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07-10-2008
 
 
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02-08-2004

Les erreurs de la guerre contre le terrorisme

03/08/2004

 

 

On a combattu les mauvais ennemis, au mauvais moment

 

C’est du moins ce qu’on peut déduire des différents commentaires émis sur la guerre contre l’Irak, en relation avec celle contre le terrorisme.  Pour beaucoup, la véritable erreur en ce qui concerne le dossier irakien a été de ne pas ‘terminer le travail’ en 1991, en laissant Saddam Hussein au pouvoir.  A cela s’ajoute une grave erreur commise par les Américains, dit Richard Clarke, coordinateur national pour la Sécurité et le Contre-terrorisme sous Clinton et Bush et auteur du livre Against All Ennemies, récit de ses années à la Maison Blanche et de son expérience face au terrorisme.  Cette grave erreur a été celle de George H. Bush et de son administration, qui ont encouragé à la suite de la Première Guerre du Golfe le soulèvement des Chiites irakiens, sans pour autant leur venir en aide.  Ce soulèvement a été maté violemment par Saddam et sa garde républicaine.  Des années après, lors de la seconde intervention américaine, les Chiites se souviendront sûrement de cela…

 

Mais les erreurs ne se sont pas arrêtées avec Bush père.  Stephen Hayes, journaliste au très conservateur Weekly Standard, et auteur du livre The Connection : How al Qaeda’s Collaboration with Saddam Hussein Has Endagered America,  ajoute à cela que le laxisme dont a fait preuve ensuite l’administration Clinton envers Saddam n’a pas aidé.  Quelques jours avant même de prendre poste, en janvier 1993, Clinton déclarait à Thomas Friedman du New York Times, alors même que les Etats-Unis bombardaient l’Irak pour en riposte aux violations des résolutions onusiennes, que si Saddam voulait avoir une autre relation avec la communauté internationale, il ne suffisait que changer d’attitude.  « Je crois dans les conversions de dernière minute », avait dit Clinton, alors qu’il avait apporté son soutien aux frappes américaines.  Mêmes si les propos de Clinton ont été mal interprétés, le mal avait déjà été fait…

 

Puis vint au pouvoir George W. Bush.  Et le leitmotiv, ou le principal pilier de la thèse de Clarke, est que au lieu de s’attaquer à Al Qaida, au fondamentalisme et au lieu de tenter d’éliminer les vulnérabilités domestiques des Etats-Unis, George W. Bush a préféré s’attaquer à l’Irak, avant même que l’Afghanistan ne soit stabilisée.  Et c’est en cela que la politique étrangère américaine a été irresponsable, dit Clarke.  Bush s’est attaqué à l’Irak, le seul Etat qui n’abritait pas, à ses yeux, d’activités terroristes anti-américaines.  Clinton, à sa place, aurait accéléré encore le règlement du conflit israélo-palestinien, serait parti en Arabie Saoudite, pour s’adresser aux Musulmans directement, se serait efforcé de régler le contentieux pakistano-indien, et aurait tout fait pour stabiliser la situation politique du Pakistan.  Une politique active pour contrer les idéologies de haine émanant des islamistes, ainsi que pour s’attaquer aux racines politiques, économiques et sociales d’Al Qaida.  Bush, lui, a bien fait de traiter prioritairement le dossier afghan, dit Clarke, mais a été bien trop lent.

 

Mauvaise foi, criera sûrement le reste de l’équipe Bush, ainsi que ses partisans.  Clinton, homme idéalisé aujourd’hui, est également perçu comme un homme qui a beaucoup parlé du terrorisme, mais qui a mollement agi…  Envoyer des missiles sur un camp afghan, comme l’a fait Clinton en 1998, là où pouvait potentiellement se trouver Ben Laden, était bien timide, se plaignent les Républicains.  Et c’est aujourd’hui que l’on paye la note salée de cette timidité, ajoutent-ils.

