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13-10-2005

Le facteur religieux dans le conflit israélo-palestinien

16/10/2005 

     

          Le conflit qui oppose depuis 1948 l'Etat d'Israël à ses voisins arabes est la conséquence directe de la décision des Nations unies de partager la Palestine en deux Etats, l'un juif et l'autre arabe. Cependant les origines de ce conflit plongent leurs racines dans l'histoire générale du Proche-Orient.

L'accord de paix israélo-égyptien de 1978 (Camp David) ainsi que l'accord de principe israélo-palestinien de 1993 et l'accord de paix israélo-jordanien de 1994 marquent une étape historique dans le processus de paix au Proche-Orient, sans pour autant mettre fin au conflit.

Après que la crise de Suez a démontré les capacités d'intervention de Tsahal, la défaite de juin 1967 a créé un traumatisme dans le monde arabe, alors qu'elle a fait naître chez les Palestiniens une prise de conscience nationale, confortée par la reconnaissance de l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP) comme seul représentant du peuple palestinien. Dès lors, un sentiment politico-religieux se développe, aussi bien en Israël que dans les pays arabes avoisinants.

Les Israéliens se sont appuyés depuis 1967 sur une interprétation religieuse du sionisme, tandis que les Palestiniens ont reformulé le projet national initial de l’OLP en lui conférant un caractère sacré ; les islamistes palestiniens reprirent également à leur compte les références identitaires dès les années 1970 et s’autoproclamèrent les vrais dépositaires de l’héritage palestinien au cours des années 1980.

Le processus de paix a ainsi été lourd de conséquences quant à la représentation que les Palestiniens et les Israéliens se font d’eux mêmes en tant que peuples. Il s’est appuyé sur le retrait progressif de Cisjordanie et de Gaza et sur la renonciation par les Palestiniens de l’intégralité de la Palestine. Aussi, la définition de l’identité collective en Israël et en Palestine qui se nourrissait d’un lien particulier à la terre est brouillée et les fondements du projet national ébranlés.

Dès lors, on peut considérer ce conflit non seulement en termes politique – i.e. une lutte nationaliste et d'auto-détermination – mais aussi sous l'angle d'une confrontation entre le sionisme messianique et l'islamo-nationalisme palestinien. 

I. La lutte pour la Terre sainte : l’interprétation religieuse du conflit

A. Israël, État des juifs

 
            Au lendemain de la guerre de Six jours en 1967, et de la conquête de Jérusalem à la Transjordanie et de la totalité de la Terre sainte selon les frontières de la promesse divine (i.e. Sinaï, Judée, Samarie et Golan éventuellement), les responsables militaires estimèrent avoir acquis la profondeur stratégique nécessaire à la sécurité d'Israël, alors que les mouvement ultra-orthodoxes perçurent cette victoire comme l'expression messianique du judaïsme politique. Le peuple renouait avec ses lieux saints, le Mur des Lamentations, les tombeaux des Patriarches et des Matriarches. Cet événement renforça chez beaucoup la conviction que la rédemption était en marche et toucha même les fractions les plus antisionistes de l’orthodoxie. La conquête de ces territoires « historiques » et l’espoir d’y voir appliquer la loi religieuse dégageaient paradoxalement l’orthodoxie de ses liens avec l’Etat, concept moderne, en replaçant la terre au cœur du débat. En effet, David Ben Gourion et Itzhak Ben-Zvi avaient souhaité que le Yishouv (l'ensemble de la communauté juive de Palestine) se fonde sur le projet sioniste du Hehaloutz (le Pionnier, parti politique créé suite à la déclaration Balfour) et non sur des revendications territoriales d'inspiration religieuse (pour Jérusalem et Hébron en particulier).

Réalisation de sionistes laïcs et donc hérétiques, l’Etat en tant que tel n’avait aucune affinité avec la rédemption. Désormais passée dans sa totalité sous souveraineté juive en 1967, la terre d’Israël était en revanche rendue aussi bien aux hérétiques qu’aux observants. Alors qu’elle considérait jusque là la vie en Israël comme un exil, l’orthodoxie se mobilisa pour conserver les territoires conquis, toute restitution étant une violation de la loi religieuse, s'opposant ainsi aux élites politiques et militaires qui voyaient dans ces territoires un levier de négociation permettant la reconnaissance diplomatique. Si elle déniait toute légitimité à l’Etat d’Israël, Etat des juifs et non Etat juif, elle ne manqua pas de considérer cet élargissement du contrôle juif à l’ensemble de la terre d’Israël comme hautement positif du point de vue religieux.

