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07-10-2008
 
 
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23-03-2005

 

Synthèse d'ouvrage :

Géopolitique de Jérusalem

Frédéric Encel

24 mars 2005

Il y a deux directions bien distinctes dans le livre de Frédéric Encel, la première est un passionnant résumé de l’histoire d’une ville et plus encore de l’histoire d’un pays ou plutôt de la confrontation de deux pays ? Mais, peut on parler de deux pays ? Ou bien, doit on plutôt parler de deux assemblages hétéroclites qui revendiqueraient une unité qui n’existerait que dans les fantasmes de certain ? C’est cela la « deuxième direction » du livre. Fréderic Encel se plonge dans les représentations mutuelles des Israéliens et des Palestiniens pour comprendre les motifs essentiels de la querelle autour de Jérusalem.

Avant toute choses, deux remarques : cet article ne fait pas le résumé des apports historiques de l’ouvrage (nous conseillons à nos lecteurs de se reporter au lien suivant http://www.afidora.com/ARTICLES/synthese_38.htm, s‘ils désirent plus d’information à ce sujet), pas plus qu’il ne satisfera notre lecteur avide des derniers développements concernant la ville sainte, l’ouvrage datant de 1998. Le parti pris de cette synthèse est d’éclairer le lecteur sur la « deuxième direction » du texte, c’est-à-dire là ou Fréderic Encel amène sa contribution propre à la réflexion sur le conflit.

La méthode de Fréderic Encel consiste à « confronter systématiquement les points de vue des divers protagonistes et leurs arguments contradictoires, mais aussi à envisager les positions et les stratégies de chacun d’eux à différents niveaux de l’analyse spatial , local ou international », selon Yves Lacoste qui réalise la préface de l’ouvrage. Cette méthode amène clairement une réelle objectivité au texte que l’auteur ne revendique pourtant pas.

Les représentations palestiniennes : une mythification récente de Jérusalem.

La thèse de Fréderic Encel est que la sacralisation de Jérusalem pour les Musulmans n’a pas toujours existé. Même si Jérusalem a toujours eu une certaine importance, cette représentation quasi divine de la ville par les Musulmans est davantage le produit du conflit avec les Israéliens que d’une tradition millénaire.Ainsi un (texte d’enseignement oral attribué au Prophète) indique que « Jérusalem est la ruine de Médine ».Jérusalem n’était donc pas l’égal de Médine ou de la Mecque. Une première mythification de la cité eut lieu vers 1150 ou beaucoup d’ louangeurs furent écrits sur Jérusalem. La cité fut ensuite de nouveau délaissée et n’est d’ailleurs jamais devenue la capitale d’un Etat d’essence islamique. La mythification de Jérusalem par les musulmans recommence au moment du développement du sionisme politique.

D’après Fréderic Encel, on ne rencontre point de velléité spécifiquement palestinienne avant les années quarante, au moins. L’identité palestinienne se construit plutôt dans les Territoires ou dans les camps de réfugié des Etats voisins à partir de 1967, le mythe de Jérusalem comme ville sainte va jouer à plein dans la construction de cette identité nationale. En effet, lorsque Jérusalem tomba sous la souveraineté israélienne, donc entre des mains non musulmanes, les représentations autour des croisades furent exploitées au maximum. Et c’est seulement à partir de 1975 que la ville devint le symbole même de la Palestine.

Les représentations israéliennes : une ville sacrée en attente du Messie.

Au contraire, le peuple juif a toujours sacralisé la ville de Jérusalem. En effet, une des éléments fondamentaux du judaïsme, c’est l’attente du Messie. Or, ce Messie ne peut arriver que si deux conditions sont réunies : le rassemblement des exilés et la reconstruction de Jérusalem.

