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17-05-2008
 
 
Compte-rendu de conférence: Démocratie au Proche-Orient : où en est-on ? Version imprimable Suggérer par mail
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13-04-2005
 
 Un point de vue américain sur la démocratie au Proche et Moyen-Orient
Compte rendu de la conférence organisée par l’association Le Cercle, le 12 avril 2005
A Sciences-Po Paris

Démocratie au Proche-Orient : où en est-on ?
14/04/2005




 
Sont intervenus, Farid Ghadry, Dr Whalid Phares et Dr Barry Rubin. Les trois vivent aux Etats-Unis. Farid Ghadry est Président du « Parti syrien de la réforme » en exile aux Etats-Unis. Dr Whalid Phares est directeur de recherche à la « Fondation  pour la défense de la démocratie » à Washington D.C. Et Dr Barry Rubin est directeur de la « Recherche globale sur les Affaires internationales » (GLORIA) et directeur du Centre Interdisciplinaire de Herzliya en Israël.


 
Ø      Dr Barry Rubin
 
Pour le Dr. Barry Rubin, l’autocratie et la pétromonarchie sont responsables de la situation non démocratique du Moyen-Orient.  A titre d’exemple, la Syrie, la Jordanie, et l’Arabie Saoudite sont dirigés dans la plus grande partie comme dans les années 70 ! Principalement, il n’y a pas de démocratie en raison de barrières internes  (cf rapport de l’Organisation des Nations-Unis sur le développement du Monde Arabe) : place de la femme et absence de liberté.« Les Arabes vivent dans un Moyen Age». Ce sont les gouvernements du Moyen-Orient qui ont empêché la reforme par leur rigidité.
Par ailleurs, Barry Rubin considère que la démocratie n’est pas un concept étranger aux Arabes. Ne pas laisser la démocratie s’exprimer de peur que les islamistes arrivent au pouvoir est un faux prétexte pour poser des obstacles à la démocratie.
Les libéraux des pays arabes doivent faire en sorte que la démocratie soit possible. Mais la classe éduquée est restée dans le silence et la passivité. La majorité de la population ne veut pas des islamistes au pouvoir. Mais qui le sait ? Qui sait que la population veut davantage de libertés ?
 
Ø      Farid Ghadry
 
En Syrie, les gens n’ont pas d’opinion, ou du moins jamais d’opinion à voix haute et encore moins d’opinion sur la place publique. Certains ne savent même pas ce qu’est une opinion. En revanche, il existe, selon Farid Ghadry, un groupe très silencieux en Syrie qui est celui des « double-penseurs ». Ces « doubles penseurs » disent « Vive le Baath ! » et « Vive la Palestine ! » dans la rue, mais qui chez eux pensent le contraire. Ce groupe grandit. Il voit que la démocratie s’installe en Irak, et que des mouvements de protestation au Liban naissent. Il sent que son tour va venir. Mais ce courant est souterrain et invisible du fait de la peur qu’inspire le gouvernement syrien. Il s’agit d’un mouvement dans lequel on trouve toutes les représentations de la population syrienne (kurdes, alaouites, chiites, druzes…).
De l’intérieur, le régime est mal au point. Bachar el-Assad, à la tête de la Syrie est un homme faible. Rien ne le destinait au pouvoir, jusqu’à ce que son frère aîné, Bassel, meurt. La sœur aînée de Bachar, Bouchra – dite « la seule homme politique de la descendance » - joue un rôle déterminant dans la politique intérieure du pays. Très rusée et influente sur son frère. Son mari, Assef Chawka, est l’homme le plus important des renseignements syriens. Quant au petit frère, il est agressif, turbulent, fêtard et fainéant. On dit même que c’est lui qui aurait tout bouleversé  au Liban par bêtise. Il joue donc un rôle très néfaste pour la Syrie. Pour résumer, il s’agit d’un régime dirigé par une fratrie composée d’un faible, d’une femme de poigne, et d’un demi-fou.

Au côté de la famille el-Assad, les services militaires restent puissants. Ils ont en effet beaucoup de moyens pour exercer leurs pouvoirs. Ils terrorisent la population. Mais  on peut s’attendre à ce que l’assassinat de Rafik Harriri les atteigne.  Peut-être seront-ils un jour jugés par le Tribunal International.


L’opposition aujourd’hui vient d’une opposition interne au régime. Mais tous les membres de cette opposition sont en prison. Il existe également une opposition plus timorée qui s’exprime sans jamais traverser la ligne rouge qui fait que l’on peut être emprisonné. Quant à l’opposition à l’extérieur, elle vient des Etats-Unis avec le « parti réformateur de Syrie ». Farid Ghadry qui en est le Président, indique que ce parti cherche la démocratie et la liberté pour tous les Syriens. Ce parti est accusé de venir porter la démocratie en Syrie sur un char américain. Mais c’est faux, « nous sommes pacifiques ». Farid Ghadry est optimiste, il pense que son action de lobbying porte des fruits et que la « liberté est en mouvement ». Son parti veut la démocratie non pas parce que c’est bon pour les Américains mais parce qu’il souhaite une démocratie syrienne propre au bien-être du peuple syrien.
Pour conclure, Farid Ghadry affirme que le régime est devenu très faible et que ce n’est qu’une question de temps avant qu’il n’implose. Les Européens et Américains doivent se sentir prêts pour ce jour.
 