Se détachant des aspects culturels, politiques et sociaux de l’existence juive, le centre de gravité du pays bascula du côté de la terre, de sa sainteté et de son intégrité. Le discours politique d’avant 1967 se focalisait sur l’Etat d’Israël. Celui d’après 1967 s’est cristallisé sur la terre d’Israël, concept national et religieux. Il y a désormais un Etat d’Israël et une terre d’Israël. Ce changement reflète la passage d’une identité collective fondée sur des symboles politiques et une autre, fondée sur des symboles religieux traditionnels. Ce bouleversement symbolique ne concerne évidemment pas l'ensemble des Israéliens mais le poids de la notion d'Eretz Israel s'est formidablement accru depuis 1967, alors qu'elle était auparavant l'apanage des mouvements nationalistes extrémistes (par exemple le Hérout de M. Begin, fondé en 1948, dont le slogan « Dieu nous a choisis pour régner » prônait la constitution d'un Etat juif s'étendant de la Méditerranée au Jourdain).

L’orthodoxie trouva donc là une voie d’accommodement avec ses principes et parallèlement au nationalisme laïc, incarné par le Likoud (créé en 1973 par M. Begin et A. Sharon), un nationalisme religieux actif se développa dans les années 1970.

C’est dans cette brèche que s’est engouffré le Goush Emounim (« Bloc de la Foi »), fondé en 1974 par les rabbins Moshé Levinger (chef spirituel des colons extrémistes d'Hébron) et Haïm Druckmann. Extraparlementaire, ce mouvement s’est présenté comme une fraction organisée du Parti National Religieux. Son objectif est de préparer des groupes à s’implanter dans les nouveaux territoires, y compris au cœur même de la population arabe palestinienne. Le Goush Emounim prit son essor avec l'arrivée au pouvoir, en 1977, du Likoud auquel il retira son soutien en 1979, au lendemain de l'accord de Camp David qui impliquait la restitution des terres. Il ne disposait pas seulement d’importantes ressources humaines et organisationnelles : il justifiait rationnellement son action dans le cadre des attentes messianiques juives en s’inspirant de la doctrine du grand rabbin ashkénaze Abraham Kook (1865-1935), penseur sioniste religieux. Pour le Goush Emounim, l’occupation de la Cisjordanie s'inscrit dans le long processus messianique qui a commencé avec la doctrine sioniste. Il développa une doctrine de la sainteté d’Israël où le peuple juif et sa terre, dans son intégralité, font un Eretz Israel. A l’instar des pionniers des premiers temps, les nouvelles implantations reprennent le combat de la rédemption de la terre. Une différence cependant distingue le Goush de ses prédécesseurs : la terre qu’il entend rédimer relève du registre du divin, elle appartient aux juifs en vertu d’une décision divine.

Le gouvernement de Menahem Begin mit ainsi fin à trente années d'hégémonie travailliste ashkénaze et s'appuya également sur Agoudat Israël, mouvement ultra-orthodoxe fondé en 1912 à Katowice (Pologne) devenu un parti politique religieux en 1953, soutenu financièrement par le mouvement loubavitch. Agoudat Israël donna naissance au Shas en 1983 et soutint les gouvernements conservateurs afin de satisfaire ses revendications religieuses, notamment au sein du groupe parlementaire Judaïsme Unifié de la Torah à la fin des années 1990. Ces soutiens de la frange la plus conservatrice et religieuse de la société israélienne au gouvernement Begin permirent le développement des implantations juives dans les territoires occupés (grâce au ministre de l'Agriculture, Ariel Sharon), de décréter Jérusalem « capitale éternelle d'Israël » (juillet 1980), l'annexion du Golan et l'opération « Paix en Galilée » etc.  

B. La libération de Jérusalem/Al Quds, facteur de sacralisation du conflit

 Le bouleversement introduit par les conquêtes de 1967 eut ainsi de profondes répercussions théologico-politiques, aussi bien chez les religieux qui voyaient l’Etat des juifs devenir un Etat juif, que chez les non-religieux, traditionnellement attachés à une définition laïque de l’Etat.

