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08-09-2008
 
 
On se trompe d’ennemi… Version imprimable Suggérer par mail
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20-03-2004
On se trompe d’ennemi…

 21/03/2004
 
 
 
« Le ‘oui, mais…’, entendu après le 11 septembre 2001, ou après des attentats frappant Israël par exemple, et utilisé pour introduire une nuance, une explication arrogante au terrorisme, est bizarrement aux abonnés absents de tout discours désormais. »
-         Editorial d’AFIDORA, 12 Mars 2004 

 
 
             Ecrit 24 heures après, l’éditorial n’aurait plus eu de raison d’être, tant son message principal avait été rendu caduc par les déclarations multiples des politiques et des commentateurs français qui ont eu, tout de même, la décence d’attendre avant d’exploiter, à leur usage, les attentats de Madrid.  Peu, en France, ne sont pas tombés dans les bassesses vengeresses, contre une Espagne – ou du moins un pouvoir politique – qui avait osé s’émanciper de la tutelle du noyau dur de la Vielle Europe.  Et ce pas seulement pour le dossier irakien, d’ailleurs, la constitution européenne ayant elle aussi sa responsabilité dans les relations exécrables entretenues entre l’administration Aznar et le reste du noyau dur européen.
 
Au-delà des résultats des législatives espagnoles, on peut tirer une leçon fondamentale : les Français n’ont rien compris, et assument – voire revendiquent - leurs contradictions avec une aisance déconcertante.  ‘La défaite d’Aznar est une bonne chose pour l’Europe’, s’exclamait le chroniqueur Alain Duhamel sur RTL, le Lundi 15 mars, quelques heures après les résultats.  Le chef du gouvernement espagnol était un arrogant, apprend-on de la bouche du commentateur politique.  Bon débarras, donc !  Duhamel continue, dans Libération (du 17 mars), en soulignant que l’Espagne obstruait ‘imperturbablement’ la construction européenne…  Le lecteur averti pourrait intervertir librement ‘construction européenne’, et ‘bonne volonté de la France d’imposer sa politique et sa vision’.  Heureusement, dirons-nous que cette moustache ‘hérissée d’arrogance’ semble bien assez grosse pour cacher une autre arrogance, celle de nous, Français…
 
Car au fond, de quoi est-il question ?  D’un mensonge d’Etat ?  L’expression est désormais à la mode.  Mais bien assez consensuelle pour ne pas susciter la méfiance.  Aznar n’avait pas intérêt que ce soit Al-Qaïda qui ait frappé son pays.  Mais pas plus que Chirac, ni Schröder, ni Blair, ni personne.  Tout le monde savait, le 11 mars au soir que l’effroyable possibilité était tout à fait crédible.  Et pire, tout le monde savait ce que cela voulait dire : après plusieurs avertissements – le Maroc, au printemps 2003, et La Turquie, en décembre dernier – s’il s’avérait que c’était effectivement la piste Ben Laden qui se confirmait, alors plus de négociation était possible.  On aurait pu penser que les décideurs comprennent que c’est désormais bel et bien à notre tour de faire face à la réalité du terrorisme.  Impossible de prendre de haut Israël et les Etats-Unis…  Puisqu’on est mis tous dans le même sac…
 
Eh bien non !  Ces mêmes décideurs nous ont ressorti une stratégie que nous croyions, à AFIDORA, enterrée à tout jamais : celle du ‘oui, mais’…  Il n’a pas fallu longtemps aux commentateurs de rappeler la présence espagnole en Irak, et ainsi justifier la défaite d’Aznar, défaite politique mais surtout morale à leurs yeux.  Encore une fois, heureusement que la moustache d’Aznar est assez grande pour cacher bien des vices de ses voisins pyrénéens. 
 
