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07-10-2008
 
 
Compte-rendu de conférence à l'ESSEC: S.E. Nissim Zvili, Ambassadeur d'Israël en France Version imprimable Suggérer par mail
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17-04-2005

Compte-rendu de conférence à l'ESSEC:

S.E. Nissim Zvili, Ambassadeur d'Israël en France.

18 avril 2005

 

 

Brève présentation de Nissim Zvili:

 

Né en Tunisie, il a émigré à l'âge de 12 ans en Israël, pour vivre dans un (village agricole dans lequel les agriculteurs sont propriétaires, mais mettent en commun la gestion administrative). Il se considère aujourd'hui encore comme ""; de même, il ne faut pas chercher de logique dans sa vie…le ton est donné, Nissim Zvili parlera ce soir avec ses convictions, sans que l'on puisse toujours savoir s'il exprime sa propre position ou bien celle de son gouvernement. C'est en tant qu'agriculteur qu'il intègre par la base les rangs du parti travailliste (gauche israélienne), pour gravir peu à peu les échelons jusqu'à la fonction de Secrétaire Général. En 1999, il se retire dans sa propriété près de Tulkarem, jusqu'en 2002, date à laquelle il est nommé Ambassadeur d'Israël en France. Poste dont on sait qu'il faut être plus homme politique que diplomate, en raison des tensions et des négociations très dures qu'Israël eut à mener avec le gouvernement français dans les dix dernières années.

 

Question : On a l'impression qu'entre les ultras de chaque bord, il n'existe pas vraiment de courant central dans le paysage politique israélien:

 

Nissim Zvili : Il est vrai que récemment, Shaoul Mofaz (ministre israélien de la Défense) et Shimon Peres ont chacun prononcé un discours presque identique sur l'avenir des relations israélo-palestiniennes. Or l'un appartient à la droite modérée, l'autre à la gauche modérée. Face à eux, on entend presque plus les cris des ultras; il est vrai que le débat sur les frontières permanentes est actuellement très violent en Israël.

Le pouvoir et les courants majoritaires de l'opposition cherchent en ce moment les points d'unité entre les pensées politiques, et pas les clivages, afin de promouvoir des avancées concrètes dans la résolution du conflit israélo-palestinien, qui est, rappelons le, la priorité numéro un des Israéliens comme des Palestiniens. Ce afin d'éviter de reproduire le marasme qui suivit les accords de1994 (accord de sécurité du Caire, accords d’Erez, accord de paix avec la Jordanie). A l'époque, tout l'échiquier politique israélien vivait dans une sorte d'euphorie, et s'est laissé enivrer. En effet, tout le monde pensait qu'une fois les accords signés, les choses iraient très vite vers la résolution du conflit. Or l'on sait qu'il n'en fut rien. A Charm-el-Cheikh en revanche, on sait qu'il en fut autrement: c'est le réalisme politique qui a primé avant tout, et cela a permis de faire un premier vrai pas.

 

Ariel Sharon et la droite israélienne ont accompli en deux ans une révolution idéologique consécutivement à la prise de conscience suivante: pour voir le conflit israélo-palestinien se résoudre un jour, il faut accepter l'idée d'un état palestinien, et mettre fin au rêve du Grand Israël, incluant le territoire actuel, la Cisjordanie et la bande de Gaza. Les intérêts d'Israël ne sont plus uniquement la sécurité et les liens historiques que les Juifs entretiennent avec la terre d'Israël, ils se triplent maintenant de la question démographique. Pourquoi cette redéfinition des intérêts d'Israël? La population israélienne se compose actuellement de 5 millions d'Arabes israéliens et autres (chrétiens…), et de 5,5 millions de Juifs israéliens. Dans quelques années, si rien n'est fait pour donner à la population palestinienne un cadre national, le seul véritable Etat, Israël, verra son identité diluée, puisque les projections démographiques actuelles donnent une diminution de la part des Juifs dans la population israélienne. Or si le peuple juif n'a pas son Etat là-bas, il ne l'aura nulle part ailleurs. De plus, il est inconcevable de créer un Etat binational, puisque tôt ou tard, les identités culturelles arabe et juive en viendraient à créer les conditions d'une guerre civile. C'est pourquoi le temps presse pour créer un état palestinien; cela, la droite comme la gauche israélienne l'ont à présent bien compris, ce qui n'était pas le cas il y a encore quelques années. Bien sûr, on peut reprocher à la droite israélienne de s'être posé ces questions un peu tard, mais pour être honnête, gauche et droite vivaient dans l'illusion d'un Grand Israël, et ont à présent compris que c'est le réalisme seul qui paiera. Pour expliquer ce revirement politique radical, Ariel Sharon explique qu'en passant de l'opposition aux responsabilités du pouvoir, il a aussi pris conscience des véritables enjeux pour le peuple israélien.

