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Entre feuille et plan Version imprimable Suggérer par mail
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30-11-2003

Entre feuille et plan
01/12/2003

 



Feuille d’en haut ou plan d’en bas?
 
C’est aujourd’hui, lundi premier décembre 2003 que doit être lancé à Genève le plan non officiel entre Israéliens et Palestiniens.
Faute de bénéficier d’une reconnaissance officielle, de quelque côté que ce soit, ce plan sera “officiellement” présenté au public en présence de 700 invités. Parmi eux, bon nombre d’anciens personnages politiques d’envergure, comme Nelson Mandela et Jimmy Carter, l’artisan des accords israélo-égyptiens de Camp David en 1979.
 
Mais que prévoit ce projet d’accord de 50 pages entre Israël et l’Autorité Palestinienne?
 
Nonobstant son caractère non officiel, il propose rien de moins qu’un règlement final au conflit israélo-palestinien.
En termes géopolitiques, cela signifie un échange de territoires, à parts égales, entre les deux parties afin de modifier légèrement les frontières du 4 juin 1967. Ainsi, les colonies installées dans des zones qu’Israël devra rétrocéder devront être évacuées. Quant à la ville de Jérusalem, elle devrait être partagée, lieux saints inclus.
En revanche, les Palestiniens devraient renoncer au droit de retour en Israël de quelque 3.8 millions de réfugiés.
 
Ce document ambitieux a été approuvé du bout des lèvres par Yasser Arafat, et catégoriquement rejeté par le gouvernement israélien, mais il suscite de farouches oppositions dans le camp palestinien, notamment de la part des mouvements les plus radicaux. C’est dire le caractère officieux de ce plan de paix!
 
Et pourtant, ce projet n’est pas inintéressant, parce qu’il s’attache à envisager tout ce qui doit être modifié, et qu’il propose des solutions concrètes, à tout le moins pragmatiques, dirons-nous.
Cet accord est censé remplacer tous les accords précédents. Toutefois, il n’entre pas en conflit avec la Feuille de Route puisque les deux auteurs, Yasser Abed Rabbo et Yossi Beilin, estiment que l’ Initiative est complémentaire. En ce sens, il n’apparaît pas comme une énième tentative d’apporter une solution (vouée à l’échec comme les précédentes, diront les mauvaises langues), mais bien comme une proposition, qui reste encore à valider officiellement.
 
Concernant la question cruciale des territoires, la bande de Gaza revient intégralement aux Palestiniens, mais Israël conserve quelques colonies importantes proches de la ligne verte, comme Givat Zeev et Maale Adumim. Les frontières, justement, parlons-en! Elles suivent essentiellement la ligne verte de 1967. Tout échange de territoires se fait sur la base du partage égal.
Les deux nations établissent leur capitale –vieux rêve- dans Jérusalem. L’accès aux quatre quartiers est libre, mais les quartiers arabes reviennent à l’Etat palestinien et Israël conserve la souveraineté sur le quartier juif.
 
L’armée israélienne reste inchangée, il n’y a pas d’armée palestinienne, mais une importante force de police. Pour une période de cinq ans, reconductible, une force de paix internationale est présente dans la vieille ville, participe à la sécurisation des lieux saints et se déploie dans l’Etat de Palestine.
 
Quant aux réfugiés, ils auront le choix d’aller s’installer où ils le souhaitent, pour simplifier, réserve faite des quotas d’immigration en vigueurs dans les pays tiers.
Ce dernier paragraphe, quoique rapide et a priori simple dans sa conception, est en fait réellement ambitieux, puisque c’est en résolvant la question des réfugiés que l’on peut espérer garantir la pérennité à long terme des dispositions ci-dessus. Également, le plan de paix envisage la problématique du peuplement dans un cadre cohérent, donc qui dépasse les simples frontières d’Israël et de la Cisjordanie- Bande de Gaza. En effet: si tous les habitants du Proche-Orient se sentent chez eux, voire dans leur patrie, les problèmes d’infiltration réciproque diparaîtront de facto. C’est un beau principe, il mérite néanmoins d’être souligné!
 
