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25-07-2008
 
 
On ira tous en Iran... comme Dumas Version imprimable Suggérer par mail
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06-04-2007

 

On ira tous en Iran… comme Dumas

23/03/2007

Le voyage de M.Dumas

La mise en accusation du PDG de Total, Christophe de Margerie, puis son relâchement, ont contribué à rappeler le rôle trouble qu’est soupçonné d’avoir joué le groupe pétrolier Elf en Iran. Le 28 février 2007, Roland Dumas, soupçonné d’avoir bénéficié des largesses d’Elf entre 1988 et 1993, s’est rendu en Iran pour des raisons diplomatiques. Président du Conseil Constitutionnel encore récemment, il avait été Ministre des Affaires Etrangères de 1988 à 1995. Ses fonctions l’avaient alors envoyé en Iran début février 1989 voir son ami M.Velayati, ainsi que le président M.Rafsandjani. M. de Margerie est, quant à lui, privé de visites à son ami le fils de l’ex-président Rafsandjani.

La visite de M.Dumas en Iran en février cette année a été bien étonnante, et ceci pour plusieurs raisons. Mandaté par la France, il était chargé de créer de nouvelles – voire de ressusciter – d’anciennes relations entre les deux pays dans un contexte international tendu.

L’ancien ministre s’y est rendu pour son propre compte et non pour le PS ou encore pour le Président dont il est proche (http://www.lefigaro.fr/english/20070228.WWW000000344_roland_dumas_discreet_mission_to_tehran.html). 

Les conclusions auxquelles M.Dumas et son interlocuteur seraient arrivées demeurent inconnues. Seules quelques déclarations nous sont parvenues, affirmant que l’Iran avait le droit de se doter de l’arme nucléaire dans un souci « d’équilibre nucléaire ». Il n’est d’ailleurs pas fait mention de la menace potentielle de cette dotation pour les autres pays, détenteurs de l’arme nucléaire ou non. Cette position n’est officiellement pas partagée par le gouvernement français, M.Dumas aura été le seul responsable français à plaider en faveur d’une bombe iranienne, dans le souci d’assurer la paix. Rappelons que l’ancien Ministre des Affaires Etrangères avait reconnu le Hamas après son élection en 2006 et avait souhaité que la France entretienne naturellement des relations avec ce gouvernement, alors boycotté de tous.

Quel rôle un ancien membre du gouvernement et surtout un ancien ministre des affaires étrangères, lié à un des plus grands groupes pétroliers entaché par les scandales, pourrait-il jouer ? Pourquoi avoir choisi un homme politique dont la réputation a souvent été mise en cause comme « médiateur » si médiation il devait y avoir ? Le rapprochement entre les accusations de corruption à l’époque où il était Ministre des Affaires Etrangères et son lien particulier avec les autorités iraniennes serait tentant.

 

L’exception franco-iranienne et la violation du TNP par l’Iran

La France semble toujours entretenir des relations particulières avec le gouvernement, ou certains membres du gouvernement iranien. Cette exception franco-iranienne serait liée au refus de la France de s’engager dans des guerres contre des pays limitrophes de l’Iran, de prendre parti de manière très affirmée sur le programme d’enrichissement lancé par le gouvernement iranien ou encore aux relations dites économiques et financières existant entre des compagnies iraniennes et des compagnies françaises. Pourtant croire que les compagnies pétrolières étrangères, notamment britanniques ou américaines, pour ne citer que les pays les plus emblématiques à l’ONU, aient à rougir des pratiques françaises, semble bien difficile. L’idéologie du président iranien qui refuse « l’Occident », recouvre de nombreuses réalités. « L’Occident », ce sont tout à tour, les visites de contrôle par l’AIEA, les résolutions à l’encontre du programme d’enrichissement de l’uranium en Iran et enfin les sanctions appliquées. Autant la croisade contre l’Occident et ses « diktats » est un leitmotiv du président Ahmadinejad, autant l’Occident semble soudain moins uni à ses yeux qu’il n’y paraît. L’Occident qui ne fait pas patte blanche est à combattre, l’Occident qui se dit prêt à négocier sur d’autres bases, telles qu’une aide conditionnelle dans le cas de la Russie est le bienvenu, tant qu’il respecte ses engagements.