 

Le rapport de la commission bipartisane sur le 11 septembre, qui a été rendu public aux Etats-Unis très récemment, fustige les administrations Clinton et Bush pour ne pas avoir su traiter le dossier ‘Ben Laden’, plus efficacement et plus tôt.  En témoigne le nombre d’occasions ratées par les deux administrations de capturer Ben Laden – 4 sous Clinton, 6 pendant les huit premiers mois où Bush était en poste.  Clinton, rapporte le rapport, et Richard Clarke le confirme, montrait beaucoup d’enthousiasme à attraper Ben Laden.  Mais jamais ces mots ne furent vraiment suivis d’action souligne le rapport.  De même, la note de la CIA qu’avait reçu Bush en Août 2001, et qui indiquait que Ben Laden voulait frapper à l’intérieur des Etats-Unis, n’a pas semblé émouvoir l’administration Bush.  La liste des coupables est donc longue…

 

La prise de conscience à propos d’Al-Qaida : une révélation bien trop tardive

 

La CIA n’a pas vu l’organisation terroriste se former.  Alors que depuis 1993, le nom d’Oussama Ben Laden devenait de plus en plus cité dans les rapports, les agents de la CIA n’ont pas cru qu’une organisation terroriste se cachait derrière l’homme, qu’ils considéraient comme un simple ‘financier’, ou encore enfant gâté, très riche, qui en voulait aux Américains d’être encore présents en Arabie Saoudite.

 

Le « fils de riche » devint alors de plus en plus encombrant pour les autorités saoudiennes, qui l’expulsèrent.  Ben Laden trouva refuge au Soudan, invité par le fondamentaliste al Turabi, avec il développera des programmes d’armes biologiques et chimiques.  Turabi était déjà dans le collimateur de la CIA, mais l’agence de renseignement n’a probablement pas encore saisi ce que représentaient les réseaux de Ben Laden.  La guerre contre Al Qaida avait déjà commencé, alors que la CIA n’avait pas été encore en mesure de mettre un nom sur l’organisation ennemie, et de complètement saisir qui elle combattait en la personne de Ben Laden.

 

Le 11 septembre a-t-il changé le monde ?  Oui, mais qu’à moitié répond Stephen Hayes.  Il a provoqué une révolution intellectuelle dans le monde occidental, ou aux Etats-Unis du moins, dans la mesure où ceux-ci ont pris conscience que les terroristes étaient entrés en guerre contre eux, mais cela depuis bien plus longtemps qu’ils ne le croyaient.  Richard Clarke raconte d’ailleurs qu’avant le 11 septembre, il ne s’était jamais entretenu avec le président Bush à propos du terrorisme, et n’avait pu formuler de recommandations qu’à Cheney, à Condy Rice et à Colin Powell.

 

Des rivalités FBI-CIA qui mènent à la catastrophe

 

Richard Clarke raconte comment quelques minutes après avoir appris que l’Amérique était attaquée, un responsable du FBI avec qui il se trouvait avait été en mesure de lui confirmer qu’il y avait à bord des avions des responsables d’Al Qaida.  Comme le dit Clarke, que Al Qaida ait été mêlée aux attentats n’avait surpris personne.  Mais que le FBI puisse posséder les noms exacts des opérationnels, et que rien n’ait été fait pour les arrêter avant qu’ils ne montent dans ces avions, était absolument inconcevable.  La CIA et le FBI se rejèteront réciproquement la faute.

 

Il apprendra également par la suite que certains de ces pirates, dont Ramzi Youssef, étaient déjà considérés comme dangereux depuis leur arrivée : on avait trouvé dans leurs affaires des manuels pour construire des bombes.  Il n’avait pas de passeport, et avait été convoqué pour une audition au tribunal des douanes de New York.   Ramzi Youssef ne s’y rendra jamais.

 

Aux Etats-Unis, le terrorisme est une affaire internationale uniquement

 

Richard Clarke rend compte dans son livre du chaos qui régnait dans les instants qui ont suivi les attaques, personne ne sachant vraiment à qui s’en référer.  Un jeune soldat de la Marine lui indiqua lui-même qu’une explosion avait eu lieu au World Trade Center, mais n’était pas sûr s’il faisait bien de l’appeler.  « Vous occupez-vous également des crises domestiques ? » lui demanda-t-il…  Comme le commente Clarke, le fait que le terrorisme puisse aussi frapper les Etats-Unis était une idée neuve à l’époque également…

 

 

L’après-guerre en Irak – organisation et ralliement des pays arabes

 

      • Le bourbier irakien ?