Par la confrontation avec le messianisme territorial du sionisme, les mouvements islamistes palestiniens ont procédé à une « sanctification de la Palestine islamique », et depuis 1967 et la conquête de Jérusalem Est, la libération de la ville sainte est le thème le plus mobilisateur du monde arabo-musulman. Ainsi, le Président de l'Autorité Palestinienne Mahmoud Abbas a affirmé le 13 septembre 2005, au lendemain du retrait de Tsahal de la bande de Gaza, que « l’occupation ne prendra effectivement fin que lorsque les objectifs du processus de paix auront été réalisés, à savoir la création d’un Etat palestinien indépendant, avec Jérusalem comme capitale, dans les territoires occupés en 1967 » ; et même la gauche marxiste palestinienne a appelé à la libération de la cité.

Tous les Palestiniens – y compris au sein de la diaspora – attribuent à la Palestine une valeur importante, et un culte plus ou moins profane d’une terre palestinienne perdue, usurpée, s’est développé. Chaque mouvement palestinien (Fath, OLP, FPLP etc.) tira profit de la poussée religieuse apparue après la défaite de 1967 et particulièrement les Frères musulmans qui renforcèrent leur action en Palestine. Profitant de la défaite du nationalisme arabe après la guerre israélo-arabe de juin 1967, de la révolution iranienne et de l’effondrement du socialisme qui permirent la transformation de l’islamisme en démarche politique et de la religion en idéologie de combat et de libération, les islamistes ont transformé l'attachement patriotique des Palestiniens en un culte d’une terre musulmane, donc sacrée. A certains égards donc, les prétentions religieuses juives et musulmanes sur la Palestine présentent des images en miroir.

La résistance palestinienne présentait pourtant essentiellement un discours séculier : cela était manifeste lors de la première Intifada de 1987. Le Hamas, issu des Frères musulmans, avait suivi ce soulèvement pour n’être pas exclu de la scène politique palestinienne, car il demeurait auparavant concentré sur un projet de société et non pas sur un projet politique nationaliste. Constatant sa marginalisation lors de la première Intifada, il s’est également investi dans la lutte politique.

Le projet du Hamas – lutte de libération nationale, réislamisation de la société, actions caritatives – propose en fait une double réponse pour la population palestinienne: son projet de société – un Etat islamique perçu comme un idéal de justice, de sécurité et d’égalité – fait désormais sens intérieurement par rapport à la déception liée à une Autorité palestinienne accusée de corruption et de népotisme. Il fait sens également par rapport à la lutte nationale, dans la mesure où la légitimité de l’Autorité palestinienne s’était construite sur la possibilité de succès des accords d’Oslo. A partir du moment où cet accord n’a pas été appliqué, le discours du Hamas, qui déclarait qu’il ne fallait pas faire confiance à Israël et continuer la lutte, rencontre un écho dans la population.

Il convient de noter toutefois que ce discours relève d’un islamo-nationalisme, c’est-à-dire que le nationalisme est mis en forme à l’aide d’un vocabulaire religieux. Cela signifie que l’islamisation porte sur la forme du discours, mais que le fond demeure nationaliste. C’est une façon de redonner un horizon d’espérance au nationalisme. En effet, les Palestiniens ont le sentiment que la situation est complètement bloquée et désespérée; en inscrivant le nationalisme dans un discours religieux, ils relisent ainsi la lutte nationale comme ayant une possibilité de succès à très long terme. Enfin, les islamistes déploient une force de mobilisation religieuse considérable lorsqu’ils déclarent que l’État sioniste n’est qu’une forme moderne du colonialisme occidental, lui-même résurgence moderne de la Croisade. 

II. L’antagonisme nationaliste devenu religieux

 

A. Le développement de la conscience religieuse 

        Le sionisme religieux est l’un des exemples les plus manifestes de nationalisme à justification religieuse : le sionisme était à l’origine séculier dans une large mesure, mais il lui fallait en même temps se référer à l’histoire religieuse pour établir sa légitimité et il n’a jamais complètement réussi à construire une identité capable de transcender l’identification religieuse. Le caractère religieux du sionisme pose ainsi le problème de la séparation entre le nationalisme et l’Etat. Aucun des partis israéliens, religieux ou non, ne propose aujourd’hui une alternative idéologique au sionisme : bien au contraire, la progression des partis religieux (Kach, Mafdal ou Parti national religieux, Tsomet etc.) découle ainsi de leur aptitude à s’adapter aux principes de base de l’idéologie sioniste traditionnelle. Ainsi, la place plus sensible occupée par la conscience religieuse dans la formation et la définition de la collectivité israélienne a donné une nouvelle légitimité religieuse à la colonisation des territoires occupés.