 

Question : Quelles sont les conséquences de la mort de Yasser Arafat, et de l'élection de Mahmoud Abbas qui a suivi le 9 janvier dernier?

 

Nissim Zvili : Yasser Arafat était un symbole, l'identité, l'existence politique des Palestiniens. Il a dirigé leurs combats, et pas seulement contre Israël. Après la guerre des Six-Jours (5-10 juin 1967), personne (même les pays arabes) de croyait en l'existence future d'un Etat palestinien. Quand nous l'avons interrogée sur l'avenir du peuple palestinien, Golda Meïr, ministre et figure de la gauche israélienne d'alors, répondit qu'"il n'y a pas de peuple palestinien." Ainsi pensait la majorité de la gauche en 1967, et pas seulement la droite.

Arafat, n'ayant jamais vécu en Palestine (il est né à Jérusalem, puis ses parents ont émigré au Caire), a réussi le tour de force de créer une identité palestinienne reconnue comme telle sur le plan international. Mais son grand problème fut de n'être qu'un révolutionnaire, qui s'est construit dans le combat et l'opposition. Quand il arriva au pouvoir, ses méthodes n'étaient pas celles d'un chef d'Etat, mais d'un chef de guerre, qu'il n'a jamais cessé d'être. Il y a là des barrières psychologiques qu'il n'a jamais pu franchir, entre terrorisme et action d'Etat. Ceci aboutit au paradoxe suivant: le processus de création d'un Etat palestinien n'aurait jamais commencé sans Arafat, et il n'aurait jamais abouti avec lui. Voilà pourquoi Israël a, dès 2001, tourné officiellement la page Arafat, en refusant de reconnaître en lui un interlocuteur sérieux, lui pour qui la seule façon d'obtenir des avancées politiques était le terrorisme. Une sorte d'état de guerre permanent, en quelque sorte, mais en a-t-on jamais douté? De par cette façon de penser l'action politique, on comprend qu'il se disqualifiait automatiquement de toute relation constructive avec l'ennemi: l'Etat d'Israël.

 

A l'opposé, Mahmoud Abbas a reçu du peuple palestinien pour résoudre le conflit. Il est l'opposé complet de ce que représentait Arafat, en ce que sa légitimité politique est avant tout démocratique: il a reçu le pouvoir des urnes, et non des armes. Malgré toutes les difficultés qu'il rencontre, il se comporte en véritable chef de gouvernement, et adopte des moyens d'action politiques, qui le rendent compréhensible par Israël, son gouvernement comme sa population.

 

Question : Mais Mahmoud Abbas est-il capable de maîtriser les groupes terroristes?

 

Nissim Zvili : Le principe fondateur est que Mahmoud Abbas essaie d'intégrer les terroristes dans la politique palestinienne. Sur la pertinence de cette stratégie, les renseignements israéliens font entendre deux sons de cloche. Selon les Renseignements Généraux (et l'on sait d'expérience combien ils sont fiables), le calme des terroristes est illusoire, et la trêve actuelle que l'on peut constater leur permet de se réarmer, restructurer, et préparer la prochaine vague de terrorisme. Les services de renseignement de l'armée vont plus loin: cette menace est bien réelle, mais nous nous sentons actuellement suffisamment puissants pour prendre ce risque, et sortir de l'impasse terrorisme-répression dans laquelle nous sommes actuellement. C'est ce risque qu'Ariel Sharon veut maintenant prendre. Et c'est à ce moment qu'on comprend pourquoi il était impossible de progresser avec Arafat comme interlocuteur, lui qui voyait le terrorisme comme le moyen d'action fondamental, à la place de la politique. C'est le seul moyen de restaurer la confiance, sinon entre les peuples, du moins entre les dirigeants, et de leur donner des moyens d'action.