 

L’expression, pour décrire la situation actuelle en Irak depuis la fin officielle des combats décrétée en Mai 2003, est devenue monnaie courante dans la presse française et internationale.  La situation est pourtant bien plus complexe…  Bruno Tertrais, lors de l’une de nos conférences, l’avait déjà affirmer en Mai 2004 : une guerre ne se gagne pas en 18 mois. 

 

Tommy Franks, Général qui a commandé les troupes américaines lors des interventions en Afghanistan et en Irak le confirme, dans un nouveau livre, American Soldier : gagner une guerre aussi vite que les Etats-Unis en Irak est très positif, mais ne peut signifier en aucun cas que la reconstruction sera rapide.  Quant au manque de maîtrise de la situation, aux yeux de Franks, c’est la lenteur pour obtenir les fonds nécessaires pour employer des Irakiens dans les infrastructures du pays qui est en cause.  Cette lenteur, selon Franks, absout l’administration Bush de toute négligence.   Le fait que l’armée de Saddam se soit dissoute si facilement, après qu’une grande partie de ses hommes se soient rendus, à été très positif pour les Américains dans la phase de combat, mais a rendu la reconstruction d’autant plus difficile que les hommes pour venir en aide aux troupes de la coalition manquaient cruellement dans la phase de reconstruction.

 

 

      • La question des Droits de l’Homme à Abu Graibh et Guantanamo

 

La Commission Schlensinger, chargée d’enquêter sur les tortures commises dans la prison d’Abu Graibh, en Irak, devra rendre son rapport le 18 Août prochain.  Déjà, cependant, des journaux américains, dont Newsweek (9 Août 2004), ont donné les grandes tendances de ce rapport.  Donald Rumsfeld, à la tête du Pentagone, ainsi qu’un grand nombre de ses collaborateurs, vont être mis en cause pour ne pas avoir su garder en main la situation, et pour ne pas avoir défini de manière claire les règles d’interrogation des prisonniers.  De même, le rapport devrait mettre en évidence un manque de personnel pour mener les interrogatoires, qui a été fatal pour les équipes américaines sur place.  La deuxième partie du rapport, néanmoins, serait plus nuancée, et poserait les bases d’un débat qui a déjà été lancé depuis longtemps aux Etats-Unis : les conventions de Genève sont-elles encore applicables dans le cadre de la guerre contre le terrorisme, dans la mesure où les terroristes en général ne les appliquent pas ?  Oui, diraient une majorité d’Américains, qui veulent que leurs pays incarnent des valeurs morales supérieures.  Mais le simple fait que la question soit posée révèle le profond malaise qui existe au sein de l’exécutif américain, dont les progrès en matière de récolte d’informations décisives pour lutter contre Al Qaida et protéger le pays s’avèrent bien lents.

 

Un goût amer…

 

Au bout du compte, il n’y avait plus de manière optimale de traiter avec les terroristes d’Al Qaida.  Clarke raconte qu’une opportunité d’éliminer Ben Laden s’était présentée en Juin 2001, mais qu’elle n’avait pas été saisie pour autant.  Cela n’aurait cependant rien changé, et même rendu les choses pires : on aurait remis ces attaques sur le compte de la vengeance, et l’opinion publique internationale y aurait vu une justification.

 

« On doit cependant insister sur le fait que même si on avait réussi à arrêter ces 19 malades qui ont agi le 11 septembre, comme on aurait dû le faire, il y aurait eu plus après ».  Telle est, en somme, l’une des conclusions de Richard Clarke.  C’est alors à se demander à quoi servent enquêtes et analyses, surtout quand ce discours fataliste vient d’un ancien haut responsable américain…

 

Jeremy Ghez

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Dernière mise à jour : ( 30-08-2005 )
 
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