Là où on aurait pu espérer désormais une coopération plus grande, une Europe sincèrement et activement plus engagée dans la lutte contre le terrorisme, avec, par exemple, une présence plus perceptible auprès d’Israël et de l’OLP, sur le terrain, face au terrorisme, on observe une Europe hautaine, méprisante, et pire que tout, myope.  Tout se passe comme si les attentats de Madrid constituent une exception, un dérapage dû à l’engagement d’Aznar en Irak, et que le reste de l’Europe est sauve.  Ce rêve d’invulnérabilité fait perdre beaucoup de temps et de potentiel à la lutte contre le terrorisme, et fait oublier à l’Europe qui sont ses vrais partenaires.
 
La gauche française, tant au niveau des politiciens que de la presse, a célébré l’élection de Zapatero à la tête de l’Espagne, sans craindre ni les demi-vérités, ni les contradictions.  Rien, par exemple, ne semble dérangeant dans le fait de célébrer l’élection d’un homme qui ne parle qu’une langue – la sienne – et qui voyage très peu hors de son propre pays, alors que les éloges dithyrambiques réservées à John Kerry, et menées par les mêmes personnalités et entités, se fondent sur des critères exactement inverses.  ‘Ne parle pas, et occupe-toi de ce qui te regarde’ !  N’était-ce pas cela, le message de Chirac, lorsque le président a prononcé sa fameuse phrase : ‘Ils auraient mieux fait de se taire’, aux pays de l’Est, qui venaient d’apporter leur soutien aux Etats-Unis dans la guerre contre l’Irak ? Plus on y pense, et plus ce message semble partagé par tous les Français, quand on en vient à parler de l’Europe.  Heureusement qu’avec la France, le multilatéralisme a de longs jours devant lui !
 
Rien, non plus, ne semble gênant de remettre partiellement les attentats de Madrid sur le compte de l’engagement d’Aznar auprès des Américains en Irak, alors que le parti d’Aznar était largement donné vainqueur avant le massacre.  On oublie vite que Ben Laden a choisi le nouveau Premier ministre espagnol.  Autant l’oublier, effectivement, puisque l’opportunité d’une vengeance contre une autre attitude européenne, plus atlantiste, se présente maintenant.  Aznar, ‘condamné pour son engagement pro-américain’, peut-on lire à la une de Libé  (lundi 15 mars).  Bien fait pour lui !  N’oublions pas, ceci dit, que la vengeance, à ce stade n’est plus un plat qui se mange froid, mais congelé.
 
Et dire que Ben Laden a choisi le Premier ministre espagnol n’est pas insulter le peuple espagnol, lui qui a vécu une épreuve que nous n’avons fait qu’observer de loin.  Ce n’est que souligner la fragilité de l’opinion publique, et sa vulnérabilité face aux symboles et aux événements tragiques.  Ben Laden savait ce qu’il faisait.
 
Longtemps en France, nous nous sommes moqués de la phrase de Bush : ‘Soit vous êtes contre nous, soit vous êtes avec nous’, prononcée au lendemain du 11 septembre, et conçue pour décrire au mieux la nouvelle configuration des relations du monde à l’aube de la Troisième Guerre mondiale, contre le terrorisme.  Nous nous en sommes bien moqués, oui.  Tellement, d’ailleurs, que l’on n’a même pas eu le temps de se rendre compte que quelque chose avait changé…  Etre avec ou contre, là n’est plus vraiment la question, et c’est dommage.  Parce que désormais, nous n’avons plus le choix : la solution trouvée par Ben Laden, c’est que lui, et son organisation terroriste sont contre nous, quelque soit le choix que nous ayons fait au lendemain du onze septembre.
 
‘L’Espagne était visée, l’Europe était touchée’, écrit Duhamel dans Libération.  Personnellement, j’aurais écrit : ‘L’Europe était visée, l’Espagne était touchée’.  Mais peut-être qu’il ne s’agit là que d’une nuance, que nous savons si bien faire en France, juste l’instant de pouvoir échapper une fraction de seconde à la réalité.  Plus dure sera la chute.
 
 

 Jeremy Ghez 

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Dernière mise à jour : ( 30-08-2005 )
 
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