Un autre aspect du sionisme religieux, en plus de son adoption de l’idéologie colonisatrice, est celui de son rapprochement de l’éthique militaire. Les soldats aux « calottes tricotées » sont de plus en plus nombreux dans l’armée en général et dans les unités d’élite en particulier, et certaines unités de combat sont désormais majoritairement composées de religieux. Un statut particulier a aussi été prévu pour les étudiants des Yeshivot (écoles talmudiques): le Yeshivot hesder qui combine l'étude de la torah et le service militaire, le Meshinot Yeshivatiot pour les jeunes faisant leur service militaire dans des unités combattantes spéciales, le Yeshivot guevouhot (haute Yeshivot) qui met l’accent uniquement sur l’étude de la Torah.

La jeunesse religieuse est donc en train de prendre la place de celle des kibboutzim, traditionnel fer de lance de Tsahal. Ici aussi, les sionistes religieux se sont appuyés sur la mythologie classique du sionisme, avant de s’en emparer et de lui donner une signification religieuse nouvelle. Un autre domaine dans lequel le sionisme religieux a puisé sa force est celui de l’intégration des immigrants dans lequel il déploie une intense activité.

D’une lutte de libération nationale, le conflit est donc dans un certaine mesure devenu peu à peu un conflit religieux. Les évènements ont été extrapolés pour définir les relations entre musulmans et juifs en termes d’inimitié éternelle. Les Israéliens, assimilés aux Juifs, ont été au cours des années 1980 encore davantage stigmatisés comme ennemis de l’Islam. Détenant un pouvoir sur une terre musulmane, ils mettent les Palestiniens musulmans dans une situation non conforme à l’Islam puisqu’ils ont autorité sur ces derniers. La diabolisation raciste des juifs est confrontée et aggravée par des actes violents ou symboliques accomplis par des juifs extrémistes et minoritaires qui ont favorisé chez les musulmans et les islamistes la crispation sur l’identité musulmane attaquée et la confusion entre antisionisme et antisémitisme : par exemple la tuerie perpétrée en 1990 par un soldat sur l’esplanade des mosquées ; ou le massacre en 1994 de vingt-neuf Arabes à Hébron, son auteur Baruch Goldstein était membre du Kach, un mouvement ultranationaliste israélien fondé en 1971 par le rabbin Meir Kahane, prônant la constitution d'un Etat théocratique en Judée excluant les Arabes. 

B. la Palestine, nouvelle cause unificatrice de la umma 

Jusqu’à la fin de la guerre froide, les États islamiques les plus fondamentalistes - du Pakistan à l’Arabie Saoudite - n’avaient jamais rien entrepris de concret pour venir au secours des « frères » de Palestine, trop liés au bloc de l’Est. Le nationalisme palestinien étant à cette époque une entreprise « impie », puisque à la fois nationaliste et noyauté par des apostats marxisants parfois d’origine chrétienne (Georges Habbache, Ibrahim Sous, Nayef Hawatmeh etc). Désormais, la révolte palestinienne est autant un jihad contre les Infidèles qu’une simple Intifada. C’est ainsi que des fatwas transformant les Fedayin palestiniens en martyrs de l’islam sont édictées un peu partout dans le monde islamique, de l’Université d’Al-Azhar (Le Caire) à l’Iran, par le grand Mufti de Jérusalem ou les imams de Gaza. C’est ainsi que le Mufti de Jérusalem, cheikh ‘Ikrima Sabri, a appelé à la « libération complète » par les Palestiniens non seulement de Jérusalem mais de tout Israël, encourageant les enfants palestiniens au « sacrifice » et au « martyre ».

La lutte pour la Palestine est ainsi également restée pour les mouvements islamistes internationaux l’avant garde du jihad afin de libérer le troisième lieu saint de l’islam de l’occupation juive. La Palestine représentant une cause capable de mobiliser l’ensemble des populations arabes du Maroc à l’Irak. La confrontation violente de la seconde Intifada et la réoccupation quasi totale de la Cisjordanie, ainsi que des principaux carrefours stratégiques de la bande de Gaza, ont permis de cristalliser une forme de lutte unificatrice et populaire en solidarité envers le peuple palestinien.

