| Mourir pour Yassine |
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| 27-03-2004 | |
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Mourir pour Yassine 28/03/2004
Loin des alcôves où se complaisent certains intellectuels, le monde de demain se façonne parfois dans les rues et les bistrots. Être à l’écoute des rumeurs du monde, pour insuffisant que cela soit pour un site de géopolitique, n’en est pas moins une première étape fondamentale. Pour ce faire, commençons par écouter les réactions des lecteurs. Et puisque nous n’avons pas l’heur d’en avoir pour l’instant, nous n’avons qu’à simuler une telle correspondance. Shirel, de Sarcelles, m’enverrait la réaction suivante : « Je suis ulcérée par tout ce que j’entends en ce moment ! Ce monstre, qui a tant de sang sur les mains, n’est pas moins cruel que Ben Laden, dont le monde entier se serait réjoui qu’on l’assassine ! » Leïla m’écrirait : « C’est du pur terrorisme d’Etat. Cheikh Yassine était un héros, il a donné sa vie pour la cause palestinienne. Quelle lâcheté de s‘en prendre à un vieillard handicapé ! ». Jacques, de Paris, m’écrirait : "La France, et c'est le cas de toutes les nations de l'Union européenne, condamne sans réserve le terrorisme mais également tous les actes de violence, notamment lorsqu'il s'agit d'actes contraires au droit international".
Cheikh Ahmad Yassine, comme jadis Yasser Arafat, a fait ses premières classes chez les sympathiques Frères Musulmans. Jeune enfant, il vécut un traumatisme atroce : son père est assassiné par l’armée israélienne lors du massacre de ….(Attention aux excuses toutefois: si tous les Israéliens et Palestiniens ayant perdu un proche devaient devenir des leaders terroristes particulièrement violents, nous n’écrierions même plus sur ce conflit). Autre traumatisme, le jeune Yassine perd toute motricité suite à un mauvais coup lors d’un match de football. D’où sa légendaire chaise roulante .... Il devient plus tard un « activiste » islamiste, relativement modéré et radicalement opposé à la « gauche » qu’incarne Yasser Arafat, trop peu islamisante à son goût (concessions au nationalisme nassérien, alliance avec les terroristes d’extrême-gauche occidentaux, présence de chrétiens…) Plus tard, il reprend une idée du Hezbollah (et des Tigres Tamouls, mais plus accessoirement, sans vouloir vexer personne) qui va révolutionner la guérilla dans le monde arabe, et grâce à la Qaïda, le terrorisme en Occident : l’attentat suicide. Pour ceux qui en doutent, citons un quotidien français [1][1]qui recueille les réactions suivantes : « Les sionistes vont souffrir pour leur crime. Cheikh Yassine était notre père, notre modèle, l'inventeur des attaques-martyres», poursuivait Mohsen, 23 ans, un habitant du quartier nord de Cheikh Radouane, bastion du Hamas, dans le cimetière duquel le fondateur du groupe islamiste a été enterré, hier, alors que 200 000 Palestiniens accompagnaient sa dépouille. » En 1987 , il fonde la Hamas (Mouvement de la résistance Islamique) avec son compère Abdelaziz al-Rantissi. Il en devient peu à peu le chef spirituel (mais là encore, nulle sainteté ne doit s’en dégager: Hitler était un chef spirituel du nazisme…) . Il lance alors ses campagnes d’attentat suicides en 1994 en plein processus de paix, dont il ne veut pas, campagnes qui prendront un nouvel élan avec la Seconde Intifada. Son mouvement est responsable de plus de la moitié des 900 victimes israéliennes. Passe encore si l’élimination de Sionistes ne vous émeut pas. Mais rendez-vous compte qu’en organisant des attentats-suicides, il a poussé à la mort plusieurs centaines de Palestiniens ? Le crime ne devient-il pas d’un coup plus atroce ? Non, rétorquez-vous avec beaucoup d’aplomb, car de toute façon, dans de telles conditions de misère, d’injustice et d’oppression brutale, la mort était préférable à la vie. (Allez dire ça aux palestiniens caméra éteintes….) Rappelons que la misère et l’oppression ont toujours existé, mais pas le fait de vouloir mourir pour tuer des