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02-05-2004

Merci pour la clarté, M. Moratinos !

03/05/2004

D'après le journal en ligne Proche-Orient.info, le ministre des Affaires étrangères espagnoles, Miguel Angel Moratinos, a déclaré à propos de l'échec de Sharon sur le référendum du retrait de Gaza:


"50 000 personnes bloquent toute dynamique de paix. Neuf millions de  personnes – 6 millions d'Israéliens et 3 millions de Palestiniens - dépendent du vote de 50.000 colons qui ne veulent quitter ni Gaza ni la Cisjordanie. Nous ne pouvons pas continuer à être les otages d'un si petit nombre. La communauté internationale devra prendre ses responsabilités car on ne peut pas appuyer la politique de colonisation des territoires occupés par Israël. Cela, il faut le dire clairement. La communauté internationale et la société israélienne devront un jour se réveiller."


Cet appel à la communauté israélienne et internationale appelle deux remarques.


La première est sur la forme du propos.  Elle ne fait que confirmer ce qui se profilait depuis quelques jours, et notamment depuis la mort de Yassine : la clarté, et le devoir de se réveiller, incombent uniquement aux Israéliens, aux yeux d’une majorité de la classe politique européenne.  M. Moratinos en est la preuve.  Lui qui ne voulait pas répondre, en Mai 2003 à une question d'un journaliste du même journal, lorsqu'il était encore le représentant spécial de l'Union européenne pour le processus de paix au Proche-Orient.  Le journaliste lui avait en effet demandé s'il considérait que le Hezbollah était un mouvement terroriste ou pas.  La réponse fut on ne peut plus révélatrice de l’état d’esprit de cette même classe politique majoritaire en Europe: "Vous me demandez si le Hezbollah est un mouvement terroriste. Je ne répondrai pas à cette question". 

 

Tout cela pour dire que l’on aurait également souhaité la même fermeté de la part de M. Moratinos lorsque les images de Arafat et de Qoreï posant tout sourire avec les dirigeants du Hamas furent rendues publiques.  Cette complicité affichée entre l’Autorité palestinienne et le Hamas ne semble pas causer à M. Moratinos le même cas de conscience.  C'est regrettable, parce que les Israéliens, eux, ne manqueront pas de le remarquer.  Les Américains, de leur côté, pourront difficilement se sentir gênés à l’avenir par des accusations émanant d’Europe, les traitant d’ «arbitre partial ».


La deuxième remarque est que le Ministre espagnol n'envoie pas de message bien clair concernant ses sentiments sur l'échec de Sharon.  On parle de 50 000 colons (sont-ils tous opposés au retrait israélien de Gaza?) qui tiennent en otage toute la région, mais on ne parle pas du projet Sharon, ni de sa possible mise en œuvre, indépendamment de son refus par le Likoud.


Hier, l'Europe condamnait Sharon pour son plan de retrait.  Aujourd'hui, elle appelle au retrait.  L'ambiguïté est notable, même si elle est expliquée par le fait que Moratinos parle de Gaza et de la Cisjordanie.  Mais la communauté internationale aurait pu saisir une occasion d’un retrait partiel, mais qui n’était pas obligé de s’arrêter là – avec, par exemple, la venue d’un nouveau gouvernement ou l’entrée des Travaillistes israéliens au gouvernement.  Au lieu de cela, à l’exception des Etats-Unis, cette communauté internationale n’a pas su être opportuniste, prendre le plan Sharon pour ce qu’il valait, et attendre un moment plus opportun pour faire pression sur Israël.  En d’autres termes, elle n’a pas su voir dans le Plan Sharon l’idée de « Gaza d’abord » au lieu de « Gaza seulement », alors que la première alternative n’est nullement exclue.

 

A la lumière de tout cela, la crédibilité de M. Moratinos, en tant qu’ancien responsable européen, en a certainement pris un coup, aujourd’hui, aux yeux des Israéliens et Américains.

 

Jeremy Ghez

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Dernière mise à jour : ( 30-08-2005 )
 
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