Pour les islamistes, pour Yasser Arafat qui y décela un signe de faiblesse des Israéliens, et pour les Palestiniens en général, le retrait (volontaire) de Tsahal du Sud-Liban fut perçu comme une manifestation de l’héroïsme islamique et du renoncement israélien. Désormais, les forces islamistes radicales comme le Hamas ou le Jihad islamique, dont les références sont le Hezbollah libanais, la Gamaà et le Jihad égyptiens, l’Iran ou Al Qaïda, sont considérées comme seules capables de vaincre les « Judéo-Croisés ». Plus globalement, la radicalisation des mouvements islamistes palestiniens correspond à une stratégie de la tension, entamée d’ailleurs au temps des accords d’Oslo et de Rabin dans le but de discréditer le processus de paix et menée à son paroxysme depuis les pourparlers de Camp David en juillet 2000 et les concessions de Barak.

Aussi n’est-il pas si surprenant que des nationalistes palestiniens laïques, comme l’ex-communiste Barghouti, chef du Tanzim cisjordanien, fassent aujourd’hui cause commune avec le Hamas et le Hezbollah. On sait même que, outre les mouvements islamistes sunnites palestiniens soutenus par l’Iran (Hamas, Jihad islamique) et liés au Tanzim, la Centrale palestinienne d’Arafat entretient elle aussi, moins officiellement, certes, une liaison permanente avec le Hezbollah et les Brigades des Martyrs d'Al Aqsa. Toujours est-il que les islamistes palestiniens et le Tanzim semblent avoir fait leur la stratégie du harcèlement du Hezbollah libanais, notamment par la multiplication des attentats terroristes kamikazes, pourtant longtemps rejetés par les islamistes (notamment durant la première Intifada) mais aujourd’hui légitimés par le Hamas et nombre de décrets religieux de muftis palestiniens. En fait, depuis le retrait de Tsahal du Sud-Liban en mai 2000 célébrée dans tout le monde arabe comme « un premier pas vers la libération de la Palestine et des lieux saints de Jérusalem », le prestige du Hezbollah n’a cessé de s’accroître.

Outre les liens existants entre le Tanzim, mais également l’Autorité Palestinienne et le Hezbollah, il n’est pas inutile de rappeler que Yasser Arafat s’était lui-même rapproché ces dernières années de Téhéran, parrain du Hezbollah, dans le cadre de la nouvelle orientation nationaliste-islamiste du mouvement palestinien, de plus en plus instrumentalisé par les différentes mouvances de l’islamisme mondiales qui se livrent là d’ailleurs à une sorte de concurrence pour récupérer la cause hautement symbolique et politiquement porteuse de la question palestinienne, d’autant plus que dans la tradition musulmane, la Palestine sera le théâtre de l’ultime combat entre le Mahdi et l’anti-prophète. 
 

En conséquence, les extrémistes des deux camps sont parvenus, en soufflant sur les braises religieuses d’un conflit déjà quasiment inextricable, à présenter le conflit israélo-arabe comme un choc religieux judéo-islamique s’inscrivant lui-même dans le cadre du clash civilisationnel entre l’Occident judéo-chrétien et l’Islam. La composante religieuse du conflit israélo-palestinien n’est pas propre aux mouvements religieux, elle s’est intégrée dans le discours nationaliste. Un exemple frappant de cette relation essentielle est donnée à la question de Jérusalem, devenue un élément de mythologie politique, et objet d’une revendication consensuelle de tous les courants du sionisme et du nationalisme palestinien. 

 Gilles Rubin 
 

Bibliographie : 

ATTIAS J.-C. et BENBASSA E., Israël imaginaire, 1998

CORM Georges, Le Proche-Orient éclaté, 2003

KRAKOTZKIN A. et BEN-DOR Z., « Les partis religieux en Israël », Revue d’Etudes palestiniennes n°9, Automne 1996

LAURENS Henry, Racines d’Israël, 1998

LITVAK Meir, The Islamization of Palestinian Identity : The Case of Hamas, Moshe Dayan Center for Middle Eastern and African Studies, 1996

PAVLOWSKY Agnès, Le Hamas ou le miroir des frustrations palestiniennes, 2000

THOMAS Dominique, « La question palestinienne et l’internationale islamiste ou l’histoire d’un jihad ajourné », Maghreb-Machrek n°176, Eté 2003 
 
 
 

5 commentaires.
 1. Pas mal du tout
Visiteur, Unregistered
Mais Gilles Rubin n'évoque pas les détails les plus importants !