oppresseurs, même s’ils martyrisent son peuple (à un rythme dérisoire comparé aux conflit disons… africains). Et la situation n’est pas même cela, puisque le Hamas a un goût très prononcé pour les massacres de civils et ne vise que très occasionnellement l’armée israélienne : c’est à dire que les kamikazes meurent pour tuer le peuple des « oppresseurs », (admettons un instant l’infamie de l’entité sioniste). Par ailleurs, chaque kamikaze se voit promettre une place au paradis près de Allah entouré d'une cinquantaine de jeune filles vierges ; sa famille recevra la somme de 20,000 US $. La plupart d’entre eux sont des bourgeois de bonne famille ou ayant reçu une bonne éducation, jusqu’à du moins ce que le Hamas en manque de chair à canon recrute essentiellement des sidéens en fin de parcours ou des membres de famille accusées de collaboration. J’oserai même dire qu’éliminer cheikh Yassine serait presque rendre service au peuple palestinien. Or qu’entendons- nous ? A l’ignominie de l’exécution d’un des pires criminels de la région s’ajouterait presque l’indélicatesse de s’en prendre à un handicapé ! Rappelons qu’il s’agit d’une lutte à mort : lors de la création du Hamas en 1987, l’objectif fixé est alors non seulement de mettre fin à l'occupation israélienne de la Cisjordanie et de la bande de Gaza mais également de détruire Israël. A CQFD nous préférons la dissonance provocatrice aux mélodieuses ritournelles grégaires. C’est-à-dire, dans le contexte, que nous aimons bien les exécutions ciblées. Parfaitement. Et cela parce que nous préférons les exécutions ciblées aux exécutions sommaires ou indifférenciées. Tirer sur le terroriste plutôt que tirer dans le tas. Car quoi de plus injuste qu’infliger une punition collective pour les crimes de quelques-uns ? Le peuple palestinien paiera t-il longtemps pour la folie meurtrière de quelques brutes sanguinaires drapées d’une prétendue sainteté ? On m’objectera que l’armée israélienne est également responsable de bien des morts. C’est plus que regrettable, mais qui oserait sincèrement dire que l’objectif principal de la jeune soldatesque de Tsahal, lors des si nombreuses incursions dans les territoires, est le même que celui de feu cheikh Yassine, c’est-à-dire tuer des civils innocents ? Sans doute leurs méthodes ne sont-elles pas des plus délicates, mais qui oserait imaginer que c’est par plaisir que ces adolescents affrontent le feu ennemi avec un armement autrement plus percutant? Eh bien, beaucoup l’oseraient. Ceux-là même par exemple, qui imaginent que les jeunes russes se livrent avec délectation à une guerre d’extermination dans la Tchétchénie mafieuse et djihadiste. Certes, parfois, parler de massacre pour l’Armée russe ou d’exactions pour Tsahal n’est pas si éloigné de la vérité. Mais c’est bien contre leur gré que les idéologues en herbe et autres lecteurs de Libération y parviennent, à cette vérité-là…car l’objectif n’est pas tant l’analyse lucide et dépassionnée, que la justification à tout prix de l’idée maîtresse, la même au fond qui court dans notre histoire depuis que ni l’Angleterre ni l’Allemagne ne sont nos ennemis numéro 1 : la conspiration américano-sioniste , capitaliste et maçonnique, contre toutes les victimes de la terre. Naturellement, nous préférerions dans l’idéal que l’on puisse régler ces problèmes pacifiquement. Mais dans l’idéal, Palestiniens et Israéliens cesseraient leur conflit imbécile. Puis tous, se tenant par la main, formeraient une ronde et chanteraient quelques hymnes pacifistes, alors que la France rétrocéderait l’Alsace à l’Allemagne et la Corse à l’Italie, reconnaîtrait la souveraineté pleine et entière à la Bretagne dans ses frontières de 1532 avec Nantes-Ouest comme capitale, et octroierait une autonomie totale à la république islamiste naissante de Seine-Saint-Denis. Réciproquement, en se retirant des territoires occupés, le peuple d’Israël évacuerait également Deauville… Retour sur terre. On m’objectera que pour une grande partie des Palestiniens et de