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07-10-2008
 
 
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05-09-2004

La France payera le prix fort

06/09/2004

 

 

              A l’heure où sont écrites ces lignes, l’incertitude la plus totale plane sur le sort des deux otages français, les journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot.  Et en France et dans le monde, on ne peut qu’espérer que l’issue de cette crise sera positive, et que nos deux concitoyens rentreront en France prochainement.

 

Mais quelque soit l’issue, encore non déterminée, de cette crise, une conséquence paraît désormais claire et incontestable : la France, dans un effort de sauver ces deux hommes, a entamé une grande partie de son capital de crédibilité dans la poursuite de sa politique étrangère au Proche Orient et vis-à-vis des Etats-Unis.  Et aujourd’hui, plusieurs questions méritent d’être posées. 

 

La diplomatie française n’a pas eu de scrupules à rappeler à qui voulait bien l’entendre que le pays s’était opposé à l’intervention américaine en Irak, et donc que ses ressortissants ne méritaient pas un tel traitement.  Le raisonnement ne tient pas la route, et pire, il est indécent.  Il suppose en effet que les journalistes américains et italiens, exécutés eux par les terroristes, et sur lesquels les Français se sont appuyés pour comprendre la situation irakienne, méritaient leur sort.  On est d’ailleurs en droit de se demander si ces deux journalistes, dont on a vanté les engagements en faveur de la cause irakienne et palestinienne, avaient pris toutes les précautions qui s’imposaient afin d’assurer leur sécurité, ou si eux aussi se considéraient comme intouchables du fait de leur nationalité, comme Alexandre Jordanov, journaliste de Canal +, libéré une fois que ses ravisseurs avaient appris qu’il était français.

 

On est également en droit de s’interroger sur la myopie de la stratégie française.  Jacques Chirac a accepté sans broncher les appels du Hamas et du Djihad islamique, deux mouvements terroristes palestiniens, qui, comme Arafat, appelaient à la libération des deux journalistes, « amis de la cause arabe » d’après eux.  Le sous-entendu est clair : les ravisseurs se sont trompés de cible, non parce qu’ils ont enlevé des journalistes, mais parce qu’ils ont enlevé des journalistes pro-arabe.  Le Quai d’Orsay, comme l’Elysée, n’a pas cru bon de clairement prendre ses distances avec ces appels, alors que le jour même, un attentat sanglant, revendiquait par le Hamas, frappait Israël en son cœur.  Quelle crédibilité aura la France au Proche-Orient, face à Israël, le jour où elle demandera à l’Etat hébreu de faire des efforts, tout en condamnant le terrorisme. 

 

Les propos du Premier ministre irakien (1), Iyad Allaoui, relayés dans un entretien accordé au Monde la semaine dernière ont d’ailleurs fait grand bruit, dans la mesure où le nouveau chef d’Etat peignait un tableau bien sombre pour l’avenir de la France en matière de sécurité ou de terrorisme.  Or, Allaoui disait que cette prise d’otages montrait ni plus ni moins que les terroristes du monde entier n’avaient pas de cibles privilégiées en Europe, mais voulaient frapper l’Occident dans son ensemble.  Espérons que l’émoi de ces propos découlait plus du tableau noir d’Allaoui que de l’incompréhension de la classe politique française à comprendre et accepter l’idée que désormais, elle aussi est visée par le terrorisme, indépendamment de sa politique dans la région.

 

Enfin, la  crise n’aurait pas été complète si la France n’avait pas décidé de mêler les Etats-Unis à cette affaire.  Les Etats-Unis ont continué, en collaboration avec les forces irakiennes, leurs offensives en Irak, et auraient, aux dires de certains diplomates, compromis par leurs bombardements la libération des deux otages français.  Le discours est-il vraiment raisonnable ?  Ce soir, sur Europe1, le général Lanxade, qui avait dirigé les troupes françaises pendant la première guerre du Golfe réfutait toutes ces accusations.  Ce proche de Jacques Chirac, qu’on ne peut vraiment pas accuser de parti pris pro-Américain, a rappelé que contrairement à la France peut-être, l’Amérique était en guerre en Irak, et ne pouvait pas subordonner ses interventions aux impératifs français pour libérer les otages.  Arrêter de telles interventions, c’est compromettre toute une stratégie militaire pourtant essentiel à la stabilisation du pays.  La France aurait donc pu se passer d’émettre un tel discours, car à défaut de permettre la libération des deux otages, il jette encore une fois le doute quant au réel désir de la France de voir les Etats-Unis et la coalition réussir en Irak, et quant à la volonté de la France de revenir à des bases moins conflictuelles, et fondées sur la collaboration, avec les Etats-Unis.

 

Jeremy Ghez

 

 

(1) les propos du Premier ministre irakien ont d’ailleurs été très mal relayés par la presse et les commentateurs politiques.  Le journal Le Monde a lui-même entretenu une confusion fâcheuse, dans la mesure où le journal a coupé les propos d’Allaoui dans le titre de l’interview qui était le suivant : «  Il y aura des attentats à Paris, à Nice, à Cannes... ».  Or la véritable phrase prononcée par Allaoui était : « Le attentats se produiront à Paris, à Nice, à Cannes ou à San Francisco. »  Le Premier ministre sous-entendait que la France, au même titre que les Etats-Unis serait visée.  La présentation du Monde, ainsi que de nombreux commentateurs, donnait à Allaoui une dimension détestable qui n’avait pas lieu d’être.

 

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Dernière mise à jour : ( 29-08-2005 )
 
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