Comme le statut à venir d'Hébron et de Jérusalem, centres spirituels du centre juif : où l'implication du Vatican qui demande à avoir sa part du gâteau de Jérusalem, en exigeant un statut international; comme la symbolique religieuse du martyr chez les chiites, qui a contaminé les Frères musulmans du hamas, le Fatah ensuite avec les Brogades, depuis le Hezbollah.
 Posted 2005-11-06 20:34:18
 2. Sans titre
Brillant mais incomplet, Unregistered
Comme les articles de Fain, qui a son successeur maintenant. Gilles Rubin omet le christianisme...
 Posted 2005-11-10 00:02:31
 3. réponse au visiteur précédent
Gilles Rubin (AFIDORA), Unregistered
Bonjour,

Merci pour le commentaire, même si je ne suis pas sûr de comprendre pourquoi je suis le successeur de Jeremy Fain.
J'ai effectivement omis le christianisme, et ce volontairement. La problématique que j'ai choisie se focalise sur les relations Israël/Autorité palestinienne, donc sur des relations essentiellement inter étatiques. Israël est l'Etat des juifs, la Palestine en gestation est, malgré sa mosaïque confessionnelle, un Etat musulman et le discours de l'AP comme des opposants à la paix (Hamas, Hezbollah, Djihad) se fonde sur des références musulmanes.
En outre, je n'ai pas "oublié" que les chrétiens (qui sont eux mêmes extrêmement divers) mais aussi les druzes, les chiites etc.
Le format choisi et mon propos étaient d'autre part difficiles à concilier avec une étude exhaustive des minorités religieuses de la région.
Je n'ai pas ton adresse mail mais nous pouvons tout à fait continuer ce débat par mail ( Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir).
 Posted 2005-11-10 01:24:45
 4. réponse au visiteur du 06 Novembre
Gilles Rubin (AFIDORA), Unregistered
Bonjour,

Comme vous le dîtes vous mêmes, ce sont des détails. Je souhaitais m'attacher à décrire les évolutions du discours politique qui traduisent à mon sens les transformations importantes des deux sociétés. Je n'avais pas l'intention de parler du processus de paix dont l'aboutissement sera évidemment le fruit d'un consensus, et nul n'est donc en mesure actuellement de prévoir les statuts finaux de Jérusalem et Hébron. Ce ne sont que des points partiels du processus mais dont la portée symbolique est énorme.
En outre, Hébron et Jérusalem ne sont pas uniquement des centre spirituels juifs, c'est la même chose pour les musulmans et c'est bien là le problème, or je n'ai pas la compétence pour apporter des solutions à des conflits aussi complexes et passionnels.
Concernant l'implication du Vatican, je ne pense pas que les services papaux espèrent un jour profiter d'un peu probable statut international de Jérusalem. L'activité déployée est assez importante mais ne me semble pas avoir pour dessein une immixtion accrue des cathos dans la région. Ils ont d'autres chats à fouetter je pense.
Et pour finir, à propos de la symbolique du martyre, je n'en aurais pas parlé en termes de "contamination", votre analyse n'est pas infondée mais un peu rapide je pense. On peut également en discuter par mail.
 Posted 2005-11-10 22:23:53
 5. Religion et Histoire
Visiteur, Unregistered
Il est possible d'avoir une vision d'un grand israel sans passer par la "religion", l'evocation du mot relligion fait reference a une foi. Laquelle peut etre reductrice dans un pays dit laic mais en realité faisant la négation de tout forme divine.
Il peut etre observe par l'Histoire des Juifs une vision d'un grand israel purement historique. Sans que ce soit une vision messianique.
Apres, il se trouve que les uns ou les autre trouvent un certain hasard, ou coincidence qui arrange plus ou moins les uns ou les autres pour renforcer ou delegitimer le droit reclamer par le peuple d'Israel a recouvrer sa terre historique... Certes 2000 ans mais historique quand meme, avec la realite sociologique de l'attachement, et la réalité factuelle de l'existence du peuple...

Michael
 Posted 2006-03-16 13:31:25
Merci pour vos commentaires !
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Dernière mise à jour : ( 17-04-2006 )
 
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