 

Il ne semble pas que la géopolitique soit ici réellement en cause. La plupart des négociations qui ont eu lieu, depuis que l’on a soupçonné l’Iran de lancer un programme d’enrichissement de l’uranium, en violation des accords signés en 2004 avec la troïka européenne, jusqu’à la déclaration officielle de ce lancement à des fins pacifiques, semblent avoir échoué. Les visites d’émissaires de pays dits « ennemis » ne sont acceptées que sous des conditions bien précises, peu fondées sur des résolutions et encore moins sur des sanctions. L’Iran avait déjà auparavant refusé les visites des agents de l’AIEA conformément au traité de TNP en 1995, nourrissant les inquiétudes des pays signataires. Selon ce traité, l’Iran mettait fin à son programme et, en échange l’ONU levait ses sanctions. Ce traité est complètement remis en cause aujourd’hui de même que les moyens qui lui étaient attribués. Les nouvelles sanctions prises par l’ONU ont été durcies par rapport aux précédentes. Les Etats-Unis semblent avoir eux aussi saisi les limites des mesures prises par l’ONU, en envoyant Condolezza Rice négocier avec le secrétaire du Conseil suprême de la sécurité du régime, Ali Larijani. Celui-ci avait justement posé comme condition à cette visite le non-respect par l’Iran de la condition posée par l’ONU, c’est-à-dire de la suspension de l’enrichissement d’uranium. Cette visite montre bien l’effort fait pour renouer avec l’Iran qui, dans une lettre au président Bush envoyée le 8 mai 2006, faisait part de son aversion pour le modèle américain social libéral.( cf article Julie Decroix - Lettre d’Ahmadinejad à George Bush: une menace insoupçonnée). Les négociations ne devraient en aucun cas être abandonnées, même si les ultimatums ne sont pas respectés.

 

Navigation en eaux troubles

Un autre fait survenu le 23 mars montre combien les relations que l’Iran entretient avec l’environnement international sont unilatérales et surtout dictées par un réel sens du risque. L’enlèvement des marines britanniques sur leur bateau alors qu’ils naviguaient sur les eaux territoriales iraniennes -d’après les autorités iraniennes- semble être un message clair. Selon les Anglais, ils naviguaient du côté irakien. Les marines en détention ont toutefois reconnu avoir navigué en eaux iraniennes à leurs ravisseurs. Cette confusion justifie-t-elle un enlèvement dont les conditions de négociations sont très difficiles en raison des nouvelles sanctions votées contre l’Iran à l’ONU ? Une justification de représailles par le Royaume-Uni en cas de non restitution ou « dégradation » des marines serait toute trouvée. La libération de ceux-ci a une fois de plus entretenu leur ambiguïté en matière de relations internationales.

Ce fait d’actualité rappelle des incidents précédents survenus dans des climats aussi tendus. Si l’on songe aux enlèvements précédents de soldats britanniques en mai 2004 fondés sur le fait qu’ils ne naviguaient pas dans les eaux irakiennes mais irakiennes de Chatt el-Arab. Cet enlèvement s’était toutefois bien terminé et avait déjà fait l’objet de négociations intenses. Ne parlons pas des accidents involontaires causés par le traité Eurodif (consortium européen d’enrichissement de l’uranium basé en Iran) stipulant que les Iraniens pouvaient retirer 10% de la production réalisée pour l’utiliser à des fins civiles, tandis que l’Iran prêtait 1 milliard de dollars à la France. Lors de la proclamation de la république islamique le 1er avril 1979, la France refusa de reconnaître les parts de l’Iran dans le capital de l’entreprise et de payer sa dette. Ces deux éléments pourtant non dépendants donnèrent lieu aux assassinats et attentats meurtriers à Paris de 1981 à 1991, tels que celui du 9 mars (cinéma Rivoli Beaubourg : 18 blessés), et le double attentat des magasins "Galeries Lafayette" et "Printemps Haussmann" le 7 décembre (43 blessés). La France finit par payer et reçut néanmoins le président Rafsandjani à Paris peu après.

 

L’Iran crée autant de jeux qu’il y a de pays

La ligne sinueuse suivie par l’Iran repose sur des critères tactiques et non idéologiques ou économiques. Toute la difficulté à trouver une ligne de conduite cohérente pour ses interlocuteurs tient à la manière dont le pays a « esquivé », puis rejeté les recommandations extérieures, en rejetant toute responsabilité sur ses détracteurs. L’Iran s’immisce ainsi au centre  et met ainsi un coin au milieu des rivalités économiques et politiques qui existent en Europe et au sein de l’ONU. L’Iran doit suspendre son programme sur résolution de l’ONU ? Qu’à cela ne tienne, les Russes lui fournissent du combustible nucléaire et lancent une centrale à Bouchehr… sous condition de suspendre le programme d’enrichissement. Et le défaut de paiement du client iranien devient le pendant du non-respect des délais par les Russes.

Si les visites requises par le I’AIEA n’ont pas pu être effectuées, l’Iran a continué de prétendre y déceler des ingérences américaines malintentionnées dans ces visites. Si l’Iran souhaite simplement développer son programme nucléaire à des fins pacifiques et civiles, on constate que ses relations avec les autres pays musulmans ou non, ou avec les Etats-Unis n’en sont pas moins déconcertantes.