Ainsi, la représentation juive de la Terre sainte prend en compte trois espaces géographiques. Le premier est (la terre d’Israël), le deuxième est la ville de Jérusalem et le troisième est le Temple. La Terre sainte ne se conçoit donc pas sans Jérusalem, pour les Juifs. Fréderic Encel résume bien la situation en écrivant : « Jérusalem apparaît donc simultanément comme un espace sanctifié et comme une partie d’un ensemble de lui-même sanctifié et doté des mêmes caractéristiques ».

Les contre-représentations palestiniennes à l’égard des Israéliens.

Quelle est la représentation qui a le plus influé sur le comportement des Palestiniens envers les Israéliens ? Assurément, le fait que les Juifs ne constitueraient pas un peuple. La diversité des origines du peuple sioniste le transformerait en une mosaïque plutôt qu’en une communauté. Mais les Palestiniens ont tort, car les sionistes ne se représentent pas comme venant en Israël, mais plutôt comme revenant en Israël en formant un et un seul peuple. Cette notion de peuple n’a jamais été perçue par les Palestiniens qui ne peuvent, par conséquent accorder aucune légitimité au nationalisme juif et voient dans le sionisme une « supercherie ». Ainsi dans la nouvelle mouture de la constitution de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) de 1968, on peut lire : « Les prétentions fondées sur les liens historiques et religieux des juifs avec la Palestine sont incompatibles avec les faits historiques et avec une juste conception des éléments constitutifs d’un Etat. Le judaïsme, étant une religion, ne saurait constituer une nationalité indépendante. De même, les Juifs ne forment pas une nation unique dotée d’une identité propre, mais ils sont les citoyens des Etats auxquels ils appartiennent ».

La deuxième contre-représentation à l’égard des Israéliens, c’est qu’ils forment un poste avancé de l’impérialisme occidental. En effet, l’Etat israélien n’existerait qu’à cause de la décision de l’Organisation des Nations Unies (qui comme chacun sait, n’est qu’un club occidental) de 1947, qui voulait se donner bonne conscience après les persécutions nazies. Cette thèse du complot occidental a été mise en valeur par la vague de dirigeants arabes, laïques et nationalistes comme Nasser.

Les contre-représentations israéliennes à l’égard des Palestiniens.

La première contre-représentation des pionniers du sionisme est d’avoir considéré que la terre qu’ils envahissaient était vide de toute société structurée. En cela, les premiers sionistes se situaient dans le courant de pensée hégémonique en cette époque de colonisation qui faisait de tout « terre non blanche », une terre vierge et donc disponible.

La deuxième contre-représentation qui serait encore prégnante, si l’on en croit Fréderic Encel est celle d’un « colonialisme du progrès ». A savoir que les sionistes considéraient que les arabes se réjouiraient de leur arrivée, synonyme de progrès technique et matériel. Mais les sionistes ont eu tort de se représenter ainsi la situation, car jamais les arabes n’ont arrêté d’affirmer que leur objectif prioritaire était la souveraineté sur un territoire et que les échanges favorisant les progrès ne devaient arriver qu’une fois cette condition remplie.

Ainsi Teddy Kollek, pourtant maire de Jérusalem de 1965 à 1991, affirme que les Palestiniens sauront se satisfaire des progrès techniques amenés par Israël, en l’échange de la paix.

Enfin, il a existé une erreur de perception majeure des Israéliens envers les Palestiniens - eux aussi croyaient que leurs rivaux ne formaient pas un peuple. Pour les Israéliens, l’identité palestinienne n’a longtemps pas existé, les arabes vivant en Palestine pouvaient être des citoyens israéliens, jordaniens, voire des résidents apatrides sous tutelle égyptienne. Mais ce que les Israéliens n’ont pas vu, c’est que « l’incompréhension, l’hostilité puis la haine viscérale des Arabes de Palestine et d’Israël ont contribué à faire de ces Arabes des Palestiniens proprement dits ».

Benjamin Rouach

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Dernière mise à jour : ( 03-08-2005 )
 
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