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08-09-2008
 
 
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29-03-2004

 

Critique du livre: Aidez-nous à divorcer

30/03/04

   

          Amos Oz, dans son livre « Aidez-nous à divorcer », présente sa solution au conflit : celle des Accords de Genève, proposant la création de deux Etats. Cet article fait suite à la synthèse de cet ouvrage, et tente d’en faire une critique.

 

            Tout d’abord le titre - « Aidez-nous à divorcer » - interpelle. On pourrait croire que c’est l’ouvrage d’un grand psychologue prodiguant ses conseils à un couple en détresse. Cette image du divorce illustre bien cet état où la passion dévore et détruit, elle empêche les Israéliens et les Palestiniens de raisonner la tête froide et de proposer des solutions concrètes pour une séparation claire. Ces sentiments haineux rendent irréalisable toute communauté de vie et appellent un arbitre pour guider cette séparation tout en faisant le moins de dégâts possibles. Nous reviendrons cependant juste après sur cette idée d’arbitre au rôle tout à fait particulier.

 

Cette métaphore sur le divorce est donc intéressante dans le sens où elle met en lumière la nature des relations entre les deux peuples et permet de comprendre la difficulté des négociations. Pourtant en même temps elle dérange. En effet cette idée est inconcevable par sa nature même ; car pour qu’il y ait divorce, il faut qu’un jour il y ait eu mariage, autrement dit de l’amour ou tout du moins un consentement à vivre ensemble. Or il n’y a jamais eu de vie commune entre Palestiniens et Israéliens. Ainsi en même temps que cette image illustre bien la complexité des sentiments, elle simplifie trop le problème et vulgarise le conflit en le ramenant à un simple problème de couple qui n’arrive pas à se mettre d’accord sur qui gardera quoi. En réalité, la problématique est bien plus vaste, les enjeux bien plus dramatiques. Ce conflit n’est pas simplement passionnel ou matériel, il est aussi culturel et politique.

 

            Le titre, d’autre part, est fort parce que c’est un appel à l’aide, un cri de détresse lancé au monde entier, et aux Européens en particulier. Amos Oz se tourne vers l’extérieur et demande un arbitre. Mais il ne faut pas se tromper, cet arbitre n’est pas là pour juger, il est là pour aider, pour soutenir de manière égale les deux camps. En fait très finement, Amos Oz montre aux Européens qu’ils doivent revoir leur attitude d’arbitre. Car ici l’arbitre joue sur le terrain. Il a sa part de responsabilité.

           

L’Europe est le bourreau des Palestiniens et des Israéliens, et personne d’autre n’est bourreau dans ce conflit. L’Europe est le bourreau colonisateur des Palestiniens et persécuteur des Juifs. Et si les deux camps se haïssent autant, c’est qu’ils croient reconnaître chez l’autre l’oppresseur européen. C’est pourquoi ces derniers ont une lourde part de responsabilité dans ce conflit, à la fois à son origine et dans sa durée. Car ils ont eu l’arrogance de désigner des bons et des méchants, de juger d’une vue simpliste. Ils ont ainsi catalysé et justifié la haine des Palestiniens envers les Israéliens, et accru le ressentiment d’Israël envers le monde ainsi que son isolement.

 

            Amos Oz invite donc les Européens à réviser leur comportement afin qu’il soit constructif, et ne serait-ce que parce qu’ils ont une part de responsabilité dans cette tragédie. Son analyse aboutit (et commence) donc sur ce cri : « Aidez-nous à divorcer », soyez pro-paix. Ne cherchez plus qui est fautif, aidez à soulager cette séparation douloureuse.

 

            Dans le corps du livre, Amos Oz propose un compromis pour que cette séparation se passe le mieux possible. Ce compromis s’appuie sur les Accords de Genève. L’auteur a une démarche pragmatique, puisqu’il pose tous les problèmes sur la table. Mais il est aussi très prétentieux quand il affirme apporter une solution à tous les problèmes. Car s’il est très convaincant sur la forme (il donne vraiment l’impression de n’éviter aucun sujet), en y regardant de plus près, on se rend compte que ses réponses ne sont pas claires et occultent bien des points sensibles. Prenons deux points qui nous ont le plus marqués : le découpage en deux Etats et les réfugiés.

 

            « Et, à la fin peut-être, une fois que nous aurons mené à bien ce douloureux et équitable divorce en créant deux Etats, basés EN GROS sur les réalités démographiques _ je ne dessinerais pas ici de carte, mais je peux dire que les frontières devraient ressembler à celles d’avant 1967, comportant quelques changements opérés d’un commun accord et quelques arrangements particuliers pour les sites sacrés tant disputés_ (…) »

 

            A première vue, la solution est précise : on se base sur les frontières d’avant 1967 et les réalités démographiques, sauf pour quelques points sensibles et quelques sites sacrés. En réalité, tout n’est qu’approximation, et le débat reste entier. On doit se baser « en gros sur les réalités démographiques » : en gros comment ? Sur quelles réalités démographiques ? Car on sait combien celles-ci sont complexes et mixées ; que ferons-nous des colonies juives ? Des villages arabes ? Qui faudra-t-il déplacer, et si on les déplace, où, comment, avec quelles compensations ? Le mystère reste entier. Et comme si cela ne suffisait pas, on devra en plus faire « quelques changements opérés d’un commun accord », quelle blague ! Si Israéliens et Palestiniens arrivaient à s’entendre d’un commun accord sur les problèmes territoriaux, cela ferait longtemps qu’ils n’existeraient plus… Et quel est donc ce statut particulier que l’on accordera à certains sites ? Lesquels d’ailleurs ? Là encore nos questions restent sans réponse. Et outre ces trop nombreux points passés sous silence, il faut garder à l’esprit que Jérusalem (dont le sort non plus n’a pas été traité) sera sur la frontière et dans un goulet d’étranglement, qu’en certains endroits Israël fera moins de quinze kilomètres de large et que la Palestine sera composée de deux morceaux ; cela ne gêne-t-il personne ? Si l’on ne peut pas apporter de solution complète, il faut éviter alors d’affirmer le contraire.

