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03-02-2004

 

Une visite historique inutile et pourtant nécessaire

23/02/2004


 

                Moshé Katsav, Président israélien en exercice depuis Août 2000, a atterri à Paris le 16 Février. Il a ainsi répondu à l’invitation du Président de la République Jacques Chirac qui l’a convié solennellement à une visite d’Etat de quatre jours. La façon dont les journaux français ont traité l’événement a mis en  lumière avec véracité le caractère exceptionnel de cette visite. En effet, depuis la venue de Haïm Herzog en 1988, aucun Président israélien n’avait été reçu par les autorités françaises.

                 Par cette visite, avant tout symbolique, la France affiche ouvertement sur la scène internationale sa volonté d'améliorer ses relations bilatérales avec Israël qui sont depuis quelques décennies des plus houleuses. D’ailleurs, le protocole diplomatique déployé ainsi que le service de sécurité activé pour l’occasion ont suggéré l’attention que l’Elysée portait à son invité. Les drapeaux israéliens et français flottaient entrelacés sur les Champs Elysées et devant le parvis de l’Hôtel de Ville. Le Jerusalem Post a ainsi noté avec une certaine fierté que "le président français Jacques Chirac a outrepassé le protocole" en allant à la rencontre du président israélien sur le tapis rouge ("un très long tapis rouge"), dans la cour de l'Elysée, au lieu de l'attendre en haut des marches, comme le veut la tradition.

                 Et tandis que Le Figaro souhaitait la « bienvenue » à Monsieur le Président, Le Monde rappelait que « Le Président Israélien (arrive) en France, dans un climat de méfiance » et que « La Communauté juive vit dans l’angoisse ». Les relations bilatérales des deux pays sont en effet dominées par deux points de tensions principaux, d’un côté l’antisémitisme, de l’autre l’issue du conflit israélo-palestinien. Ces deux aspects étant de plus en plus reliés puisque le nouvel antisémitisme peut s’expliquer en partie par l’importation du conflit israélo-palestinien dans les banlieues françaises. Le pic antisémite que la France a connu en 2000 et 2001 avec les synagogues brûlées avec d’autres multiples actes d’agressions  étant apparu comme une caisse de résonance de la Seconde Intifada.

                  Cette visite officielle intervient donc trois ans après le début de la deuxième Intifada et après les accusations d’Israël à l’encontre de la France qu’elle voyait alors comme un pays antisémite, deux temps forts qui ont  clairement distendu les liens entre la France et Israël. Après une période de négation de ce phénomène, Jacques Chirac et son gouvernement ont finalement décidé de lutter contre le fléau de l’antisémitisme. Et depuis, les positions ont évolué des deux côtés. Tandis qu’à l'occasion d'une conférence de presse commune, puis d'un dîner d'Etat à l'Elysée, Jacques Chirac a exprimé de nouveau sa "détermination sans faille" à combattre l'antisémitisme (Le Monde 17/04/04), lors d’un entretien avec Jean Pierre Raffarin, le Chef de l'Etat israélien a estimé que le Gouvernement français "faisait beaucoup plus que d'autres pays" contre l'antisémitisme. 

 

                    Certes, les deux Présidents ont clairement affiché leur volonté de donner une nouvelle dynamique aux relations entre la France et Israël, Chirac a notamment affirmé que "la France sera toujours aux côtés d'Israël quand le fanatisme, la haine, tenteront de remettre en cause sa légitimité ou son existence », mais on peut douter de la portée réelle de cette visite. En effet, il faut nuancer l’importance de cette visite sur au moins trois points :

 

Ø      Tout d’abord, c’est le Président qui a été invité et non le Premier ministre. En Israël, le Président de la République est apolitique et indépendant. Sa fonction est surtout symbolique : il représente les valeurs nationales et est la personnification de l’Etat. Il est donc une force unificatrice non partisane incarnant la stabilité et la continuité. Il est également perçu par la diaspora juive comme le Président de l’ensemble de la Communauté juive.  On le voit, le Président ne prend aucune décision ni position politiques. Pourtant, Théo Klein a écrit dans une tribune du Monde (parue le 19/02/04) « vous n'avez, monsieur le président, aucun pouvoir politique mais vous avez la liberté de votre parole et vous êtes, ces jours-ci, le symbole de votre pays. » L’avocat français et israélien invitait ainsi le Président à donner son opinion sur la politique du gouvernement israélien, mais n’est-ce pas le sortir de son rôle. Son rôle étant d’apaiser et d’être au-dessus des controverses politiques. On peut se demander par contre quand est-ce que la France recevra la visite d’Etat du premier ministre israélien, et le tapis rouge sera-t-il déroulé avec autant de cordialité ?

 

Ø      Deuxièmement, les relations bilatérales seront de plus en plus en corrélation avec l’évolution du conflit israélo-palestinien. C’est-à-dire que les relations commerciales, scientifiques mais surtout diplomatiques seront rythmées par l’apaisement ou la recrudescence du conflit. La paix devant marquer l’apogée d’une amitié durable entre la France et Israël et la fin de leurs sauts d’humeurs.

