, 2004 

    - PHILLIPS, David L., Losing Iraq. Inside the Postwar reconstruction Fiasco, New York : Westview Press, 2005. 

    - Guerre et paix en IrakQuestions internationales n.16, Paris : La Documentation française, novembre-décembre 2005.  

 
  • Articles

    - CHESTERMAN Simon, “Building a state in Iraq : is there a good precedent ?”, in Journal of International Affairs, Fall 2003, vol 57, n°1.  

    - DODGE T., « Irak’s future, the aftermath of regime change », in Adelphi Papers, n.372, The International Institute of Strategic Studies, 2005. 

    - LAFARGE Gabrielle, Novosseloff Alexandra, « La reconstruction de l’Irak aura-t-elle lieu ? » in Politique Etrangère, n° 2, été 2005.  

    - LUIZARD Pierre-Jean, « Irak : du premier au second mandat » in Le Débat, n.126, septembre-octobre 2003. 

    - PORTER Gareth, “The Third Option in Iraq : a Responsible Exit Strategy”, in Middle East Policy, n°2, Automne 2005. 

    - POULIGNY Béatrice, CAPLAN Richard, « State building et sécurité internationales » in Critique internationale, n.28, juillet-septembre 2005.  

    -  ZEABAR Hoshyar, « Irak : la guerre civile n’aura pas lieu », in Politique internationale, n°110, hiver 2005/2006.  

  • Sites Internet/rapports

    - Site de l’Organisation des Nations Unies www.un.org

    International Crisis Group, The next Iraqi war: sectarianism and civil conflict?, Février 2006

    International Crisis Group, In Their Own Words: Reading the Iraqi Insurgency, Février 2006

    International Crisis Group, Reconstructing Iraq, September 2004.  

    BEEHNER L, Iraq and Oil: Revenue-Sharing Among Regions, Council on Foreign Relations, 29 décembre 2005

    PHILLIPS David L., Power Sharing in Iraq, Council on Foreign Relations Press, Washigton, 2005.  

    BAUCHARD Denis, « Irak : scénarios pour le futur », in Actualités Moyen Orient Maghreb, IFRI, n° septembre 2005 

    OTTAWAY Marina, Back from the Brink : a strategy for Iraq, Carnegie Endowment for International Peace, Policy Brief 43, novembre 2006. 

    Institut d’Etudes de Sécurité, Séminaire Iraq 2006- Taking Stock

    MULLIT Greg, “Crude Designs: The Rip-Off of Iraq’s Oil Wealth”, Global Policy Forum.  

 


                                                


1 commentaire.
 1. Sans titre
Alexandre Lucas (AFIDORA), Unregistered
Réaction critique et publique:

Merci pour une recherche poussée, pleine de faits, chiffres et de rationalité ; c’est de l’Afidora. Malgré ces qualités indiscutables (notamment de clairement dire que cette administration américaine était composée d’une bande d’incapables qui n’ont pas su être machiavéliens, chose qui est devenue une évidence, même pour ceux qui ont été comme moi plutôt favorables à l’intervention en Irak) qui font que j’ai vraiment bien aimé lire l’article, il y a plusieurs points faibles que je souhaite souligner :

- dire que l’après Saddam a vu une recrudescence de la violence par rapport à l’époque de la dictature sans commenter équivaut à énoncer des faits de sorte à orienter, involontairement je l’espère, la pensée du lecteur vers un raisonnement du type : comparons « situation avec un nombre X de morts » à « situation avec un nombre Y de morts » ou X
 Posted 2006-07-19 20:00:43
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Dernière mise à jour : ( 22-03-2007 )
 
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