 

            Amos Oz aborde aussi la question des réfugiés palestiniens comme étant urgente et incontournable. Il affirme avec véhémence que les  responsables (gouvernements israéliens, palestiniens et arabes de 1947-48) doivent tous prendre part_ et le monde entier aussi_ à la réparation de leur faute, à savoir redonner une maison, un travail, un passeport et une dignité à la centaine de milliers de réfugiés. Ceci paraît évident, quoiqu’il reste à préciser qui est considéré comme réfugié.

 

            Et concrètement voilà la réponse de l’auteur : « Il faut qu’Israël assume donc une part de cette responsabilité et aide à reloger les réfugiés dans la Palestine à venir, à savoir en Cisjordanie et à Gaza, ou ailleurs. » Ailleurs où ? En Israël, dans les pays arabes voisins ? Sûrement pas ; alors où ailleurs ? Et quelle est précisément la mesure de cette part de responsabilité ?

Cela signifie-t-il qu’Israël doive assumer seul toute la réinstallation de ces réfugiés, ou alors en coopération avec les autres  gouvernements ? Mais dans ce cas quel organisme s’en occupera, et dans quelle mesure ? Cette aide se traduira-t-elle par des compensations financières, ou alors Israël devra-t-il construire les maisons et créer les emplois de ces réfugiés ? L’auteur ne dit absolument rien, si ce n’est ce qu’on connaît déjà : qu’il faut régler le problème le plus vite possible.

 

            Donc on regrette qu’Amos Oz soit si flou, alors qu’il prétend le contraire, et pire, qu’il donne l’illusion du contraire.   Il se contredira même, et ce à plusieurs reprises, en vantant d’une part le fait que Genève regorge de détails – contrairement aux accords d’Oslo d’ailleurs – et que cela permettra de régler le conflit au plus vite, et en revendiquant d’autre part l’ambiguïté avérée du Pacte au sujet des réfugiés.  Il dira, le 24 janvier 2004 à Alexis Lacroix du que ‘’.  Or, ces commentaires appellent deux remarques. 

 

La première est que si l’ambiguïté du Pacte de Genève, à propos des réfugiés palestiniens, est volontaire, pour laisser les Palestiniens progressivement abandonner leur rêve, on pourrait appliquer le même raisonnement à propos du partage de Jérusalem, aussi inscrit dans le même Pacte, et dire que l’ambiguïté aurait été tout aussi préférable pour permettre aux Israéliens de ne pas abandonner leur rêve trop brutalement.  On entre alors dans un processus interminable et duquel on ne peut sortir qu’en réaffirment clairement les principes de partage de Jérusalem et la renonciation sans ambiguïté au droit du retour des réfugiés.

 

Ensuite, affirmer, après avoir revendiqué cette ambiguïté, que les Israéliens et les Palestiniens ont besoin d’un compromis pratique, et donc applicable, provoque un sentiment de grande frustration.  Car si l’on ne peut être que d’accord sur ce principe d’un plan pratique, on ne comprend pas comment la logique proposée par Amos Oz et par ses collègues de Genève peut permettre de mener les parties prenantes du conflit à une solution durable et applicable.

 

Somme toute son livre répète juste qu’il faut un divorce, c’est-à-dire deux Etats, qu’Israéliens et Palestiniens doivent trouver un compromis, qui certes est douloureux et cependant nécessaire,  mais qu’heureusement le pire est passé.

 

            En définitive ce livre nous laisse sur notre faim, mais il faut reconnaître que l’optimisme débordant de l’auteur nous a malgré tout été communiqué. S’il y a bien une chose que ce livre apporte, c’est l’espoir que tout sera bientôt fini, que ce n’est pas si dur. Le rôle d’Amos Oz et des mouvements pacifistes comme , c’est d’espérer, d’apporter une voix forte et claire pour la paix, pour le compromis ; c’est aussi une mouvance en opposition avec le gouvernement en place, et donc une garantie de vie démocratique.

 

Une dernière pensée quant à cet espoir : dans un conflit comme celui qui sévit au Proche-Orient, l’espoir n’a de sens que s’il est couplé avec une véritable action antiterroriste, car le terrorisme ne doit pas être ce qui pousse à négocier, le terrorisme doit être combattu.  Sinon, discuter  de paix et  de compromis serait vain, et l’espoir ne servirait à rien. Aujourd’hui c’est le gouvernement Sharon qui se charge de la lutte antiterroriste, pendant que les mouvements pro-paix prennent l’initiative de proposer des compromis : on parvient donc à un équilibre de court terme. Mais il est vrai qu’à long terme, c’est le gouvernement en place qui devra négocier, car il est le responsable légitime de la nation, et pourra donner ainsi à un accord, inspiré ou non du Pacte de Genève, toute la crédibilité dont il aura besoin pour assurer une paix durable dans la région.

                                                                      

 Jeremy Ghez et Audrey Abensur

1 commentaire.
 1. xaqlwikf
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 Posted 2008-08-20 04:25:20
Merci pour vos commentaires !
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Dernière mise à jour : ( 06-08-2005 )
 
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