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07-10-2008
 
 
Iran, des raisons d’espérer Version imprimable Suggérer par mail
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12-07-2006

Iran, des raisons d’espérer

12/07/2006 

 

                 A quelques jours de l’ouverture du sommet du G8 à Saint-Pétersbourg consacré à la sécurité énergétique, intéressons-nous à son impact au Moyen-Orient. Les Ukrainiens doivent rire jaune en voyant Vladimir Poutine se faire l’hôte d’un tel débat, lorsque l’on connaît le racket et la pression exercés par Gazprom, le géant russe du gaz, lequel revend à l’Ukraine un gaz plus de deux fois le prix qu’il l’achète aux Turkmènes. Mais passons, car s’il est difficile de ne pas évoquer la Russie, essayons malgré tout de nous focaliser sur le Moyen-Orient.   


Restreignons même encore le champ d’investigation de cet éditorial de juillet pour nous intéresser non à l’or noir, mais au gaz naturel. Quand on pense au Moyen-Orient, on pense trop souvent uniquement au pétrole, oubliant que le gaz naturel se taille petit à petit la part du lion. Peu cher, mieux réparti, moins polluant, plus abondant…le gaz naturel profite de la flambée des cours du brut pour se développer. Avec la cogénération1, la plupart des pays font le choix du gaz naturel pour produire de l’électricité, et près du quart de l’électricité mondiale est désormais générée par ce biais. Les investissements suivent et le transport (principal handicap du gaz qui est, à énergie comparable, 600 fois plus volumineux que le pétrole) s’améliore, notamment avec le principe de la liquéfaction, permettant de transformer le gaz en eau en le refroidissant2, et de fait, de le transporter sur mer sur des gigantesques frigos flottants : les méthaniers.

Les grandes compagnies pétrolières l’ont compris : le bonheur est dans le gaz, et les « Sept Sœurs »3  investissent, prospectent et trouvent. Ainsi, un immense gisement a-t-il été trouvé entre le Qatar et l’Iran : South Pars. Rendez-vous compte ; le gisement de Lacq qui a alimenté la France pendant plusieurs dizaines d’années contenait 6 Tcf (Tonne de pieds cube) contre près de 1400 Tcf partagées entre l’Iran (28%) et le Qatar (72%) pour le gisement de South Pars. L’Iran qui inquiète tant par ses prétentions nucléaires et par les déclarations outrancières de son président, attise les convoitises en étant le deuxième plus grand détenteur de gaz après la Russie. Pourtant, le pays n’exporte pas ou presque (les exportations vers la Turquie étant négligeables) et hésite. Du fait des subventions et des prix parmi les plus faibles du monde entraînant un véritable gaspillage, suite également à la forte croissance d’un pays peuplé de près de 70 Millions d’habitants, le pays consomme et consomme beaucoup…autant de gaz que le Japon ou que l’Allemagne. Rajoutons à cela qu’en raison de la baisse de pression de ses champs de pétrole, le pays est engagé dans un vaste programme de réinjection4, et nous comprendrons…que le pays souhaite se doter de l’énergie nucléaire.  

Le raccourci est rapide, et les choses complexes (notamment les délais)…mais si l’Iran était capable, comme la France de satisfaire 60 à 70% de sa consommation intérieure par le nucléaire civil, alors il pourrait exporter des volumes considérables de gaz, tout en poursuivant la réinjection dans les champs d’huile (rappelons que les marges sur le pétrole sont plus fortes d’où l’intérêt de réinjecter). Les Indiens et les Chinois l’ont bien compris et usent (en particuliers la Chine) de leur puissance politique, pour négocier avec l’Iran sur l’export de gaz en GNL ou via un gazoduc, ce qui est techniquement peu probable.  Il ne s’agit pas de justifier les ambitions de nucléaire militaire du pays, mais seulement d’apporter un autre éclairage, hors de tout jugement de valeur, et de mettre l’accent sur un point jamais abordé et trop souvent méprisé : l’importance de la consommation intérieure pour un pays comme l’Iran.    

Les choses se compliquent encore si l’on fait intervenir le pétrole de la mer Caspienne. Les réserves de la zone partagée entre la Russie, l’Ouzbékistan, le Turkménistan, le Kazakhstan et l’Azerbaïdjan sont considérables, mais tout le problème réside dans la question de l’acheminement. La plupart de ces pays n’ont pas de façade maritime et, en l’absence de règlement sur le statut de la mer Caspienne, ils sont dépendants de leurs puissants voisins : la Russie en premier lieu, l’Iran en second

Pour l’instant, le gaz du Kazakhstan est exporté via la Russie (qui prend une commission au passage, si l’on peut encore parler de commission lorsque l’on double les prix). Le Kazakhstan menace par intermittence de couper les vannes et laisse planer l’ombre de la création d’un pipeline vers la Chine, même si techniquement on peut douter de sa faisabilité. 