certains trotskistes français, le Hamas n’est pas la cause de la répression israélienne, mais au contraire un instrument de défense d’un peuple opprimé. Mais dans ce cas, nul ne pourrait comprendre le calcul funeste des dirigeants israéliens initié par Golda Meir en 1970: privilégier le Hamas pour faire pièce au Fatah de Yasser Arafat, erreur que l’on comprend mieux si l’on pense que l’OLP n’a reconnu Israël qu’en 1988. " Les associations islamiques et l'université recevaient tous les encouragements du gouvernement militaire en charge de l'administration de la Cisjordanie et de Gaza" écrivait en octobre 1987, l'hebdomadaire israélien Koteret Rashita. Peu après Oslo, le Hamas reprend l’initiative et lance une campagne d’attentats de grande envergure…et en 1997, contre toute attente, Netanyahu libère Cheikh Ahmed Yassine pour " raison humanitaire ". Sans doute, Netanyahu espérait-il que les islamistes torpillent les accords d'Oslo… Mieux encore : après avoir expulsé Yassine vers la Jordanie, il l'autorise à rentrer à Gaza où il est accueilli en héros en octobre 1997. Et pourtant : le Hamas est bien responsable en grande partie des malheurs palestiniens. Reprenons notre journal : « Yasmine, une étudiante, se disait pessimiste et épuisée, bien qu'en colère contre Israël. «J'espérais vraiment que Sharon allait se retirer de Gaza, maintenant plus rien n'est sûr, soupirait-elle. Avec cette provocation, le Hamas va multiplier ses attaques et nous allons écoper, comme d'habitude.» Ce qu’il y a de tragique, c’est que cet assassinat devait préparer le retrait israélien de Gaza. Et là l’Histoire ressurgit: pendant nombre de guerres de successions, c’est l’homme ou le clan surenchérissant le plus dans l’exaltation fanatique qui l’a emporté. Pensons à Lénine et Staline, Staline et Béria… Si l’on peut se réjouir de l’élimination du Hamas pour l’essentiel, si l’on ne craint pas, avec la meute, que cela empire la situation (car où a t-on vu que l’élimination d’un mouvement extrémiste et fanatique faisait obstacle à une paix ultérieure ?), force est de reconnaître que Rantissi, s’il souhaite asseoir son pouvoir, devra sans doute dans un premier temps redoubler de haine anti-israélienne ostentatoire. Ce qui ne sera guère difficile : al-Rantissi est considéré comme l’un des « radicaux » du Hamas…Ce pédiatre de formation, qui a lui aussi étudié en Egypte auprès des Frères Musulmans, a même dû séjourner dans les geôles palestiniennes tant son extrémisme portait préjudice à la Palestine. Rien de bien rassurant… Heureusement, reste de quoi s’amuser malgré tout : pensez que les premiers à défendre la mémoire de feu Yassine seront nos pittoresques « anti-guerre » et autres « pacifistes » auto-déclarés. Or en mai 1939, un maire d’ Angoulême un peu frustre lançait également une campagne anti-guerre : il s’agissait alors de ne pas « mourir pour Dantzig ». Et Marcel Déat devait devenir, deux ans plus tard, l’un des premiers collaborationnistes de France. Certes nous ne sommes pas en 1939. Le totalitarisme, de brun qu’il était, est devenu vert. Il n’y a nul racisme dans ces propos : le musulman, pas plus que l’allemand, n’est prédisposé à la frénésie meurtrière et fanatique. Seulement, nous avons aujourd’hui un nouvel ennemi, terriblement dangereux car exalté. " Dieu est notre but, le prophète notre modèle, le Coran notre constitution ", proclame l'article 7 de la charte du Hamas. Quelle différence avec Al-Qaida ? Ces deux entités ne sont pas des mouvements politiques, pas plus que ne le fut le totalitarisme nazi. Ce sont deux sectes haineuses, alliées dans leur folie assassine. Il faut leur déclarer la guerre, messieurs les pacifistes : car ceux de nos contemporains qui, jadis, n’auraient pas voulu mourir pour Dantzig, comptent parmi les meilleurs alliés de ceux qui, il y a peu, voulaient mourir pour Yassine.
Steve Danino |
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| Dernière mise à jour : ( 30-08-2005 ) |
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