 

Question : L'embellie actuelle dans les relations israélo-palestiniennes s'inscrit-elle dans le "Printemps Arabe" http://www.afidora.com/ARTICLES/analyse_49.htm)

 

Nissim Zvili : Le peuple palestinien a vécu 35 ans d'occupation (NDLR depuis 1967); il est actuellement le peuple arabe le plus mature pour une démocratisation de son Etat. L'élection triomphale de Mahmoud Abbas contre le candidat du Hamas en est notamment un signe fort.

 

Mais le vrai défi sera le 17 juillet prochain, quand les Palestiniens se rendront aux urnes pour élire leur Parlement. C'est là que se manifestera le vrai choix, puisque la pluralité des opinions sera exprimée à travers ces élections législatives. Deux options se dessinent: ou bien les Palestiniens soutiennent le Fatah, et expriment alors leur accord de principe pour la reconnaissance d'Israël et la fin des violences; ou bien ils soutiennent le Hamas, et valident l'idéologie de la destruction d'Israël. L'enjeu est fabuleux, et crucial. Le Hamas bénéficie d'un soutien majoritaire dans la bande de Gaza, mais il est minoritaire en Cisjordanie, où ce sont les modérés qui ont les faveurs de l'opinion. A partir de là, j'estime que le Hamas représentera entre 30% et 35% du futur Parlement palestinien. Qu'il y ait en Palestine un parti militant pour notre destruction de nous dérange pas, pourvu qu'il ait été démocratiquement élu. Nous avons bien nos propres mouvements radicaux qui ne reconnaissent pas de peuple palestinien (6% - 7% de la Knesset, le parlement israélien).

 

Ainsi Mahmoud Abbas doit-il convaincre son peuple de la chance que représente la tenue des élections législatives. Rien d'impossible, car ce que veulent les Palestiniens, c'est une amélioration tangible de leurs conditions de vie. La situation actuelle dans la bande de Gaza, où beaucoup vivent dans les conditions d'un camp de réfugiés, est une honte. Dès lors, il seront plus attentifs à ceux qui leur proposent des améliorations réelles, plutôt qu'aux idéologues.

 

Question : On parle en ce moment du retrait de l'armée israélienne de la bande de Gaza; qua va-t-il se passer?

 

Nissim Zvili : Le débat autour des frontières permanentes d'Israël est actuellement extrêmement violent, et rappelle les semaines précédant l'assassinat d'Itzhak Rabin (4 novembre 1995), quand j'étais Secrétaire Général du parti travailliste. Ce meurtre politique a dévié le cours de l'Histoire; il fut le fait d'un courant extrémiste juif, mais marginal à l'époque. Aujourd'hui en revanche, 20% à 25% des Israéliens sont opposés au retrait de la bande de Gaza et des colonies en Cisjordanie. Ce chiffre est très inquiétant, car il montre que ce mouvement n'est, lui, pas marginal. De plus, il rassemble un cocktail détonant, mêlant des colons, l'extrême droite israélienne (6% - 8%  de la population), et des rabbins fanatiques qui appellent à la désobéissance à l'armée en cas d'opérations d'évacuation. Cette situation est très dangereuse, et instable, avec à la clé le risque que les colons évacués soient poussés au pire (NDLR : assassinats politiques…).

 

Question : Quand la France participera-t-elle au processus de paix?

