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05-12-2008
 
 
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23-07-2007

Compte-Rendu de table ronde : Convergences vers le pluralisme et la démocratie 

12/07/2007

      Compte-rendu d'une table ronde dans le cadre d'un colloque organisé par le Sénat, le quotidien La Croix et la chaîne Public Sénat. Invités :

·                     Mona Makram Ebeid, ancienne députée égyptienne, professeur de sciences politiques à l'université américaine du Caire

·                     Dorothée Schmid, chercheur à l'Institut français des relations internationales (IFRI)

·                     Jamal Barout, chercheur à l'Institut français du Proche-Orient (IFPO).

Dorothée Schmid: En tant que chercheur, je privilégie une approche tactique, qui est bien souvent le seul moyen d'analyser la situation au Proche-Orient. Une question particulièrement cruciale quand on envisage pluralisme et démocratie au Moyen-Orient est la place des islamistes dans les projets démocratiques. Il faut distinguer parmi les islamistes tout un spectre, allant du radicalisme fondamentaliste à l'Islam dit légal, inséré dans le jeu institutionnel, tel l'AKP (Adalet ve Kalkınma Partisi, Parti pour la justice et le développement), au pouvoir en Turquie depuis 2004. De ces différents niveaux d'intégration de l'islamisme dans la politique s'ensuivent deux dilemmes.

- Un dilemme éthique / philosophique au sujet de la place de la religion en politique, question qui dépasse bien entendu le Proche-Orient.

- Un dilemme au sujet du fonctionnement interne des mouvements et partis politiques. Sont-ils réellement des formations politiques comme les autres?

En effet, l'impression actuelle au sujet de partis islamistes est celle d'une dynamique politique sinon cachée, du moins particulière et non maîtrisée par les institutions nationales.

Il faut alors s'interroger sur les rapports qu'entretiennent démocratie et Islam, vieille question qui hante le Moyen-Orient depuis les années 60, avec la libération des nationalismes arabes, et les années 80, période d'intenses désillusions vis-à-vis des espoirs suscités par ces derniers. En définitive, toute la question de la démocratisation tourne autour de celle de l'autoritarisme. C'est le mode de consolidation de l'autorité (quelle qu'elle soit) qui diffère sensiblement d'un pays et d'une période à l'autre: prévalence de solidarités tribales, constitution d'un Etat rentier au pouvoir assis sur l'exploitation de gisements de pétrole, et très dépendant d'importations de biens manufacturés, jusqu'à la non séparation entre religion et politique, concrétisée dans les états islamiques à l'instar de l'Iran.

Une dynamique particulière s'est enclenchée avec les attentats du 11 septembre 2001, après lesquels un diagnostic d'ordre politique a été porté sur le Moyen-Orient, d'où étaient originaires la plupart des terroristes. Il devait s'agir, reprenant la thèse de Samuel Huntington, de promouvoir une démocratisation, puisque la troisième vague n'est pas passée par le Moyen-Orient. Selon lui, une vague de démocratisation est caractérisée par une période au cours de laquelle les pays qui passent d’un régime autoritaire à un régime démocratique sont plus nombreux que ceux qui suivent le processus inverse. Il en fut ainsi de 1828 à 1926, puis de 1943 à 1964, et enfin de 1974 à la fin des années 1980. C'est ainsi que l'administration Bush a développé en 2004 le cadre d'action du "broader Middle East".

Enfin, il persiste un malaise dans la confrontation de la sphère politique avec une société civile islamiste, qui génère bien souvent méfiance et défiance. Comment faut-il en tenir compte? En réalité, une approche agglutinante de l'Islam politique prévaut fréquemment, qui associe toute mouvance islamique à l'islamisme radical. C'est ainsi que les Etats-Unis ont constitué des listes de mouvements dits terroristes, qu'il n'est pas question de promouvoir, créant ainsi une ligne de fracture parfois factice ou déplacée au sein de l'islamisme.

En conclusion, dès que le test des élections (c'est-à-dire de l'adoubement institutionnel) est passé, les mouvements islamistes ont toutes les chances d'être bien représentés dans les assemblées législatives. S'impose alors un dernier dilemme: faut-il continuer à organiser des élections, si elles doivent être remportées par des mouvements islamistes, parfois réputés terroristes, comme dans le cas de l'Autorité Palestinienne? Il va pourtant bien falloir trouver un moyen de travailler avec eux, bon gré mal gré dans le jeu démocratique.

 

Mona Makram Ebeid: je vais traiter le sujet du débat par le biais de la question suivante. Faut-il moderniser l'Islam ou bien islamiser la modernité?

En effet, si on prend en compte le pays d'où je viens, l'Egypte, il existe une tendance générale à l'occidentalisation. Même au sein des Frères Musulmans, on ne croit plus trop à l'idéal d'une société massivement islamisée par le bas. La responsabilité en incombe certainement aux intellectuels islamistes, qui n'ont pas rénové leur pensée depuis 20 ans.

