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Un article sans nom, par un Français dépité.
23/11/2003 C’était le lundi 17, et le dimanche 23. Moins d’une semaine séparait les deux événements. Et moi, petit Français que je suis, jeune et bête peut-être, naïf très certainement, pensait encore le 16 novembre que nous étions sur la bonne voie, en France, que le dialogue commençait à renaître de ses cendres. Le goût de la réalité est d’autant plus amer. Le 17 novembre. Malakoff. Salle des Fêtes. Les maîtres de cérémonie : ATTAC 92. Le thème de la soirée : Israël-Palestine – quelles solutions ? Un titre intéressant, qui peut nous mener, pensai-je, à des discussions, certes biaisées à gauche, mais constructives, je l’espérais… Plus dure a été la désillusion. A l’entrée de la salle, un drapeau palestinien, et un keffieh – ce foulard que porte Arafat, emblématique de l’OLP qui autrefois appelait à l’entière destruction de l’Etat hébreu. A l’intérieur, une exposition de photos, où l’on mélange pêle-mêle les portraits de Sharon, Avigdor Libermann, et de Bruno Mégret… Sharon, Mégret, c’est pareil (Boniface l’affirmait déjà : comment manifester contre Haider et soutenir Sharon ?) Pourquoi s’embêter avec autre chose que les visions manichéennes lorsque l’on s’adresse à un auditoire déjà convaincu ? Je passe sur le discours marxiste révolutionnaire des personnes présentes, tous plus ou moins équivalent à nos Besancenot et Laguiller nationaux (qui, tout le monde le sait, sont de grands démocrates). Je passe aussi sur le discours apologique de Warschawski, qui se félicitait du fait que la cause palestinienne était au milieu de tout désormais (le nombrilisme, et la non-mesure de l’importance de chaque cause ne tue donc pas). Je ne me permettrais que de souligner que l’ONU y est dépeinte comme un pantin des Etats-Unis, et une institution manipulée par Israël (à l’image du sommet de Durban, n’est-ce pas ?). Je me permettrais aussi de dire que le terme ‘terrorisme’ n’est jamais utilisé. Un seule question du public, courageuse au demeurant, évoquera pudiquement ‘les forces négatives’ palestiniennes. Ricanements de la salle. L’homme derrière moi criera ‘C’est de la résistance dont on parle’. Et je me permettrais d’évoquer ce lapsus révélateur – que personne ne relèvera de toutes les manières – d’un syndicaliste arabe israélien, qui déclare que la priorité était d’abord d’avoir un Etat (il y aurait donc plus dans la cause palestinienne ?). Le pire de toute cette soirée a été cette reprise de la représentation théâtrale des enfants du camp de Djénine. Sanglots et émotion à son comble contribuèrent au spectacle. Mais ce n’est pas seulement Sharon (‘homme qui porte atteinte à l’humanité’) qui est visé dans ces discours si poétiques, c’est aussi le ‘peuple israélien’, dans son ensemble, qui, selon les dires de ces acteurs fantastiques, ‘tue nos enfants, détruit nos maisons, arrachent nos arbres’. Plus que blessé, je ressors malade de ce spectacle de propagande et de haine. Pendant encore combien de temps permettrons-nous cela en France ? Dimanche 23 novembre. Paris. Mairie du Treizième. Le Cercle Léon Blum organise un colloque intitulé : ‘Antisémitisme : la gauche face à elle-même’. Je m’attends enfin à une analyse critique, une ferme prise de position des politiques de gauche face au phénomène inquiétant du FSE, par exemple. Au lieu de cela, François Hollande critiquera Tariq Ramadan sans même oser citer son nom. Bernard Kouchner veut nuancer la ferme condamnation de Finkielkraut du comportement des protagonistes du FSE, en jouant sur les termes, en voulant rappeler que toutes les ONG ne sont pas pareilles. Certes. Mais est-ce vraiment le sujet de parler de Médecins du Monde, non sans plaider pour sa paroisse, après un déversement de haine pareil à quelques kilomètres de la capitale de la France ? Je n’étais pas non plus venu écouter les attaques de Huchon, président PS du Conseil régional Ile-de-France sur Luc Ferry. Lorsque la gauche a été au pouvoir, les problèmes évoqués existaient déjà. Avait-on à l’époque plus avancé qu’aujourd’hui ? Alors il est facile pour la gauche d’aller chercher ailleurs, quand ce qui est en jeu, à en croire le titre du colloque même, c’est les lacunes de la gauche. Le public n’aura pas la parole. On s’étonne donc des éclats de voix, et des interpellations. Malek Boutih s’exclamera : ‘On est dans le même camp, non ?’. Certes. Mais beaucoup comme moi avaient cru les présentateurs du colloque quand ils ont dit qu’on était là pour discuter… La réalité était tout autre : on était là pour entendre François Hollande évoquer les plus grosses banalités qui soient, ou Kouchner, Moscovici et Cambadélis faire des discours électoraux. Mais ce n’était ni le thème annoncé, ni productif pour mettre en relief les vrais enjeux du débat et dénoncer les ambiguïtés de la gauche parlementaire par rapport à l’extrême gauche. D’ailleurs : pourquoi n’entend-on que les propos de Hollande sur Bové (selon qui le Mossad était à l’origine des actes antisémites en France ; on peut entendre les propos du démagogue, tenu à une journaliste radio, dans le film Décryptage, de J.Tarnero, par exemple) qu’au Cercle Léon Blum ? Parce qu’il n’y a que des Juifs ? Ou parce qu’il a oublié de le dire haut et fort face à un électorat qu’il ne veut pas offusquer ? De même, comment expliquer la condamnation des propos scandaleux de Bernard Langlois, de la revue Politis, par Jean-Paul Huchon? C’est parce que Langlois parlait ‘des sionistes excités du PS’ et donc que Huchon s’est senti personnellement mis en cause, ou alors parce que c’est proprement scandaleux de ne donner implicitement le droit qu’aux pro-palestiniens d’exprimer une opinion ? Et encore une fois, pourquoi n’entend-on ces propos qu’au Cercle Léon Blum ? Ce n’est pas de ces politiques dont je veux pour mon pays, moi, qui ai pourtant cru en la gauche il fut un temps, en votant Jospin au premier tour des élections présidentielles en 2002. D’un côté, le refus de débattre. De l’autre, un faux débat, pour cacher des discours électoralistes. Non, j’ai du me tromper en me couchant optimiste, le 16, au soir.
Jeremy Ghez
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