Exemples : Que dire d’une visite de Condolezza Rice à Téhéran si par ailleurs la classe politique iranienne condamne toute intervention américaine et se moque des tentatives de négociation ? L’envoi de Mme.Rice a été sujet à critiques. Cette visite a néanmoins eu le mérite de rechercher une reprise du dialogue avec un pays qui semble faire peu de cas des résolutions et sanctions prises contre lui lorsqu’il possède les atouts pour les contourner.

En Europe, nous ne savons pas dans si les négociations avec les trois européens et M.Dumas à titre personnel, ont pu être fructueuses. M.Dumas a simplement engagé le PS et la France indirectement à plus de nuance vis-à-vis du programme iranien qu’il considère nécessaire.

 

Y aura-t-il une intervention en Iran ?

Les dernières interventions militaires contre des régimes « dérangeants » du Moyen-Orient sont loin de s’être soldées par des succès. Si l’Afghanistan a moins tenu en haleine la communauté internationale que l’Iran, ce pays n’est pas moins aujourd’hui un véritable bourbier que l’on avait peut-être sous-estimé. Le cas de l’Irak peut être plus facilement rapproché du cas iranien. Un régime menaçant voulant se doter de l’arme nucléaire, un pouvoir extrême et un louvoiement politique. L’Iran sait mieux utiliser sa politique étrangère et les failles de ses adversaires, il dispose de nombreux soutiens et leviers dans des pays limitrophes. L’Iran tenant l’ONU, et chaque pays individuellement dans une relation à la fois particulière et réversible à chaque instant, les conséquences d’une intervention, si un acte frontal venait à la justifier, ne pourraient en être que plus lourdes, « nucléairement » et localement. Qui oserait rompre le fragile équilibre qu’il entretient avec ce pays clairement menaçant, et peu importe le souci d’ « équilibre » nucléaire pour contredire les mots de M.Dumas ? Ne faut-il pas craindre que les sanctions prévues à l’encontre de l’Iran ne soient mises de côté en quelque sorte et que chaque pays fasse cavalier seul à l’image de la France et des Etats-Unis ? Toute action contre l’Iran ferait appel à un soutien et à des moyens unanimes. C’est encore loin d’être le cas. L’enjeu géopolitique et économique de ce pays est tel, que l’on pourrait craindre que les pays belligérants n’entrent eux-mêmes en réel conflit entre eux. Il ne s’agit pas seulement de ne pas « se perdre » en Iran comme en Irak, ou en Afghanistan, mais bien de contrôler l’un des plus gros producteurs de pétrole et gaz, ainsi que les réserves en uranium si l’on pense à la difficulté de trouver de nouvelles sources d’énergie. Sans parler du risque premier, qui est l’aboutissement de ce programme d’enrichissement d’uranium. Cet aboutissement qui se veut pacifique pourrait tout aussi bien être l’obtention de l’arme nucléaire, en violation du TNP. Il pourrait se solder par un éventuel anéantissement des pays qui ne seraient pas ou plus dans les bonnes grâces de l’Iran, ou encore qui ne l’ont jamais été tel Israël, si l’on en revient à cette fameuse phrase du président iranien qui parlait de « rayer Israël de la carte du monde ». Israël se prépare d’ailleurs en ce moment à d’éventuelles attaques et tirs de roquettes. Le risque peut en être indirect et un pays être pris pour cible en représailles aux attaques d’un tiers pays. Ce doute sur la fin mérite bien les spéculations et tentatives de manœuvres « hors » et « en plus » du cadre posé par l’ONU.

 

Audrey Haas

4 commentaires.
 1. Sans titre
Jeremy Fain, Unregistered
Très intéressant cette mise en perspective. Pour faire un peu balancier par rapport aux mésaventures des dirigeants de Total, Areva vient de refuser de participer aux appels d'offres iraniens pour des infrastructures nucléaires. Tout est là: http://www.boursorama.com/infos/actualites/detail_actu_marches.phtml?&news=4092291
 Posted 2007-04-16 09:18:21
 2. Sans titre
Ram Zenit, Unregistered
interressant article et bien fourni.
pourtant il y a une question à soulever: est ce que Dumas n'a pas aussi pourmission d'attenuer les positions exprimées par S. Royale pendant sa campagne? un des seuls points de politique où la candidate à la présidence s'est montrée constante est son rejet du nucléaire iranien qu'il soit militaire ou civil!
 Posted 2007-04-22 03:52:31
 3. Sans titre
Guillaume BARJOU, Unregistered
Bonjour Audrey, peux-tu me contacter?
 Posted 2007-04-26 14:26:00
 4. wow gold
Visiteur, Unregistered
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 Posted 2008-07-07 22:58:15
Merci pour vos commentaires !
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Dernière mise à jour : ( 04-11-2007 )
 
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