Ce ne sont – et pour cause! - que des indications, mais elles ont le mérite de constituer un ensemble relativement cohérent. Et surtout, le plan de paix apparaît comme potentiellement applicable!
 
Ce malgré, ou bien grâce à, la participation des deux nations concernées au travers de leurs ressortissants: Yasser Abed Rabbo- alias Abu Bashar (ancien ministre de l’Information) pour l’Autorité Palestinienne, et Yossi Beilin (ancien ministre de la Justice) pour Israël. L’on admettra en guise de réserve que ces deux négociateurs, quoique issus du sérail politique de leur pays respectif, ont pris de la distance par rapport à leurs dirigeants, pour des raisons idéologiques essentiellement. Ainsi, les relations entre Abu Bashar et Yasser Arafat se sont distendues ces dernières années, et Yossi Beilin est l’un des chefs de file des “colombes”, quelque peu en délicatesse avec le gouvernement d’union nationale dirigé par le Likoud, donc.
 
 
Mais finalement, qui l’eût cru, que les deux parties puissent se mettre d’accord dans le cadre d’un projet ambitieux et à portée internationale? Sans verser dans le mauvais jeu de mot, la dernière proposition ambitieuse en date, la feuille de route, est restée lettre morte. Quand initiative rime avec inespéré…
 
Laissons-nous aller à un vocabulaire qui n’a rien d’oriental : quelque part en nous-même, on peut se dire que ce projet issu de la société “d’en bas” est hautement le bienvenu, et apporte comme un souffle nouveau sur ce conflit qui a tout de désespérant. Parce que les médiateurs ne sont pas issus de la scène politique internationale “d’en haut”, le plan de paix apparaît d’autant plus crédible et, du moins, adapté. En un sens, il remporte le vote du public. Et si je risque une utilisation hasardeuse d’un vocabulaire franco-français, c’est pour insister sur le fait que nous aussi, nous pouvons comprendre et approuver ce plan, parce qu’il s’adresse également à nous.
Et que l’on n’aille pas objecter que, alors que l’on déplore des débordements verbaux et comportementaux en France, les Français ne sont pas concernés!
 
Le terme d’”Initiative” traduit bien le fait qu’il s’agit d’une initiative citoyenne, à l’instar de celles dont on a pu il y a quelques mois constater la vigueur en Israël. Une initiative qui est issue du désir commun de trouver une solution, parce que la réalité de tous les jours, pour un quidam sans protection policière rapprochée, mais qui doit néanmoins travailler et faire ses courses, est insupportable, voire absurde. En résumé, les deux négociateurs principaux Yasser Abed Rabbo et Yossi Beilin, quoique hommes politiques, n’engagent que leur conscience, ce qui est bien peu au regard de la stature du problème, et les négociations sont restées secrètes pendant trois ans!
Et pourtant, pour reprendre l’éditorial du Figaro de ce jour, lundi premier décembre, c’est dans son extrême faiblesse que réside la force du plan de paix…
Voilà la légitimité que l’on peut accorder à ce projet, si tant est qu’il ait à se justifier aux yeux de l’opinion de la communauté internationale. Car le principe, on ne peut le contester. Et la solution préconisée témoigne d’une réelle volonté de consensus, au prix de concessions il est vrai sans doutes avantageuses pour le futur État Palestinien.
 
 
 
Reste maintenant à observer la réaction des Grands de la scène internationale, au premier rang desquels les Etats-Unis, puisqu’il ne faut pas attendre pour le moment d’agrément officiel des deux protagonistes concernés!
À cet effet, une équipe représentative sera reçue le 05 décembre par Colin Powell puis par Paul Wolfowitz, secrétaire d’Etat adjoint à la Défense. Et l’on attend avec curiosité la réaction officielle des pays de l’Union Européenne, en l’absence de ministre européen des affaires étrangères. Seront-ils capables de s’exprimer de façon à tout le moins cohérente? Espérons que la leçon de la guerre en Irak aura porté ses fruits.
 
 
 
Quelle que soit l’issue qui l’attende, ce nouveau plan de paix porte en germe une perspective positive dans le conflit israélo-palestinien. Et c’est déjà un progrès.
 
 
Pierre-Marie  Duché

 
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Dernière mise à jour : ( 26-07-2005 )
 
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