 

Ø      Et finalement, les relations bilatérales d’Israël avec chaque pays européens seront de plus en plus substituées par l’élaboration de la politique étrangère européenne certes naissante mais appelée à être unique. Israël a pris conscience de l’importance de ses relations avec la capitale de l’Europe : Bruxelles. Ainsi, la veille de son départ pour Paris, le Premier ministre Ariel Sharon a déclaré : "Le Gouvernement et moi-même, accordons une très grande importance à la visite du Président en France. Nous avons intérêt à resserrer les relations avec l’Europe en général et avec la France en particulier. »

 

                Il y a quelques mois, la polémique sur le sondage européen qui stipulait que le pays qui menaçait le plus la paix mondiale était Israël a mis en lumière l’incompréhension croissante entre l’Etat hébreu et l’Europe. Toutefois, l’Union Européenne a réagi en organisant un séminaire sur l'antisémitisme le 19 février. "Il n'y a aucune place, ni pour le racisme, ni pour l'antisémitisme, dans l'Union européenne" déclare le Président de la Commission européenne Romano Prodi, co-organisateur de la conférence avec le Congrès Juif européen et le Congrès des Rabbins européens. Et, l’autre réaction d’envergure est l’ouverture d’une représentation à Bruxelles de l'American Jewish Committee. Inauguré le 12 Février à Bruxelles le Transatlantic Institute, a pour objectif de renforcer les liens entre l'Europe et les Etats-Unis. A cette occasion, Javier Solana a rendu hommage à cette initiative qui renforcera les "triangles" Etats-Unis-Europe-Israël et christianisme-judaïsme-islam.

 

                Parallèlement à l’invitation de Moshé Katsav en France, d’autres pays européens ont souhaité témoigner leur amitié à Israël. Au premier rang, on trouve la Belgique, en froid avec Israël depuis la condamnation symbolique d’Ariel Sharon au moyen de sa loi de compétence universelle (depuis supprimée), qui  tente de renouer les liens bilatéraux. Ariel Sharon recevait à Jérusalem Louis Michel, le ministre des Affaires étrangères belge. "Sharon et Michel réconciliés", annonçait Le Soir (le 16 Février) en première page montrant les deux hommes en train de discuter en souriant. "Je pense qu'il s'agit de la confirmation du réchauffement des relations diplomatiques entre nos deux pays", a déclaré le Premier ministre israélien. Louis Michel a de son côté promis à Ariel Sharon "de jouer pour renouer les fils du dialogue entre Israël et certains pays arabes".

 

                 Mais ces dégels diplomatiques, bilatéraux et par-dessus européens, n’ont pas empêché qu’en ce lundi 23 février 2004, la Cour Internationale de Justice doive rendre un avis consultatif sur « la clôture de sécurité ». Convoquée par l’Assemblée Générale de l’ONU, dont la majorité dite « automatique » est hostile à Israël, la CIJ de la Haye va devoir juger de la légalité de cette « clôture », appelée aussi « mur » ou « barrière ». Or il s’agit d’une requête sans précédent, car dans ce cas, la Cour outrepasse son rôle en prenant non seulement une décision de justice mais également une décision politique. Tous les pays européens ont manifesté leur désaccord sur cette procédure bien qu’ils soient tous opposés au tracé de la « clôture ». Ainsi, interrogé sur la saisine de la Cour de justice de La Haye, Jacques Chirac a dit qu'il n'est "pas certain" que cela "soit la procédure la plus efficace". "Mais elle est légitime, donc je n'ai pas d'objection", a-t-il ajouté. M. Katsav, en revanche, a dénoncé "un précédent dangereux" et a jugé que la Cour internationale ferait mieux de juger "ceux qui versent le sang des citoyens israéliens au nom d'Allah". Israël reproche donc essentiellement à la communauté internationale de s’en prendre aux mesures qui servent à lutter contre le terrorisme au lieu de lutter contre le terrorisme. A ce sujet, se distinguent les dernières déclarations du ministre des Affaires étrangères allemand, Joschka Fischer. Invité à une conférence sur les relations israéliennes avec l'Union européenne, le 16 février à Herzliya, ce dernier a déclaré qu' « Israël avait le droit de protéger ses citoyens des attaques terroristes. » Et il a ajouté, « Nous ne critiquons pas cette clôture en elle-même. Nous critiquons le tracé de la clôture », en rappelant que l'Europe était prête à jouer un rôle plus important dans le processus de paix au Proche-Orient, "mais seulement si les Etats-Unis tiennent le volant".

 

                  Cette visite a donc été inutile au plan politique mais nécessaire et même indispensable sur le plan diplomatique. L’installation d’un grand nombre de drapeaux israéliens flottant sur Paris, fut aussi un geste historique louable.

 

Leslie Palti

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Dernière mise à jour : ( 29-08-2005 )
 
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