Le gaz du Turkménistan quant à lui passe par l’Iran, qui lui aussi perçoit un droit de passage, pour ensuite rallier la Turquie et l’Europe. On appelle ces échanges des SWAPs

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L’Europe souhaiterait que la Turquie devienne une forme de hub5 pour le pétrole et le gaz en provenance de la Caspienne et du Moyen-Orient, afin de réduire sa dépendance vis-à-vis de la Russie. Elle est poussée en cela par la Turquie bien sûr, mais également par la plupart des PECO (Pays d’Europe Centrale et Orientale ) qui voient d’un très mauvais œil le poids croissant de la Russie et qui s’inquiètent suite au chantage fait à l’Ukraine. Pourtant un tel scénario, qui est d’ores et déjà lancé avec le pipeline reliant Bakou à la Turquie via la Georgie, impliquerait la construction ou l’amélioration d’un pipeline permettant de sortir le gaz et le brut de la Caspienne Est6 via l’Iran…Entre l’Iran d’Ahmadinejad et la Russie de Poutine, l’Europe doit choisir, et ce choix est prégnant dans la crise du nucléaire actuelle.

En bon financier, l’Europe devrait sans doute diversifier son portefeuille, placer des œufs en Iran et en Russie, tout en poussant avec les Américains au règlement du problème des statuts de la Caspienne afin de favoriser le développement du pipeline BTC7 permettant d’éviter l’Iran et la Russie en passant directement en Azerbaïdjan.  Quoi qu’il en soit, la sécurité énergétique de l’Union Européenne passe par un régime respectable et stable en Iran. 

La crise iranienne n’est pas seulement un facteur de déstabilisation des cours du brut…car l’Iran n’est pas seulement un grand pays producteur de pétrole. C’est aussi un grand pays producteur de gaz et un carrefour stratégique majeur entre la Caspienne et le détroit d’Ormuz, entre l’Europe et l’Asie. On peut de fait légitimement s’interroger sur les motivations iraniennes et sur les rapports du nucléaire civile et militaire.

Si il semble incontestable que la population soutient le projet nucléaire pour des raisons symboliques et nationalistes – n’oublions pas que la Perse est une grande nation d’inventeurs et de chercheurs -, si il est crucial pour la communauté internationale de veiller au respect du Traité de Non Prolifération signé par l’Iran, si les motivations d’Ahmadinedjad sont inquiétantes et de nature à mettre en péril l’équilibre géopolitique de la région et la sécurité d’Israël, peut-être est-il bon d’orienter les négociation sur le nucléaire civil, d’accepter que ce grand pays puisse profiter de la technologie nucléaire afin de générer de l’électricité, tout en mettant en place les garde-fous nécessaires pour éviter toute dérive agressive. C’est ce que semble avoir compris la diplomatie américaine, c’est dans ce sens que se situe le projet russe, c’est ainsi que la communauté internationale retrouvera une oreille attentive dans un pays qui se sens assiégé et retrouve une union sacrée, alors même que les opposants sont nombreux, sans doute majoritaires.

La rédaction AFIDORA



1 Cogénération : procédé permettant de produire de l’électricité à partir de gaz naturel


2 Principe du GNL : Gaz Naturel Liquéfié (ou LNG en anglais). Inventé dès les années 60, son coût élevé et les marges très faibles réalisées sur l’exploitation du gaz du fait de son cours relativement bas, son développement est lent. Arrivé en Europe pour acheminer le gaz algérien, il est délaissé après la découverte des grands gisements de la mer du Nord. Il connaît un retour un grâce aujourd’hui et couvre près de 25% du transport de gaz, permettant notamment la vente spot ; à savoir une flexibilité en pouvant fournir au plus offrant, contrairement à des pipeline par nature rigides


3 Les Sept Sœurs : nom donné communément au grandes majors du pétrole depuis le début du XXème siècle à savoir : Standard Oil of New Jersey devenue Exxon, Standard Oil of New-York devenue Mobil, Standard Oil of California devenue Chevron, Gulf disparue et rachetée par Chevron, Texaco qui a fusionnée avec Chevron, Royal Dutch Shell, British Petroleum et enfin la Compagnie Français des Pétroles devenue Total, acceptée dans le groupe en tant que huitième des Sept Soeur.


4 Principe de réinjection : injecter du gaz ou de l’eau pour augmenter la pression des champs d’huile et permettre de récupérer plus facilement et plus vite le pétrole. 


5 Hub : dans le domaine aérien, une plateforme de correspondance permettant de rediriger les flux de voyageurs. Cette image est parfaitement adaptée au rôle de la Turquie qui redirigera en Europe les hydrocarbures en provenance de la Caspienne et du Golfe.


6 Caspienne Est correspond au Turkménistan, au l’Ouzbékistan et au Kazakhstan


7 Oléoduc BTC (Bakou, Tbilissi, Ceyhan) : inauguré le 13 juillet, c’est le pipeline le plus long du monde (1774km) qui permet d’éviter l’Iran et la Russie pour transporter le pétrole. Il n’est pas ici question de gaz naturel, lequel est encore tributaire de Moscou et de Téhéran.


1 commentaire.
 1. Sans titre
a nonyme, Unregistered
votre conclusion est stupide!!comment etre assez naif pour s'imaginer qu'il y ait une possibilite d'empecher le passage de l'utilisation de l'energie civile a l'energie nucleaire.Politique de l'autruche ou dhimmitude
 Posted 2006-09-02 17:09:12
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Dernière mise à jour : ( 22-03-2007 )
 
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