Le haineux bricolage du Monde Diplomatique
02/01/2004
Le Monde diplomatique (numéro de décembre 2003) n’a jamais caché ses engagements politiques. Ce mois -ci le journal nous propose un collage de pamphlets anti-BHL. Tout d’abord, la traduction d’un article du journaliste américain Wiliam Darlymple qui a publié une critique de Qui a tué Daniel Pearl ? intitulée « Le douteux bricolage de BHL », A cela y est ajouté un article de Serge Halimi intitulé « Cela dure depuis vingt-cinq ans » et un autre du même journaliste est publié sur leur site Internet a pour titre « romanquête ou mauvaise enquête? » L’article de Darlymple pense assassiner le livre de BHL en remettant en cause plusieurs détails du livre avec des arguments pour le moins légers. Ainsi, la rue ou sont censés habiter les parents d’Omar Cheikh à Londres ne se trouverait pas sur le guide de Londres du journaliste américain. Pour n’avoir trouvé qu’une dizaine d’incohérences peu convaincantes en ayant cherché des traces de détails aussi insignifiants, la pseudo-démonstration de la fausseté de la thèse de Lévy n’est pas édifiante, et pour ma part, elle est même renforcée. De plus, Darlymple vit dans un monde binaire. Il ne saisit pas les nuances du livre de BHL et son pamphlet ne contient aucun contraste. Ainsi, il considère que BHL méprise les musulmans. Ce qui est complètement faux. BHL fustige les intégriste mais se pose systématiquement en défenseur de l’islam éclairé et progressiste. Il considère les hypothèses émises par BHL comme des certitudes… Le plus incroyable est que le texte de Darlymple est cité par Halimi comme une sainte écriture. « Regardez, regardez, on l’ a trouvé enfin celui qui a cloué le bec à BHL » semble-t-il écrire. Halimi dénonce l’omniprésence de BHL dans les médias depuis vingt-cinq ans. Cette omniprésence ne serait aucunement due à la finesse ou à l’originalité de ses propos mais à ses connexions avec les patrons de médias. Quel courage ! Critiquer un personnage est tellement plus aisé que détruire ses thèses, les attaquer de front. Seulement, que l’on soit ou non d’accord avec lui, on ne peut affirmer que « la plupart des philosophes peinent à distinguer chez lui une œuvre quelconque »sans discuter ce qu’il écrit. Condamnation sans procès. Les seuls arguments utilisés sont des arguments d’autorité dont le contexte est tronqué. Dans cette entreprise de démolition, la pertinence de ses engagements en Tchétchénie et en ex-Yougoslavie est niée, voire ridiculisée.. L’article d’Halimi sur Internet serait comique si la haine qui le meut n’était pas autant revendiquée. En 1981, BHL est à l’origine du plus grand débat d’historiographie en France. En effet, dans l’ Idéologie Française, BHL critique la pensée (pas les personnes) historiographique française monolithique. Celle-ci refuse la thèse de Zeev Sternhell selon laquelle, d’une part les racines du fascisme se trouvent aussi dans les milieux anti-dreyfusards français, et d’autre part en affirmant que la France des années 1930 n’est pas épargnée par la peste brune. Halimi utilise pour ridiculiser la thèse de BHL des citations de Raymond Aron. Ce procédé est grossier sachant qu’Aron - tout en étant certainement le plus grand historien français- est le chef de file de l’école française que BHL dénonce. Ne pas envisager que la thèse de BHL puisse comporter un intérêt relève d’un profond désintérêt pour l’actualité historiographique. En effet sept historiens viennent de publier, après avoir effectué de nouvelles recherches, un pavé dans la marre intitulé Le mythe de l’allergie française au fascisme sous la direction de Michel DOBRY qui, vingt ans plus tard reconsidère la thèse de BHL et de Sternhell. On peut se demander si, faire le procès de BHL n’est pas une manœuvre destinée à crédibiliser Ramadan (qui affirme que « Qui a tué… » n’a été écrit que dans un dessein « pakistanophobe »). Comment expliquer autrement ce déferlement de haine juste après « l’affaire Ramadan » ? Benjamin Elalouf
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