Le véritable sujet de nouveauté est le phénomène des yuppies (young urban professionals) islamistes, qui forment la nouvelle vague d'un islamisme décomplexé et résolument occidentalisé. A titre d'illustration, il suffit de visiter le site d'information islamonline, (lien : www.islam-online.net) qui joue un grand rôle dans la production de nouvelles normes comportementales. Aujourd'hui, c'est l'universalité de l'Islam qui est ainsi contestée. J'en veux pour preuve un concept très à la mode: le "management islamique", qui concilie orientation professionnelle religieuse et réhabilitation du profit, du luxe, de la réussite personnelle et de l'économie de marché. Ceci constitue une critique très nette du djihad civil. A titre de deuxième exemple: le consumérisme dit communautaire, symbolisé par des produits tels que le Mecca Cola, censé être produit et commercialisé conformément aux principes énoncés par la Charia.

On assiste donc à une inversion des flux de signification, puisque les problèmes spécifiques des populations tendent à orienter la production de normes. Par exemple, l'affaire du port du voile dans les collèges en France a conduit à une recrudescence du port du foulard en Egypte.

Les yuppies islamistes sont tout à fait critiques à l'endroit des Frères Musulmans, accusés de surinvestir la scène politique en Egypte. Ces nouveaux faiseurs d'opinion privilégient l'idéalisme partiel (environnementalisme islamique, féminisme islamique) à un universalisme de l'Islam, l'idée-force étant de maintenir l'image islamique dans les mutations sociales contemporaines. C'est ainsi que se forme un nouvel imaginaire islamique, qui comprend les concepts de confort, hédonisme, consumérisme, et renoncement aux utopies globales. Encore une fois, le succès du principe de "management" dans les cercles de yuppies islamistes est à cet égard significatif.  En conclusion, il s'agit de ne pas sous-estimer l'influence de ces yuppies, qui font de l'Islam un moyen moderne de construction d'une globalisation intellectuelle.

Jamal Barout: Je traiterai le sujet du débat sous l'angle de la relation conflictuelle entre pluralisme culturel et politique au Moyen-Orient, en réfléchissant en premier lieu sur le concept de "société mosaïque", comprise comme une société parcellaire, constituée de différents groupes confessionnels sans ciment les liant les uns aux autres. On constate aujourd'hui un pluralisme culturel évident, qui contraste avec la vision ethnocentriste et coloniale du concept de société mosaïque. En bref, une lecture plus anthropologique permet de mieux comprendre les sociétés au Moyen-Orient. Cette grille de lecture se heurte néanmoins à deux écueils.

Le premier est l'impasse de l'Etat-nation, dont l'Occident démocratique a commencé à percevoir les limites, pour se situer désormais dans l'époque de l'après Etat-nation. Au Moyen-Orient, la page n'est pas encore tournée.

Le deuxième obstacle est l'évolution postcoloniale des pays européens. L'Europe critique, rationnelle, a su réviser son passé colonial pour adopter de nouveaux concepts. Il en est ainsi du pluralisme culturel, qui renvoie désormais aux propres représentations pluralistes de la culture occidentale plutôt qu'à une acception extensible au Moyen-Orient. Ainsi les concepts ont-ils une naissance, une vie, et une désuétude.

Dans un autre registre, la question de la foi est tout à fait centrale: il ne faut pas isoler le fondamentalisme islamique. Les principes jihadistes visent en effet à détruire les états, et trouvent actuellement une certaine audience, caractérisant une période de tensions. Je pense que c'est en s'aidant de partenariats commerciaux et culturels Orient-Occident, comme ce fut le cas dans le passé entre Alep et Venise, que l’on peut éviter l’exclusion des sociétés civiles au Moyen-Orient. A titre personnel, je ne pense pas que l'Europe soit menacée par l'Islam et le port du voile islamique, attendu qu'il existe déjà des formes de voile religieux (c'est le cas de nombreuses congrégations régulières). Pour étendre la question à l'Irak, c'est le pluralisme culturel qui tend à se transformer en pluralisme confessionnel.

Ma conclusion est que l'Etat ne peut pas être laïc. En revanche, il sait là où sont ses intérêts, à savoir que sans Etat, l'Homme retourne bon an mal an à l'état de nature, dominé par une violence primitive.

Propos rapportés par Pierre Marie Duché

5 commentaires.
 1. Intéressant
Visiteur, Unregistered
Les thèses avancées sont relativement originales, surtout celle de Dorothée Schmid, sur un sujet que je pensais assez fermé et répétitif. Merci aux intervenants et aux auteurs du compte-rendu.
 Posted 2007-09-21 11:33:21
 2. Un dangereux opiné?
Jeremy F., Unregistered
Autant Dorothée Schmid et Mona Makram Ebeid ont des opinions tout à fait intéressantes, autant je trouve que Jamal Barout tient des propos dangereux pour la démocratie: c'est sympa d'affirmer que l'Etat-Nation est dans l'impasse. Mais c'est fragile si l'on n'explique pas pourquoi. Pareil pour la conclusion: "L'Etat ne peut pas être laïc", mais d'où cela vient-il? Rien à voir avec les premiers éléments de la démonstration.
 Posted 2007-11-02 16:10:17
 3. Commentaires en panne
DannyBoon, Unregistered
Votre site était en panne depuis deux jours, les commentaires ne se validaient pas. j'en avais fais un long sur cet article et il a été perdu. Merci de le retrouver et de le reposter !
 Posted 2008-02-01 11:34:21
 4. wow gold
Visiteur, Unregistered
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 5. facscrgb
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 Posted 2008-11-25 00:21:58
Merci pour vos commentaires !
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Dernière mise à jour : ( 24-07-2007 )
 
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