Ø      Dr Whalid Phares
 
Dr Whalid Phares se demande si la démocratie est en marche au Moyen-Orient. Pour cela, il faut observer trois volets, trois mouvements. Le premier est le niveau de l’expression démocratique. A cet égard, le professeur Phares constate que les peuples du Moyen-Orient participent plus, s’expriment-ils plus à travers les institutions légales, élections et manifestations. Le deuxième volet est celui de l’état de la culture politique et de la culture démocratique. La démocratie comme idéologie et doctrine attire-t-elle de plus en plus de partisans ou bien est-elle rejetée ? Le troisième élément est celui de la force anti-démocratique avec toutes les formes de résistance que cela entraîne.
Le carrefour à partir duquel tout s’accélère sont les événement du 11 septembre. En raison de ce moment tragique, un grand mouvement au niveau international et de dimension ‘tsunamique’ a eu lieu. Des vagues en faveur du changement de la part à des populations civiles ont commencé à se manifester. Il y a eu une visibilité accrue de leur volonté de changement politique. Les forces qui veulent ce changement se sont manifestées au Liban, en Turquie, et en Irak.

Les forces démocratiques se sont manifestées après 11 septembre du fait de l’ébranlement du . Avant le 11 septembre, les gouvernements du Moyen-Orient décidaient eux-mêmes du moment pour le début la démocratie. Moment qui n’est jamais arrivé. Deux décennies ont été perdues. Les mouvements démocratiques de ces pays n’ont reçu aucun appui de  l’Europe ou des Etats-Unis pour l’affirmation des Droits de l’Homme ou pour la victoire de la liberté ; ils ont été complètement abandonnés par les Occidentaux. Abandon des Kurdes ; des Noirs du Soudan, abandon de la femme arabe, abandon des dissidents égyptiens. Abandon par les penseurs politiques et académiciens occidentaux. L’intérêt pour la démocratie au Moyen-Orient n’a jamais été très sérieux, ni très vital. Ces forces démocratiques ont alors été opprimées et n’ont pas pu s’organiser.   


Puis il y a eu la montée des mouvements intégristes et panarabes qui a conduit à une lutte interne entre les régimes traditionnels au pouvoir et les intégristes. Au milieu un petit groupe d’intellectuels a maintenu la flamme démocratique. En quelque sorte les terroristes ont dirigé les Etats-Unis vers le Monde Arabe pour modifier l’équilibre. Au départ les Etats-Unis ne veulent que répondre au 11 Septembre, mais en même temps la réaction des américains a été bénéfique au changement démocratique au Moyen-Orient. Il existe actuellement une marche vers la démocratie et un soutien populaire à cette politique internationale.
            Marche que l’on peut observer à partir de trois cas :
 
1)     Afghanistan
Il y a eu un consensus international pour changer le régime des Talibans. Le gouvernement Karzai est installé sur des bases démocratiques (vote de femmes, élections…) Mais il y a une présence des forces anti-démocratiques qui luttent et qui résistent à la démocratie. Toutefois, ce processus va aller de l’avant et va influencer les pays voisins : Pakistan, Iran, Asie Centrale.
 
2)     Irak
Une mosaïque de partis politiques a vu le jour. Les Irakiens veulent la démocratie même si elle est venue d’un changement impulsé par l’extérieur. Le processus d’Irak ne pourra pas être arrêté par les terroristes. Une fois qu’on goûte à la démocratie, on ne revient pas en arrière.
 
3)     Liban
Les manifestations dans les rues du Liban se sont faites contre trois régimes : le régime libanais pro-syrien, la Syrie et l’Iran (Hezbollah). Les communautés libanaises ont été encouragées par l’aide de la communauté internationale (à travers la résolution 1559). Les Libanais ont donc lancé un message au monde : ils rejettent le régime et rejettent le terrorisme. L’assassinat de Rafik Harriri a été la ligne rouge et le catalyseur du mouvement. La démocratie au Liban est en marche, mais les forces anti-démocratiques résistent. Ce qui est certain, c’est que si le Liban devient une démocratie, elle influencera le reste de la région (Beyrouth étant la capitale culturelle du Moyen-Orient).
 
Cette conférence a souligné que depuis les attentats terroristes du 11 septembre, le Moyen-Orient est en ébullition (cf. « Un printemps arabe ?»). Mais quelques questions restent en suspens. La population des pays arabes veut, certes, une démocratie mais elle veut une démocratie arabe sans aucun apport ou influence occidentale. Qu’est-ce qu’une démocratie arabe ? Une démocratie syrienne ? Une démocratie libanaise ? Est-ce une démocratie façon République islamique d’Iran. Les avancées dans la région ne pourront réellement s’observer qu’une fois que les modernistes réformateurs l’auront emporté sur les islamistes fondamentalistes rétrogrades. Les forces démocratiques ont besoin d’un soutien évident de la part de l’Occident. Ils ont aussi besoin de courage. En effet ils affrontent deux féroces ennemis : d’un côté les vieux régimes autocratiques, de l’autre les intégristes. Ces deux ennemis utilisent tous les moyens à leur disposition pour dissuader l’émergence d’un courant démocratique : la peur pour le premier – services de renseignement et armée - et la terreur pour le deuxième – attentats sanglants.
 

 Leslie Palti
 

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Dernière mise à jour : ( 02-05-2006 )
 
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