 

Nissim Zvili : Les relations entre la France et Israël se sont dégradées ces dernières années. Durant la seconde Intifada, on a assisté à une réaction très dure de la société française vis-à-vis d'Israël. Pourtant, la France fut la pays qui a le plus soutenu la création de l'état d'Israël en 1948, et qui l'a assisté dans ses premières années, comme dans les autres moments critiques. Il en fut ainsi de la guerre des Six Jours (1967), durant laquelle Israël combattit avec des armes et des chars français contre la coalition de pays arabes venue l'attaquer. 

La France a longtemps considéré Israël comme un miracle, avec lequel elle partageait des idéaux (le modèle du , les Droits de l'Homme). L'occupation de territoires par Israël qui suivit la guerre des Six-Jours sonna en France comme une très grande déception; c'est à ce moment que De Gaulle qualifia Israël de "". D'où une dégradation immédiate des relations franco-israéliennes.

 

Ces derniers mois en revanche, on assiste à une embellie notable, assortie de la redécouverte d'idéaux communs, et l'accumulation de signes positifs, ce qui se traduit notamment par des positions diplomatiques communes. Par exemple: nos deux pays sont d'accord sur le principe d'indépendance du Liban, auquel la France est très attachée. Seule divergence: comment traiter le problème du Hezbollah à la frontière israélo-libanaise? Mêmes positions à propos de la menace nucléaire iranienne, et du plan de désengagement de la bande de Gaza  proposé par Ariel Sharon. Réciproquement, nous apprécions la détermination des pouvoirs publics français à lutter contre l'antisémitisme.

Ces évolutions créent une ambiance différente, qui se traduit par exemple par une coopération des agences spatiales française et israélienne, un dialogue entre les armées.

Au fond, tout dépend de la volonté d'Israël de faire progresser le plan de paix.

 

Question : Justement, quid du mur de sécurité, qui est une pomme de discorde entre la France et Israël?

 

Nissim Zvili : Après l'expérience du bloc communiste, du rideau de fer et du mur de Berlin, l'Europe ne peut pas comprendre la construction d'un mur de sécurité entre Israël et les territoires palestiniens. C'est pour moi (et je n'engage pas mon gouvernement sur ce point) un constat d'échec; j'en fais personnellement l'expérience, puisque j'habite une propriété située à 400 mètres du mur, près de Tulkarem. Mais pour le moment, je ne vois pas d'autre solution. Or cette solution fonctionne: des régions à présent protégées par le mur (230 Km en tout) ne subissent plus d'attentats. Ce sont des résultats tangibles, qui montrent que cette solution, provisoire et non satisfaisante, était la bonne. Sur le principe, cette stabilisation permet ainsi de relancer les bases du processus de paix, et ce principe est acquis à gauche comme à droite. N'oublions pas que c'est la gauche israélienne qui a lancé l'idée d'un mur de sécurité, contrairement à la droite, qui refusait le principe même de frontières avec les Palestiniens, puisqu'elle ne reconnaissait pas leur peuple.

Le mur rend des frontières –bonnes ou mauvaises- tangibles, et permet l'acceptation de frontières permanentes d'Israël comme la reconnaissance de deux pays sur un même sol.

Mais attention; j'espère que cette barrière pourra être détruite un jour!

 

 

 

 

            Au-delà de l'Ambassadeur, c'est l'homme qui s'est exprimé ce soir-là; l'agriculteur attaché à sa terre, et donc profondément conscient des enjeux du conflit israélo-palestinien, conflit de territoire s'il en est. Sur un ton parfois fatigué, mais surtout pas résigné, M. Zvili a tenu à faire comprendre la situation inédite dans laquelle se trouve la politique israélienne actuellement, qui accepte de prendre un risque de taille (l'intégration du Hamas dans le futur parlement palestinien) pour relever le défi de la démocratisation de l'Autorité Palestinienne.

La prise de risque, c'est justement pour la minimiser que le gouvernement Sharon fut élu. A présent, Mahmoud Abbas et Ariel Sharon se retrouvent autour du pragmatisme. Prochain objectif: les élections législatives palestiniennes du 17 juillet 2005.

 

 

Pierre-Marie Duché

 

 

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Dernière mise à jour : ( 22-07-2005 )
 
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